Claudia Sheinbaum Pardo, née le à Mexico, est une scientifique et femme d'État mexicaine, présidente du Mexique depuis le .
Climatologue et spécialiste de l'efficacité énergétique, elle est l'une des autrices principales du cinquième rapport d'évaluation du GIEC.
Membre du Parti de la révolution démocratique puis du Mouvement de régénération nationale (Morena), elle est secrétaire de l’Environnement de Mexico de 2000 à 2006, maire de Tlalpan de 2015 à 2017, puis cheffe du gouvernement de la ville de Mexico de 2018 à 2023. Candidate du Morena et de la coalition Continuons de faire l'histoire, formée en 2017, elle remporte l'élection présidentielle de 2024, ce qui en fait la première femme élue présidente dans l'histoire du Mexique.
Situation personnelle Enfance et famille Claudia Sheinbaum Pardo, née le à Mexico, est la fille de Carlos Sheinbaum Yoselevitz, ingénieur chimiste, et de Annie Pardo Cemo, biologiste. Ses grands-parents paternels juifs ashkénazes sont arrivés au Mexique dans les années 1920, fuyant les persécutions antisémites en Lituanie, et ses grands-parents maternels juifs séfarades ont fui la Bulgarie dans les années 1940 pour les mêmes raisons. Ses parents sont athées et elle-même n'est d'aucune confession ¿Cuál es la religión de Claudia Sheinbaum?, El Informador, 2 juin 2024 Simon Romero and Nathalie Kitroeff. "Mexico Hits Another Milestone: Its First Jewish President". The New York Times, June 4, 2024, p. A11..
Études et formation Claudia Sheinbaum fait des études de physique à l'université nationale autonome du Mexique (UNAM), puis obtient une maîtrise en génie énergétique avant de poursuivre par un doctorat en sciences de l'environnement au Laboratoire national Lawrence-Berkeley (Californie) avec une bourse de l'UNAM. En 1995, elle devient la première Mexicaine à obtenir un doctorat en ingénierie énergétique. Durant ses années d'étude, elle part plusieurs fois avec des amis installer des systèmes de cuisson plus performants dans des régions particulièrement pauvres, notamment dans le Michoacán.
Elle se décrit comme une « fille de 1968 », en référence au massacre de Tlatelolco mouvement étudiant réprimé dans le sang par l'armée, auquel ses parents ont participé. Elle commence à militer durant ses études à l'UNAM, lorsqu'elle participe à des mouvements de solidarité avec les luttes ouvrières et paysannes, ainsi qu'au mouvement de 1987 pour le maintien d'un enseignement universitaire gratuit. Elle milite aussi pour la campagne de Rosario Ibarra en 1982, alors première femme candidate à une élection présidentielle au Mexique et figure de la défense des droits de l'homme dans le pays.
Vie privée Claudia Sheinbaum rencontre en 1986 , un universitaire et membre fondateur du Parti de la révolution démocratique, qu'elle épouse en 1987. Ils ont ensemble une fille née l'année suivante, et Sheinbaum a élevé le fils né d'un premier mariage de son époux. Ils se séparent en 2016. Elle se remarie en 2023 avec Jesús María Tarriba, un amour de jeunesse retrouvé en 2016.
Parcours scientifique Enseignante et chercheuse Après ses études supérieures, Claudia Sheinbaum commence une carrière d'enseignante et d'universitaire à l’Institut d’ingénierie en énergie de l'université de Mexico (UNAM). Elle travaille également avec des organisations publiques mexicaines telles que la Commission nationale pour l'économie d'énergie et la Commission fédérale de l'électricité et, au niveau international, avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).
En tant que chercheuse, elle a développé des méthodologies pour mesurer la pollution et créer des systèmes d'alerte contre les émissions de gaz à effet de serre.
Elle fait partie des « auteurs principaux » du troisième volet du cinquième rapport d'évaluation du GIEC paru en 2014..
De 2015 à 2017, elle est membre du Comité des politiques de développement de l'Organisation des Nations unies (ONU).
Parcours politique Débuts et premières responsabilités Membre du Parti de la révolution démocratique à partir de 1990, Claudia Sheinbaum entre le au cabinet du chef du gouvernement de la ville de Mexico, Andrés Manuel López Obrador (dit AMLO), et devient secrétaire à l'Environnement, succédant à Alejandro Encinas Rodríguez. La qualité de l’air de la capitale s’améliore en trois ans, les usines polluantes sont sanctionnées, d’autres déplacées, et des contrôles techniques des voitures sont créés. C'est sous son mandat qu'est construit le deuxième niveau du périphérique et qu'ouvre la première ligne du Metrobús.
Elle se retire en 2006 pour participer à la campagne présidentielle d'AMLO. Alors que ce dernier était donné gagnant dans les sondages, il est finalement battu d'une très faible marge par Felipe Calderón, du Parti action nationale (PAN, droite). La gauche dénonce une fraude électorale, et de multiples irrégularités seront effectivement démontrées. Claudia Sheinbaum est chargée de documenter les fraudes avec une équipe de mathématiciens de l'UNAM et de les présenter à la presse. Elle intègre ensuite un , une sorte de cabinet fantôme, en tant que ministre de la défense du patrimoine. Elle s'engage en particulier dans la lutte pour que les secteurs du pétrole et de l’électricité restent des entreprises publiques, alors que le gouvernement entreprend de les privatiser. Elle est coordinatrice des « Adelitas », un mouvement féministe qui a bloqué le Sénat durant vingt jours en 2008 pour l'empêcher d'adopter un projet de privatisation de Pemex, la compagnie pétrolière nationale.
