John Harvey Kellogg, né le à Tyrone dans le Michigan et mort le à Battle Creek dans le Michigan, est un médecin et chirurgien américain adventiste. Il dirigea le sanitarium de Battle Creek pendant une soixantaine d'années, préconisant les principes de santé de l'Église adventiste du septième jour dont il était membre.
Il utilisa une approche holistique de la santé, portant sur la prévention des maladies par la combinaison de lavages de l'intestin, d'une nutrition saine, de l'hydrothérapie, de l'exercice physique et de la tempérance.
Végétarien, il fut l'inventeur des corn flakes (créant la Kellogg Company qu'il dirigea avec son frère Will) et de la viande végétale. Il fut détenteur d'une trentaine de brevets, incluant le beurre de cacahuètes (le véritable inventeur du beurre de cacachuètes étant Marcellus Gilmore Edson en 1884), la couverture chauffante électrique, le bain de lumière électrique ou encore le dynamomètre pour tester la force des muscles et des instruments d'exercice physique.
Biographie Enfance et adolescence (1852-1872) John Harvey Kellogg est le fils de John Preston Kellogg (1806-1888) et de sa deuxième épouse, Ann Janette Stanley (1824-1893), des adventistes du septième jour qui habitaient dans une grande ferme. Il faisait partie d'une fratrie de seize enfants. Il vécut avec deux de ses sœurs durant sa petite enfance. Vers 1860, sa famille alla vivre à Battle Creek dans le Michigan où son père établit une usine de balais. John poursuivit sa scolarité dans les écoles publiques de Battle Creek.
En 1863, Ellen White, la guide spirituelle de l'Église adventiste du septième jour, lança un mouvement de réforme sanitaire parmi les adventistes après avoir été instruite, selon ses dires, dans une vision (le ) sur les huit principes de la santé - l'air pur, la lumière du soleil, la nutrition, l'exercice physique, le repos, l'eau, la tempérance et la confiance en Dieu, - mettant l'accent sur la prévention et un mode de vie holistiqueEllen White, Manuscrit 1, 1863. Ellen White Document File, The Otsego Vision of 1863.. John Kellogg travailla comme apprenti imprimeur dans la maison d'édition adventiste, Review and Herald, à Battle Creek. Il lut les ouvrages d'Ellen White, Health et How to live, ainsi que ses articles dans le périodique sur la santé, The Health Reformer (qui parut à partir d'). Il devint rapidement un convaincu et un pratiquant enthousiaste de cette réforme. En 1905, il déclarait : « J'avais alors quatorze ans. C'était pour moi une lumière merveilleuse. J'ai apprécié ! C'était la chose la plus douce que j'avais jamais entendu. Et depuis, j'ai essayé de m'y tenir de mon mieuxJohn Harvey Kellogg, Medical Missionnary, mars 1905..»
Le mouvement américain de réforme sanitaire Le lancement d'une réforme sanitaire au sein des adventistes eut lieu à une époque où l'espérance moyenne de vie à la naissance des Américains était faible : 32 ans en 1800, 41 ans en 1850The Story of our Health Message, Dorès Robinson, Nashville : Southern Publishing Association, 1943. En 1900, elle sera de 47,3 ans en moyenneArthur White, Ellen White : Woman of Vision, Hagrestown : Review and Herald Publishing Association, 1982..
Précédemment, à partir des années 1830, certains médecins, comme Edward Hitchcock, William Alcott, Ruben Mussey, Sylvester Graham, Joel Shew, L.B. Coles, Russell Trall, Mary Groves et James Jackson, avaient lancé aux États-Unis un mouvement de réforme sanitaire. Ils proposaient l’abstinence du tabac, de l’alcool, des narcotiques, du café, du thé anglais, des épices, des condiments et des viandes riches en graisse comme le porc. Ils firent la promotion du végétarisme, des fruits, des noix, de l’hydrothérapie, de l’hygiène, de l’exercice, du repos et d’une attitude mentale positiveRichard Willis, The Kellogg Imperative, Angleterre : Stanborough Press Limited, 2003Richard Schwarz, John Harvey Kellogg : Pioneering Health Reformer, Hagerstown : Review and Herald Publishing Association, 2006. Sur certains points, les adventistes s’inspirèrent de leurs idées novatrices.
