Les CC 7001 et CC 7002 sont deux locomotives électriques prototypes construites en 1949 par la société Alsthom et à l'origine de la grande série des CC 7100.
Ces deux prototypes, conçus dans le cadre du projet d'électrification de la ligne de Paris à Lyon au début des années 1940, représentent la voie de l'expérimentation de nouvelles techniques face à la tradition, représentée par la série des 2D2 9100, construite à la même époque. Ils font preuve d'une fiabilité comparable et assurent les mêmes services que les locomotives de série, dont ils ne distinguent que par peu de différences. Progressivement retirés des rames de voyageurs au profit des seuls trains de marchandises, ils ne sont toutefois radiés qu'en 1994 pour la et en 2000 pour la .
Genèse des prototypes Dès sa création en 1938, la Société nationale des chemins de fer français (SNCF) envisage l'électrification de la ligne de Paris à Lyon, mais le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale gèle ce projet. Il est repris en 1942 et la SNCF, en raison des évolutions des techniques de construction des locomotives, lance une sorte de concours pour la construction de prototypes de machines de vitesse.
Parmi les firmes qui répondent à cet appel, Alsthom, après des réflexions menées en interne, privilégie le principe d'une locomotive puissante mais légère, de l'ordre d'un centaine de tonnes, dotée de deux bogies de trois essieux chacun (type CC), tous moteurs. Cette configuration présente de nombreux avantages : la légèreté rend la locomotive peu agressive pour les voies et d'un coût d'achat moindre, à une époque où ces engins s'achètent encore au poids ; le type CC favorise l'inscription de la locomotive dans les courbes, autorisant des vitesses de circulation plus élevées ; l'adhérence totale réduit les risques de patinage au démarrage et permet l'accroissement des charges remorquées. Ces caractéristiques permettent de compenser en tous points les défauts reprochés aux 2D2 d'avant-guerre.
En réponse, la SNCF opère un double choix : celui de la sécurité et du conservatisme, défendu par Hippolyte Parodi, en commandant à Fives-Lille et à la CEM 35 locomotives 2D2 9100, évolution ultime des 2D2 5500 d'avant-guerre ; et celui de la modernité en commandant à Alsthom, le , deux prototypes fondés sur le projet des CC, qui doivent être immatriculés et . Ces deux prototypes constituent les « premières locomotives de construction française de vitesse à adhérence totale » . La possibilité de circuler en unités multiples, un temps envisagée, n'est finalement pas retenue.
Description Caractéristiques techniques Pour simplifier la gestion des pièces détachées, la construction des CC 7001 et 7002 fait appel, autant que possible, à des équipements notamment électriques déjà installés sur les BB 8100. La caisse des locomotives, de type tubulaire et dont le revêtement participe à la rigidité, mesure hors tampons. Un local central, abritant l'appareillage, est délimité à chaque extrémité par les deux cabines de conduite ; il est éclairé, sur chaque face, par quatre hublots circulaires, comme sur les et les . Le lanterneau, amovible en trois parties, permet la mise en place et le retrait des équipements à l'intérieur de la caisse.
Dans les cabines, le conducteur ne dispose pas d'un siège mais d'une selle de moto, remplacée ultérieurement par un strapontin fixé à la paroi de la cabine.
Les essieux des deux bogies ne sont pas équidistants, l'essieu médian étant légèrement décentré vers l'extrémité de la locomotive. Chaque essieu est entraîné par un moteur , refroidi par ventilation forcée, au travers d'une transmission bilatérale. Ce nouveau moteur délivre une puissance unitaire bien supérieure à celle proposée jusque là, sans pour autant être plus encombrant. Les bogies sont liés à la caisse par un système original de double pivot, qui favorise l'inscription de la locomotive dans les courbes et améliore sa tenue de voie.
Style et livrée Si la forme générale de la caisse est définie par le constructeur, sa décoration est due à Paul Arzens, qui intervient alors auprès d'Alsthom, sans être encore le styliste de la SNCF comme il le sera par la suite. Dès 1944, très probablement, Arzens travaille de manière officieuse sur le projet de décoration de la locomotive. Ce n'est qu'en 1948 qu'il est officiellement chargé par Alsthom de concevoir la livrée de la , alors en cours de finition à Belfort. La caisse est peinte en vert foncé dans sa partie basse, vert plus clair dans sa partie haute, avec, à mi-hauteur, une ceinture associant le métal et la peinture bleue. À quelques nuances près, cette livrée est reproduite sur toute la série des et demeure inchangée au fil des années.