Elle participe à la seconde campagne présidentielle d’AMLO en 2012, qui se conclut là encore par une défaite. Les irrégularités sont nombreuses, mais l'important écart qui le sépare d’Enrique Peña Nieto, du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI, centre droit) dissuade la gauche de protester. En 2014, elle quitte le PRD et rejoint le nouveau parti fondé par Obrador, le Mouvement de régénération nationale.
Du au , elle est de Tlalpan, une des seize divisions territoriales de Mexico.
Cheffe du gouvernement de la ville de Mexico vignette|gauche|Claudia Sheinbaum, lors de l'investiture de son gouvernement, en 2018. Le , Claudia Sheinbaum est élue cheffe du gouvernement de la ville de Mexico, succédant à José Ramón Amieva et devenant la première femme élue à ce poste mais la seconde à l'occuper, et entre en fonction le suivant. La même année, elle apparaît sur la liste des 100 Women établie par la BBC.
Sa gestion est caractérisée par les questions écologiques et une forte politique sociale, créant des infrastructures (transports pour désenclaver la banlieue, universités, etc.) et distribuant des aides sociales dans les quartiers les plus démunis. Elle améliore le traitement des déchets, les énergies propres et la reforestation, mais échoue à résoudre le problème de l'approvisionnement en eau, qui reste le principal problème de la mégapole.
Sur un plan plus symbolique, sa première mesure a été de dissoudre le régiment militaire responsable du massacre de Tlatelolco en 1968, une revendication de longue date du mouvement étudiant. Elle revendique par ailleurs une politique féministe comme la mise en place de parquets spécialisés dans les féminicides et de structures d’aides aux femmes qui incluent des garderies, des cantines et des laveries. En , elle lance une « alerte sur la violence contre les femmes » à Mexico. La maire crée également un secrétariat aux Droits des femmes et met en place un système de lutte contre les violences conjugales incluant une allocation pour les femmes battues et une loi permettant à la justice d'ordonner l'expulsion de l'agresseur du domicile conjugal.
En matière de sécurité, le taux d'homicides est réduit de près de moitié au cours de son mandat de maire. Son mandat a néanmoins été terni par l'accident de métro du 3 mai 2021, qui lui a valu des accusations de mauvaise gestion et de nombreux appels à la démission dans les médias, ainsi que par la pandémie de Covid-19.
Le , elle annonce sa démission, effective le , afin de se consacrer à la primaire qui doit désigner le candidat de son parti, Morena, pour l'élection présidentielle de 2024. Elle démissionne avec une popularité record de 68 %.
Élection présidentielle de 2024 vignette|Sheinbaum montrant le certificat la confirmant comme candidate présidentielle le 19 novembre 2023. Le , Claudia Sheinbaum est nommée candidate à l'élection présidentielle de 2024 de la coalition Continuons de faire l'histoire, formée en 2017 et qui regroupe le Mouvement de régénération nationale (MORENA), le Parti du travail (PT) et le Parti vert écologiste du Mexique (PVEM), après en avoir remporté la primaire, qui l'opposait à cinq autres candidats. D'après le politologue Jorge Zepeda Patterson, . Elle affronte notamment Xóchitl Gálvez, candidate de la coalition des partis d’opposition de droite (Parti révolutionnaire institutionnel, Parti action nationale et Parti de la révolution démocratique). En , le coût de sa campagne électorale a dépassé les 100 millions de pesos (environ 5 millions d'euros).
Dès le début de la campagne présidentielle mexicaine, Claudia Sheinbaum a été fréquemment décrite dans les médias locaux et internationaux comme un danger pour la démocratie, une populiste inefficace et une marionnette du président sortant Andrés Manuel López Obrador. Elle est visée par une campagne massive de dénigrement sur les réseaux sociaux alimentée par des millions de bots. Le coût de cette campagne, à l'origine inconnue, est estimé à plusieurs millions d'euros. Elle est aussi critiquée pour ses origines étrangères, l'ancien président Vicente Fox la qualifiant d’« étrangère juive ». Néanmoins, sa campagne est dans l'ensemble perçue comme efficace.
Promesses de campagne Économie et social vignette|Claudia Sheinbaum en campagne à Guadalajara, 2024.Claudia Sheinbaum se réclame de la politique économique de son prédécesseur, et promet de la poursuivre et de l'approfondir. Tout comme Andrés Manuel López Obrador (AMLO), qui avait doublé le salaire minimum, établi de nouvelles aides sociales pour les jeunes et les personnes âgées, elle fait campagne derrière le slogan « Pour le bien de tous, les pauvres d'abord » et promet de combattre la pauvreté en augmentant le montant et le nombre de bénéficiaires du salaire minimum et des aides. Elle promet d'autre part de construire un million de logements, de renforcer le secteur public de l'énergie, de la santé et de l'éducation, et de soutenir les sciences pour les associer aux secteurs stratégiques de l'économie. Des économistes libéraux ont alerté sur la hausse des déficits et les risques pour la confiance des investisseurs en le Mexique que ce programme pourrait entraîner.
Elle s'engage à poursuivre la politique de grands projets de son prédécesseur et à achever les trois chantiers majeurs d'infrastructures publiques qu'il a lancés : la raffinerie de pétrole de Dos Bocas, qui doit redynamiser la production publique de pétrole et assurer l'autosuffisance énergétique du Mexique, le Train Maya, réseau ferroviaire devant stimuler l'économie touristique du sud du pays, et le corridor interocéanique de l'isthme de Tehuantepec, qui doit offrir une alternative de fret ferroviaire au canal de Panama et développer l'industrie sur sa route.
Alors que le peso mexicain chute de 3 % dès son élection, elle réassure les marchés financiers en signalant son ouverture à travailler avec le secteur privé, son respect de la liberté d'entreprendre, et sa volonté de faciliter les investissements privés nationaux comme étrangers.
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