La guerre du royaume d'Iméréthie de 1623-1658 est un conflit militaire qui afflige la Géorgie occidentale pendant près de au . Cette guerre voit la principauté de Mingrélie, sous le règne du puissant et autoritaire Léon II Dadiani, se révolter contre la domination du Royaume d'Iméréthie, l'un des trois royaumes géorgiens, et s'unifier avec d'autres nobles pour tenter de renverser le pouvoir de la dynastie des Bagrations, qui règnent sur la Géorgie depuis le .

Bien que certains petits conflits soient inclus dans le contexte de cette guerre, tels que l'invasion de l'Abkhazie et du Gourie par Léon II de Dadiani (ou de Mingrélie), celle-ci est principalement une opposition entre la Mingrélie et le Royaume d'Iméréthie, dirigé par les rois Georges III jusqu'en 1639 et Alexandre III jusqu'à la fin du conflit.

Les victoires successives de la Mingrélie poussent les pouvoirs étrangers, notamment la Perse séfévide, à s'impliquer : grâce au jeu des alliances politiques, une victoire mingrélienne pourrait entraîner une unification de l'entière Géorgie sous le sceptre du vassal persan Rostom de Karthli, qui finance les activités militaires de Dadiani. Toutefois, la fin de l'aide séfévide, une alliance entre la Russie et l'Iméréthie, et la mort soudaine du prince de Mingrélie permet au royaume de reprendre le dessus et à mettre un terme au conflit après une victoire décisive lors de la bataille de Bandza.

Contexte gauche|vignette|La division de la Géorgie à partir du voit la Géorgie occidentale particulièrement fragmentée. Depuis 1490, la Géorgie est divisée en trois royaumes indépendants et affaiblis : le Karthli, la Kakhétie et l'Iméréthie. Ces trois États sont dirigés par des branches éloignées de la dynastie Bagration, mais la politique impérialiste des empires séfévide et ottoman et les multiples tentatives d'unifier la nation géorgienne sous un seul sceptre mènent à une déstabilisation importante à travers les décenniesAu XVI siècle, le roi Simon de Karthli envahit a plusieurs reprises l'Iméréthie pour unifier la Géorgie. Mais ses échecs ne mènent qu'à une Géorgie occidentale encore plus fragmentée.. De plus, l'Iméréthie est plus atteint par les divisions internes que les autres domaines géorgiens.

En effet, depuis le règne de Bagrat III d'Iméréthie (1510-1565), les nobles vassaux du royaume gagnent de plus en plus de pouvoir et les principautés de Gourie et de Mingrélie obtiennent une indépendance politique, restant attachés au gouvernement central de Koutaïssi par le Catholicossat d'Abkhazie et pour empêcher une annexion totale par l'Empire ottomanAvant le règne de Bagrat III, les grandes principautés restent vassales et membres du royaume d'Iméréthie et leurs princes ont aussi des positions dans le cabinet royal, mais la Mingrélie et le Gourie se séparent politiquement en 1550 ().. À la suite des conflits de succession à la couronne du royaume à la fin du À la suite de la mort du roi Bagrat III en 1565, l'Iméréthie tombe dans de nombreux conflits internes, notamment les rébellions de Khosro Bagration () en 1568, de Constantin Bagration en 1585-1587 () et de Bagrat Bagration en 1589-1590., le gouvernement central est considérablement affaibli et les rois ne contrôlent plus que la capitale et ses environs, tandis que les familles Dadiani de Mingrélie et Gourieli de Gourie étendent leur influence, forment des alliances matrimoniales et s'enrichissentDurant la seconde moitié du , les maisons Dadiani et Gourieli s'allient au moins cinq fois via des unions matrimoniales, tout en soutenant les rébellions faites contre le roi (voir la généalogie des familles princières de Géorgie par Christopher Buyer)..

En 1611, Léon II Dadiani devient prince de Mingrélie. Éduqué à la cour du roi de Kakhétie, il devient rapidement un souverain ambitieux qui s'éloigne de la politique pacifiste de son père, Manoutchar .