Études de médecine (1872-1876) Au début des années 1870, James White (le mari d'Ellen White), le dirigeant le plus influent de l'Eglise adventiste, encouragea les adventistes à poursuivre des études scientifiques sur la santé (la nutrition, la physiologie, la médecine, la chimie, etc.). En 1872, il incita John Kellogg à poursuivre des études de médecine à l’université du Michigan, dirigé par le professeur Alonzo Palmer, un réformateur de la santé. En 1874, le couple White lui versa un salaire mensuel, en fait un prêt de 1000 dollars, pour payer ses dépenses à l’école médicale de l’hôpital Bellevue à New-York.
Direction de l'œuvre médicale adventiste (1876-1906) vignette|left|300 px|Exercices de respiration au Sanitarium de Battle Creek (vers 1900). Plus attiré par l'enseignement que par l'administration d'un centre hospitalier, Kellogg accepta avec réticence en 1876 d’être pour un an le directeur de l’Institut de la réforme sanitaire, la première institution médicale adventiste. Il avait alors 24 ans. Il y restera finalement presque toute sa vie, pendant 67 ans. En 1878, il changea le nom de l'institution en l'appelant « Sanitarium » (à ne pas confondre avec sanatorium). Le mot « sanitarium » fut pour la première fois utilisé en Angleterre en 1851 mais Kellogg lui donna une nouvelle signification : « un lieu où les gens apprennent à rester en bonne santé, un centre de bien-être ».
Kellogg appela ce mode de vie, « la vie biologique ». Il fit la promotion de l'alimentation végétarienne, de l'exercice, de l'hydrothérapie, de l'air pur, de l'exposition modérée aux rayons du soleil, d'une bonne posture, du port de vêtements appropriés et d'une bonne attitude mentale. Il estimait que les fruits et les oléagineux étaient des aliments essentiels. Il s'opposa fortement à l'alcool, au tabac, à la caféine, au sucre, aux narcotiques, à la viande et aux épices fortes. Il fut l'un des premiers à attribuer aux microbes la cause de certaines maladies, à une époque où il était courant de considérer que la maladie était le résultat d'un jugement divin ou du hasard, non de mauvaises habitudes sanitaires. Il désapprouva l'utilisation des œufs et accepta avec réticence un usage limité du lait et du fromage. Cependant, vers 1909, il approuva l'utilisation du yaourt et fut l'un des premiers Américains à faire sa promotion et à le vendre. Il pratiqua lui-même tout ce qu'il enseigna.
Le , Kellogg se maria à Ella Ervilla Eaton (1853-1920) de Alfred Center dans l'État de New York. Ils élevèrent 42 enfants de différentes originesRichard Schwarz, John Harvey Kellogg : Pioneering Health Reformer, Hagerstown : Review and Herald Publishing Association, 2006, p.156.. Sept d'entre eux furent légalement adoptés : Agnes Grace, Elizabeth, John William, Ivaline Maud, Paul Alfred, Robert Moffatt, Newell Carey et Harriett Eleanor. En 1894, le couple Kellogg établit le Foyer Haskell pour les orphelinsIdem, p.156-157..
Avec sa femme, Kellogg établit une cuisine de recherche qui mit au point une alimentation végétarienne. La dyspepsie, les colites et étaient des problèmes communs à l'époque, liés à une mauvaise alimentation. Kellogg se spécialisa particulièrement dans le traitement de ces difficultés gastriques. "Sylvester Graham et Russell Trall avaient essayé de donner une base scientifique à la nutrition mais c'est Kellogg qui la fit avancer."Richard Willis, The Kellogg Imperative, Angleterre : Stanborough Press Limited, 2003, p.44.
