L'ESCP, historiquement École supérieure de commerce de Paris et également dénommée ESCP Business School, est une grande école de commerce française constituée sous la forme d'un établissement d'enseignement supérieur consulaire (EESC).
Fondée à Paris en 1819, l'ESCP se présente comme la plus ancienne école de commerce au monde encore en activité. L'établissement est implanté sur six campus européens, situés à Paris, Londres, Berlin, Madrid, Turin et Varsovie.
L'établissement dispense des formations en management, économie, finance et sciences sociales en formation initiale et continue. Son cursus historique est le Master in Management, ou « Programme Grande École », accessible notamment après une classe préparatoire aux grandes écoles et conférant le grade de master. Il propose également des bachelors, des masters of science et un MBA. Ces cursus sont organisés entre les différents campus européens de l'établissement et permettent aux étudiants d'effectuer une partie de leur formation dans plusieurs pays.
En France, l'ESCP est traditionnellement considérée, avec HEC Paris et l'ESSEC, comme l'une des trois grandes écoles de commerce communément désignées comme les « Parisiennes ». À l'échelle européenne, l'établissement figure régulièrement parmi les premières écoles de commerce du classement du Financial Times ; il y occupe la quatrième place en 2025.
Histoire École supérieure de commerce de Paris vignette|droite|L'hôtel de Sully, qui accueille l'école parmi ses premières implantations parisiennes. vignette|Le campus de l'École supérieure de commerce de Paris, avenue de la République, au début du . L'établissement est fondé en 1819 sous le nom de l’École spéciale de commerce et d'industrie par deux négociants, Germain Legret, auparavant employé de l'imprimerie des armées, et Amédée Brodart, ancien soldat de Napoléon.
Il ne s’agit toutefois pas de la première école de commerce à avoir été créée. Plusieurs tentatives de création d’établissements d’enseignement commercial avaient déjà eu lieu en Europe, notamment à Lisbonne en 1759, à Hambourg en 1768, à Brême en 1778 et à Mulhouse en 1781. L'un des fondateurs de l'école, Germain Legret, avait d'ailleurs ouvert deux autres écoles de commerce à Paris, en 1815 puis en 1818, qui avaient cependant rapidement fermé leurs portes. Les établissements antérieurs ayant par la suite disparu ou changé de statut, l’école fondée en 1819 se présente ainsi comme la plus ancienne école de commerce du monde encore en activité.
Les deux fondateurs de l'école s'inspirent du projet de Vital Roux, qui préconise un enseignement pratique du commerce fondé sur la simulation d'opérations commerciales de complexité croissanteExposé de Jean-Pierre Nioche, Professeur, in « Pratique et théorie dans l’enseignement de la gestion ». Intervention à l’école de Paris du management, le 20 mai 1997.. Pour développer le nouvel établissement, Vital Roux obtient par ailleurs le soutien de l'économiste Jean-Baptiste Say, figure de l'école libérale française, qui apporte au projet une caution scientifique.
Lors de sa première année, l'école accueille 60 élèves, principalement issus de familles de marchands, qui acquittent à l'avance leurs frais de scolarité en or. Son développement s'inscrit dans le contexte de la révolution industrielle et répond notamment à la volonté de la bourgeoisie marchande et bancaire de disposer d'une formation spécifiquement consacrée aux affaires.. L'institution s'attache à diffuser, dans la France de l'époque, les principes de l'économie politique et de la liberté commerciale. Les textes fondateurs de l'établissement témoignent également d'une ambition patriotique. L'école se doit, tout comme les autres écoles de commerce créées par la suite en France, d’être un instrument de développement économique du pays contre ses adversaires, d’abord l’Angleterre puis l’Allemagne.
