vignette|Mother Louse, une célèbre brasseuse à Oxford au milieu du . Image de David Loggan.
Lalewife ou brasseuse est un terme historique anglophone désignant en Angleterre soit une brasseuse, soit une femme qui brasse une bière de fermentation haute dénommée « ale » pour la vendre dans le commerce(cf. ).
Étymologie Le mot "alewife" est d'abord apparu en Angleterre en 1393 pour désigner "une femme qui tient une brasserie", synonyme du mot "brewester" en anglais.
"Alewife" est aujourd'hui couramment utilisé dans les traductions en anglais de textes anciens pour désigner toute femme qui brasse et vend de la bière.
Contexte Le brassage de la bière est à l'origine en Mésopotamie le fait de femmes. Les femmes brassaient la majorité des bières pour leur usage domestique et commercial en Angleterre avant la Peste noire, et certaines femmes ont continué de brasser au . La bière est une composante majeure de l'alimentation en Angleterre médiévale car elle est à la fois la boisson la plus "propre" et la plus abordable en termes de prix. La consommation quotidienne de bière n'est pas connue avec exactitude, mais a pu aller jusqu'à un gallon par jour et par personne. Parce que la bière devient aigre quelques jours après avoir été brassée, une production constante est nécessaire pour satisfaire la demande, par conséquent, la bière est produite en grandes quantités à l'aide d'un procédé simple et généralement bien connu, bien que long, en utilisant principalement du malt d'orge ou de l'avoine. Le commerce de la bière dans l'ensemble de l'Angleterre est alors régulé par les , qui indexe le prix de la bière à celle du grain et exerce des contrôles sur la qualité des brassages. La production de bière en dehors de ce cadre légal était interdite et sévèrement punie par les tribunaux.
Les archives publiques de l'époque médiévale avant la Peste noire incluent la réglementation de la législation et traitent du brassage de la bière comme une activité exclusivement féminine, indiquant que le brassage de la bière est dominée par les femmes. Cette domination féminine dans le commerce est due au fait que le brassage n'est pas un commerce nécessitant une formation de longue durée, est à peine rentable, et peut être réalisé à domicile pour constituer un complément de revenu régulier. L'absence de spécialisation et l'emplacement du lieu de production physique à l'intérieur du foyer domestique rend le brassage de la bière un commerce possible pour les femmes afin d'ajouter un revenu au ménage à la fois en campagne et en ville. Les femmes appartenant à l'élite s'engageaient apparemment aussi dans cette activité en supervisant leurs servantes et serviteurs sans encourir l'opprobre sociale. Les archives concernant l'activité de brassage à l'époque médiévale en Angleterre omettent souvent les activités des familles les plus pauvres, dans lesquelles les femmes brassaient certainement pour leur usage personnel et revendaient la bière de façon sporadique et irrégulière, peut-être parce que les autorités se concentraient sur le brassage régulier en grande quantité qu'un certain nombre de familles étaient en mesure de produire.
Consommation d'alcool et brassage de bière Boire de l'alcool chaque jour était une pratique courante entre 1300-1700. À cette époque, la qualité de l'eau est si mauvaise que l'alcool est préféré pour son goût. Les consommations alcoolisées sont si populaires que la moyenne annuelle de la consommation de vin en France est estimée à plus de durant la plus grande partie des années 1300-1700. Boire de l'alcool est si répandu que les travailleurs peuvent demander à être payés avec de l'alcool au lieu d'un salaire. Les européens de l'époque médiévale ne boivent pas d'alcool pour l'ivresse, mais en lieu et place d'autres boissons comme l'eau pour leur subsistance quotidienne.
Comme la vinification est un processus complexe, et que la bière houblonnée ne s'est pas encore répandue depuis les Pays-Bas et la Belgique, la bière et le cidre sont devenus communs parmi les classes inférieures de la société dans l'Angleterre médiévale. La bière médiévale se gâte rapidement, ce qui en rend la production de masse difficile et résulte en une production locale constituée de petites unités de production disséminées à travers les villes. Par exemple, en 1577, il y a une brasserie pour par ville.. La structure de l'industrie de la bière autorise les femmes à jouer un rôle à part entière dans le brassage, la vente, et l'offre de bière pour la consommation.
À la fin du , la bière houblonnée commence à supplanter l'ale comme une boisson populaire dans l'Angleterre médiévale. La bière brassée avec du houblon est alors populaire dans les Pays-Bas et la Belgique, parce qu'elle reste fraîche plus longtemps, est plus facile à transporter, et est utilisée plus souvent comme une boisson militaire.
Aux Pays-Bas la brasserie est considéré comme un métier masculin, et les femmes ne s'engagent pas souvent dans cette activité. Dans sa phase d'expansion, la production centré sur les femmes est supplantée par des unités de production dirigées par des hommes.
Le brassage de la bière comme plan de carrière pour les femmes Tout comme le commerce dans l'Europe médiévale, le brassage et le commerce de la bière offrent aux femmes une carrière stable et lucrative. Alors que l'industrie subit plusieurs changements économiques conséquents au Moyen Âge tardif, les femmes brasseuses et les alewives ont généralement pu trouver un travail stable dans ce commerce, surtout lorsqu'on le compare à d'autres commerces contemporains typiquement féminins.
