Les (en occitan : alèas Jules Guesde) et l'esplanade des Français-d'Afrique-du-Nord sont deux voies de Toulouse, chef-lieu de la région Occitanie, dans le Midi de la France. Elles sont coupées, d'ouest en est, par l'espace Jean-Étienne-Duranti, l'espace des Frères-Marty et la place Lazare-Ponticelli.

Fruit de l'urbanisme du , les allées sont, comme le square Boulingrin et les allées qui en rayonnent – allées Forain-François-Verdier, Paul-Sabatier, des Soupirs et Frédéric-Mistral –, aménagées au milieu du siècle sur les plans de l'ingénieur Louis de Mondran, au sud de la vieille ville médiévale et moderne, qui reste enserrée dans ses remparts. L'objectif des élites toulousaines – capitouls, parlement, États de Languedoc – est de doter la ville d'un vaste espace de promenade. Si ce projet, inspiré par les Lumières, n'est pas achevé alors que commence la Révolution française, les allées voient se multiplier les projets monumentaux au cours du : palais de justice et gendarmeries à l'ouest, facultés des sciences et de médecine au sud, jardins publics à l'est. Depuis 1933, le sol des allées est protégé par une inscription sur la liste des sites classés. Au début du , le réaménagement des allées Jules-Guesde a rendu aux piétons un espace de promenade et de loisirs au cœur de la ville.

Situation et accès Description Les allées Jules-Guesde et l'esplanade des Français-d'Afrique-du-Nord sont des voies publiques. Elles se situent à la limite du quartier Saint-Étienne, au nord, et les quartiers Saint-Michel et Busca, au sud.

L'avenue fait partie des artères ceinturant l'hyper-centre-ville, prolongée au nord-est par les allées Forain-François-Verdier, et à l'ouest par les allées Paul-Feuga puis le pont Saint-Michel. Les allées sont divisées actuellement en trois parties principales séparées par une rangée d'arbre chacune. La partie nord possédant une voie à double-sens pour la circulation routière, la partie centrale par un grand espace vert prévu à l'origine pour y faire passer le tramway et possédant également une piste cyclable, et la partie sud qui est une zone piétonne. Deux contre-allées s'ajoutent également de chaque côté de l'artère, totalisant donc cinq parties.

La chaussée, du côté nord des allées, compte une voie de circulation automobile dans chaque sens. Elle appartient à une zone 30 et la vitesse y est limitée à . Il existe également, du côté sud des allées, une piste cyclable dans chaque sens.

Voies rencontrées Les allées Jules-Guesde rencontrent les voies suivantes, dans l'ordre des numéros croissants (« g » indique que la rue se situe à gauche, « d » à droite) :

Place du Parlement (g) Place Auguste-Lafourcade (d) Rue des Trente-Six-Ponts (d) Rue Alfred-Duméril (d) Rue du Sachet (d) Rue Jean-Baptiste-Lamarck (d) Rue des Jardins (d) Rue Théodore-Ozenne (g) Allée des Justes-des-Nations (d) Square Boulingrin

Transports vignette|gauche|Une rame du tramway au terminus. Les allées Jules-Guesde sont parcourues et desservies sur toute leur longueur par la ligne de bus ainsi que, entre la rue Théodore-Ozenne et le Boulingrin, par la ligne de bus . À l'ouest, sur les allées Paul-Feuga, se trouve également la station Palais-de-Justice, terminus de la ligne de tramway . Tout près, sur la place Auguste-Lafourcade débouche la station Palais-de-Justice, sur la ligne de métro . Enfin, à l'est, sur les allées Frédéric-Mistral et Serge-Ravanel, se trouvent également les arrêts de la ligne du Linéo .

Il existe plusieurs stations de vélos en libre-service le long des allées Jules-Guesde ou des voies les plus proches : les stations (rue du Huit-Mai-1945), (35 allées Jules-Guesde), (1 bis allées Jules-Guesde) et (11 allées Paul-Feuga).

Odonymie vignette|gauche|Portrait de Jules Guesde, par l'atelier Nadar (début du , médiathèque de l'architecture et du patrimoine). Le nom des allées est lié à Jules Guesde (1845-1922). Républicain, hostile au régime impérial, il est journaliste à Toulouse en 1868, où il écrit dans le Progrès libéral. Il s'oriente progressivement vers le socialisme révolutionnaire et se fait le défenseur de la Commune en 1871. Il est poussé à l'exil et adhère à la Première Internationale, où il se rapproche en partie des thèses de Karl Marx. De retour en France en 1876, il s'occupe à réorganiser le mouvement ouvrier et fonde en 1882 le Parti ouvrier français. Face aux « possibilistes », Paul Brousse et Jean Allemane, il incarne la ligne « dure » du mouvement ouvrier, opposée à tout compromis avec les « forces bourgeoises ». Il est élu à la Chambre des députés en 1893 dans la circonscription de Roubaix, puis sans interruption de 1906 jusqu'à sa mort en 1922. En 1905, les différents partis socialistes fusionnent pour former la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO). Face à Jean Jaurès, qui incarne un socialisme réformiste, le courant représenté par Jules Guesde recule. En 1914, il est partisan de la guerre, qu'il voit comme le moyen de faire la révolution, et devient ministre d'État. En 1920, au Congrès de Tours, il choisit de rester dans la SFIO contre la majorité qui crée la Section française de l'Internationale communiste (SFIC).

