LOpération Deadstick (en ) était le nom de code donné à une opération des troupes aéroportées de la , menée pendant les premières heures du , dans le cadre du débarquement allié en Normandie pendant la Seconde Guerre mondiale. L'objectif était de capturer intacts deux ponts en Normandie, qui enjambaient l'Orne et le Canal de Caen, représentant les uniques voies de sortie vers l'est pour les forces britanniques à partir de leur débarquement sur . Les rapports des services de renseignement déclaraient que les deux ponts étaient fortement défendus par les Allemands et étaient déjà câblés et préparés pour une démolition contrôlée. Une fois capturés, les deux ponts devaient être tenus et défendus contre n'importe quelle contre-attaque, jusqu'à ce que la force d'assaut soit relevée par les commandos et l'infanterie, en progression depuis la zone de débarquement britannique.

La mission était vitale pour le succès de l'Opération Tonga, qui regroupait toutes les opérations aéroportées effectuées sur la Normandie. L'échec à capturer les ponts intacts, ou à empêcher leur démolition par les Allemands, aurait laissé la aéroportée britannique coupée du reste les forces alliées, le dos face à deux étendues d'eau. D'un autre côté, si les Allemands étaient parvenus à conserver le contrôle des ponts, ils auraient été en mesure d'utiliser leurs (divisions blindées) pour attaquer les troupes en train de débarquer sur les plages normandes.

La responsabilité de l'opération incomba aux membres de la Compagnie « D » (en ), du , de lOxfordshire and Buckinghamshire Light Infantry, élément de la aérotransportée, de la aéroportée. Le groupe d'assaut comprenait une compagnie renforcée de six pelotons et un peloton détaché des . Ils décollèrent du sud de l'Angleterre vers la Normandie à bord de six planeurs d'assaut Horsa. Après ce qui fut décrit comme les « plus exceptionnelles réalisations aéronautiques de la guerre », les planeurs déposèrent la compagnie sur son objectif. Après un bref échange de coups de feu, les deux ponts furent capturés, puis défendus contre les ripostes de chars, de canonnières et d'infanterie, jusqu'à l'arrivée de la relève.

Contexte

Forces britanniques Au cours de l'étape de la planification de l'opération Overlord, la décision fut prise de faire atterrir la aéroportée sur le flanc gauche des plages d'invasion, entre les fleuves Orne et Dives .. Son principal objectif était de capturer les deux ponts routiers. au-dessus du fleuve Orne et du canal de Caen et d'empêcher une attaque allemande sur les flancs de la zone de débarquement .. L'échec de la prise des deux ponts laisserait la aéroportée isolée en territoire ennemi., donc la parachutiste fut réservée pour la défense des ponts contre d'éventuelles contre-attaques allemandes .. Gale décida que la seule façon de capturer les ponts intacts était d'effectuer un assaut de type « coup de main » à l'aide de planeurs. Il demanda ensuite au brigadier Hugh Kindersley, de la aérotransportée, de désigner sa meilleure compagnie pour l'opération ..

