Marin Jannot dit Lachapelle, maître-charpentier, est un colon français de la Nouvelle-France, l’un des premiers syndics de Ville-Marie (Montréal) et l’ancêtre de plusieurs Jeannotte et Lachapelle établis en terre d’Amérique.

Biographie Marin JannotL’orthographie « Jannot » est celle utilisée par Marin lors de la signature de documents officiels. Les autorités du temps, prêtres et notaires, utilisaient souvent la graphie « Janot ». C’est celle qu’utilise Benjamin Sulte, dans son tableau synthèse des engagés de la Grande Recrue (Histoire des Canadiens-français 1608-1880). dit Lachapelle, (c. 1627-1664), est le fils de Robert Jannot et de Jeanne de Piennes. Il est originaire de La Chapelle-Monthodon, dans le département de l’Aisne, près de Château-Thierry. vignette|Plaque commémorative de la Grande Recrue de 1653 à La Flèche, Sarthe.|318x318px

Membre de La Grande Recrue de 1653 Jeune charpentier, Marin répond à l’appel de Paul de Chomedey de Maisonneuve, de la Compagnie de Montréal, qui est venu en France recruter des colons pour la petite bourgade de Ville-Marie en Nouvelle-France. Devant les notaires Léger et Bruneau, il s’engage à Nantes envers Jérôme Le Royer de la Dauversière, le , pour un contrat de cinq ans, avec un salaire annuel d’environ 100 livres. La Compagnie de Montréal s’engage à le nourrir, à le loger et à lui fournir les outils nécessaires à l’exercice de sa profession, ainsi qu’à lui payer le voyage de retour s’il honore son contrat jusqu’à la fin.

Le , à Saint-Nazaire, il reconnaît devant le notaire Beilliotte avoir reçu 108 livres et 15 sols en avance sur ses gages. Il fait partie des 102 engagés qui amorcent le jour même leur traversée de l’Atlantique à bord du Saint-Nicolas-de-Nantes. Quatorze femmes, dont Marguerite Bourgeoys, accompagnent ce contingent que l’on appellera plus tard La Grande Recrue Après de nombreuses péripéties, les engagés atteignent finalement le fort de Ville-Marie le .

Un pays à défricher et à construire Le , Marin reçoit de la Société de Notre-Dame de Montréal une concession de dix perches de face, à partir du fleuve Saint-Laurent, et de trente arpents de profondeur, en dessous du Côteau Saint-Louis. Des partenaires de la Grande Recrue, aussi charpentiers, Pierre Gaudin (Godin) dit Chastillon (1630-1687) et René Bondy, se font également concéder le même jour des terres jouxtant la sienne.

Devant le notaire Lambert Closse, Marin accepte d’annuler son contrat d’engagement et reçoit en compensation de Maisonneuve la somme de 500 livres, qu’il ne devra remettre que s’il quitte l’île. Il s’engage à défricher cette terre, à la mettre en valeur, à payer aux Seigneurs une censive annuelle de trente deniers par arpent et à accepter qu’une partie de ses terres soient utilisées par ces derniers pour créer des chemins.

Les trois voisins s’engagent également à construire une redoute de « vingt pieds en carré… et de seize pieds de hauteur » au haut du côteau et de rénover l’autre redoute déjà existante en bas du coteau.

Le , Marin signe un contratArchives judiciaires de Montréal, Greffe de Bénigne Basset, 27 novembre 1655. avec le scieur de long Jean Leduc, d’Igé en Perche, dans lequel ce dernier lui cède son emplacementd’un arpent en ville ainsi que sa maison de 600 pieds carrés soit la 12e  maison construite sur l’île. En échange, Leduc demande à Marin de rembourser aux Sulpiciens la somme de 300 livres qu’il avait reçue en promettant de s’établir à Ville-Marie et de lui construire une maison de trente pieds sur vingt pieds, conforme à celle qu’il échange.

Mariage et vie de famille vignette|339x339px|Contrat de mariage de Marin Jannot et de Françoise Besnard Le , Marin signe un contratArchives nationales du Québec à Montréal (BaNQ) de mariage avec la devancière Françoise Besnard (c.1627-1707), fille de Pierre Besnard et de Catherine Riverin, originaire de Vouvray-sur-Loir, de l’ancienne province du Maine, aujourd’hui dans le département de la Sarthe. Le contrat, préparé par le notaire Jean de Saint-Père, porte les signatures de plusieurs habitants illustres de la petite bourgade, notamment Paul de Chomedey de Maisonneuve et Jeanne Mance. Le mariage est célébré par le Jésuite Claude Pijart le dans la petite chapelle Notre-Dame.

