vignette|redresse=1.8|Températures reconstituées dans quatre carottes glaciaires couvrant les , indiquant l'ampleur des événements de Dansgaard-Oeschger dans l'hémisphère Nord.

Un événement de Dansgaard-Oeschger, parfois abrégé en événement D–O, est une fluctuation rapide du climat durant le Pléistocène ( à ), avec une hausse rapide des températures suivie d'une baisse graduelle. Vingt-cinq se seraient produites durant la dernière période glaciaire. Certains scientifiques ont attribué à ces événements une périodicité de , mais ce point est resté controversé. L'équivalent pour l'Holocène () serait les événements de Bond. Plusieurs mécanismes ont été avancés pour tenter d'expliquer ces épisodes climatiques, mais sans susciter de consensus jusqu'à présent. Ce phénomène est nommé d'après ses découvreurs, dans les années 1970, Willi Dansgaard et Hans Oeschger.

Traces matérielles Historique Les « signaux » associés aux événements de Dansgaard-Oeschger sont, rétrospectivement, visibles dans la carotte d'origine du Greenland Ice Sheet Project (GISP), tout comme dans celles du Camp Century. Mais, à l'époque où ces carottes furent prélevées, l'intérêt et la signification de ces signaux furent minimisés. Willi Dansgaard et Hans Oeschger, en 1985, notent leur existence dans la carotte GRIP en tant que « violentes oscillations » du δO. Ils notèrent aussi leur apparente corrélation avec les événements consignés dans la carotte prélevée au Camp Century, plus loin, ce qui semblait montrer une anomalie climatique à grande échelle : s'il n'y avait eu qu'une seule carotte présentant ces signaux, ils auraient pu être dus à des fluctuations locales. Dansgaard et ses collègues spéculèrent quant au fait que cela aurait pu être dû à un mode quasi-stationnaire du système atmosphère-océan.

Mesures Les traces laissées par les événements de Dansgaard-Oeschger se trouvent dans les carottes glaciaires extraites au Groenland, lesquelles remontent jusqu'à la fin du dernier interglaciaire, l'Éémien, il y a environ . Si cette relation vaut également pour les périodes glaciaires précédentes, les données antarctiques devraient montrer des événements D-O pour ces périodes, à défaut de données issues du Groenland. Le travail de Stephen Barker et de ses collègues a montré que les données de l'Antarctique permettent de remonter jusqu'à près d'un million d'années.

Les traces dans les carottes antarctiques suggèrent que les événements D-O sont liés au maximum isotopique d'Antarctique par le mécanisme de couplage climatique des deux hémisphères (effet de « bascule climatique bipolaire »).

Effets vignette|redresse=1.5|Un zoom entre AP, montrant la corrélation de deux forages (carottes GRIP et NGRIP). Données concernant le δO.

Dans l'hémisphère nord, les événements D-O prennent la forme d'un réchauffement rapide, l'ordre de grandeur typique étant quelques dizaines d'années, suivi d'un refroidissement graduel. Ainsi, il y a , la température moyenne des glaces du Groenland a grimpé d'environ en 40 ans, en trois étapes de cinq ans. D'autres auteurs donnent une élévation de température de en .

Le déroulement d'un événement D-O consiste en une rapide élévation de température, suivie d'une période de refroidissement s'étendant sur plusieurs centaines d'années. Cette période froide voit une extension du front polaire, et la descente vers le sud de l'Atlantique nord de la glace flottante.

Les événements de Heinrich ne se produisent qu'à l'occasion des vagues de froid qui précèdent immédiatement les réchauffements de Dansgaard-Oeschger, ce qui conduit certains à suggérer que les cycles D-O peuvent causer ces événements ou, du moins, contraindre leur période d'apparition.

Causes Le processus qui expliquerait l'apparition et l'amplitude de ces événements (tels qu'ils sont consignés dans les carottes glaciaires) n'est pas élucidé. Le schéma dans l'hémisphère sud est différent, avec un réchauffement lent et de plus petites amplitudes thermiques. Cependant, les carottes glaciaires de Vostok ont été prélevées avant celles du Groenland et l'existence des événements de Dansgaard-Oeschger n'était pas connue à ce moment, car ils ont été mis en évidence grâce aux forages GRIP/GISP2. Il y a eu un réexamen des glaces de Vostok pour vérifier si ces événements étaient passés inaperçus.

