Calogero Vizzini dit Don Calò, né le à Villalba, en Italie, et mort le dans la même commune, est un chef historique de Cosa Nostra, parrain de la ville de Villalba, dans la province de Caltanissetta, en Sicile. Vizzini est considéré comme l'un des plus influents chefs de la Mafia sicilienne après la Seconde Guerre mondiale et jusqu'à sa mort en 1954. Dans les médias, il a souvent été dépeint comme le Capo di tutti capi (chef des chefs), bien qu'une telle position n'existât pas dans la structure de Cosa Nostra.

Il est l'archétype de la figure paternaliste de l'« homme d'honneur » de la Mafia rurale qui a disparu dans les années 1960 et 1970. À son époque, un mafioso est considéré comme un intermédiaire social et un garant de l'ordre et de la paix sur son territoire. Bien qu'il ait utilisé la violence pour établir sa position dans la première partie de sa carrière, il a par la suite limité le recours à la violence, se tournant vers des sources de revenus légales, et exerçant son pouvoir d'une manière ouverte et légitime.

Vizzini est le personnage central dans l'histoire du soutien de la Mafia aux forces alliées lors de l'invasion de la Sicile en 1943. Après la Seconde Guerre mondiale, il est la personnification du rétablissement de Cosa Nostra durant l'occupation alliée, parallèlement à la restauration de la démocratie en Italie après la répression du régime fasciste. Initialement, il soutient le mouvement séparatiste sicilien, mais il change d'allégeance et s'allie aux démocrates chrétiens, quand il devient clair que l'indépendance sicilienne est impossible.

Quand il meurt en 1954, des milliers de paysans vêtus de noir, des mafiosi de haut rang, des politiciens et des prêtres prennent part à ses obsèques.

Biographie Jeunesse à Villalba

Vizzini est né à Villalba, un village de la province de Caltanissetta ayant une population d'environ habitants à l'époque. Cette région du centre de la Sicile, le Vallone, était une région pauvre où la plupart des gens vivaient de l'agriculture vivrière. Son père, Beniamino, était un paysan, mais s'est arrangé pour se marier avec une fille d'une famille un peu plus aisée possédant quelques terres. Un homme de sa famille maternelle, Giuseppe Scarlata, était parvenu jusqu'à un rang élevé dans l'Église catholique. Les frères de Calogero, Giovanni et Giuseppe, sont tous deux devenus prêtres. Giuseppe Vizzini est devenu l'évêque de Noto. Calogero Vizzini, toutefois, était à moitié illettré et n'est pas allé au terme de son parcours scolaire à l'école élémentaire.

La Mafia de Villalba était relativement récente, et ne remontait pas aux années 1860, comme les historiens le supposent pour la Mafia de la région de Palerme. Elle a commencé comme une forme de protection privée et ne concernait pas de grands domaines comme c'est le cas dans la plupart des autres régions rurales, où de nombreux mafiosi ont commencé en tant que gardiens, gérants ou collecteurs (gabelloto) pour des grands propriétaires terriens absents.

Dans les années 1890, quelques personnes, dont le jeune Calogero Vizzini, décident d'agir contre l'absence de paix et de sécurité dans les environs. La police de l'État était à cette époque autant un problème et un danger pour la population que les brigands. La Mafia de Villalba a ainsi émergé comme un système de régulation alternatif, basé sur l'adhésion d'associations soutenues par l'église et engendrant un capital social considérable. Plus tard, ce système se transformera en racket de protection, dont seront victimes aussi bien les villageois que les propriétaires terriens, et qui se perpétuera par la violence, l'intimidation et l'omerta.

Don Calò a expliqué comment il concevait la Mafia, lors d'une interview par un journaliste italien très célèbre, Indro Montanelli, pour le Corriere della Sera, le : « Le fait est que toute société a besoin d'hommes dont la tâche consiste à régler les problèmes quand ils se posent. En général, ce sont les représentants de l'État, mais par endroits, là où l'État n'existe pas ou qu'il n'est pas assez fort, il y a des personnes qui... » Le journaliste demande alors s'il fait allusion à la Mafia. « La Mafia !, dit Don Calò en souriant. La Mafia existe-t-elle vraiment ? ». À un moment, le dossier de police sur Vizzini incluait 39 meurtres, 6 tentatives de meurtres, 13 actes de violence, 36 cambriolages, 37 vols et 63 actes extorsions.