Le rôle des femmes dans l'industrie du brassage médiéval vient de la responsabilité traditionnelle des femmes et des filles, qui doivent brasser de la bière pour nourrir leurs familles. Pour faire des profits, Haut Moyen Âge les femmes sont devenues des commerçantes par la vente des biens qu'elles produisaient déjà pour la consommation privée
Le brassage et la vente de bière en taverne (aussi connu sous le terme de "tippling" ou "tapping" en Anglais) permettent à des femmes de travailler et de réaliser de "bons profits, avoir du pouvoir social, et dans une certaine mesure de l'indépendance par rapport aux hommes" ce que les autres corps de métiers à l'époque ne permettent pas. Les femmes médiévale, en particulier celles qui sont célibataires, les jeunes et les veuves, sont exclues de nombreux moyens d'assurer une auto-subsistance. De nombreuses industries médiévales nécessitent la propriété de la terre, de longs apprentissages et un travail salarié, ce qui aboutit à une forte discrimination envers la participation des femmes ou requiert une présence masculine pour les femmes qui entrent dans ces industries. En conséquence, la plupart des travaux des femmes à la fin de la période médiévale consistent en des tâches peu qualifiées, à faible statut, et de peu de profit. En comparaison, le brassage et le métier de tavernière sont majoritairement des métiers de femmes qu'elles peuvent exercer de manière indépendante ou à égalité avec leur mari.
À la suite de la peste noire de 1347-50, l'industrie du brassage de la bière subit des modifications importantes et devient un commerce spécialisé. La société médiévale subit de nombreux changements à la suite de la peste. Les changements qui ont eu des effets importants sur l'industrie de la bière comprennent la consolidation des marchés urbains, l'augmentation des niveaux de vie, un meilleur accès au capital, un accès plus facile à des céréales moins chères, une plus grande demande pour les bières comme aliments de base du régime médiéval urbain ainsi que la centralisation et la montée en popularité des "alehouses" (pubs), qui font de l'industrie de la bière un marché mûr pour l'investissement de capitaux et la commercialisation. En raison de ces changements, le marché de l'ale est passé d'une industrie dominée par des productrices occasionnelles en général célibataires, à une industrie professionnalisée et dominée par les hommes.
En conséquence, les brasseuses et les alewives à la fin du , font face à deux possibilités: faire plus de profit dans le cadre d'une centralisation et d'une commercialisation ou souffrir de la marginalisation en restant dans l'artisanat ponctuel et individuel. Les femmes qui réussissent à rester dans le commerce de la bière sont généralement mariées, veuves, ou ont un accès inhabituel à de l'argent et des capitaux. Le reste des femmes engagés dans ce commerce, en particulier occasionnel, souffre de la perte de la facilité d'entrée sur le marché et la stabilité économique dont elles jouissaient comme brasseuses. Ces femmes ont soit trouvé d'autres métiers ou moyens d'auto-subsistance (mariage, prostitution...), ou sont restés dans l'industrie de la bière en étant employées par des hommes brasseurs comme serveuses. Au , les guildes ont centralisé et réglementé l'industrie du brassage plus rigoureusement, ce qui contribue également à la baisse de la représentation des femmes dans cette industrie. L'expansion et la professionnalisation du métier devient de moins en moins propice à un emploi sporadique que les femmes peuvent garder à côté de leurs rôles en tant qu'épouses et mères.
Le changement dans les modalités de commerce permet également aux hommes de pénétrer dans un marché jusque là dominé par les femmes. Contrairement aux femmes, les hommes ont les capacités juridiques, les ressources financières, sociales et culturelles pour diriger la commercialisation rapide de cette industrie. Dans ce contexte, certaines chercheuses et chercheurs académiques explorent l'histoire du brassage de la bière comme étude de cas contextualisant l'essor du patriarcat. Comme l'explique, "Les brasseuses ont été, en un sens, handicapées par de nombreuses institutions, qui ont été à la fois patriarcales et non patriarcales.". La conversion des brasseuses et alewives est davantage un exemple de la complexité historique plutôt qu'un exemple direct de l'oppression patriarcale selon Benneth.
Brasseuses célibataires et mariées Le brassage et la vente de la bière constitue un commerce lucratif et stable pour toutes les classes féminines urbaines tout au long du Moyen Âge, mais on constate que les femmes mariées et non mariées ont eu des expériences différentes au sein de ce commerce.
Femmes célibataires Les femmes célibataires, y compris les jeunes femmes, les veuves, les mères célibataires, les concubines, les épouses abandonnées ou ayant déserté, s'engagent dans le brassage de la bière pour subvenir à leurs besoins de manière autonome. La plupart des femmes célibataires travaillent dans le brassage occasionnellement, et se tournent vers cette industrie pour subvenir à leurs besoins de façon temporaire, avant le mariage, entre les mariages, pendant les périodes de pauvreté, et au cours du veuvage. Certaines femmes célibataires continuent à exercer de façon plus permanente, mais cela reste rare. Les archives médiévale montrent quelques rares exemples de brasseuses établies sans aucune mention de mari (ce qui implique un statut de célibat), par exemple Emma Kempstere de Brigstock, Maud London d'Oxford, et Margery de Brundall de Norwich qui ont vécu et brassé dans les .
Selon les registres fiscaux des brasseuses célibataires, les profits et les statuts légaux tels qu'enregistrés dans les guildes médiévales et les registres de collecte d'impôt, les brasseuses vivaient de façon plus indépendante et jouissaient d'un niveau de vie plus élevé que d'autres femmes non mariées. Comparées aux femmes brasseuses mariées, les brasseuses célibataires brassaient moins souvent et de façon mois régulière au cours du temps. Elles gagnent également moins qu'une femme opérant dans un contexte de mariage ou en relation professionnelle avec son mari.