vignette|Rouleau contenant la liste du cens de la seigneurie d'Einrade, vers 1320. Ferme d'Einrade à Holset (Pays-Bas). C'est le registre foncier du seigneur.

Un seigneur est, du Moyen Âge à la fin de l'époque moderne (et qui correspond à la fin de l'Ancien Régime pour ce qui concerne la France, la Suisse et les Pays-Bas), le détenteur d'une seigneurie, en général une « terre », fief ou alleu, sur laquelle il exerce des droits variables sur les terres et les personnes selon le type de seigneurieCnrl-ortholang, article « seigneur »..

Le terme seigneur qui vient du latin senior (l'ancien) est employé dès l'époque féodale dans un sens identique à celui du mot latin dominus qui signifiait le maître de la maison et, par extension, celui qui exerce une autorité sur les personnes qui sont dans sa dépendance. Le mot français « seigneur » qui exprime à la fois les notions de senior et dominus est dans la terminologie médiévale le nom donné à celui qui est dans la position du senior romain vis-à-vis de celui qui dépend de lui et qu'on nomme alors son vassal. Ce sens se retrouve dans toutes les langues romanes..

La dame (du latin domina, féminin de dominus, « maîtresse de maison ») est soit une femme d'un rang social élevé épouse d'un seigneur, soit une femme en possession d'un fief (seigneur à part entière). Seigneuresse est aussi possible.

La société féodale résulte de contrats de dépendance d'homme à homme : vasselages et tenures ; ces liens se matérialisent le plus souvent (mais non exclusivement) dans la possession de la terre, les fiefs qui s'imbriquent hiérarchiquement les uns dans les autres. Le seigneur féodal est l'élément essentiel de ce système. Il est lié à une époque et s'est développé au Moyen Âge, en Europe, à partir des royaumes francs. Avec l'affirmation d'autres pouvoirs : princiers (rois, ducs), locaux (communes, corporations, grands marchands), idéologiques (universités, ordres religieux) la société féodale disparaît définitivement autour de 1400 remplacée par la société d'Ancien Régime dans laquelle les seigneurs conservent d'importants privilèges et prérogatives.

Des institutions laïques ou religieuses (abbaye, évêché, paroisse) ont exercé des compétences de seigneur, se faisant dans ce cas souvent représenter par un régisseur ou ministérial, un avoué ou un vidame.

Il est à distinguer d'autres types de puissance dans le monde (que l'on traduit souvent de façon abusive par « seigneur ») mais qui résultent d'un système guerrier familial ou clanique (Arabie préislamique, Jarl viking), d'un système de castes (Inde, Empire Inca) ou d'une organisation religieuse, militaire ou administrative (seigneur de guerre en Chine, yangban coréen, aristocrates tibétains, archonte byzantin, boyard russe) .

Terminologie

Terre et seigneurie vignette|Château de Tancarville en Normandie. C'est ici que Guillaume le Maréchal, dit le chevalier incomparable, commença son entraînement, chez un seigneur parent. Fils puîné de petite noblesse, il n'avait pas d'espoir de terres mais il fut fait seigneur de Cartmel en Angleterre par le roi Henri II en récompense de ses prouesses guerrières.

À proprement parler, l’ancien régime distinguait la terre et la seigneurie.

La « terre », dans le contexte seigneurial, nommait un fief grevé de droits seigneuriaux (typiquement des redevances). Mais une « terre » n’était pas nécessairement une « seigneurie ». Il fallait, pour cela, que s’y rajoute un droit de justice ou un droit de seigneurie explicitement exprimé dans les actes de vente ou d’aveux et dénombrement : par exemple, vente de « la Terre et Seigneurie de… », ou, dans les aveux et dénombrement, des termes du type « tenue en seigneurie », « avec droit de seigneurie », « dans la directe »… voir aussi le paragraphe « Seigneur direct ».

