Serge Quadruppani, né le à La Crau (Var), est un journaliste, romancier, essayiste, traducteur et éditeur littéraire libertaire« Depuis l’âge de 20 ans, mes convictions me situent au carrefour de ce qu’on appelle aujourd’hui les "libertaires" et les "ultra-gauche" », français, auteur notamment de romans policiers et traducteur de la série des Commissaire Montalbano d'Andrea Camilleri.
Biographie Jeunesse, formation et débuts Issu d'une famille modeste de quatre enfants élevés par une mère seule, Serge Quadruppani commence ses études secondaires au lycée d'Hyères. Il est renvoyé durant son année de terminale, mais se présente au baccalauréat en candidat libre et est reçu avec la mention « Très bien ». Il est ensuite admis en hypokhâgne au lycée Louis-le-Grand à Paris, mais le quitte avant la deuxième année. Il entre alors dans la marginalité et fait ses premières expériences militantes, tout en exerçant des métiers divers. Il se met à écrire et à traduire au cours des années 1980..
Activités littéraires Entre 1991 et 1994, il publie aux éditions Métailié une trilogie de romans noirs : Y, Rue de la Cloche et La Forcenée. Des deux premiers, Jean-Patrick Manchette dit qu'« ils annoncent probablement une nouvelle période du polar français agressif et critique », et que c'est ce qu'il a « lu de plus intéressant ces dernières années ». En 1995, il initie avec Jean-Bernard Pouy et Patrick Raynal la série de romans Le Poulpe, dont il écrit le Saigne-sur-Mer. Il a également créé la collection « Alias » au Fleuve noir..
Parallèlement, il commence sa carrière de traducteur avec des œuvres de Stephen King et Philip K. Dick, ainsi qu'avec les mémoires de Margaret Thatcher. Depuis 1999, il a accentué son travail de traducteur en faisant connaître en France des auteurs italiens tels que Valerio Evangelisti, Sandrone Dazieri, Massimo Carlotto, Marcello Fois, Giuseppe Montesano et Eraldo Baldini.. Il est également l'un des traducteurs en français des romans d'Andrea Camilleri, et notamment ceux de la série des Commissaire Montalbano, dans lesquels il est fait un usage important du dialecte et des régionalismes siciliens.
En tant qu'éditeur, il a été, aux éditions Anne-Marie Métailié, directeur de la collection aujourd'hui disparue « Italies » et est toujours responsable de la « Bibliothèque italienne ». Pour Fleuve noir, il a dirigé les anthologies Portes d’Italie en 2001 (dix-huit nouvelles d’auteurs italiens), puis Bleu, blanc, sang en 2002 (vingt-cinq nouvelles d’auteurs français).
En , il reçoit le prix des lecteurs Quais du polar-20 minutes pour son roman Saturne..
En , il publie aux éditions Divergences son Histoire personnelle de l'ultra-gauche..
Activités journalistiques Durant les années 1980, il publie plusieurs livres : en 1981, Les Infortunes de la Vérité. Mensonges, erreurs et reniement politiques chez les intellectuels français de 1934 à nos joursSerge Quadruppani, Les Infortunes de la Vérité. Mensonges, erreurs et reniements politiques chez les intellectuels français de 1934 à nos jours. Olivier Orban, 1981, 261 pages. En 1983, Catalogue du prêt-à-penser français depuis 1968, où il dénonce la prose de Faurisson, et en fait un martyr du prêt à penserHenry Rousso, , in: Vingtième Siècle, revue d'histoire, , avril 1984, ., ainsi que deux livres d'enquête sur Roger Knobelspiess (1986) et sur la politique de l'antiterrorisme en France (1989), à une époque où il est inséré dans l'ultragauche.
De La Banquise à Mordicus En 1983, Serge Quadruppani participe avec Gilles Dauvé et une dizaine de personnes à la création de la revue La Banquise, revue marxiste d'ultragauche dont il devient directeur de publication pour les derniers numéros.. La création de La Banquise en 1983 résulte de la rupture de ces militants avec Pierre Guillaume, en raison du soutien apporté par les éditions La Vieille Taupe aux thèses négationnistes de Robert Faurisson (et de Paul Rassinier) et de la modification de la ligne éditoriale de la revue La Guerre socialeSerge Quadruppani, à propos de la parution du livre de Guy Dardel Le Martyr imaginaire, , 2 octobre 2005..
