L'urbanisme et l'architecture balnéaires en pays de Guérande sont le résultat d'un mouvement qui s'établit à partir de la seconde moitié du , puis s'amplifie et se diversifie au cours du .

Il faut attendre le pour que cet intérêt modifie les modes de vie européens. En Angleterre d'abord puis, pour la France, sur les côtes normandes à partir de 1778, des établissements de bains sont créés, d'abord dans un but thérapeutique, puis, l'engouement des classes aisées aidant, les pratiques de loisirs prennent le pas.

Les côtes sud de la presqu'île guérandaise sont, dans la première partie du couvertes de landes désertes et peu attrayantes. Il faut attendre le dernier quart du pour que des efforts d'assainissement portent leurs fruits. Entretemps, Le Croisic dès 1844, suivie par Batz-sur-Mer en 1945, s'ouvre à l'hydrothérapie. Le bon air et le soleil s’allient à l’eau de mer, comme remèdes aux maux des villes et à la pauvreté, et les sanatoriums et autres préventoriums, soutenus par l'État, puis les colonies de vacances, se multiplient, après la Première Guerre mondiale.

Il faut attendre l'arrivée du chemin de fer jusqu'au Croisic, en provenance de Paris, en 1879 pour que le développement balnéaire, et les incidences induites sur l'urbanisme et la création architecturale, prennent leur envol. La pratique des bains de mer est élitiste et la structure d'une station balnéaire doit répondre aux besoins des villégiateurs. Aux côtés d'infrastructures ludiques, sportives ou culturelles, se construit un microcosme social, emporté par la mode de la vie dans la nature et le besoin de se différencier de son voisin. Si les communes du nord de la presqu'île adaptent leur patrimoine urbain et architectural pour attirer les baigneurs, La Baule-Escoublac et, dans une moindre mesure, Pornichet sont deux villes nouvelles résultant de la créativité des lotisseurs et des architectes.

Les villes nouvelles sont le théâtre d'une architecture expérimentale et résolument éclectique, qui se décline également, quoique plus timidement, dans les stations traditionnelles. Les styles régionalistes se mêlent aux réalisations néo-médiévales ou avant-gardistes, jusqu'aux , étape marquante du passage à l'immeuble collectif comme solution à l'envolée de la demande de logements. C'est le début de la construction d'immeubles sur le front de mer et de l'adaptation de l'urbanisme au tourisme de masse, surtout sensible sur la côte sud de la presqu'île. Les voient la prise en compte par les collectivités locales de la nécessité de la sauvegarde du patrimoine balnéaire.

L’invention des bains de mer Époque moderne Après des siècles de méfiance à l'égard de la mer, entretenue par la littérature pieuse et la poésie du Moyen Âge, l’écho grandissant de la théologie naturelle favorise, à l’aube du , l’éclosion d'une sensibilité religieuse réactive au « spectacle » du monde. Les rivages maritimes sont perçus jusqu’alors dans l’imaginaire collectif comme des environnements dangereux ou ingrats, qu’Alain Corbin qualifie en 1988 de au même titre que les paysages montagnards.. Après l’exaltation du , microcosme idéalisé de sécurité ou de confort, l'immensité de la mer et de la montagne accède à la dignité du pittoresque dans la seconde moitié du siècle des Lumières.

C’est en Angleterre que sont créés les premiers établissements marins, d'abord destinés aux enfants, pour y soigner la scrofule, la phtisie et le rachitisme. On décompte soixante-dix de ces établissements au cours du . Le docteur Richard Russell écrit en 1753 (« dissertation sur le dépérissement des glandes si on ne fait pas usage de l’eau de mer dans leurs maladies »), et l’historien Jules Michelet dit de lui au siècle suivant : . Le premier hôpital marin d’Angleterre est créé en 1790 par John Latham (1761-1843) ; cet établissement sert de modèle au Petit Berck à Berck, inauguré en 1861, près d'un siècle plus tard.. Dieppe est la première station française, créée dès 1778 et sa clientèle est principalement anglaise. Elle est bientôt suivie par Boulogne.