La compagnie « D » (en ), du , de l'Oxfordshire and Buckinghamshire Light Infantry fut sélectionnée pour la mission. La compagnie s'était entraînée intensivement et était devenue la plus performante de tout le bataillon, utilisant souvent des zones endommagées par les bombardements à l'intérieur des villes pour pratiquer le combat de rue avec des munitions réelles .. Howard pensait que l'invasion ferait appel à des combats de nuit et modifia les entraînements quotidiens afin que ses hommes soient prêts et parés à toute éventualité. Pendant plusieurs semaines d'affilée, ils se levèrent à et réalisèrent des grandes manœuvres, des entraînements et de la paperasse normale au fil de la nuit, avant de partir se reposer à .. Gale testa la compagnie grâce à deux exercices majeurs, au cours desquels l'objectif était de capturer des ponts, lorsqu'il devint évident aux yeux de ses supérieurs hiérarchiques que la compagnie ne serait pas en mesure de réaliser la mission sur ses seuls moyens. Il fut demandé à Howard de sélectionner deux pelotons supplémentaires du bataillon pour renforcer les hommes du groupe initial. Howard choisit deux pelotons de la Compagnie « B » (en ), commandés par les lieutenants Fox et . Toute charge explosive trouvée sur les ponts était sous la responsabilité de trente de la , commandée par le captaine Jock Neilson .. Des modifications furent ensuite appliquées au plan opérationnel pour l'adapter à l'emploi de six pelotons. Trois furent affectés à l'attaque simultanée de chaque pont, avec les fantassins s'occupant des soldats de garde, pendant que les localisaient et neutralisaient toute charge de démolition trouvée sur les ouvrages .. Pendant six jours et six nuits consécutives, la compagnie mena des exercices près d'Exeter, dans le sud-ouest de l'Angleterre, où deux ponts similaires à ses objectifs se situaient sur le .

Le transport vers la Normandie fut réparti sur six planeurs Airspeed Horsa, pilotés par douze sous-officiers de l'Escadron « C » du .Tous les pilotes du Régiment de pilotes de planeurs avaient au moins le grade de sergent et étaient des soldats entraînés.. Le Horsa avait une envergure de pour une longueur de , et pouvaient embarquer une charge utile maximale de , ou de la place pour deux pilotes, ou un mélange de deux Jeeps, de canons d'artillerie et remorques . .. L'entraînement des pilotes faisait appel à des atterrissages sur de courtes bandes de terrain, le vol aux instruments à l'aide de chronomètres pour effectuer des changements de cap précis, ainsi que le port de lunettes aux verres très foncés pour habituer les équipages au vol de nuit. En , ils avaient effectué d'entraînement, volant par tous les temps, de jour comme de nuit ..

Howard ne fut pas mis au courant des détails exacts de l'opération avant le . Ses ordres étaient de capturer intacts les deux ponts sur le fleuve Orne et sur le canal de Caen, respectivement à Bénouville et Ranville, ainsi que de tenir les positions jusqu'à l'arrivée de la relève. La relève serait initialement une compagnie du parachutiste sous le commandement d'Howard. Quand le reste du bataillon parachutiste arriverait, il se tournerait vers son commandant, le lieutenant-colonel . La d'infanterie et les commandos de la devaient arriver à à du matin, puis avancer vers les ponts, où ils étaient attendus pour du matin ..

vignette|redresse=1.25|L'intérieur d'un planeur Horsa, en regardant vers l'arrière depuis le cockpit.

À la fin du mois de , la Compagnie « D » quitta le camp du bataillon, à Bulford, dans le Wiltshire, pour le terrain de la , dans le Dorset. La base fut ensuite sécurisée et Howard donna à chacun les instructions de la mission, distribuant des photographies des ponts et dévoilant une maquette de la zone .. Le commandant du régiment de pilotes de planeurs, le Jim Wallwork, déclara à Howard qu'avec une charge complète d'hommes, de munitions, d'embarcations d'assaut et de matériel des , ses planeurs seraient dangereusement surchargés. Howard décida alors de n'embarquer qu'un canot par planeur et retira deux hommes de chaque peloton .. À la dernière minute, le docteur John Vaughan remplaça un homme blessé dans l'un des pelotons ..

Le , la compagnie effectua les préparatifs finaux pour la mission. Chaque homme reçut ses armes et ses munitions, ainsi que jusqu'à neuf grenades et quatre chargeurs de fusil-mitrailleur BREN .. Chaque peloton disposait également d'un et d'une radio. Juste avant leur embarquement à bord des planeurs, les soldats reçurent des codes à mémoriser et utiliser à la radio lors de l'opération : « Ham » et « Jam » signifiaient respectivement que le pont du canal et celui du fleuve avaient été capturés. La capture et la destruction du pont du canal serait signalée en utilisant le code « Jack », tandis que le code « Lard » signifierait un sort similaire pour le pont du fleuve ..

