L’implication de l’Union soviétique dans le conflit israélo-arabe peut être comprise dans le contexte de la guerre froide, période durant laquelle l’URSS et les États-Unis rivalisaient pour étendre leur influence au Moyen-Orient. Leurs interventions répondaient avant tout à des objectifs géopolitiques et stratégiques. Cette interprétation est soutenue par l’article, qui affirme que la reconnaissance est avant tout un acte politique plutôt qu’un acte juridique, et qu’elle est décidée par les États souverains plutôt que par des règles internationales fixes.

Près de 1650 résolutions ont été votées par l'Assemblée générale, le Conseil de sécurité et les différentes commissions de l'ONU depuis 1947 en rapport aux conflits entre Israël, la Palestine et les pays arabes. C'est un des plus importants conflits qui mobilisent les instances internationales depuis leur création. Le système ONU, mandataire pour régler ce conflit depuis 1947, n'a réussi qu'à modérer les efforts de guerre sans jamais trouver de solution durable, car constamment freiné par les intérêts des grandes puissances. Ceci démontre comment les relations internationales qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale ont évolué au rythme de l'affrontement entre le bloc communiste, soit l'URSS et ses pays satellites, et le bloc occidental mené par les États-Unis. Au cœur de ces relations internationales, le conflit israélo-palestinien ne fait pas exception.

Au départ, les Soviétiques soutenaient la création d’Israël en 1947, espérant que cela affaiblirait l’influence occidentale dans la région et mettrait fin au mandat britannique en Palestine. Cependant, lorsque Israël ne s’est pas aligné sur les intérêts soviétiques, l’URSS a rapidement transféré son soutien vers les pays arabes, en particulier l’Égypte. Cette transition a marqué un changement important dans la politique étrangère soviétique.  

Par ailleurs, l’Union soviétique n’était pas seulement impliquée sur le plan politique, mais elle jouait également un rôle dans la diplomatie et le soutien militaire. Elle participa aux débats des Nations unies, notamment à travers la résolution de Kossyguine condamnant Israël, puis fournit des armes à ses alliés arabes et fut impliquée dans des événements majeurs comme la guerre des Six Jours. En même temps, l’idéologie influençait aussi les actions soviétiques. Le sionisme était considéré comme lié à l’impérialisme occidental et les Juifs étaient soupçonnés de représenter une menace potentielle pour l’État soviétique.

Cependant, un débat existe entre les historiens concernant les motivations de la politique soviétique. Certains, comme Isabella Ginor et Gideon Remez, soutiennent qu’il s’agissait principalement de la compétition de la guerre froide, comme une stratégievisant à gagner de l’influence et du pouvoir au Moyen-Orient. Ils estiment qu’empêcher Israël de développer des armes nucléaires et renforcer la dépendance des États arabes envers Moscou faisaient partie de la stratégie soviétique. D’autres, telsque Arieh J. Kochavi et Joseph Heller, considèrent que les opinions négatives envers le sionisme et les attitudes antisémites étaient également des facteurs importants.

L'URSS, la question juive et la question arabe avant 1948 La Russie, les juifs et le Moyen-Orient jusqu'en 1917 thumb|redresse=0.7|gauche|Moines chrétiens orthodoxes devant la basilique du Saint Sépulcre, photographie Bonfils, Beyrouth, 1867. thumb|Un groupe de pionniers religieux juifs aux piscines de Salomon à Jérusalem en 1920. L'intérêt pour la Palestine remonte à l'époque des tsars de Russie, lesquels affectionnaient particulièrement Jérusalem par leur appartenance à l'Église orthodoxe. Vers la fin du , son implication au Moyen-Orient se traduit par la Société russe pour la Palestine, laquelle opère au Liban, en Palestine et en Syrie. En Palestine, les Russes construisent plusieurs écoles, églises et hôpitaux via la Société orthodoxe russe pour la Palestine et la Mission ecclésiastique russe. Ils construisent aussi un complexe d’hébergement à Jérusalem,

En 1884, la société « Hoverei Zion » (amoureux de Zion) prend forme et organise l'émigration vers la Palestine, alors province ottomane. La diaspora juive de Russie représente un bassin de recrutement potentiel pour l'Organisation sioniste mondiale.