Le retour des émigrés en France dans les années 1810 contribue à diffuser certaines coutumes anglaises dont celle des bains de mer. Le concept de ville d’hydrothérapie sur le littoral atlantique français est à l’origine une déclinaison de la notion de station thermale. En 1820, un ancêtre de la thalassothérapie est créé à Dieppe avec l’apport d’eau de mer, en piscine intérieure chauffée. C’est ensuite au tour de La Rochelle (1827), Cherbourg (1829), Le Croisic (1844), Batz-sur-Mer (1845.), Pornic (1847), Trouville-sur-Mer ou Biarritz de s'ouvrir aux bains de mer et de proposer des infrastructures d’hydrothérapie.

Les colères de l’océan et l’immensité favorisant la rêverie et l’exaltation procurent des sujets d’inspiration aux premiers romantiques littéraires ou peintres. Dans le cas du pays de Guérande, il faut citer Balzac qui séjourne à Batz-sur-Mer dans les , au Calme Logis, en compagnie de Laure de Berny ; il y écrit Un drame au bord de la mer, court récit romanesque qui inspire Marcel L'Herbier en 1920 pour son film L'Homme du large, et qui a pour cadre Le Croisic et la Côte sauvage (« Grande Côte »), ainsi qu'un roman, Béatrix, dont l'action se déroule à Guérande.

Les bienfaits de l’hydrothérapie Le est le siècle de l’avènement de la cure thermale en France, qui rassemble des centaines de milliers de personnes, malades et accompagnants, auprès des sources d’eaux minérales. La médecine évolue ; le tourisme et le développement des loisirs accompagnent cette fièvre thermale. Des infrastructures destinées à soigner, loger, nourrir et distraire malades et touristes sont créées, générant des .

Avatars des stations thermales situées près des sources d’eaux minérales, c’est également pour des raisons d’ordre médical qu’au début du les plages sont parcourues par des curistes, dans le sillage de l’aristocratie européenne qui fréquente les bains de mer. Les ordonnances préconisent des suivant un protocole de conditions climatiques et de temps d’immersion précis. Les baigneurs sont préparés par des notices rédigées par des médecins comme celle du docteur caennais Jules Le Cœur :

Les bains de mer sont, durant le , le remède recommandé dans la lutte contre la scrofule et la tuberculose ostéo-articulaire. Les monographies écrites par les médecins locaux, telle celle de Jules Le Cœur, sont à considérer avec circonspection car, selon Bernard Toulier, .

L’apparition des sanatoriums et des colonies de vacances vignette|Vu depuis le Mont-Esprit, au Croisic, l'ancien hôpital de Pen-Bron, devenu centre hélio-marin.|alt=vue en couleur d'un bâtiment allongé en arrière-plan d'un bras de mer. Les hôpitaux marins, également appelés sanatoriums, établissements médicaux spécialisés dans le traitement des différentes formes de la tuberculose, se développent en France à partir des et apparaissent dans le pays guérandais à la fin du , d’abord à La Turballe (pointe de Pen-Bron) en 1887, puis au Croisic en 1893.

Après la Première Guerre mondiale, le développement des sanatoriums et autres préventoriums reçoit le soutien du gouvernement et de la société civile, et le bon air et le soleil s’allient à l’eau de mer au sein d'infrastructures dites « héliomarines » pour le traitement de maladies liées à la tuberculose. Des colonies de vacances accompagnent l’implantation de ces sanatoriums tels la colonie Saint-Clément à Mesquer (pointe de Merquel), le préventorium marin de Batz-sur-Mer ou l'institut Verneuil à La Baule-Escoublac. Elles sont destinées, à l’instar des premiers exemples développés en Suisse, à améliorer la santé d’enfants citadins défavorisés. L'établissement de Pen-Bron par exemple, créé en 1887 par Hippolyte Pallu, soutenu par une communauté de religieuses, s'inscrit dans une logique hygiéniste préventive et n'accueille pas, à l'origine, d'enfants malades mais des citadins faibles ou rachitiques provenant de faubourgs de villes en pleine expansion. Reconnu d'utilité publique en 1893, il s'agrandit progressivement, le bâtiment central étant achevé en 1902.

