thumb|right|Ce martyr, militaire du , porte quatre vêtements superposés, chacun richement orné: un manteau avec tablion recouvrant une dalmatique courte, une autre épaisseur non identifiée, ainsi qu’une tunique.

Le vêtement byzantin évolua à partir des vêtements portés pendant l’Empire romain (27 av. J.-C. – 476 apr. J.-C.), y ajoutant couleurs et motifs importés par les marchands venus d'Orient et du Moyen-Orient ainsi que de l’influence et des traditions des peuples qui furent associés d'une façon ou d'une autre à l'Empire. Avec le temps, il atteindra une variété et une richesse de couleurs, de tissus et d’ornementation dépassant de beaucoup les périodes fastes de Rome. Le vêtement de base au début de l’Empire byzantin était la tunique*On trouvera à la fin du texte un glossaire expliquant les mots suivi d’un astérisque pour les deux sexes ainsi que la toge* pour les hommes et la stola* pour les femmes. Peu à peu, la toge cessera d’être portée sauf lors d’occasions solennelles, et sera remplacée par la dalmatique* ou par une chemise à longues manches et ourlets, alors que la stola* continuera d’être le vêtement féminin de dessus, auquel on ajoutait un paludamentum* ou long manteau à capuchon pour l’extérieur.

Les Byzantins appréciaient la couleur et les motifs divers que rapportaient les marchands de leurs voyages en Orient. Les rouges profonds, les bleus, verts et jaunes de toutes nuances firent leur apparition sur les vêtements des riches alors que la couleur pourpre était réservée à l’empereurEncyclopedia of fashion, para 3..

À partir du règne de Justinien au , et l’introduction du ver à soie à Constantinople, les ateliers impériaux produiront et exporteront des tissus aux motifs variés, en particulier de la soie tissée et brodée pour les riches ainsi que des tissus résistants à la teinture et imprimés pour les couches moins fortunées de la société. Souvent une bordure extérieure ou passementerie sur les bords les agrémentait alors que de minces bandes en nombre variable le long du corps ou des bras indiquaient la classe ou le rang. Les goûts des classes moyennes et supérieures étaient dictés par les styles en vogue à la cour. Comme en Occident durant le Moyen Âge, les pauvres devaient se contenter de porter les mêmes vêtements tout au long de l’année en raison de leurs prix élevésPayne (1992) ; de plus les vêtements féminins devaient pouvoir s’adapter aux modifications du corps au cours des grossessesDawson (2006) ..

Contrairement aux Romains dont les vêtements laissaient paraitre les bras et les jambes, les Byzantins, tant hommes que femmes, portaient des vêtements ne laissant paraitre que la tête, cols et manches étant serrés autour du cou et des poignets.

Les deux sexes aimaient également superposer diverses épaisseurs de vêtements, les hommes portant une tunique et des pantalons sous leur dalmatique* alors que les femmes portaient un long sous-vêtement sous leur stola* et un paludamentum* ou long manteau par-dessusEncyclopedia of fashion, para 2..

Les vêtements civils

thumb|left|Dans cette mosaïque de l’église San Vitale de Ravenne, on voit l’empereur Justinien vêtu beaucoup plus simplement que ses successeurs. Sa tenue toutefois est beaucoup plus riche que celles des gens qui l’entourent. Tous portent un tablion* en diagonale sur le torse. L’évêque dont les vêtements n’ont guère changé jusqu’à nos jours dans l’Église devait porter ce genre de tenue quotidiennement. Noter la présence de ce qui semble être des chaussures et des chaussettes.

À la suite des conquêtes de l’empire, les Byzantins emprunteront de nombreuses pièces de vêtements aux peuples d’Orient : le pantalon sera emprunté aux Huns ou aux Persans ; le tzitzakion aux Khazares ; les bottes molles, la tunique, le paragaudion, le kandys, le skamarangion, le collet, la tiare ovoïde seront empruntés aux Perses qui avaient eux-mêmes adopté le cavvadior, le skaranicon, le granatza originaires d’Assyrie, de même que le collier et le turban empruntés aux Mèdes« Costume civil » dans http://lecostumeatraverslessiecles.chez-alice.fr/Costumes/Moyen%20Age/empire_byzantin_civil.htm. Il faut noter que les termes utilisés pour décrire ces différents vêtements sont quelquefois incertains, car ils sont rarement mentionnés dans les images qui nous en sont restées et on n’en trouve pas de description dans les textes, spécialement lorsqu’il ne s’agit pas de vêtement portés à la cour.