La guerre Alliance entre nobles vignette|Léon II de Mingrélie Le début du est marqué par une poussée de plusieurs nobles géorgiens à unifier la Géorgie sous un seul sceptre, tout en gardant des doutes sur l'identité du potentiel héritier au trône uni. Lors de l'invasion séfévide de la Géorgie orientale en 1614, le roi Teimouraz de Kakhétie s'exile en Iméréthie et Koutaïssi tente d'unifier ses vassaux pour reconquérir les domaines envahis par la Perse. Cette politique d'unité culmine en 1618, quand Mamia II Gourieli, prince de Gourie, parvient à faire marier sa fille Tamar au prince héritier d'Iméréthie Alexandre Bagration, qui n'a alors que neuf ans.

Toutefois, cette unité reste éphémère. En 1620, Tamar est accusée d'adultère et est renvoyée en Gourie, au mécontentement du souverain local. Léon II Dadiani en profite alors pour forger une alliance proche entre les grands nobles de Géorgie occidentale et, en 1621, il épouse Tamounia Chervachidzé, fille du prince Seteman d'Abkhazie, tandis qu'il envoie sa sœur Mariam Dadiani en Gourie pour épouser Simon Gourieli, fils du prince Mamia II. Cette union matrimonial forge une nouvelle politique ambitieuse de la part des nobles géorgiens, qui entrent alors en guerre contre le roi Georges III d'Iméréthie.

Les premiers conflits Léon II Dadiani lève une grande armée en quelques mois et parvient à assembler des troupes non seulement de Gourie, de Mingrélie et d'Abkhazie, mais aussi de la région montagneuse de Svanétie et de la lointaine province musulmane de Djiketi, au bord de la mer Noire. Les princes, qui contrôlent l'ensemble de la côte maritime, imposent un blocus économique sur le royaume, menant à une famine qui touche Koutaïssi, la capitale royale. Pendant ce temps, le haut noble Paata Tsouloukidzé, un proche allié au roi Georges III, trahit son suzerain et rejoint la Mingrélie, où il devient le vizir de Léon II.

Pour mettre un terme à cette rébellion, le roi Georges III rassemble à son tour ses troupes et lance une offensive contre Dadiani en hiver 1623. Le , les troupes s'affrontent près du village de Gotchoraouri, où les forces royales sont vaincues. À la suite de sa défaite, Georges III retourne dans sa capitale, tandis que de nombreux soldats imères sont pris en otage par les rebelles jusqu'au paiement d'une rançon par le roi. C'est le premier exemple de prise en otage de soldats ennemis en Géorgie depuis les invasions mongoles du et est réintroduit sur les champs de batailles géorgiens comme pratique lucrative, une pratique qui sera utilisée pendant le .

Chaos en Abkhazie gauche|vignette|Dessin du missionnaire italien Cristoforo de Castelli représentant la princesse Tamounia Chervachidzé à la suite de sa défiguration. Peu de temps après la victoire en Mingrélie, Léon II Dadiani poursuit son expansion militaire en affrontant ses alliés de l'ouest, les Abkhazes. Il accuse son épouse, Tamounia Chervachidzé, d'adultère avec son vizir Paata Tsouloukidzé et lui fait couper le nez et les oreilles, avant d'envoyer Tsouloukidzé sous la surveillance du prince de Gourie. Avec son armée, Dadiani escorte Tamounia en Abkhazie et dévaste les territoires de son beau-père, tout en faisant emprisonner ses deux fils.

Tant que l'adultère de la princesse Tamounia n'est pas publiquement connue, les raisons de cette invasion restent méconnues et les relations entre l'Abkhazie et la Mingrélie ne font qu'empirer à partir de ce moment. Vers 1625, Léon II survit à une tentative de meurtre lorsqu'un Abkhaze le poignarde dans le dos ; en réponse, il envahit l'Abkhazie une seconde fois. Cette fois-ci, les troupes mingréliennes accaparent des faucons et des chiens de la région, pour affaiblir l’économie de chasse des nobles abkhazes.

