Le Codex Sforza est un tableau de petit format () peint sur panneau de chêne composé de deux planches horizontales assemblées à joint vif.
Il porte à son revers le numéro d'inventaire « 229 ». Le thème apparent en est La Tentation, dans la tradition des apparue au Moyen Âge, reprise par Jérôme Bosch autour de 1500, et perpétuée jusqu’au milieu du où Max Ernst et Salvador Dali s'affrontent pour livrer leurs versions surréalistes. Une lecture permet de mettre en lumière, en filigrane de cette composition, le thème du Grand œuvre alchimique, sur un mode ésotérique intelligible aux seuls cercles d’initiés.
Le Codex Sforza a été pour la première fois dévoilé et présenté au grand public dans le documentaire « Le Doute dans les œuvres d’art publiques et privées » diffusé par la chaîne de télévision française France 3 Centre Val-de-Loire en .
Historique gauche|vignette|Le château de La Motte (Lyon) propriété de la famille de Villeneuve à la fin du , début du . Le Codex Sforza apparait sous l’appellation de Tentation de saint Antoine dans l’inventaire de la galerie de tableaux du château du marquis de Cotton du Puy-Montbrun, érigé non loin de Tarare dans le département du Rhône. Ce château est à la fin du , début du la propriété de son ancêtre : Humbert de VilleneuveCatalogue de l’exposition Léonard de Vinci en France, le maître et ses élèves 500 ans après la traversée des Alpes, 1516-2016, , 124 à 126 et 134 à 136, Skira, Milan , 2016Humbert de Villeneuve est lieutenant général de la sénéchaussée à Lyon de 1490 à 1505, puis second président au Parlement de Toulouse avant d’être nommé premier président au Parlement de Bourgogne à Dijon. Il est par ailleurs propriétaire d’un autre château situé à 50 km du premier, plus au sud, toujours sur cette même route commerciale reliant le midi au septentrion : le château de La Motte à Lyon..
Datation gauche|vignette|Routes commerciales de la fin du , début du (pointillés noirs) et localisation du lieu d’abattage du chêne dans lequel a été prélevé le panneau servant de support au Codex Sforza (points rouges) d’après les résultats d’analyse dendrochronologique de l’IRPA/KIK de Bruxelles (Belg.)
En 2007, l’examen dendrochronologique du panneau de chêne du Codex Sforza a pu être mené à bien sur la planche inférieure, l’autre étant étroite et comptant dès lors peu de cernes de croissancesLe cerne le plus récent mesuré est daté de 1435, sans aubier conservé. Néanmoins, il est impossible de déterminer avec précision combien d'années séparent la date dendrochronologique du dernier cerne mesuré de la date réelle de l'abattage. Des études statistiques menées par Georges Lambert sur 600 chênes de France, de Suisse, de Belgique et d'Allemagne occidentale, couvrant une période allant de l'Âge du fer jusqu'à nos jours, donnent une fourchette de 4 à 34 cernes d'aubier avec une probabilité de 96,5 %.. Cet examen autorise à situer l’année la plus ancienne à partir de laquelle l’arbre de la planche inférieure a pu être abattu en 1439Pascale Fraiture et Georges Lambert, Rapport d’analyse dendrochronologique, peinture sur panneau, La Tentation de saint Antoine, production flamande de la fin du ou du début du , N° de dossier : 2007.09573, IRPA/KIK, Bruxelles (Belg.), 2007. Il faut encore tenir compte du délai écoulé entre l’abattage des arbres en forêt et l’utilisation du bois en panneaux. Celui-ci comprend le laps de temps nécessaire à l’équarrissage du tronc, au transport du bois, à son débitage en planches, à leur séchage et à la fabrication du panneau proprement dit. Des recherches historiques et archéologiques suggèrent que, pour la période allant du au , ce délai peut se réduire à quelques mois seulementPascale Fraiture et Kristof Haneka, The dendrochronological analysis of the panel paintings depicting the Life of Saint Martin and the Passion of Christ by Frans Pourbus the Elder, , in Monique Maillard-Luypaert, François Pourbus l’Ancien