À ses débuts, le programme pédagogique de l'établissement comprend un enseignement général en écriture, en langues étrangères, arithmétique et géographie, ainsi que des enseignements spécialisés propres à l'école : tenue des livres, comptabilité, règles et usages du commerce. Des exercices et travaux pratiques dans le musée commercial de l'école sont également proposés aux élèves. Cet enseignement pratique participe ainsi, dès les années 1820, à la formation d'entrepreneurs, en préparant les élèves à la création, à la gestion et au développement d'activités commerciales.
Selon la pédagogie imaginée par Vital Roux, les élèves sont progressivement confrontés à des situations concrètes. Après avoir acquis les techniques et les principes élémentaires du monde des affaires, ils sont mis en situation de gérer une maison de commerce comprenant plusieurs boutiques et produits, avant de reproduire ces opérations à l'échelle internationale. Les exercices portent notamment sur le négoce, la banque, le crédit et le transport ; ils comprennent également des simulations de séances de bourse et de règlement de litiges devant un tribunal de commerce fictif. Cette approche préfigure la pédagogie fondée sur l'étude de cas, aujourd'hui utilisée dans la plupart des écoles de commerce à travers le monde.
L'établissement attire rapidement des étudiants internationaux. À titre d'exemple, la promotion de 1824 comprend 118 élèves, dont 36 étrangers : 7 Espagnols, 2 Havanais, 5 Brésiliens, 5 Hollandais, 4 Allemands, 2 Grecs, 2 Portugais, 2 Américains, 2 Chiliens, 1 Savoyard, 1 Italien, 1 Suédois, 1 Russe et 1 Haïtien. La dimension internationale du cursus se manifeste également par l'organisation de voyages d'études de trois à six mois dans des ports français et étrangers, au cours desquels les élèves visitent notamment des manufactures. Cette ouverture internationale n'est toutefois pas propre à l'établissement, d'autres écoles de commerce et certaines écoles polytechniques européennes accueillent également des étudiants étrangers dès le début du .
L'école cherche par ailleurs à conférer à l'enseignement commercial une légitimité comparable à celle des grandes écoles d'ingénieurs. Les élèves portent ainsi à l'extérieur de l'établissement un uniforme semblable à celui des élèves de l'École polytechnique, dont il se distingue par une bande blanche sur le pantalon. Le droit de sortir en uniforme leur est par la suite retiré par le ministère après la participation de certains élèves à une échauffourée lors d'une sortie à Vincennes.
En 1825, les industriels Jean-Baptiste Say et Jean-Antoine Chaptal font partie du conseil de perfectionnement de l'école. En 1830, sur la recommandation de Jean-Baptiste Say, son disciple Adolphe Blanqui, alors professeur d'histoire commerciale et d'économie politique dans l'établissement, reprend l'école. Sous sa direction, celle-ci connaît une période de développement et prend le caractère d'une entreprise familiale, dans laquelle Blanqui engage notamment ses propres fonds. À sa mort en 1854, son adjoint Guillaume-François Gervais, dit Gervais de Caen, lui succède à la tête de l'établissement. Après le décès de ce dernier en 1867, Jeanne Blanqui, fille d'Adolphe Blanqui, hérite de l'école alors qu'elle n'a que 17 ans. Elle n'a alors d'autre choix que de vendre l'établissement, qu'elle cède en 1869 à la Chambre de commerce de Paris. Cette cession met fin à plusieurs décennies de gestion familiale et fait entrer l'école dans le giron consulaire.
Après son acquisition par la Chambre de commerce, l'école s'inscrit dans un mouvement plus large de développement de l'enseignement commercial en France. Son modèle essaime en province avec la création d'écoles supérieures de commerce au Havre et à Rouen en 1871, puis à Lyon et Marseille en 1872.
L'organisation des enseignements de l'école connaît également plusieurs évolutions. Jusqu’en 1871, le cursus est organisé en « comptoirs », correspondant aux différentes années d’études.. Les enseignements se spécialisent par la suite, avec la création d'une section de navigation maritime en 1908, d'une section coloniale en 1913 et d'une section hôtelière en 1916.