Les bâtiments qui abritent certaines de ces colonies, à l'architecture spécifique, ont depuis subi la pression immobilière résultant de la forte demande touristique, comme la résidence construite vers 1932 par Georges Meunier pour la fondation Baratte-Cholet et devenue depuis le centre international du domaine des Pins à La Baule., la colonie du Croisic dite Port aux Rocs, transformée en centre de vacances., ou le château des Tourelles à Pornichet, acheté en 1938 par la mairie du de Paris et revendu en 2008 au groupe Phelippeau qui le convertit en centre de thalassothérapie et en hôtel de luxe....

La conquête du littoral

Le contexte économique et social du

L’essor industriel qui caractérise le , d'abord en Angleterre, et plus tardivement en France, génère un bouillonnement économique qui favorise les initiatives privées et recompose le paysage social. La bourgeoisie d’affaires impose ses valeurs tout en concentrant les richesses. La classe ouvrière s'accroît rapidement et les campagnes commencent à se vider de leur main d'œuvre devant les mécanisations des travaux agricoles et l’offre d’emplois des centres industriels. Des travaux d’urbanisation de grande envergure bouleversent les espaces citadins, à l’image de ceux entrepris entre 1852 et 1870 par le baron Haussmann à Paris.

L'exploitation des sources thermales, et par suite, l'attribution du « label » station hydrominérale ou climatique aux communes, font alors l'objet d'une législation ciblée compte tenu des substantiels avantages économiques induits, résultant des taxes de séjour ou des taxes sur les jeux.

Le schéma type de développement d'une station thermale ou balnéaire au Le développement d'une station thermale ou balnéaire au cours du répond à un schéma récurrent qui met en jeu des acteurs successifs. Tout d'abord interviennent les découvreurs, bientôt suivis par les fondateurs-promoteurs, dont le succès des réalisations est assuré par l'accueil de célébrités, destinées à attirer . Ces découvreurs sont par exemple George Sand à Tamaris ou Edmond Rostand à Cambo. Pour la presqu'île guérandaise, le prototype du découvreur est représenté par Jules-Joseph Hennecart, celui de fondateur-promoteur, ou encore d'investisseur-spéculateur, est incarné par Louis Lajarrige et les hérauts sont par exemple Honoré de Balzac (1830), Gustave Flaubert (1847), Alfred de Musset (1847) ou le journaliste Louis Veuillot (1948) pour la station du Croisic.

Dans les , le pays de Guérande est l’une des premières régions françaises à constater les débuts du tourisme balnéaire.

Le littoral de la presqu’île guérandaise au début du Au début du , la côte sud de la presqu’île guérandaise présente une physionomie peu amène pour le voyageur de l’époque, façonnée par le vent d’ouest et l’océan, succession de dunes désertes, de rochers menaçants et de plages sablonneuses. Édouard Richer écrit en 1823, à propose d’un actuel quartier de Pornichet :

Et Gustave Grandpré ajoute en 1828, en parlant de La Baule :

De même, plus à l'ouest et au nord, les dunes de Batz et de La Turballe sont désertes, l’activité humaine s'étant concentrée sur le plateau de Guérande, ou à proximité des marais salants. Cette côte abrite alors trois ports, d’est en ouest, Pornichet, Le Pouliguen et Le Croisic. Plus au nord, deux autres petits ports assurent l’approvisionnement de Guérande, La Turballe et Kercabellec (hameau de Mesquer). Le port de Piriac, abrité par la pointe du Castelli, a été abandonné en 1753 et Guérande n'a plus d’accès direct à la mer, supplantée par le port du Croisic, malgré une flotte importante aux .

Au début du , l’actuel Saint-Nazaire, à l’embouchure de la Loire, ne compte que quelques centaines d’habitants, jusqu’à ce que son accès maritime soit facilité par l’achèvement d’un brise-lames en 1835.

Le développement des voies de communication en pays de Guérande