Les événements D-O reflètent peut-être les changements dans la circulation océanique de l'Atlantique nord, possiblement déclenchés par l'afflux d'eau douce.

Ils peuvent être causés par l'amplification du forçage radiatif solaire ou par une cause interne au système terrestre, telle une « purge » cyclique de la glace qui, accumulée en masse, peut devenir instable, comme cela est envisagé pour les événements de Heinrich, ou alors une oscillation du régime des courants marins profonds.

Plus récemment, ils ont été attribués aux changements de la taille des calottes glaciaires et au taux de dioxyde de carbone atmosphérique. La première cause détermine la puissance de la circulation dans l'océan Atlantique par l'altération des vents d'ouest de l'hémisphère nord, le flux du Gulf Stream et le système de glace de mer. Le atmosphérique, quant à lui, module le transfert d'eau atmosphérique au travers des bassins de l'Amérique centrale, ce qui modifie l'afflux d'eau douce dans l'Atlantique nord et, par conséquent, ses courants. Cela suggère en outre l'existence d'une fenêtre de bistabilité, associant volume de glace et taux de dioxyde de carbone, expliquant la survenue des événements D-O lors des conditions glaciaires intermédiaires du Pléistocène supérieur.

Périodicité Les événements de Dansgaard–Oeschger pourraient suivre une périodicité. Une analyse spectroscopique des isotopes dans la carotte GISP2 montra un pic du δO tous les . Schulz (2002) postula une période régulière de , appuyé par Rahmstorf (2003). Si l'on examine seulement les les plus récents de la carotte GISP2, les variations de date sont de ± 12 % (± 5 % pour les cinq événements les plus récents, pour lesquels les dates sont plus précises). Néanmoins, les plus anciennes parties de GISP2 ne montrent pas une telle périodicité, non plus que les événements consignés dans la carotte GRIP. C'est peut-être dû au fait que les derniers de GISP2 sont datés plus précisément. La réponse climatique varie de 8 % à l’intérieur de la période. Les oscillations du système terrestre sont supposées être plus irrégulières durant ce temps. Stefan Rahmstorf suggéra que le schéma régulier pourrait être en lien avec un cycle orbital, mais aucun cycle de cette nature n'a été déterminé. Le cycle orbital le plus proche en durée, le cycle lunaire de , ne correspond pas. La datation de la carotte européenne GRIP et celle de la carotte américaine GISP2 diffèrent de à la date de . Ditlevsen et al. (2005) notent que le pic spectroscopique de GISP2 n'est pas présent dans les carottes GRIP, et que cela dépend fortement de la précision de la datation. La problématique de la précision des dates a été résolue par la datation précise du NGRIP. En utilisant la datation NGRIP, l'apparition des événements de Dansgaard–Oeschger est compatible avec un processus de Poisson.

Les cycles des événements D-O définissent peut-être leur propre échelle de temps. Maslin et al. (2001) suggèrent que chaque feuillet glaciaire présente des conditions spécifiques de stabilité, mais que, à chaque fonte, l'afflux d'eau douce est suffisant pour reconfiguer les courants océaniques, causant la fonte des glaces ailleurs. Plus précisément, les événements D-O et l'afflux associé d'eau de fonte réduisent la force du courant d'eau profonde nord-atlantique (CEPNA), affaiblissant la circulation dans l'hémisphère nord et augmentant ainsi le transfert de chaleur vers le pôle dans l'hémisphère sud. Cette eau chaude fait fondre la glace de l'Antarctique, réduisant la stratification des couches et la force du courant de fond antarctique. Cela permet au CEPNA de reprendre sa force initiale, conduisant à une fonte des glaces dans l'hémisphère nord, et à un nouvel événement D-O froid. Cette théorie explique également la liaison apparente avec les événements de Heinrich. Lorsque l'accumulation d'eau de fonte atteint un certain seuil, il est possible que le niveau de la mer soit suffisamment élevé pour que l'inlandsis laurentidien soit fracturé, causant ainsi un événement de Heinrich et réinitialisant le cycle.

Holocène Ces cycles existeraient aussi durant l'Holocène, sous le nom d'événements de Bond. Le Petit âge glaciaire, entre environ 1500 et 1850, a été interprété comme un tel événement.

Notes et références

Notes

Références

Bibliographie

Voir aussi Articles connexes Événement de Heinrich Événement de Bond Bölling-Alleröd

Liens externes

Catégorie:Paléoclimatologie Catégorie:Climat du Pléistocène