Vêtements communs aux deux sexes

Sous leur tunique, les deux sexes portaient une camisia*, sous-vêtement fait de lin ou de soie destiné à protéger les riches tissus de la transpiration et des huiles corporelles« Byzantine Clothing » dans Martel Fashion, para 4..

Au début de l’Empire byzantin, la toge* romaine faisait encore office de vêtement officiel ou d’apparat pour les hommes. Mais dès l’époque de Justinien, on lui avait substitué la tunique* ou le long chiton* sur lequel les classes aisées ajoutaient d’autres vêtements comme la dalmatique*, sorte de tunique courte et pesante, portée surtout par les hommes, mais convenant aux deux sexes. S’arrêtant aux genoux du au , elle s’allongea jusqu’à toucher terre entre le et le , ressemblant finalement à un caftan turc aux et « Byzantine Clothing » dans Martel Fashion, para 2.. Les ourlets se rétrécissaient pour former une pointe. Le scaramangion*, vêtement d’influence persane, sorte de caftan à manches longues, était ouvert sur le devant et descendait généralement à mi-cuisse; lorsque porté par l’empereur, il était notablement plus long. De façon générale et, sauf pour les tenues militaires et pour l’équitation, les hommes des classes supérieures et les femmes portaient des vêtements qui descendaient pratiquement jusqu’aux chevilles.

Vêtements pour l'homme thumb|left|Dalmatique romaine/byzantine La chlamys (chlamyde*), manteau d'une seule pièce de tissu carré ou rectangulaire, sans couture mais avec une attache sur l'épaule droite laissant le bras dégagé fut portée pendant toute la durée de l’empire. Descendant généralement jusqu’aux hanches, mais parfois jusqu’aux chevilles, elle était beaucoup plus longue que celle que l’on retrouvait dans la Grèce antique. On en voit différents exemplaires sur les mosaïques de Ravenne où l’empereur et ses courtisans portent celle-ci avec une large broche ou fibule* sur l’épaule. Les membres de la classe sénatoriale portaient aussi le tablion*, panneau en forme de losange barrant la poitrine et dont la couleur ou le genre de broderie et de bijoux indiquait également le rang de celui qui le portait. En 388, l’empereur Théodose et ses coempereurs sont représentés dans le « missel de Théodose » portant le tablion* à hauteur des genoux, mais celui-ci aura tendance à remonter le long de la chlamyde comme on peut le voir sur les plaques d’ivoire datant de 413-414Kilerich (2000) . Le rang pouvait aussi être montré par le paragauda* ou bordure de tissu épais brodée de fils d’or. Les gens du peuple et les militaires pouvaient également porter un manteau oblong retenu sur l’épaule droite pour faciliter le mouvement ou saisir une épée; celui-ci n’était pas porté à la cour.

On portait également des hauts-de-chausses et des pantalons collants, mais ceux-ci ne figurent pas sur les portraits des riches personnages, étant généralement assimilés aux tenues des barbares, européens ou perses.

Même les vêtements les plus ordinaires semblent avoir été dispendieux pour les pauvres. Les travailleurs manuels représentés sur les images ou mosaïques continuent de porter, l’été à tout le moins, un très simple appareil fait de deux rectangles de tissus cousus au-dessus des épaules et sous les aisselles. Pour d’autres représentés en train de travailler on voit que les côtés de la tunique ont été reliés à la taille pour faciliter les mouvements.

Vêtements pour la femme

thumb|right|Le roi David entre la Sagesse et la Prophétie (Psautier du roi David, ). Le Roi est ici revêtu de la chlamyde (voir la section Glossaire).