En 1860, le Dr James Caleb Jackson inventa Granula, le premier petit déjeuner à base de céréales (entièrement avec du blé), et un substitut au café appelé Somo. En 1877, Kellogg développa un produit similaire, appelé Granola, composé de plusieurs céréales. Il inventa le beurre de cacahuète (en 1892), plusieurs cafés de substitution avec des céréales comme Postum (1895), et des petits déjeuners comme Granose Flakes, Corn Flakes (créé par accident), Grape Nuts (1898) et plus tard Post Toasties. En 1896, la même année qu'Ellen White appela à trouver des alternatives à la viande, Kellogg inventa Nuttose, parfois considéré à tort comme la première viande végétale. Au début du , Protose (un mélange de gluten et de cacahuètes) fut cependant sa viande végétale la plus populaire. Avec son jeune frère Will Keith Kellogg, il créa une société de production de céréales vers 1897, Sanitas Food Company, afin de concurrencer le petit-déjeuner traditionnel alors composé d'œufs et de viande, tandis que les pauvres mangeaient du porridge, de la farine ou du gruau. En 1900, Kellogg proposa au public Malted Nuts, le premier lait végétal (des amandes et des cacahuètes en émulsion avec du sirop de malt). Vers , Kellogg produisait neuf viandes végétales commerciales.
Kellogg domina l’action médicale adventiste durant trois décennies. Avec l’aide des dirigeants adventistes, il créa l’École d’hygiène (en 1877), l’Association américaine de tempérance et de santé (1878), l’École de formation des infirmiers (1883), l’École d’économie domestique (1888), le Collège médical missionnaire américain (1895) et l’École normale d’éducation physique (1909) afin de former des centaines de professionnels de la santé. Kellogg présida pendant dix ans (1893-1903) l’Association adventiste missionnaire médicale et de bienfaisance (fondée en 1893), qui durant cette période, construisit plus de 30 sanitariums à travers le monde, un nombre similaire de centres d’hydrothérapie, plus d’une douzaine de restaurants végétariens et des centres d’accueil urbains pour aider les pauvres, les orphelins, les chômeurs, les alcooliques et les prostituées..
À partir de 1883, Kellogg se rendit sept fois en Europe — à Londres, à Paris, à Vienne ou à Berlin (en 1883, 1886, 1907 et 1911) — pour apprendre la chirurgie avec les plus grands chirurgiens du monde. Il s'intéressa plus à la médecine préventive que curative mais à l'époque, 15 à 20 % des chirurgies étaient fatales. Il estima que c'était beaucoup trop. En principe, il était contre l'usage de la chirurgie, notamment pour enlever certaines parties des intestins. Dans la préface du livre Autointoxication, il écrivit : « C'est un fait notoire que la plupart des gens qui se soumettent à ce court-circuit, ou à des opérations chirurgicales même plus radicales pour se soulager de la congestion intestinale, tôt ou tard, se trouvent à souffrir (habituellement un an plus tard) des mêmes symptômes qui précédèrent cette mutilation. » Dans tous les cas de maladie, Kellogg n'utilisait la chirurgie qu'en dernier ressort, l'offrant souvent gratuitement à des patients pauvres.
Kellogg donna une si forte impulsion au système médical adventiste, qu'au début du , il y avait plus de personnel médical (2 000 personnes) dans l'Église adventiste du septième jour que de pasteurs (1 500)George Knight, A Brief History of Seventh-day Adventists, Hagerstown : Review and Herald Publishing Association, 1999.. Le Sanitarium de Battle Creek put accueillir jusqu'à 700 patients. Mais le , un incendie d'une origine indéterminée le détruisit complètement.
Direction du deuxième Sanitarium de Battle Creek (1906-1931) vignette|right|Publicité sur les cornflakes Kellogg's.
À la consternation d'Ellen White qui ne voulait pas d'un hôpital ressemblant à un hôtel, et contre l'avis de la direction adventiste, John Kellogg reconstruisit un sanitarium plus grand (15 étages) et plus beau que le premier, dont il s'assura le contrôle légal.. Au sommet de sa réussite en 1927, ce sanitarium accueillit plus de 7 000 patients, servis par 30 médecins. Kellogg indiqua : « Au Sanitarium de Battle Creek, le personnel n'est jamais moins de 800 personnes, et il augmente souvent à la saison haute à plus d'un millier »Kellogg, J.H., M.D., Superintendent (1908), p.21-23..