Une première fille, Cécile, naît à Ville-Marie le . Ses parrain et marraine sont Lambert Closse et Jeanne Mance. Cécile épouse à Ville-Marie le tailleur guyennais André Carrière (1640-1731) le , et donne naissance à dix enfants. Elle s’éteint à Ville-Marie le .

Une deuxième fille, Françoise, naît à Ville-Marie le . Elle y épouse, le , Antoine Bazinet dit Tourblanche (1647-1729), ancien soldat de Carignan du Régiment de La Motte. Ils s’établissent dans la petite bourgade naissante de la Pointe-aux-Trembles, et y auront neuf enfants. Françoise y décède le .

Un premier garçon, Pierre, naît le à Ville-Marie. Il y épouse, le , Catherine Pétronille Tessier dit Lavigne (1670-1751), la fille du pionnier et scieur de long Urbain Tessier dit Lavigne, de Châteaux-en-Anjou, et de Marie Archambault. Comme Françoise et Antoine, ils vont s’installer eux aussi à la Pointe-aux-Trembles, où ils élèvent leurs quatorze enfants. Pierre y est enterré le .

Un deuxième garçon, Robert, naît le à Ville-Marie. Comme sa sœur Françoise et son frère Pierre, il se retrouve lui aussi à l’âge adulte dans la petite bourgade de la Pointe-aux-Trembles et y épouse, le , Marie Thérèse Anne Langlois dit Lachapelle (1669-1745), fille du pionnier et chapelier parisien Honoré Langlois dit Lachapelle et de Marie Pontonnier. Ils y élèvent leurs six enfants. Robert y décède le .

Finalement, le , un troisième garçon et dernier enfant du couple naît à Ville-Marie. Il s’agit de Jean, qui malheureusement, s’éteindra moins de deux semaines plus tard le .

Vie communautaire Plusieurs documents officiels démontrent l’implication de Marin dans sa communauté. On retrouve ainsi sa signature sur plus de vingt-cinq documents officiels pour la période de 1653 à 1664.

Le , soit le premier été après son arrivée en Nouvelle-France, il souscrit à une aumône pour la construction de l’église paroissialeGilles Lauzon et Madeleine Forget, L’Histoire du Vieux-Montréal à travers son patrimoine, Les Publications du Québec, Québec, 2004, p 38-39. Le suivant, devant le greffier et tabellion Lambert Closse, il signe comme témoin sur le contrat de mariagePRDH-IGD, op. cit. # 878 de son voisin Pierre Godin et de Jeanne Roussilière, ainsi que sur celui de Pierre Vilain et de Catherine LorionPRDH-IGD, op. cit. #47199.

Le , toujours devant Lambert Closse, il signe, comme vingt-cinq autres habitants de Ville-Marie, un contratArchives nationales du Québec à Montréal (BaNQ), cn602-s92, greffe du notaire Lambert Closse. avec le chirurgien Étienne Bouchard obligeant ce dernier à le soigner ainsi que sa femme et ses enfants moyennant un montant annuel de 100 sols par personne. Le , Françoise Besnard est condamnée pour avoir commis des excès sur la personne du chirurgien Étienne Bouchard, sur la voie publique. Une défaillance à son engagement serait à l’origine de la colère de Françoise à son égard

Une semaine plus tard, soit le , Monsieur de Maisonneuve témoigne que Marin a remis 24 minots de blé à l’église, comme l’ont fait ses voisins Pierre Godin et René Bondy.

Le , devant Lambert Closse, Marin confie au charpentier Jean Lemercher la tâche « de dresser et faire se joindre l’une à l’autre six cents planches de sapin d’un pouce d’épaisseur, pour quoi il lui promet 62 livres tournois ».

On le retrouve le receveur des offrandes et aumônes faites à la paroisse, en compagnie de Pierre Gadois et de Robert Cavelier dit Deslauriers.