L'École spéciale de commerce et d'industrie de Paris s’établit d'abord dans les locaux de la banque Laffitte, rue de Grenelle-Saint-Honoré, qui l'héberge, avant de s’installer à l’hôtel de Sully. Puis, sous le nom de l'École supérieure de commerce, elle s'implante au 47 rue des Tournelles de 1830 à 1832, puis au 59 boulevard Beaumarchais de 1832 à 1838 et enfin au 102 rue Amelot.. Finalement, le , l'école s'installe dans ses nouveaux locaux du 79 avenue de la République, à Paris, inaugurés en présence du président de la République Félix Faure. Ce site, où elle est toujours implantée aujourd'hui, comprend donc des bâtiments datant de la fin du , ainsi qu'un immeuble plus récent, édifié en 1970 par l'architecte d'origine suisse Léonard Morandi.
En 1970, l'établissement s'ouvre à la mixité. Quatre femmes sont admises au concours, mais seule Joëlle Le Vourc'h choisit de l'intégrer, devenant la première étudiante de l'école et la première femme à intégrer l'une des grandes écoles de commerce parisiennes.
À partir des années 1970, l’École supérieure de commerce de Paris, couramment surnommée « Sup de Co Paris », accorde progressivement une place plus importante à l'entrepreneuriat dans ses enseignements. Des cours spécialisés sont d’abord introduits, puis des mastères spécialisés dans ce domaine sont créés au cours des années 1990. Depuis cette période, l’entrepreneuriat occupe une place croissante dans les formations et les activités de l’établissement.
ESCP-EAP puis ESCP Europe vignette|Le campus de Montparnasse, rue Armand-Moisant à Paris, repris par l'ESCP Europe en 2017. En 1999, l'ESCP fusionne avec l'École européenne des affaires (EAP), à l'initiative de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris (CCIP), dont dépendent alors les deux établissements. Le nouvel ensemble prend le nom d'ESCP-EAP European School of Management. La fusion associe l'implantation historique et les formations de l'ESCP au modèle européen développé par l'EAP depuis les années 1970, fondé sur un cursus transnational et plusieurs implantations en Europe. Elle est officiellement consacrée par un arrêté du 17 juillet 2000, qui réunit les deux établissements au sein de l'« École supérieure de management ESCP-EAP » à compter de l'année universitaire 2000-2001.
Créée en 1973, l'EAP avait été conçue selon un modèle de formation européen reposant sur la mobilité des étudiants entre plusieurs implantations. L'établissement développe au cours des années 1970 des sites au Royaume-Uni et en Allemagne : l'implantation britannique, établie à Oxford en 1974, complète le site parisien, tandis que l'implantation allemande, initialement située à Düsseldorf, est transférée à Berlin en 1985. Un quatrième site est ensuite ouvert à Madrid en 1988.
Au cours des années 2000, l'ESCP-EAP poursuit le développement de ce modèle multi-campus. En 2004, elle ouvre à Turin sa cinquième implantation européenne. La même période voit le transfert de l'implantation britannique d'Oxford à Londres, où elle s'établit en 2004.
Le 9 avril 2009, ESCP-EAP prend le nom d'ESCP Europe. Ce changement de dénomination, intervenu dix ans après la fusion avec l'EAP, vise à affirmer davantage la dimension européenne de l'établissement, alors organisé autour de cinq campus à Paris, Berlin, Londres, Madrid et Turin. Un sixième campus européen est ouvert en Europe centrale, à Varsovie, en 2015, dans le cadre d'un partenariat avec la Kozminski University, portant notamment sur la formation et la recherche.
En 2015, le lancement du Bachelor in Management marque une diversification des voies de recrutement de l'école au-delà de son cursus historique après classe préparatoire. Cette formation post-baccalauréat en trois ans, à dimension internationale, vise notamment à attirer des étudiants étrangers ainsi que des bacheliers français envisageant de poursuivre leurs études à l'étranger.