La sécurité des journalistes est la capacité pour les journalistes et les professionnels des médias de recevoir, produire et communiquer des informations sans avoir à subir des menaces physiques ou morales.

Les menaces auxquelles font face les journalistes dans l'exercice de leur profession sont multiples : violences, intimidations, meurtre, enlèvement, prise d'otages, harcèlement hors ligne et en ligne, détention arbitraire et torture. Les femmes journalistes font, de plus, face au danger spécifique des agressions sexuelles : https://en.unesco.org/sites/default/files/un-plan-on-safety-journalists_fr.pdfLauren Wolfe, « L'agression sexuelle contre les journalistes: le crime qui musèle ». Comité pour la protection des journalistes, 2011..

Violences faites à l'encontre des journalistes

Le meurtre alt=|vignette|251x251px|Nombre de journalistes tués par région sur les intervalles d'années 2011-2015 et 2016-2020, UNESCO, Données issues du rapport mondial 2021-2022 surTendances mondiales en matières de liberté d'expression et de développement des médias. Le graphique basé sur le travail de l'Observatoire des journalistes tués de l'UNESCO. Entre 2016 et 2020, la Directrice générale de l'UNESCO, Audrey Azoulay, a condamné la mort de 400 journalistes. Une tendance à la baisse est observée par rapport à la période allant de 2012 à 2016, où la Directrice générale de l'UNESCO, a condamné la mort de 530 journalistes, ce qui est équivalent à une moyenne de deux meurtres par semaineLes données sur les assassinats de journalistes correspondent aux condamnations par le Directeur général de l'UNESCO, qui font suite à la Résolution 29 adoptée par la session de la Conférence générale. Chaque année, le Directeur général de l'UNESCO adresse des demandes aux États membres afin qu'ils informent l'organisation de l'état des enquêtes en cours sur les assassinats de journalistes au sujet desquels le Directeur général a fait des déclarations publiques. Les statistiques de l'UNESCO relatives à l'impunité sont basées sur ces données, publiées tous les deux ans dans le rapport du Directeur général au Conseil intergouvernemental du PIDC et, alternativement, dans le Rapport sur les Tendances mondiales en matière de liberté d'expression et de développement des médias. Disponible sur le site web: https://www.unesco.org/en/safety-journalists/observatory#:~:text=Monitoring%20the%20killing%20of%20journalists%20and%20media%20workers%20across%20the%20globe.&text=This%20Observatory%20provides%20updated%20information,of%20condemned%20cases%20since%202006.. Au cours de l’année 2021, 55 assassinats de journalistes ont été enregistrés, c’est le chiffre le plus bas enregistré en 14 ans par la Directrice générale de l’UNESCO. En 2020, une majorité des meurtres commis sur les journalistes ont eu lieu dans un contexte autre que celui d’un conflit armé, représentant 61% des assassinats de journalistes de l’année. La tendance inverse était à l'inverse pour l’année 2016, où 50% des assignats avaient lieu dans les pays dans les pays en proie aux confits armé.

Des 328 meurtres, dus à l'exercice de leur profession, de journalistes comptabilisés durant la même période par le Comité pour la protection des journalistes, près de 50 pour cent ont été assassinés, tandis que 36 pour cent ont été pris dans des tirs croisés et 14 pour cent lors d'une mission à haut risqueCertains des meurtres enregistrés par le Comité ont été commis dans des pays en proie à des conflits armés.. D'après l'ONG, les groupes politiques ont constitué la principale source de violence (36 pour cent) lors de ces meurtres, suivi par les officiers militaires (22 pour cent) et par des sources inconnues (20 pour cent). Le pourcentage d'assassinats ciblés a atteint un sommet de 70 % en 2015, passant à 38 % en 2016. Cette année-là, 54 % des journalistes auraient été tués lors de conflits armés, il s'agit du plus haut pourcentage enregistré au cours de la périodeComité pour la protection des journalistes, 2017, journalistes tués depuis 1992. Accessible en ligne : https://cpj.org/data/killed/?status=Killed&motiveConfirmed%5B%5D=Confirmed&type%5B%5D=Journalist&start_year=1992&end_year=2018&group_by=year.

Tandis que la dépendance à l'égard des journalistes indépendants s'accroit, une proportion croissante des journalistes assassinés étaient des journalistes indépendants. L'étude de l'UNESCO, Tendances mondiales en matières de liberté d'expression et de développement des médias, rapport mondial 2017/2018, s’intéresse aux tendances en matière de liberté des médias, de pluralisme des médias, d'indépendance et de sécurité des journalistes. Le rapport conclu qu'au cours des cinq dernières années, 113 journalistes indépendants ont été assassinés, ce qui représente 21 pour cent du chiffre total. Les journalistes indépendants apparaissent, en effet, comme étant particulièrement vulnérables, travaillant souvent seuls sur leurs articles, dans des environnements dangereux et sans bénéficier du même niveau d'assistance et de protection que des journalistes-salariésRapport de la Directrice générale de l'UNESCO sur la sécurité des journalistes et le danger d'impunité, disponible en ligne : https://fr.unesco.org/dg-report.

Durant la même période, d'après les données de l'UNESCO, le nombre de journalistes visés qui travaillaient en ligne ou développaient un blog personnel a significativement fluctué, bien que cela représente 14 pour cent des journalistes assassinés. Les journalistes et les équipes qui travaillent en premier lieu à la télévision sont ceux qui sont victimes des plus lourdes pertes (166), suivis de la presse écrite (142), de la radio (118), en ligne (75) et de ceux qui travaillent sur de multiples plateformes (29).