Ponts vignette|redresse=1.25|Le pont sur le fleuve Orne.

Le pont de Ranville enjambait le fleuve Orne et le pont de Bénouville enjambait le canal de Caen vers l'ouest. Ils étaient situés à huit kilomètres de la côte et représentaient l'unique accès à la ville de Caen. La route principale entre les deux communes passait par les deux ponts, puis continuait vers l'est vers le fleuve Dives. Long de et large de , le pont du canal de Caen pouvait s'ouvrir pour permettre le passage de trafic fluvial en-dessous. Les commandes de ce mécanisme étaient installées dans une cabine à côté du pont. Le canal était profond de et large de , avec des berges de deux mètres de haut essentiellement constituées de terre et de pierres. De petites pistes en tarmac couraient le long des deux berges, sur toute la longueur du canal.

Entre les deux ponts, il y avait une bande de sol essentiellement marécageux d'environ de long, entrecoupée de fossés et de petits courants. Le pont de Ranville était long de pour une largeur de , et pouvait également être ouvert pour permettre le passage de trafic fluvial. Le fleuve était large de , pour une profondeur moyenne de . Il était entouré de berges boueuses d'environ de hauteur. Quelques petites maisons étaient alignées le long du côté ouest du fleuve, reliées par une piste de de largeur, qui courait le long des deux berges ..

Forces allemandes vignette|redresse=1.25|Des soldats allemands, avec une mitrailleuse . Les ponts étaient gardés par cinquante hommes appartenant au de grenadiers allemand, de la d'infanterie. L'unité était commandée par le major Hans Schmidt et basée à Ranville, à à l'est du fleuve Orne .. Le était une formation statique et avait été affecté en Normandie depuis le mois de . Les huit bataillons d'infanterie de la division étaient déployés pour défendre une portion de du Mur de l'Atlantique .. L'unité était très mal équipée, avec un mélange d'armes étrangères et mise en œuvre par des appelés provenant de Pologne, d'Union soviétique et de France, sous les ordres d'un officier allemand et de sous-officiers âgés. Les soldats de Schmidt avaient pour ordre de faire sauter les deux ponts s'ils étaient en danger de capture.

Une seconde division, la , arriva dans la zone en . L'un de ses régiments, le , commandé par le colonel Hans von Luck, fut cantonné à Vimont, juste à l'est de Caen .. Il y avait également un bataillon du basé à Cairon, à l'ouest des ponts .. Le colonel Von Luck entraînait ses hommes aux opérations anti-invasion. Il identifia également des points d'incursion plausibles et balisa les routes allant vers le front, les zones de repos et de ravitaillement, et les positions des canons antiaériens .. La était une formation nouvelle, basée sur l'ancienne unité de l', qui avait été détruite en Afrique du Nord. Bien qu'équipée avec un assortiment de vieux chars et d'autres véhicules blindés, les officiers de la division étaient des vétérans, et deux mille hommes de l'ancienne division peuplaient ses rangs. Plus loin étaient installées la , à Lisieux, et la , à Chartres, toutes deux à moins d'un jour de marche de la zone ..

Les défenses étaient en place aux deux ponts. Sur la rive ouest du pont du canal de Caen, il y avait trois emplacements de mitrailleuses, et sur la rive est une mitrailleuse et un fusil antichar. Au nord de leur position étaient disposées trois autres mitrailleuses et un bunker. Une tour antiaérienne équipée de mitrailleuses était installée au sud .. Au pont du fleuve Orne, la rive est, au sud du pont, disposait d'un bunker avec des canons antichars et antiaériens. Au nord du pont étaient installées deux mitrailleuses. Les deux ponts disposaient d'un système de tranchées en sacs de sable le long des berges ..

L'opération

Vols et atterrissages vignette|redresse=1.25|Les trois planeurs du Canal de Caen. Le pont est en arrière-plan, caché par les arbres.