Le dernier numéro de La Banquise paraît en 1986. En 1988, avec Gilles Dauvé, Serge Quadruppani fonde Le Brise-glace (1988-1990) avant de participer à la création du mensuel Mordicus (1990-1994).
Après l'expérience du bar La Bonne descente (1994-1997), Serge Quadruppani s'éloigne de l'ultragauche. En 1997, il publie plusieurs articles dans la revue antifasciste No pasaran.
Collaborations à des médias traditionnels Entre 1988 et 1996, il a collaboré, d'abord régulièrement puis épisodiquement, à la revue La Quinzaine littéraire.
De 1998 à 2000, il a publié des chroniques et des nouvelles dans un quotidien génois, Il Secolo XIX et, en 2007-2008, a écrit pour divers journaux italiens : Il Manifesto, L'Unità, Liberazione. Il publie aussi sur un site italien voué à la « littérature de genre » et à la « culture d'opposition ».
Il a collaboré à partir de sa création en 2008 à Siné Hebdo, dans lequel il a publié Les Furieuses, un roman sous forme de feuilleton hebdomadaire .
Depuis 2010, il publie articles et fictions sur le site Article 11 et dans le bimestriel homonyme.
En , il publie un essai, La Politique de la peur, dans lequel il dénonce l'idéologie de sécurité et son danger pour la démocratieIan Brossat, L'Humanité, 29 mars 2011..
Il écrit aussi occasionnellement pour Le Monde diplomatique.
Depuis 2015, il fait partie des contributeurs réguliers de Lundi matin.
Engagements, prises de position et polémiques Sur son site personnel, il écrit : Il se sert du roman noir pour aborder de grandes questions de sociétéSud Ouest, jeudi 7 décembre 2006, page 2-11. et dénonce volontiers dans ses ouvrages la répression policière, les staliniens et ce qu'il perçoit comme les excès de la lutte anti-terroriste.
Polémique avec Didier Daeninckx sur le négationnisme Accusé par Didier Daeninckx de soutenir la liberté d'expression des négationnistes, notamment de Robert Faurisson, Serge Quadruppani signe un texte diffusé en 1993 dans les revues et les milieux de gauche et libertaires, qualifiant les négationnistes d'« ennemis ».
En 1996, il revient sur ses anciennes erreurs dans Libertaires et ultragauche contre le négationnisme, contribution clairement anti-négationniste publiée aux éditions antifascistes REFLEXes.
Un texte de 1997 cosigné par un grand nombre d’auteurs, dont Pierre Vidal-Naquet, le dédouane de l’accusation de négationnisme. La revue La Banquise, que Quadruppani codirigeait, écrivait déjà que Faurisson était « indéfendable » en raison de son « argumentation antisémite ».
Par la suite, plusieurs écrivains dont Quadruppani et Maurice Rajsfus finissent par accuser Didier Daeninckx de « tirer contre son propre camp » et de faire des « procès en sorcellerie » .
Dénonciation de l'antisémitisme En , il est présent aux obsèques de Thierry Jonquet au funérarium du cimetière du Père-Lachaise avec d'autres amis (dont d'anciens membres de la LC et de la Ligue communiste révolutionnaire) et y prononce quelques phrases en hommage à un écrivain largement engagé contre l'antisémitismeJonquet avait publié un roman dont le titre est emprunté à un vers de Victor Hugo « Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte », roman qui lui valut en 2007 la médaille d’honneur de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme..