C'est ainsi, par exemple, que par un arrêt du parlement d'Aix du , le sieur de Tamarlet, qui avait eu la terre (sans justice) d'Aiguebelle en arrière fief du duc de Guise, eut interdiction de s'intituler « seigneur d'Aiguebelle », mais seulement « sieur d'Aiguebelle »M. Merlin, Répertoire Universel Et Raisonne De Jurisprudence, Volume 31, H. Tarlier, 1828, page 152..

Seigneur et titre de noblesse Seigneur (possesseur d’une seigneurie) et noble sont des qualités distinctes.

Un roturier pouvait être seigneur d’un fief et on le désignait par le nom de ce fief, sans que depuis que les anoblissements aux francs-fiefs avaient disparu au (Édit d’Henri III, 1579) il cessât d’être authentiquement roturierL'intermédiaire des chercheurs et curieux, Volume 64, 1911, page 266.. Il ne faut donc pas prendre la qualité de seigneur pour un titre de noblesseGuy de Courtin comte de Neufbourg, Essai d'introduction à la publication de terriers foréziens: Le régime féodal et la propriété paysanne, E. Champion, 1923, page 98.. gauche|vignette|Couronne héraldique de seigneur espagnol (señor). Cependant en Italie et en Espagne, seigneur est un titre de noblesse et tient rang entre baron et chevalier. En Angleterre et en Écosse, les seigneurs dépendant directement du roi (tenants-in-chief) étaient admis à siéger au parlement comme les nobles et les ecclésiastiques de haut rang.

Différents types de seigneurs

Seigneur direct

Expression fréquente de l’Ancien Régime. Le seigneur direct n’est pas propriétaire des biens sur lesquels porte sa seigneurie. Ces biens sont tenus en fiefs par des vassaux ou à cens par des sujets (tenanciers ou censiers), ceux-ci étant donc les possesseurs réels. Ils doivent, cependant, à leur « seigneur direct » révérence ainsi que des services et/ou rentes.

Dans le cas le plus classique, la seigneurie directe, parfois condensée en « la directe », fait référence à un ensemble de censives relevant d’un seigneur, censives dont les bénéfices (réels et/ou honorifiques) constituent un bien incorporel tenu en fief, typiquement dans le cadre d’une « rente en fief ».

Seigneur de paroisse Expression fréquente de l’Ancien Régime. Le seigneur de paroisse est celui « qui a la haute justice sur le terrain où l'église paroissiale se trouve bâtie, quoiqu'il ne soit pas seigneur de tout le territoire de la paroisse »Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers..., Volume 12, cas qui ouvre à des honneurs particuliers à l'église.

Dans certaines coutumes, « fief et justice n’ont rien de commun ». Dans ce cas, le seigneur haut justicier peut ne pas être le seigneur direct.

Coseigneur, seigneur en partie, seigneurie collective

Dans les principes, la coseigneurie fait référence à une seigneurie tenue en indivision, seigneurie qui nécessite, donc un seul hommage, alors que la « seigneurie en partie » suppose un démembrement, chaque « seigneur en partie » devant l’hommage. Mais les choses pouvaient se compliquer assez rapidement, certains éléments étant démembrés pendant que d’autres restaient en indivision. Les contrats de paréage étaient fréquents lors des défrichements ou essartages, ils associaient par exemple un seigneur et une communauté monastique, notamment de l'ordre de Citeaux.

À un niveau plus élevé, le paréage d'Andorre signé entre l'évêque d'Urgell et le comte de Foix en 1288 est toujours en vigueur.

Les coseigneuries étaient plus fréquentes dans le Sud de la France ; en Italie on les appelle consorteries. Le nombre de coseigneurs n'est pas limité : ainsi en Aquitaine, la rivalité entre Capétiens et Plantagenêts amènent à la reconnaissance de privilèges à de nombreux bourgs. Ces bourgs appelés bastides obtiennent du roi, à titre collectif, les privilèges et devoirs seigneuriaux.