Au début du , la plupart des dirigeants de la social-démocratie européenne refusent l'idée d'une « nation juive » ; le mouvement sioniste, fondé en 1897, trouve peu de sympathies parmi eux. L'Union générale des travailleurs juifs (le Bund), puissant mouvement socialiste juif, défend l'idée d'une communauté juive autonome dans l'Empire russe, particulièrement en Pologne russe et Lituanie (la zone de résidence) où les juifs sont nombreux et parlent leur propre langue, le yiddish. Les sociaux-démocrates russes, tant bolchéviks que menchéviks, cherchent l'alliance du Bund et dénoncent l'antisémitisme du régime tsariste sans pour autant approuver le projet sioniste.

Dès le début, les dirigeants communistes soviétiques se sont fortement opposés au sionisme. Dans son essai de 1903 intitulé « La situation du Bund dans le parti », Lénine décrit le sionisme comme un mouvement réactionnaire et incompatible avec les intérêts du prolétariat juif, estimant qu’il encourageait l’isolement plutôt que la solidarité de classe.

Plus tard, Joseph Staline partage cette vision. Dans son ouvrage Le Marxisme et la Question nationale publié en 1913, il affirme que les Juifs ne peuvent pas être considérés comme une nation unique puisqu’ils vivent dans différents territoires et parlent plusieurs langues. Staline considère l’assimilation comme la seule solution possible à la « question juive » en Russie. Ainsi, les dirigeants bolcheviques perçoivent le sionisme comme une idéologie utopique et nuisible, détournant le prolétariat juif de la lutte des classes.

Le pouvoir soviétique, les Juifs et les Arabes avant la Seconde Guerre mondiale La révolution russe d'octobre-novembre 1917 transpose le problème juif à la bourgeoisie juive. Pour Lénine, la révolution prolétarienne devait aussi se faire chez les Juifs. thumb|Timbre-poste soviétique de la Région autonome juive du Birobidjan, 1933. Le gouvernement bolchévik dénonce les plans impérialistes de partage du Proche-Orient ; les accords Sykes-Picot prévoyaient une Palestine sous mandat international, finalement restreinte à un mandat britannique, ouvrant la possibilité d'un foyer national juif.

Quand l'Internationale communiste réunit le premier congrès des peuples d'Orient à Bakou pour s'opposer à la fois au colonialisme occidental et aux féodalismes orientaux, sur délégués, 235 s'inscrivent comme Turcs, 192 comme Persans, 41 comme Juifs, 8 comme Kurdes et seulement 3 comme Arabes. Les Occidentaux redoutent une alliance entre le communisme et l'islam et croient voir la « main de Moscou » dans les troubles qui agitent l'Égypte, l'Irak et la Syrie. En fait, les partis communistes ont très peu de succès dans les pays arabes et, dès la fin des années 1920, l'URSS renonce à se mêler des affaires du Proche-Orient.

Le , le gouvernement soviétique déclare une région de Sibérie, le Birobidjan, région autonome juive. Ce plan visait à court-circuiter le projet sioniste en offrant une nouvelle terre d'accueil aux Juifs.

L'URSS abritait une importante communauté juive d'environ 5 millions de personnes.