En 1656, Marin devient le représentant élu, syndic, des habitants de Ville-Marie auprès du gouverneur et du Conseil de Québec. Créée en Nouvelle-France par une promulgation royale du , cette charge fait de Marin un gestionnaire de la seigneurie, conservant et mettant en œuvre les ordonnances du gouverneur. Il doit également gérer, au profit de la communauté des habitants de Montréal, l’argent provenant éventuellement de la vente des terres reprises pour non-observance des conditions de concession. Marin succède ainsi à Jean de Saint-Père, notaire, greffier et premier syndic de l’histoire de la petite bourgade, assassiné avec son beau-père Nicholas Godé et le serviteur Jacques Noël, par un groupe d’Onneiouts, une des six nations iroquoises, le .

Marin conserve ce poste pendant quatre ans. Il appose sa signature, pendant cette période, sur une vingtaine de documents notariés officiels. Sa signature apparaît notamment sur le contrat de mariage de Nicolas Millet dit le Beauceron et de Catherine Lorion, sur celui de Pierre Gadois et de Marie Pontonnier ainsi que celui de Lambert Closse et d’Élisabeth Moyen. Il appose également sa signature sur le documentpar lequel monsieur de Maisonneuve concède une terre à Marguerite Bourgeoys, le , pour la création de la première école de Ville-Marie. Enfin, en tant que syndic, il doit gérer les successions lors d’événements malheureux, dont celles suivant les décès tragiques de ses amis Jean de Saint-Père et Lambert Closse.

Avec de nombreux autres habitants de Ville-Marie, il est confirmé le .

Au printemps 1661, alors qu’il travaille sur la terre d’Urbain Tessier dit Lavigne, Marin, de même que plusieurs autres habitants, est fait prisonnier par un groupe d’Agniers qui les transfèrent par la suite dans un village onnontagué. Marin, de même que huit autres prisonniers, sera ramené à Ville-Marie en octobre de la même année par le grand chef Onnotagué Garakontié. Il témoignera de son aventure une semaine plus tard lors d’une assemblée des habitants de la commune.

En 1663, Marin Jannot devient soldat de la escouade de la Milice de la Sainte-Famille à Ville-Marie. Décès d'un pionnier Le dernier document officiel sur lequel on retrouve la signature de Marin est un procès-verbal daté du . vignette|Décès de Marin Jannot.|253x253px Marin se noie accidentellement dans le fleuve Saint-Laurent le . On retrouve son corps à la hauteur de Trois-Rivières. Le Père Le Moyne lui donne la sépulture chrétienne à Ville-Marie le .

La rue Joseph-Janot, à Pointe-aux-Trembles, porte le nom du petit-fils de Marin, établi sur la terre de son père Pierre et de sa mère Catherine Pétronille Tessier dit Lavigne.

Postérité

Un nouveau départ pour Françoise Besnard À Montréal, le , un an après le décès de son mari, Françoise Besnard convolait avec Guillaume Bouchard, fils de Laurent et de Nicole Bourguignon, de Neufchâtel, Pas-de-Calais. Une fille, Marie, naît de ce mariage le . Marie unira sa vie à Jean-Baptiste Griveau Boisjoli.

Le , elle affermait à Charles Gervaise une terre dans la banlieue de Montréal et lui renouvelait le bail les et .

Son fils, Pierre Jannot dit Lachapelle, lui payait une pension viagère le , le jour même où elle vendait une portion de terre à Nicolas JanvrinGreffe Adhémar, 8 mars 1698, minute no. 1774, Le Bulletin des recherches historiques, no. 170, vol. 66, Direction Antoine Roy, Archives nationales du Québec (BaNQ)..

Le , Françoise, veuve de Marin Jannot, c’est ainsi que l’on désigne l’acte, faisait une vente à Claude de Ramezay. vignette|Sépulture de Françoise Besnard|246x246px

Décès de Françoise Besnard Françoise décède à l’Hôtel-Dieu de Montréal le vers l’âge de 79 ans.

Quelques descendants notoires Voici quelques descendants de Marin Jannot et de Françoise Besnard qui se sont illustrés au fil des ans.

Hormidas Jeannotte, notaire, député fédéral de l’Assomption de 1892 à 1896 ; Jean-Paul Jeannotte, chanteur d’opéra ; Andrée Lachapelle, comédienne ; Guy Lachapelle, professeur de science politique, Université Concordia ; Mariloup Wolfe, comédienne et réalisatrice ; Dan Jeannotte, comédien. Devoir de mémoire

Plaques commémoratives vignette|Plaque apposée dans l'église de La Chapelle-Monthodon.