Les congrégations religieuses, les chapitres de chanoines ou chanoinesses et d'autres institutions religieuses contrôlant des domaines peuvent aussi être considérées comme des seigneuries collectives (voir plus loin).

Seigneur féodal Expression fréquente de l’Ancien Régime. Il s’agit du « seigneur dominant (éminent) » ou suzerain, à qui un « vassal » ou un « homme lige » rend hommage pour un fief tenu de lui. Le « seigneur censier » n'a sous lui que des roturesDictionnaire de Furetière, article seigneur..

Seigneur châtelain, seigneur haut-justicier Seigneur établi dans une véritable place forte et détenant l'ensemble des droits de justice seigneuriauxCnrtl-ortholang, article "chatelain".

Seigneur suzerain

Le langage courant associe souvent le couple « suzerain » / vassal, mais l’ancien régime voyait davantage le couple « suzerain » / arrière vassal, soit le tiercé seigneur suzerain, seigneur dominant, vassal

Selon une acception plus stricte, la seigneurie suzeraine concernait la logique judiciaire. Il s’agissait de la seigneurie justicière qui recevait les appels des seigneuries justicières qui relevaient d’elle. Concrètement, il s’agissait de grandes seigneuries (duchés, comtés…), seigneuries que l’on peut reconnaître à l’existence de baillis ou sénéchaux seigneuriaux, de juges d’appel, de juges des ressorts…

Seigneur roturier vignette|Louise Hollandine de Bavière, abbesse de Maubuisson, religieuse cistercienne. Sur ses terres, le seigneur roturier jouit des mêmes droits que le seigneur noble et notamment du droit de chasse « Les nobles, comme les roturiers, ne peuvent chasser que sur les terres dont ils ont la seigneurie directe ou la haute justice ».. Un seigneur roturier ne pouvait exiger d'un vassal noble le paiement des aides qui étaient un droit essentiellement noble et féodal ; elles ne se prélevaient que sur les domaines hommagés et sur les rentes inféodées, mais non sur les rentes roturières. Elles n'étaient dues au seigneur dominant que s'il était noble.. La possession d’une seigneurie, terre noble, par un roturier ne l’anoblissait pas pour autant, et cette seigneurie était alors un franc-fief; son possesseur, seigneur roturier, était soumis au paiement du droit de franc-fief, équivalent d'une année de revenus du fief, à verser tous les vingt ans.. La terre restera noble et son seigneur roturier restera roturier.. En 1787, l'assemblée provinciale de Basse-Normandie confirme que la présidence des assemblées municipales est dévolue au seigneur de la paroisse et que ce privilège étant un droit attaché à son fief, le seigneur roturier en jouit comme le seigneur noble car « s'il paye tous les vingt ans au fisc le droit de franc-fief, c'est pour jouir de tous les droits attachés à sa seigneurie, et celui de présider aux assemblées de ses vassaux ne peut lui être enlevé ». Mais ce privilège qu'il doit à sa terre ne lui donne aucunement le droit d'être nommé représentant de la noblesse..

Seigneur ecclésiastique

Une seigneurie ecclésiastique est une seigneurie dont le seigneur est un homme ou une femme d'église : évêque, abbé, abbesse, prieur, chanoine, chanoinesse. Ces seigneurs jouissent des droits seigneuriaux sur les terres de leur chapitre de la même façon que les seigneurs laïcs. Comme les seigneurs laïcs, ils ne sont pas nécessairement nobles. Ils prennent leur décisions après consultation du chapitre. Ils délèguent souvent l'exécution de ces droits à des officiers laïcs (prévost, sénéchal, avoué, vidame) ou à un seigneur associé. Certains droits tels que la chasse, la participation au ban dans les cas où elle est exigée, l'application des sanctions de haute justice (exécution) sont systématiquement délégués. La gestion courante peut être placée sous la responsabilité de clercs spécialisés (frère cellérier dans les abbayes et prieurés bénédictins, procureur ou courrier dans les chartreuses). vignette|Grange de l'Abbaye de Maubuisson.