Ștefana Velisar-Teodoreanu (née Maria-Ștefana Lupașcu, également créditée comme Ștefania Velisar ou Lili Teodoreanu , – 30 ou ) était une romancière, poète et traductrice roumaine, épouse de l'écrivain Ionel Teodoreanu. Encouragée à écrire par son mari, elle fait partie du mouvement dit Poporaniste (ou « populaniste ») inspiré par les thèmes de la ruralité traditionnelle, par les idéaux moraux du christianisme orthodoxe, et par les échos de littérature moderniste. Ses œuvres de jeunesse, qui coïncident avec les violences de la Seconde Guerre mondiale et le choc des totalitarismes, se composent principalement de romans centrés sur les conflits internes des personnages et la triomphe de la morale des provinciales comme elle. Formant un contrepoint aux livres de son époux, ils sont très appréciés par les lecteurs mais seront considérés par les autorités comme « idylliques et didactiques » donc retirés des bibliothèques et librairies.

Anti-totalitaire comme son mari, Ștefania Velisar (forme roumaine du patronyme Bélisaire) aide des écrivains et des personnes persécutées par la police politique du pouvoir roumain. Elle continue à publier, principalement des traductions collaboratives jusqu'à la fin des années 1960, ce qui lui vaut des éloges pour ses interprétations de la littérature russe classique. Pendant cette période, devenue veuve, elle tente d'aider sa famille persécutée dont son beau-frère Păstorel emprisonné, tout comme son ami Dinu Pillat, tandis que d'autres personnes dans son cercle de connaissances fuient la Roumanie au péril de leurs vies, les frontières étant fermées et surveillées. À la fin des années 1960, alors que la répression s'atténue, Ștefania Velisar se retire au Monastère de Văratec. Ses derniers travaux comprennent un livre de mémoires sur ses années avec Teodoreanu, ainsi que des lettres qu'elle a envoyées à la famille Pillat, collectées en un livre en 2010.

Biographie

Origines et débuts Née en Suisse dans la station de ski de Saint-Moritz, ses parents sont les diplomates du royaume de Roumanie Ștefan Lupașcu (1872-1946) et son épouse Marie Mazurier, ancienne gouvernante française Gheorghe Perian, "Velisar Teodoreanu Ștefana", in Aurel Sasu (ed.), Dicționarul biografic al literaturii române, Vol. II, . Pitești: , 2004. . Son père, un franc-maçon de haut-rang, est issu de la noblesse roumaine et originaire de MoldavieMihai Sorin Rădulescu, "Despre aristocrația românească în timpul regimului comunist", in Lucian Boia (ed.), Miturile comunismului românesc, . Bucharest: , 1998. . Il est l'oncle paternel du philosophe français Ștefan Lupașcu. Ses parents sont largement absents de la vie de Ștefania Velisar : son père est si pris par son travail et ses activités maçonniques, que sa mère s'en éloigne, de sorte que Ștefania est surtout élevée par sa famille paternelle. Elle fréquente brièvement l’école primaire en FrancePanait, . Elle est diplômée de l'École centrale pour filles de Bucarest, dirigée par sa tante Maria, épouse du romancier Barbu Delavrancea.

Pendant les campagnes de la Première Guerre mondiale, alors que la Roumanie est occupée par l'Allemagne, elle vit avec ses cousines Celia et Henrieta Delavrancea à Jassy, en Moldavie restée hors de la zone d'occupation ; c'est grâce à elles qu'elle rencontre l'étudiant et écrivain en herbe, Ionel Teodoreanu, fils de l'avocat et homme politique Osvald Teodoreanu. Selon ses dires, il était attiré par son teint mat et ses « brillants yeux noirs », mais il admirait aussi ses tentatives littéraires, et l'encouragea à continuer. En , des vers attestant de son amour pour elle sont publiés dans le magazine Însemnări LiterareTudor Opriș, Istoria debutului literar al scriitorilor români în timpul școlii (1820–2000), . Bucharest: Aramis Print, 2002. .

Elle épouse Ionel en 1920, lors d'une cérémonie à laquelle assistent les membres du cercle littéraire de la Viața Românească, y compris le doyen Garabet IbrăileanuNastasă, . Elle devient donc la belle-sœur de l'humoriste Păstorel, qu'elle admire, bien que, selon le poète Ștefan I. Nenițescu, elle soit « la plus talentueuse des Teodoreanu »Panait, . Elle donne naissance à des jumeaux, Ștefan (« Cefone » ou « Afane ») et OsvaldOstap (2012), , 55. La nouvelle famille vit dans une maison rue Mihail Kogălniceanu à Jassy, et, pendant des années, voisine avec les Ibrăileanu, Petru Poni et Alexandru PhilippideNastasă, , 392.. Ils ont pour ami proche le romancier de gauche Mihail Sadoveanu, avec qui ils se rendent en Turquie en 1934Mihail Sadoveanu, "Roxelana", in , Nr. 1/1946, ; à l'époque, Sadoveanu rejoint la même loge Maçonnique que Lupașcu.

Avec les frères de Teodoreanu et Sadoveanu, Ștefania Teodoreanu est assidue aux réunions de la Viața Românească. Son premier texte est publié en 1929, par Tudor Arghezi dans le magazine Bilete de Papagal ; elle contribue également aux revues Fundațiilor regale et Familia. Son nom de naissance et de plume Velisar est utilisé par son mari dans son œuvre majeure, le roman La Medeleni (1925), pour un personnage directement calqué sur Lupașcu. Ștefania Velisar elle-même apparaît dans un autre roman de son mari Bal mascat, publié à ses débutsEugenia Mureșanu, "Vitrina cărții. Cronica literară. Ștefana Velisar-Teodoreanu: Cloșca cu pui", in Viața Ilustrată, Nr. 4/1942, .