à Tournai. Les panneaux peints pour l’abbatiale de Saint-Martin. Histoire, iconographie, style, technique, restauration, Scientia Artis , IRPA/KIK, Bruxelles (Belg.), 2017. Cependant, certaines études dendrochronologiques font état d’un intervalle beaucoup plus important entre le résultat dendrochronologique et la date d’utilisation connue ou estiméePascale Fraiture, Dendro-archaeological examination of paintings by Pieter Brueghel the Younger, , in Dominique Allart & Christina Curie, The Brueg[h]el phenomenon, Paintings by Pieter Bruegel the Elder and Pieter Brueghel the Younger with a special focus on technique and copying practice, Scientia Artis , IRPA/KIK, Bruxelles (Belg.), 2012. Aucune généralisation ne peut donc être admise à ce sujet. En conséquence, le terminus dendrochronologique proposé pour l’abattage (1439) est également donné pour la confection du support. Bien entendu, s’agissant d’un terminus post quem et non d’une date d’abattage, une réalisation postérieure, dans la seconde moitié du , est parfaitement plausible étant donné le nombre inconnu de cernes de duramen perdus, le nombre réel de cernes d’aubier que comportait l’arbre et l'hypothèse, certes peu vraisemblable mais pas inenvisageable, d'un stockage du bois. Si, dans l’ensemble, le type de panneau du Codex Sforza est proche des supports employés par les artistes flamands de la fin du Moyen Âge (petit panneau constitué de planches de chêne assemblées à joint vif, au revers soigneusement raboté), plusieurs particularités ont été révélées lors de l’examen (absence de barbes et de bords non peint sur la face du panneau, ainsi que l’absence d’amincissements des rives du panneau au revers), dont la plus frappante est l’origine géographique du bois, non balte contrairement à l’usage systématique flamandPascale Fraiture, Results of three campaigns of dendrochronological analysis on the altarpiece of the Adoration of the Mystic Lamb by Hubert and Jan van Eyck (1986-2013), à 95, in Christina Currie, Bart Fransen, Valentine Henderiks, Cyriel Stroo & Dominique Vanwijnsberghe, Van Eyck Studies, Papers presented at the Eighteenth Symposium for the Study of Underdrawing and Technology in Painting, Brussels, 19-21 septembre 2012, Peeters Publishers, Louvain, 2017. La provenance du bois du nord-est de la France pour un panneau peint dans le style flamand pourrait être le signe d’une production extérieure à la Flandre, soit par un artiste flamand ayant transité et/ou travaillé en France, soit par un artiste français - ou ayant transité en France - formé en Flandre. Ce type d’échange était fréquent entre Flandre et Bourgogne au , la première appartenant à la seconde. vignette|Datation par le radiocarbone (C14) de la planche inférieure du panneau de chêne du Codex Sforza : Courbe et data (Oxcal v4.4.1 Christopher Bronk Ramsey 2021) d'après les résultats d'analyse du CDRC de Lyon
En 2008, la datation par le radiocarbone (C14) du panneau de chêne du Codex Sforza a pu être menée à bien tant sur la planche inférieure que sur la planche supérieurePour ce faire, deux carottages profonds ont été pratiqués de part et d’autre du joint qui réunit les deux rives les plus jeunes des deux planches dont est constitué ce panneau. Ces deux prélèvements ont donc été réalisés dans les cernes les plus récents - chronologiquement parlant - des deux planches, supérieure comme inférieure. Les résultats fournis par le laboratoire permettent de calibrer une fourchette d’âge du panneau de 1427 à 1467 qui vient confirmer l’analyse dendrochronologique réalisée précédemment, et ainsi conforter l’hypothèse déjà émise d’une réalisation picturale située dans la seconde moitié du au plus tôt, sans pouvoir écarter l’idée d’une réalisation ultérieureChristine Oberlin, Résultats d’analyse par le Radiocarbone, La Tentation de saint Antoine X, échantillons 30805 et 30807, CRDC –UMR 5138 CNRS, Université Claude Bernard Lyon 1, 2008.