Début 2024, l'opération de représailles de l'armée israélienne dans les Territoires Palestiniens Occupés, suite au 7 octobre 2023, devient le conflit le plus meurtrier du XXIe siècle pour les journalistes, d'après le groupe d'experts de l'ONU.

Le terrorisme et les risques croissants Le terrorisme représente un risque direct et grandissant pour les journalistes avec les possibilités d'enlèvement, de menaces d’exécution ou de piratage.. À la fin des années 1970, la politique générale d'accueil des journalistes dans des zones contrôlées par des groupes armés a changé. Les organisations telles que les Khmers rouges au Cambodge, les Brigades rouges en Italie, le Sentier lumineux au Pérou ou le Groupe islamique armé en Algérie ont pris pour cible les journalistes, les considérant comme des auxiliaires du pouvoir qu'ils combattaient. Entre 1993 et 1997, plus d'une centaine de journalistes et d'employés des médias ont été assassinés en Algérie. Pendant la guerre du Liban (1975-1990), l'enlèvement international de journalistes est devenu une stratégie banalisée.Barnett, Brooke, and Reynolds, Amy, Terrorism and The Press. An Uneasy Relationship, Peter Lang, 2009, 208 pages.. D'après le Comité pour la protection des journalistes, 40 pour cent des journalistes assassinés en 2015 ont été tués par des groupes se réclamant de l'Islam radical. Les correspondants de presse internationaux, en particulier, ont été considérés comme de potentiels otages ou des victimes dont l’exécution est théâtralisée afin de servir la propagande terroriste. James Foley, Steven Sotloff (États-Unis) et Kenji Goto (Japon) ont été ainsi décapités par Daesh..

Être témoin de terrorisme a également des impacts émotionnels pour les journalistes, ils peuvent par la suite être sujets à l'anxiété, l'insomnie mais aussi faire face à des maux physiques tels que la fatigue et la migraine. Les troubles de stress post-traumatiques (TSPT) sont également des risques et entraînent des états d'effroi et de dépression. Selon l'étude de l'organisation Eyewitness Media Hub en 2015, 40 pour cent des journalistes interrogés ont avoué que le visionnage de témoignages avait eu des effets négatifs sur leurs vies personnelles..

La protection des sources et la surveillance sont l'un des enjeux majeurs dans la couverture du terrorisme et sont essentiels afin d'assurer la protection des témoins et des personnes interviewées contre d'éventuelles représailles.

L'impunité pour les crimes commis envers les journalistes L'impunité pour les crimes commis envers les journalistes est une pratique commune. Le Rapporteur spécial pour la liberté d'expression de la Commission inter-Américaine des droits de l'Homme, Edison Lanza, considère l'impunité comme étant un obstacle de taille à la sécurité des journalistes. Frank La Rue, ancien Sous-directeur général de l'UNESCO pour la Communication et l'Information considère que Frank La Rue, Rapport du Rapporteur spécial sur la promotioet la protection du droit à la liberté d’opinion ed’expression, Frank La Rue, 2011, disponible en ligne : https://documents-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/G11/132/02/PDF/G1113202.pdf?OpenElement.

L'UNESCO a mis en place un mécanisme de surveillance de l'impunité. Chaque année, le Directeur général de l'UNESCO demande aux États-Membres d'informer l'Organisation du statut des enquêtes en cours concernant le meurtre des journalistes que le Directeur général a condamnés. L'UNESCO regroupe ces réponses dans un rapport public soumis tous les deux ans au Conseil du Programme international de développement de la communication (PIDC) par le Directeur général. Le rapport du PIDC en 2016 est résumé dans la Brochure des points clés du rapport de la Directrice générale de l'UNESCO sur la sécurité des journalistes et le danger de l'impunité Il est temps de briser le cycle des violences contre les journalistes, qui met l'accent sur les conclusions générales, propose une analyse des crimes commis et les réponses des États-membresVoir, Il est temps de briser le cycle des violences contre les journalistes, résumant le rapport de la Directrice générale de l'UNESCO sur la sécurité des journalistes et la fin de l'impunité pour les crimes commis à leur encontre : https://en.unesco.org/sites/default/files/unesco_report_french_rgb.pdf. En 2017, l'UNESCO a envoyé des demandes à 62 États-membres concernant le statut des meurtres non résolus qui ont été commis entre 2006 et 2016. En se basant sur ces réponses, le pourcentage des cas non résolus est resté bas, à moins de 10 %. Cumulativement, depuis que l'UNESCO a commencé à exiger un suivi judiciaire des assassinats de journalistes condamnés par le Directeur général, l'Organisation a reçu des informations de 63 pays membres sur 75. Ces informations couvrent 622 cas sur un total de 930 enregistrés..

Le Plan des Nations unies sur la sécurité des journalistes et la question de l'impunité soutient les États-Membres dans la mise en œuvre d'initiatives afin de contrer , tels que le développement des compétences judiciaires et le renforcement des mécanismes de surveillanceUNESCO 2017, Renforcer le rôle de chef de file de l'UNESCO dans la mise en œuvre du Plan d'action des Nations Unies sur la sécurité des journalistes et la question de l'impunité, disponible en ligne : http://www.unesco.org/new/fr/unesco/resources/online-materials/publications/unesdoc-database/.

Autres attaques Selon les informations regroupées par le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), l'emprisonnement des journalistes sur des charges de propagande anti-gouvernementale, de diffamation, de blasphème, de vengeance ou sans charge aucune a continué à augmenter. En 2016, le CPJ a signalé que 259 journalistes étaient emprisonnés au niveau international sur la base de charges diverses. Il s'agissait du chiffre le plus élevé depuis le début du processus de surveillance en 1990Le Comité pour la protection des journalistes, 2016, recensement de prison : 259 journalistes enfermés au niveau mondial..