Le communisme en Palestine vignette|Le « New Russian Building », nouveau centre commercial de Jérusalem construit dans les années 1930. En 1919, on assiste en Palestine à l'émergence du premier parti politique regroupant à la fois des Arabes et des Juifs : le Parti des travailleurs de Palestine, devenu le Parti communiste palestinien en 1923. À la suite des émeutes de 1929 à Jérusalem, le PCP devient majoritairement un parti arabe. Il est pratiquement le seul parti en Palestine à comprendre à la fois des Arabes et des juifs. Aligné sur les positions de l'Internationale communiste, le PCP fait campagne contre l'invasion de l'Éthiopie par l'Italie fasciste en 1934 puis, en 1936-1937, en faveur des Républicains pendant la guerre civile espagnole ; des volontaires arabes et juifs s'enrôlent dans les Brigades internationales. Le PCP doit cependant s'opposer à certains courants du nationalisme arabe qui misent sur le soutien de l'Allemagne nazie contre la domination britannique.

Les violences augmentant entre Arabes et Juifs, le Royaume-Uni tente par tous les moyens d'amener les deux partis, c’est-à-dire la « Jewish Agency » et le groupe arabe représenté par le mufti Haj Amin al-Husseini, à discuter lors de la conférence de St-James de 1939. Les partis refusant de discuter face à face, le Royaume-Uni agit comme médiateur.

N'arrivant à aucune entente, le Royaume-Uni publie le Livre blanc de 1939. Ce document proclame principalement qu'il n'est pas dans l'intention du Royaume-Uni de faire de la Palestine un État exclusivement juif ni un État exclusivement arabe ; qu'après une transition de 10 ans, la Palestine devra être un État indépendant où Arabes et Juifs partageront le même gouvernement et les mêmes droits ; que l'immigration juive serait limitée à sur une période de 5 ans ; que la vente de terres aux Juifs sera interdite dans certaines zones.

Le jeu diplomatique de la Seconde Guerre mondiale Au début de la Seconde Guerre mondiale, l'URSS n'a de relations diplomatiques avec aucun État arabe et les partis communistes arabes sont trop faibles pour jouer un rôle significatif. Cependant, la rupture du pacte germano-soviétique et l'invasion allemande de l'URSS en 1941, la menace allemande vers le Caucase et le pétrole de Bakou en 1942 amènent Staline à assurer ses arrières au Moyen-Orient. L'Iran, où le souverain Reza Chah paraissait trop favorable à l'Axe, est occupé par les Britanniques et les Soviétiques en août-, les uns dans le sud du pays, les autres dans le nord-ouest. Le chemin de fer transiranien devient une voie essentielle d'acheminement de l'aide américaine vers l'URSS..

Entre Londres, Washington et Ankara, se joue un jeu « politico-sioniste » des plus importants. En , Ivan Maïski, ambassadeur soviétique à Londres, sioniste et influent homme politique, rencontre le grand rabbin de Palestine, Isaac Halevi Herzog. S'ensuit une rencontre entre Maïski et Chaim Weizmann, président de l'Organisation sioniste mondiale. Ils discutent d'abord d'échanges commerciaux pour ensuite aborder la question juive en Palestine. Les relations entre l'URSS et les sionistes restent difficiles à cause du pacte germano-soviétique. Cependant, l'opération hitlérienne Barbarossa de leur donne un second souffle. S'ensuit une série de communications et d'échanges entre Maïski, Weizmann, David Ben Gourion (président de l'Agence juive), Maxime Litvinov (ancien commissaire aux Affaires étrangères devenu ambassadeur soviétique aux États-Unis) et Sergueï Vinogradov (ambassadeur soviétique en Turquie).

Le Kremlin « se méfie par-dessus tout des groupes nationaux (faisant référence au mouvement sioniste d'URSS) qui entretiennent des relations avec des États et des mouvements politiques à l'extérieur de l'URSS … » Cependant, le Kremlin ne peut se passer de l'influence diplomatique de Maïski et lui demande d'agir en sollicitant de l'aide en armement militaire aux États-Unis. Les démarches diplomatiques à Washington, Londres et Ankara portent fruit. La même année, le Royaume-Uni et les États-Unis forment un « comité public d'aide à l'URSS en guerre contre le fascisme ».