En 2023, l’examen dendrochronologique du panneau de chêne du Codex Sforza a pu être mené à bien sur la planche supérieurePascale Fraiture, Rapport de révision de données dendrochronologiques, N° de dossier : 2023.15357, IRPA/KIK, Bruxelles (Belg.), 2023, grâce aux derniers développements de la base de données du laboratoire ayant réalisé ce même examen en 2007, ainsi que de celles de deux laboratoires français (C.E.D.R.E., Besançonurl=https://dendro-cedre.fr, et Dendrotech, Rennes - Angoulêmeurl=https://dendrotech.fr). Les deux planches sont issues d’arbres distincts ayant grandi, au moins en partie, à la même époque : la série de cernes de planche inférieure étant datée de 1314 (1er cerne) à 1435 (dernier cerne) et celle de la planche supérieure de 1315 (1er cerne) à 1377 (dernier cerne). Les datations font état d’une provenance des deux arbres dans la moitié nord de la France. Les analyses dendrochronologiques et les datations radiocarbone concordent. L’écart de près de 60 ans entre les dates de derniers cernes des deux planches s’expliquant par les différences de largeurs de celles-ci, la planche supérieure étant deux fois moins large et comptant deux fois moins de cernes que la planche supérieure. L’absence d’aubier sur les planches ne permet pas de déterminer la période d’abattage des deux arbres avec précision, mais fournit un terminus post quem pour la confection du panneau : après 1439 (dernier cerne mesuré sur le panneau 1435 + 4 cernes d’aubier minimum).
De 2012 à 2016, diverses analyses non destructive (spectrométrie de fluorescence X ou SFX), puis destructives (stéréo-microscopie d’échantillons de peinture, coupes transversales faites en incluant les échantillons dans une résine de polyester polie jusqu’à obtenir la séquence complète des différentes strates, microscopie optique en lumière visible et ultraviolette des sections transversales, spectroscopie à rayons X à dispersion d'énergie (EDS) couplée avec la microscopie électronique par balayage (SEM) des coupes transversales) ont été réalisées sur la couche picturale du Codex Sforza. La SFX a révélé une présence majoritaire et massive de plomb (Pb). Le signal de l’élément plomb masquant celui de l’étain (Sn), la présence de cet élément n’a pu être détectée dans aucun des spectres lors de cette analyse non destructive. Les analyses destructives effectuées en complément par la suite ont non seulement permis de détecter cet élément dans la couche picturale du Codex Sforza, mais, qui plus est, de définir la palette complète des pigments utilisés par le peintre : jaune de plomb-étain (type I), mais aussi azurite, blanc de plomb, calcite, fluorite, malachite, noir d’ivoire, ocre rouge, ainsi que divers pigments terrestres naturels. Elles ont également montré la présence de fluorite ainsi que de petites quantités de pigments terrestres naturels et de noir d’ivoire dans la couche d’apprêt. Qui plus est, des inclusions d’organismes fossilisés ont été également formellement identifiées, ce type d’inclusion ayant été documenté chez les peintres du Nord. La fluorite quant à elle a été documentée entre 1470 et 1520 (Sud de l’Allemagne, Tyrol autrichien, Suisse, Hongrie et Silésie polonaise) et jusque dans la première moitié du en Hollande, ainsi que dans le Massif Central (Puy-de-Dôme- France), les Asturies (Espagne) et les Pyrénées. De l’Oxyde de plomb-étain (type I) a donc bien été identifié dans la palette du peintre, ce pigment ayant été utilisé du au mais plus encore du au Maurizio Seracini, Analytical diagnostics, Temptations of St Anthonius, Editech, Florence, 2018.
En , de nouveaux prélèvements sont effectués pour dater par le radiocarbone (C14) le blanc de plomb de la couche picturale du Codex Sforza et tenter ainsi de préciser la date de sa réalisation. À ce jour, faute d'infrastructure, le résultat est toujours en attenteCyrielle Messager sous la direction de Lucile Beck, thèse de doctorat sur la datation par le carbone 14 de peintures anciennes à base de blanc de plomb, CEA, Saclay, France, 2018.
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