Débuts dans la Mafia

Calogero Vizzini devient un cancia, c'est-à-dire un intermédiaire entre les paysans qui veulent moudre leur blé, et les meuniers des moulins situés près de la côte. Les mafiosi, ne tolérant aucune concurrence contrôlent les moulins. Dans le cas de Villalba, les moulins sont à . Acheminer le blé jusqu'aux moulins n'est pas chose facile, sur des routes infestées de bandits. Vizzini organise la protection avec le bandit Francesco Paolo Varsallona, dont la cachette se trouvait dans les montagnes de Cammarata. Varsallona, réputé être un « homme d'honneur » (mafioso), a également fourni des hommes aux propriétaires terriens nobles pour réprimer des révoltes paysannes. Vizzini se joint à la bande de Varsallona tout en menant son affaire de cancia. Les deux hommes sont arrêtés en 1902, quand la bande de Varsallona tombe dans un piège tendu par la police. Vizzini est jugé avec le reste de la bande pour « association en vue de commettre un crime », mais est l'un des rares à être acquittés. Cet épisode a eu peu d'incidence. En 1908, Vizzini s'octroie le domaine Castel Belici, appartenant à Roger Thomas de Barbarin, qui résidait à Paris. Vizzini garde pour lui-même du domaine Castel Belici, soit près du tiers, et conclut un accord avec la banque régionale Cassa Rurale afin qu'elle loue le reste des terres aux paysans de Villalba. Le président de la banque, Angelo Scarlata, prêtre du village et oncle de Vizzini, écrira : "L'idéal était atteint, l'usure avait presque complètement disparu, les oppresseurs et les intermédiaires étaient éliminés. Le paysan a reconquis, avec sa liberté, l'amour des champs et du travail ; maintenant qu'il est devenu gabellotto et qu'il travaille pour son propre compte [...], il sait que la sueur qu'il verse lui procurera des biens en abondance".

Pendant et après la Première Guerre mondiale

En 1914, au déclenchement de la Première Guerre mondiale, Vizzini est le chef incontesté de la Mafia à Villalba. La guerre procure aux mafiosi de nouvelles opportunités d'enrichissement quand l'armée italienne réquisitionne des chevaux et des mules en Sicile pour la cavalerie et l'artillerie. Vizzini parvient à conclure un arrangement avec la commission militaire pour que lui soit déléguée cette responsabilité. Il collecte une taxe sur les animaux dont les propriétaires souhaitent éviter la réquisition. Il fournit également à l'armée des bêtes en mauvaise santé et peu aptes au service, mais « maquillées », achetées à bas prix et cédées aux prix du marché.

Cependant, trop de chevaux et de mules sont morts de maladie ou de vieillesse avant même d'atteindre le champ de bataille, et l'armée lance une enquête. En 1917, Vizzini est condamné à 20 ans en première instance, pour fraude, corruption et meurtre (des paysans récalcitrants avaient été tués et certains officiers menacés), mais il est finalement acquitté grâce à des amis puissants qui l'exonèrent de ces charges, tandis que les officiers qui avaient témoigné contre lui sont poursuivis pour faux témoignage. Pendant la guerre, Vizzini fait fortune avec le marché noir, et étend ses activités aux mines de soufre. En tant que représentant d'un consortium de directeurs de mines de soufre, Vizzini participe à des réunions au sommet à Rome et Londres, concernant les subventions gouvernementales et les prix, aux côtés de personnes comme Guido Donegani, fondateur de la compagnie de produits chimiques Montecatini, et Guido Jung, ministre des Finances du gouvernement fasciste de Benito Mussolini.