Les femmes portaient souvent par-dessus leur sous-vêtement une stola*, longue robe à plis portée par-dessus la tunique, faite de brocard pour les riches et serrée à la taille avec ou sans ceinture.

Sauf pour les très riches, la modestie était une vertu cardinale à Byzance et la plupart des femmes n’apparaissaient en public que revêtues de vêtements sans forme qui devaient pouvoir s’adapter à une grossesse. Le vêtement de base, au début de l’empire, descendait jusqu’aux chevilles, entourait complètement le cou alors que les manches étaient serrées aux poignets. Les bords et les manchettes étaient souvent décorés de broderies avec une bande sur le haut du bras. Aux apparaissent des robes aux manches évasées, très volumineuses aux poignets, mais elles disparurent rapidement. Au travail, les femmes portaient les manches relevées.

À la cour, les robes avaient un collet en V. On voit souvent un superhémural partant de la base du cou et descendant vers les épaules faites de tissus richement brodés aux fils d’or et incrustée de pierres précieuses ou de perles (voir image de Marie d'Alanie, plus bas).

Les ceintures sont la norme, souvent avec crochets pour y accrocher la jupe ; elles sont faites de tissus plutôt que de cuir auxquels pendent des glands Dawson (2006) . L’ouverture du cou devait être boutonnée. Bien que cela soit difficile à distinguer sur les tableaux ou mosaïques, la chose s’avérait nécessaire ne serait-ce que pour donner le sein. Le vêtement de dessous, en tissu plein, n’était jusqu’au pas destiné à être vu; cependant après cette époque on commence à voir un collet empesé qui dépasse de la robeDawson (2006) .

thumb |left | La Nativité de Jésus d’après une toile de 1350 ; à noter les voiles portés par la Vierge et par la sage-femme.

Toutes sortes de voiles et coiffes couvraient les cheveux sauf à l’intérieur du foyer familial. Il arrivait qu’un chapeau soit porté sous le voile ou que celui-ci soit enroulé sous forme de turban. C’est surtout le cas pour les femmes au travail; les femmes appelées à aider à l’accouchement dans les scènes représentant la Nativité sont ainsi couvertes. Les premières représentations sont enveloppées à la façon d’un « 8 »; à partir du , elles sont plutôt enroulées de façon circulaire et probablement fixées dans une position. Aux et , les voiles et coiffes commencent à s’allongerDawson (2006) .

Les danseuses portent un costume distinct (voir image ci-dessous) comportant des robes sans manche ou à manches courtes, ces dernières étant peut-être la partie visible d’un sous-vêtement porté sous la robe. Elles ont de larges ceintures très serrées et leurs jupes ont des franges de couleurs variées probablement destinées à s’élever dans les airs en fonction des virevoltes de la danseDawson (2006) . Une remarque que fait Anne Comnène au sujet de sa mère laisse à penser que l’on prenait le plus grand soin de ne pas faire voir le bras plus haut que le poignetDawson (2006) .

thumb|right|David glorifié par les femmes d'Israël, Psautier de Paris; remarquer le costume des deux danseuses.

Bien que l’on ait suggéré que le voile couvrant le visage ait été une invention byzantineDawson (2006) en donne deux exemples, l’art byzantin ne montre aucune femme la face voilée, même s’il est habituel que la tête soit couverte. On croit généralement que la femme byzantine ne s’aventurait à l’extérieur de la maison qu’entièrement drapée et on ne la montre jamais dans l’artAngold (1995) . Les sources littéraires pour leur part ne permettent pas de faire la distinction entre un voile qui couvrirait la chevelure et un voile qui couvrirait l’ensemble de la face. Strabon écrivant au fait allusion aux femmes perses qui se voilaient le visageStrabon, Géographie, 11. 9-10. Au début du l’auteur chrétien Tertullien décrit les femmes arabes païennes dont la face est complètement voilée sauf pour les yeux, à la façon du niqabThe Veiling of Virgins, chap. 17. Cette tradition du Moyen-Orient remonterait donc à une période précédant l’Islam.

Chapeaux