Une guérilla frontalière force la Mingrélie à sacrifier des troupes pour défendre la région. Pour mettre un terme aux problèmes frontaliers, Léon Dadiani emploie, d'après l'historien Donald Rayfield, la main-d'œuvre entière de la Mingrélie pour faire construire un mur de à la frontière de l'Abkhazie et la Mingrélie. Le mur, s'étendant de la mer Noire aux montagnes de Circassie, est alors gardé par des mousquetaires, commençant ainsi l'isolement progressif de l'Abkhazie, qui tombe de plus en plus dans la sphère d'influence de l'Empire ottoman.

Il est peu probable que Georges III d'Iméréthie s'implique dans le conflit abkhazo-mingrélien, étant donné le pauvre état du gouvernement central. Ce manque de coordination mène de nombreux historiens à caractériser cette guerre civile comme une période de chaos pour la Géorgie occidentale, où les alliés anti-royaux se retournent les uns contre les autres.

Renversement en Gourie La politique expansionniste de la Mingrélie inquiète rapidement la principauté voisine de Gourie. Celle-ci, dirigée par la puissante dynastie des Gourieli, est l'un des premiers alliés de Léon II Dadiani lors du début de la rébellion contre Koutaïssi, mais son activité militaire reste limité. En 1625, après avoir envahi l'Abkhazie à la suite de la trahison de son vizir, Paata Tsouloukidzé, le souverain de Mingrélie l'envoie chez Mamia II Gourieli, qui le fait emprisonner.

Toutefois, Mamia II est assassiné par son fils, Simon , pour des raisons mystérieuses. Le nouveau prince, qui est marié à la sœur de Dadiani, libère Tsouloukidzé et l'aide à envisager un coup d'État contre Léon en faveur de son frère cadet, Joseph Dadiani. La tentative échoue, l'ancien vizir est exécuté, les domaines de Joseph Dadiani sont annexés par Léon II et la Mingrélie prépare alors une attaque contre le Gourie. Léon II utilise le parricide du nouveau prince comme excuse pour envahir son voisin et pose un ultimatum à Simon Gourieli, lui écrivant : Étant donné que tu as tué ton père, je ne souhaite plus être ton beau-frère. Rends-moi ma sœur.

Le Gourie est rapidement vaincu par Léon Dadiani, qui capture Simon en 1626 et place sur le trône son cousin Kaïkhosro Gourieli. Celui-ci devient un sujet loyal à la Mingrélie et il est probable que Léon II, après avoir récupéré sa sœur et aveuglé Simon, annexe la principauté, n'offrant à Kaïkhosro qu'une titulature symbolique. Ce fait est documenté par des écrits contemporains qui donnent à Léon II le titre de « Léon de Gourie ».

Domination mingrélienne vignette|Représentation d'une ambassade mingrélienne auprès de la cour du roi imère. Durant la seconde moitié des années 1620, Georges III tente de former des alliances entre son faible royaume et les puissants seigneurs de guerre de Géorgie occidentale. Il envoie une armée du nord du royaume, menée par les nobles Mamouka et Amilgabar Abachidzé, pour aider le noble Georges Saakadzé lors de son conflit avec le roi Teïmouraz de Kakhétie, avant de s'allier avec le roi de Kakhétie à la suite de sa victoire en 1626. Les deux souverains tentent de s'allier pour unifier les royaumes géorgiens sous une gouvernance indépendante et unie face aux pouvoirs musulmans.

À partir de 1629, Koutaïssi doit faire face à de nombreuses attaques venant de Gourie, tandis que les troupes mingréliennes assiègent la capitale lors de la célébration du mariage entre le prince héritier Alexandre Bagration et la fille du roi kakhétien Teïmouraz , Daredjan. Malgré le succès du gouvernement central contre les rebelles lors de cette période, le royaume s'appauvrit à la suite du rançonnement des soldats imères pris en otage par Léon Dadiani.