Don Calò accroit sa fortune en 1922, en menant des groupes de paysans mécontents qui s'emparent des terres des propriétaires terriens aristocratiques absents. Vizzini achète trois domaines dans la région de Villalba. Il les divise et les remet, soi-disant gratuitement, à une coopérative qu'il avait fondée. Selon un villageois, bien que chaque paysan ait obtenu une parcelle, Don Calò s'est tout de même approprié plus de acres ().

À cette époque, selon le sociologue allemand Henner Hess, Vizzini pouvait facilement se faire élire lui-même comme député au parlement italien. Néanmoins, il préfère rester sur le terrain et au lieu de conseiller les électeurs et les élus, joue le rôle de bienfaiteur généreux, solidifiant ainsi sa clientèle et son prestige. Les autorités, quant à elles, l'ont enregistré comme un dangereux criminel. Un rapport de police de 1926 décrit Vizzini comme « un dangereux voleur de bétail, le chef de la Mafia de la province, lié à d'autres voleurs de bétail et des mafiosi d'autres provinces. »

Avec l'ascension de Benito Mussolini et du régime fasciste, la situation de Vizzini change. Mussolini ne tolérait pas un pouvoir rival en Sicile. Il nomme Cesare Mori à la fonction de préfet de Palerme, et lui octroie des pouvoirs spéciaux pour persécuter la Mafia. Vizzini a prétendu avoir été emprisonné par Mori, mais il n'y en a aucune trace dans les archives. Il a plus probablement été assigné à résidence dans le cœur de la Sicile, sans que l'on puisse savoir exactement dans quelle ville. Malgré ce confinement, Vizzini était régulièrement vu à Villalba et Caltanissetta.

Rôle dans l'invasion alliée de la Sicile

En , Calogero Vizzini aurait prétendument aidé l'armée américaine durant l'opération Husky, l'invasion de la Sicile par les Alliés durant la Seconde Guerre mondiale. Du côté des États-Unis, l'Office of Naval Intelligence (ONI), les services secrets de la Marine, a sollicité le concours de mafiosi américains, pour protéger les docks de New York d'éventuelles opérations de sabotage de l'Axe. L'ONI a collaboré avec le puissant chef mafieux emprisonné Lucky Luciano, et son partenaire Meyer Lansky dans ce qui a été baptisé Opération Underworld. Ces contacts avec la Mafia ont également été exploités par l'Office of Strategic Services (OSS), ancêtre de la CIA, durant l'invasion de la Sicile. Plus tard, cette alliance a été maintenue en vue de contenir l'influence croissance du Parti communiste italien sur l'île.

Selon un mythe populaire, un avion de l'armée américaine aurait survolé Villalba le jour de l'invasion et largué un foulard en soie jaune marqué d'un « L » noir (signifiant « Luciano »). Deux jours plus tard, trois chars américains auraient atteint Villalba après avoir roulé sur en territoire ennemi. Don Calò aurait grimpé dans l'un d'eux et aurait passé les six jours suivants à travers l'Ouest de la Sicile, organisant le soutien à l'avancée des troupes américaines. Au cours de la progression de la du général Patton, les signes de sa dépendance vis-à-vis l'aide de la Mafia devenaient évident pour la population locale. La Mafia a protégé les routes des snipers, a encouragé des manifestations de bienvenue pour les Américains, et fourni des guides pour les terrains montagneux.

Les mafiosi ont aidé l'armée américaine, mais des recherches récentes ont démontré que l'histoire du foulard de Luciano n'était qu'une légende. Vizzini était inconnu dans d'autres régions de la Sicile que la sienne et ne pouvait avoir de pouvoir global depuis que les opérations du préfet Mori avaient en partie démantelé les connexions entre clans de la Mafia. Selon l'historien Salvatore Lupo : « Le récit du soutien de la Mafia aux Anglo-Américains lors de l'invasion de la Sicile n'est qu'une légende sans fondement, au contraire des documents britanniques et américains concernant la préparation de l'invasion réfutent cette hypothèse. La puissance militaire des Alliés était telle qu'il n'avaient nul besoin d'un tel soutien. » .