Lors de sa création, au milieu du , les allées Jules-Guesde étaient connues comme l'EsplanadeSalies 1989, vol. 2, .. Pendant la Révolution française, en 1794, on l'appela allée des Récompenses, car l'esplanade était utilisée lors des grandes cérémonies républicainesSalies 1989, vol. 2, .. À partir de 1806, elle prit le nom d'allée Saint-Michel, car elle longeait le faubourg du même nom – quoique l'église Saint-Michel n'existait alors déjà plus depuis sa démolition en 1798. Le , la municipalité socialiste d'Étienne Billières voulut rendre hommage à Jules Guesde et donna son nom aux allées, comme on avait donné celui de Jean Jaurès aux allées Lafayette en 1916. Le nom fut conservé, sauf entre 1940 et 1944, sous la municipalité vichyste, qui lui rendit son nom ancienSalies 1989, vol. 1, ..

En 2014, l'espace qui fait face au jardin du Grand Rond, le long du Boulingrin, est nommé en hommage à Lazare Ponticelli (1897-2008)Silvana Grasso, « Jules-Guesde : le dernier Poilu, Lazare Ponticelli, a désormais sa place », La Dépêche du Midi, 23 mai 2015.. Il s'agissait, pour le centenaire du déclenchement de la Première Guerre mondiale, de rendre hommage au dernier « poilu ».

C'est le que, sur volonté de la municipalité de Jean-Luc Moudenc, le cœur des allées, face au Jardin des Plantes, est nommé esplanade des Français-d'Afrique-du-Nord. L'inauguration en est faite le suivant – la date est depuis 2003 celle de la journée nationale d'hommage aux combattants d'Afrique du Nord, qui inclut non seulement les victimes de la guerre d'Algérie de 1956 à 1962, mais aussi des combats qui se sont déroulés dans les protectorats du Maroc et de Tunisie entre 1945 et 1956.

Enfin, le 19 octobre 2018, c'est l'espace qui fait face à l'entrée du jardin des Plantes, dans l'axe de la rue Théodore-Ozenne et de l'allée des Justes, qui est nommé en hommage aux deux frères Alexandre (1894-1918) et Georges Marty (1895-1940). Le premier est un pilote et un as de l'aviation de la Première Guerre mondiale, tué le à Manoncourt-en-Vermois. Le second fait la Première Guerre au de hussards. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il rejoint le groupe de reconnaissance des corps d'armées (GRCA) et est tué au cours de la bataille de France, le 8 juin 1940, à Ciry-Salsogne, dans l'Aisne.

Histoire Moyen Âge Au Moyen Âge, l'espace occupé par les allées Jules-Guesde est situé à l'extérieur des remparts de la ville. Un chemin passe le long des remparts, que l'on peut franchir par plusieurs portes : d'est en ouest, la porte Montoulieu (emplacement de l'actuelle place du même nom), la porte Montgaillard (emplacement de l'actuelle rue Théodore-Ozenne) et, surtout, la porte du Château (emplacement de l'actuelle place du Parlement). Celle-ci est dominée par le massif imposant que représente le Château Narbonnais, et elle est protégée par une barbacane. Au sud du rempart s'étendent les champs qui entourent la ville. Au-devant de la porte Montoulieu se trouve le pré Montoulieu, probablement un petit tertre planté d'arbres, où se trouve un oratoire dédié à Marie, depuis la découverte vers 1260, dans les fossés, d'une statue miraculeuse.

C'est le long de ce rempart qu'a lieu en 1218 un des événements majeurs de la Croisade albigeoise. Le chef des croisés, le comte Simon de Montfort, assiège la ville qui s'est révoltée contre son autorité. Il tente avec ses troupes d'entrer dans la ville par la porte de Montoulieu, mais il est tué le , obligeant les croisés à décider l'abandon du siège.

Période moderne Le sol des actuelles allées Jules-Guesde est à l'époque moderne complètement dégagé, dominé au nord par les remparts que la ville fait encore entretenir au milieu du , dans la crainte d'une invasion espagnole. En 1522, une terrasse de terre est aménagée en avant des rempartsSalies 1989, vol. 1, .. En 1550, le vieux Château Narbonnais est démoli.

Au sud, le développement économique de la ville et la croissance démographique encouragent le développement de faubourgs autour des principales portes de Toulouse, particulièrement le faubourg Saint-Michel, qui s'organise face à la porte du Château, autour de l'église Saint-Michel. Des maisons sont bâties, particulièrement au carrefour de la grande-rue Saint-Michel, de la rue du Sauzat (actuelle rue des Trente-Six-Ponts) et du chemin de Montaudran (actuelle rue Alfred-Duméril). Au-delà des portes Montgaillard et Montoulieu s'étendent des champs et quelques maisons de campagne.

Dans le premier quart du , les Carmes déchaussés arrivent à Toulouse. Leur installation est soutenue par la veuve du président au parlement de Vézian et autorisée par des lettres patentes de . Ils fondent leur couvent à l'extérieur de la ville dans une maison avec jardin près de la porte Montgaillard, au carrefour de la rue du Coq (actuelle rue Lamarck). À l'étroit, malgré l'achat d'une seconde maison, ils entreprennent progressivement la construction de nouveaux bâtiments conventuels. La chapelle, dédiée à saint Joseph, dont les travaux démarrent en 1634, est consacrée en 1665 par l'évêque de Montauban Pierre III de Bertier. Afin d'agrandir leur domaine, les Carmes déchaussés acquièrent en 1714 la propriété Frascati – ou du Petit-Montrabé – qui avait appartenu à Pierre-Paul RiquetRoger Camboulives, « Les Carmes déchaussés », L'Auta, , décembre 1969, .L'Auta, , 1992, .. À la fin du siècle, ils possèdent un vaste terrain clos par un mur qui s'étend entre la rue du Coq ou des Carmes-Déchaussés (actuelle rue Lamarck) à l'ouest, le chemin de Montaudran au sud et la Grande-Allée (actuelles allées Frédéric-Mistral).