Pour Cesare Battisti Dans les années 2000, Serge Quadruppani apporte publiquement son soutien à Cesare Battisti, activiste d'extrême-gauche condamné en Italie pour quatre assassinats, menacé d'extradition. Au-delà de ce cas particulier, il dénonce notamment la remise en question de la « doctrine Mitterrand » qui accordait l'asile en France aux Italiens engagés dans les violences des années de plomb, en échange de leur renoncement à la lutte armée« Contre l’extradition de Cesare Battisti et de tous les autres réfugiés italiens », Serge Quadruppani, 2004-2005. et voit dans l'arrestation de Battisti un « coup électoraliste »« Un «coup électoraliste» », Didier Arnaud et Fabrice Tassel, Libération, 19 mars 2007.. Dans un article du Monde diplomatique de , il regrette l'occultation par les médias de la répression judiciaire « exorbitante » qui s'est abattue sur les milieux d'extrême gauche italiens dans les années 1970, ainsi que l'oubli de la responsabilité de certains milieux fascistes liés au pouvoir politique dans l'expression de la violence de ce qui fut, selon lui, « le plus vaste mouvement social anticapitaliste après la Seconde Guerre mondiale »« En Italie, le "polar" ressuscite les années de plomb », Serge Quadruppani, Le Monde diplomatique, juillet 2008, page 27..
En 2019, après l'arrestation de Cesare Battisti et les aveux obtenus par la justice italienne, Quadruppani adresse une lettre ouverte au directeur des éditions du Seuil, lui reprochant le report de la publication d'un ouvrage du militant et auteur désormais incarcéré. Il questionne dans cette lettre « la sincérité d’« aveux » passés avec, sur la tempe, le pistolet de la perpétuité réelle dans des conditions que la gauche, au temps où ce mot voulait encore dire plus ou moins quelque chose, décrivait comme une « torture blanche » ».
Il continue par la suite dans les colonnes de Lundimatin à chroniquer les ouvrages de Cesare Battisti et donner de ses nouvelles...
Critique des médias et de la politique menée au nom de l'antiterrorisme En , il signe un « Appel pour la libération des prisonniers d’Action directe »« Appel pour la libération des prisonniers d’Action directe », tribune libre, L'Humanité, 23 février 2007..
En 2008 encore, il dénonce l'attitude de la presse et du pouvoir politique français, qui assimile les actes de sabotage (sans victimes) contre les lignes de la SNCF à du terrorisme. Il voit dans cette affaire la fabrication d'un « épouvantail médiatique ».. Au moment de la libération de Julien Coupat le , il dénonce les mass media : ..
En , il signe une « lettre collective d'auto-dénonciation individuelle en faveur des inculpés de Tarnac », dans laquelle les signataires affirment être l'auteur du livre L'Insurrection qui vient.., qui est au cœur de l'affaire de Tarnac, impliquant notamment Julien Coupat que les enquêteurs soupçonnent d'avoir écrit l'ouvrageVoir par exemple les réquisitions du Parquet de Paris le 12 décembre 2012, rapportées par .
Pour les cinq de Villiers-le-Bel Il est signataire, en , d'une tribune controversée parue dans le journal Libération, appelant au renversement de la police qualifiée d'« armée d'occupation », intitulée Pour les cinq de Villiers-le-Bel.
Pour Philippe Bilger, cette tribune .
Élections municipales 2014 Lors des élections municipales de 2014, il présente sa candidature à Eymoutiers..
Organisation des Écrits d'août à Eymoutiers Chaque été, Serge Quadruppani participe à l'organisation des Écrits d'août, dans le village d'Eymoutiers où il réside.. Durant plusieurs jours, à l'occasion de cette manifestation littéraire, les lectures et échanges se succèdent, souvent en lien avec les luttes et mouvements sociaux...
Publications vignette|Dédicaces en 2006 pour son roman Au fond de l'œil du chat. Éditions Anne-Marie Métailié La trilogie Y, 1991 Rue de la Cloche, 1992 La Forcenée, 1993
Autres Les Alpes de la Lune (littérature « générale »), mars 2000 Le Plagiat (sous le pseudonyme Andrea Gandolfo), 2001 Corps défendant, 2001 La Nuit de la dinde, 2003 Vénénome (littérature « générale »), janvier 2005 Au fond de l’œil du chat (roman noir), octobre 2006 Loups solitaires, Maldonnes,
Autres éditeurs Tir à vue, Série noire, 1993 Comment je me suis noyé, Série noire, 1995 Saigne-sur-Mer (éditions Baleine, série Le Poulpe), 1995 Tonton tué, Souris Noire/Syros, 1996 Le Sourire contenu, Fleuve noir, 1998 Je te dirai tout (roman érotique), éditions Blanche, 1998 Colchiques dans les prés, Actes Sud, , 2000