Dès le début des années 1950, les bogies des prototypes sont remplacés par des modèles identiques à ceux des . À la faveur des révisions, les deux prototypes font l'objet de modifications qui aboutissent, entre autres, à l'alignement de leur aspect sur celui des locomotives de série. Les vitres des portes de cabine sont supprimées, les faces frontales sont renforcées et remaniées avec modification des vitrages, suppression des fanaux d'angle mais ajout de feux rouges et mise en place d'une gouttière au-dessus des baies. Les jupes de bas de caisse sont également supprimées pour faciliter l'entretien des bogies.
Service Essais vignette|La CC 7001 stationne au dépôt SNCF de Paris-Ivry lors d'essais. Avant même qu'elle ne soit achevée, la , munie de ses seuls équipements mécaniques et d'un lest équivalent à ses équipements électriques, effectue des marches d'essais entre Paris-Austerlitz et Tours, remorquée par une 2D2 5500, afin de vérifier son comportement dynamique. Ces essais se déroulent au printemps 1948 sur près de , à des vitesses atteignant . Totalement équipée, elle est livrée à la SNCF le 22 et entame une série d'essais en ligne entre Paris et Bordeaux ainsi qu'entre Paris et Toulouse, avec des pointes de vitesse à . Le de la même année, elle intègre le service commercial entre Paris et Bordeaux puis, au milieu du mois de décembre, entre Paris et Toulouse.
La est livrée le 22 . Après une courte période d'essais, elle commence dès le 21 du mois ses circulations en tête de rames de voyageurs sur Paris — Bordeaux. Au début de 1950, elle est rejointe sur la même ligne par la , puis, en 1951, les deux prototypes sont envoyés sur Paris — Toulouse. En pour la et en pour la , les deux prototypes font l'objet de modifications techniques qui les alignent sur la série des et partagent ensuite avec elles les mêmes services.
Carrière commune avec la série L'arrivée des BB 9200 et des CC 6500 retire à ces locomotives leurs trains les plus prestigieux sur les radiales Paris — Bordeaux — Hendaye et Paris — Toulouse.. En contrepartie, elles se font dès lors plus présentes en tête de trains de messagerie. Pour leur permettre de mieux s'inscrire dans les circulations de trains remorqués par des locomotives plus récentes, leur vitesse maximale est relevée à en 1973 ; cette disposition ne se révélant pas satisfaisante, les sont finalement limitées à en 1975.
Dans les années 1970, les livraisons des BB 7200 et des BB 22200 dédiées aux trains rapides provoquent la mutation des prototypes et des engins de série au dépôt d'Avignon, où les locomotives sont affectées à la traction des trains de marchandises et de quelques omnibus dans la vallée du Rhône et sur la côte méditerranéenne.
Les deux prototypes subissent une ultime révision en 1987 pour la et en 1993 pour la , ce qui leur permet de poursuivre leurs rotations en tête de trains de marchandises, même si le confort de leurs cabines de conduite ne soutient pas la comparaison avec celui de séries plus récentes. La est réformée, en même temps que trois engins de série, en 1994, tandis que la est radiée en , au terme d'une carrière de plus de cinquante ans., et seulement un an avant les six dernières .
Dépôts Affectés au dépôt de Paris-Sud-Ouest à leur livraison, respectivement le et le , les deux prototypes sont mutés au dépôt d'Avignon respectivement les 24 et 26 . C'est dans ce dépôt qu'ils sont radiés : en pour la , à la suite d'un déraillement survenu le , après avoir parcouru , et le pour la , avec un kilométrage total de . Seule la a fait mieux.
Machine conservée La est préservée par l'Association pour la Préservation du Matériel Ferroviaire Savoyard (APMFS) de Chambéry. Elle est actuellement remisée sous la rotonde d'Ambérieu-en-Bugey.
Modélisme La CC 7001 a été reproduite à l'échelle HO par la firme allemande Piko dans les années 1960. Elle a été fabriquée avec des bogies type BB et type CC, dans les deux cas d'une façon peu réaliste.
La CC 7002 a été reproduite en HO par la firme française PMP dans les années "50" (fabrication en bronze)
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Le Grand Atlas des trains et locomotives, Éditions Glénat, 2002.
Articles connexes Matériel moteur de la SNCF Électrification du réseau ferré en France
07001_7002 07001_7002 Catégorie:Matériel moteur hors service de la SNCF