Berlin, dernière est un roman français de Kits Hilaire.
Publié en , un mois avant la réunification de l'Allemagne, Berlin, dernière est le premier livre de Kits Hilaire. Il est traduit en allemand par Barbara Traber sous le titre Berlin Letzte Vorstellung, Abschied von Kreuzberg (Berlin dernière séance, l'adieu à Kreuzberg) et publié en 1991 aux éditions Hans ErpfKits Hilaire, Berlin – letzte Vorstellung: Abschied von Kreuzberg. Aus dem französischen von Barbara Traber, Berne et Munich, Erpf, 1991 . En 2019, il est réédité par les Éditions Après la Lune..
Premier roman écrit, toutes langues confondues, sur la chute du mur de Berlin, il marque le début du Wenderoman.Ulrike Zitzlsperger, ZeitGeschichten: die Berliner Übergangsjahre : zur Verortung der Stadt nach der Mauer, 2007 ]Hermann Rudolph, Berlin - Wiedergeburt einer Stadt: Mauerfall, Ringen um die Hauptstadt, Aufstieg zur Metropole, Berlin, Quadriga Verlag, 2014 Aperçu en ligne, sur perlentaucher.de..
Éléments d'anthropologie urbaine Dans Berlin dernière, Kits Hilaire donne la parole à une jeunesse qui s'est réfugiée, en marge du système, dans une poche oubliée au détour du Mur de Berlin. L'histoire du roman est indissociable de ce quartier de l'Ouest collé au Mur : Kreuzberg, havre de la culture alternative, l'utopieJosyane Savigneau, « Berlin de fin du monde », Le Monde, 7 septembre 1990. pour ceux qui refusaient de faire partie du courant dominantBarbara Lang, Mythos Kreuzberg: Ethnographie eines Stadtteils (1961-1995), 1998 Lire en ligne. Kreuzberg est, d’une certaine manière, le principal protagoniste du livre. Pour la narratrice, il est au cœur de la formation de son identité. Ses héros, jeunes Allemands, artistes ou hors-normes, jeune Française en recherche d’idéal, l’ont élu à l’unanimité parce qu’il incarne, pour eux, ce lieu privilégié « où ne règne pas la loi du plus fort, mais celle du plus faible », où l’artificialité de la situation exacerbe à l’extrême une certaine frange d’humanité, la rendant paradoxalement plus humaine que la moyenneMichel Danthe, « Au bon temps de Kreuzberg », Journal de Genève, 13 octobre 1990]. En dehors de l'aspect littéraire, le texte sert de référence à plusieurs ouvrages d'anthropologie urbaine : Mythos Kreuzberg: Ethnographie eines Stadtteils (1961-1995) de Barbara Lang en 1998 ; ZeitGeschichten: die Berliner Übergangsjahre : zur Verortung der Stadt nach der Mauer de Ulrike Zitzlsperger en 2007 ou Berlin - Wiedergeburt einer Stadt: Mauerfall, Ringen um die Hauptstadt, Aufstieg zur Metropole de Hermann Rudolph en 2014)..
Génèse Kits Hilaire a vécu pendant 5 ans dans le quartier de Kreuzberg, contre le mur de Berlin et, comme tous les « enfants de Kreuzberg », elle se sentait « protégée par lui, exempte de passage à l’âge adulte »Gisela Dachs, « Abschied von Kreuzberg », Zeitmagazin, décembre 1990.. Quand il a été ouvert, elle est partie à Paris et a écrit, encore sous le choc, un livre en partie autobiographique. Sous la forme d’un roman-journal, Berlin dernière raconte les immeubles menaçant ruine, les rues où flotte l’odeur du charbon et des kébabs, et le Mur. Tout ce qui appartient au " Mythe Kreuzberg ".
Résumé de l'oeuvre L’histoire commence quelque part dans les années 80. Kreuzberg est une île à l'intérieur de Berlin-Ouest où la narratrice française arrive à l'âge de 15 ans. Elle s'installe dans un squat, avec ses amis Andy et Schikse et Berlin, dernière nous plonge dans cette enclave en-dehors de tout espace-temps et de lieu, ce monde à la fois immobile et mouvant où chacun vit sa vie comme il l’entendEmmanuelle Pinson, « Berlin dernière, Les oubliés du Mur », La Wallonie, 3 octobre 1990.. Kreuzberg est alors le quartier des « anges noirs » venus se perdre dans le gris, la crasse et le néant d'un Berlin âpre au « romantisme exacerbé ». Le livre raconte la vie de quelques-uns d'entre eux : Olga, Uwe, Helen, David... jusqu'au mois de où la narratrice et ses compagnons assistent à l’événement le plus extraordinaire de la fin du vingtième siècle en Europe : la chute du Mur de Berlin. Un coup de tonnerre qui bouleverse leur existence ; ils perdent leur royaume, cette protection de pierres haïe de tousF. D., « Berlin, dernière », Elle, 17 septembre 1990.. Le roman se termine en 1990, au moment où ils sont propulsés, malgré eux, dans la grande histoire« Kits Hilaire - Berlin, dernière », Libération, 27 septembre 1990]. La réunification des deux Berlin les disperse« Prix littéraires - Les dames des lettres abattent leurs cartes », Marie-France, octobre 1990.. Kreuzberg, quartier périphérique de Berlin Ouest qui n’intéressait personne, se retrouve, du jour au lendemain, au centre-ville et devient la proie des banquiers et des spéculateurs.
Incipit
Construction littéraire Comme la plupart des ouvrages de type Wenderoman, Berlin, dernière ne peut pas se réduire à un document, un témoignage ou une chronique. Dans ce livre, Kits Hilaire utilise la technique des courts tableaux. Berlin, dernière se construit tout en se déconstruisant, sur le modèle du Mur qui se désagrège, pièce par pièce, le mur considéré comme un abri et un nid, cassé et anéanti, vendu « graffité et certifié ». Le fond s’allie à la forme dans un récit par bribes, morcelé, comme si l'auteur arrachait au Mur des morceaux de béton pour former un amoncellement symbolique à la mémoire d’une époque disparue.
Berlin dernière et l'Histoire Le premier roman de Kits Hilaire tourne le dos à l’Histoire et à l’euphorie générale de l'époque, pour offrir une vision rare et discordante des événements de 1989 « Kits Hilaire, Berlin, dernière », L'Humanité Dimanche, 21 octobre 1990.. Construit sur le récit d'un microcosme, il raconte la chute du Mur vue par ceux qui vivent dans son ombre, du côté ouest de Berlin. Livre punk pour les uns., hymne d’amour à cette ville différente qui a permis toutes les différences pour les autres, Berlin, dernière est régulièrement revendiqué par une jeunesse qui n’adhère pas aux modèles dominants.
Références
Liens externes
Catégorie:Roman français paru en 1990 Catégorie:Roman se déroulant à Berlin