Seconde Guerre mondiale vignette|300x300px|Ștefana et Ionel Teodoreanu en 1931. Dessin de Ștefan Dimitrescu Emménageant à Bucarest en 1938 au moment où le Carlisme se met en place et combat durement les fascistesOstap (2012), , la famille acquiert une villa rue Romulus à Dudești, dans la banlieue de la capitaleLazu, , 325. Ils sont également propriétaires d'une maison rue Mihai Eminescu à Dorobanți, qu'Ionel reçoit de la Fédération des Communautés Juives, pour ses services en tant qu'avocatLazu, , 189, 325. Velisar est publiée peu de temps avant la Seconde Guerre mondiale, avec Calendar vechi (« Ancien calendrier ») en 1939, qui lui vaut le prix de l'Association des Intellectuels roumains. Ce roman est suivi en 1940 par Viața cea de toate zilele (« La vie de tous les jours ») et en 1943 par une histoire lyrique, Cloșca cu pui (« La mère-poule »)Burța-Cernat, ; Panait, .

Sa prose est considérée par la critique comme « la quintessence du parfum féminin » et comme « massivement maternelle »Burța-Cernat, semble « hors du temps, dans un espace idéalisé où la tragique réalité du temps est absente ». En , le critique moderniste Eugen Lovinescu écrit que son « très tendre talent » se démarque des autres auteures féminines émergentes de l'époque : elle adhère ni à la « psychologique de l'érotisme » de Cella Serghi et Lucie Démétrius, ni à la « sensualité incendiaire » de Sorana GurianEugen Lovinescu, « Note asupra literaturii noastre feminine », in , Nr. 7/1939, . Selon la chercheuse Elena Panait, à la fois pour la construction des personnages et en termes de message littéraire message, les œuvres de Velisar la rapprochent de Rabindranath Tagore, Léon Tolstoï, et Ivan Tourgueniev (elle était parfaitement francophone, anglophone et russophone). Elle reste une lectrice passionnée de Tagore dans ses vieux jours.

Viața cea de toate zilele, écrit à la première personne, montre les tourments de Baba, une femme au foyer prise au piège dans un cadre provincial, et blessée dans un accident. La stérilité de sa vie dans sa bourgade se termine avec le geste de libération de Baba, un retour à la liberté et l'auto-discipline imposée de la campagne, "Note. Viața cea de toate zilele, romanul d-nei Ștefana Velisar-Teodoreanu", in , Nr. 1/1941, Panait, , 125. Cette vision des provinciaux et de la terre est vue par le savant Aurel Martin comme un ethos régionaliste, montrant l'attachement culturel de Velisar à la MoldaviePanait, . Riche en symboles chrétiens, jusqu'à la scène finale (avec un signe de croix « par inadvertance »), Viața cea de toate zilele montre selon Panait « la foi en les valeurs humaines telles que la solidarité, la tolérance, la puissance de la mère et de l'amour conjugal »Panait, . Ce message optimiste est atténué dans Cloșca cu pui, qui comprend des représentations de femmes désespérées.

Petru Comărnescu, qui a lu Viața cea de toate zilele comme un roman psychologique, est impressionné par le travail, le voyant comme un échantillon de la « douceur roumaine et de sa grandeur spirituelle, très différent de la production littéraire des écrivains contemporains ». Selon la critique Bianca Burța-Cernat, le ton général de ces travaux est « idyllique et moralisateur, involontairement a-temporel », et redevable à La Medeleni, ainsi qu'au traditionalisme cultivé par Viața Românească. Comme le note Burța-Cernat, son rapport au « Poporanisme » se fait grâce à son mari, plutôt qu'en « participante directe » : en cela, elle ressemble à Profira Sadoveanu, fille de l'écrivain et elle-même romancièreBurța-Cernat, . Voir aussi Panait, . En se concentrant également sur des éléments a-temporels, Panait voit Velisar comme une « rétro-moderniste », en ce qu'elle applique les techniques modernes d'écriture sur une idéologie littéraire ancienne « reconditionnement des conventions littéraires obsolètes », avec quelques « très timides innovations »Panait, . Elle fait également valoir que l'ensemble de ces fragments sont des allusions directes à La Medeleni.

En 1940, sous le régime pro-nazi du maréchal Ion Antonescu (le selon sa propre définitionMihai Pelin, Antonescu, le Pétain roumain et ses guerres, Ed. Iosif Constantin Drăgan, Venise 1988.), alors que la Roumanie est dépecée (perdant la Moldavie orientale et la Transylvanie septentrionale), les Teodoreanu et Păstorel puisent dans le nationalisme roumain matière à leurs protestations : outrepassent la censure officielle, Velisar écrit une lettre de soutien pour le magazine en exil Gazeta TransilvanieiValeria Căliman, « Viața și atitudinea Gazetei Transilvaniei în anii de luptă împotriva Diktatului de la Viena », in Cumidava, Vol. XXI, 1997, , 206. Mais ils sont réduits au silence lorsqu'Antonescu participe à l'attaque nazie contre l'URSS et se met à exterminer ses Juifs.

Répression communiste et travail de traduction Ștefania Velisar peut à nouveau publier après le coup d'état qui destitue Antonescu et permet à la Roumanie de rallier en août 1944 les Alliés : le roman Acasă (« À la maison », 1947)Burța-Cernat, ; Panait, est noté pour sa « cruauté […] doublé par une compréhension et une triste compassion » pour son principal personnage fémininPanait, . À l'époque, son mariage avec Teodoreanu prend l'eau, ses maîtresses commençant à être connues, juste avant que, tombé amoureux de l'actrice moldave Nadia Gray qui ne répond pas à ses avances, il se mette à boire.