Auguste Charles Louis Joseph de Morny, dit comte de Morny, devenu duc de Morny, né dans l'ancien arrondissement de Paris le . et mort dans le le , est un financier et homme politique français de la monarchie de Juillet, de la République et du Second Empire, député, ministre de l'Intérieur (1851–1852), président du Corps législatif et président du conseil général du Puy-de-Dôme (1852–1865). Il a été un acteur essentiel du coup d'Etat du 2 décembre 1851.

Il est le fils naturel de la reine de Hollande Hortense de Beauharnais et du comte de Flahaut et le petit-fils naturel de Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord et le demi-frère de .

Charles de Morny est à l'origine de la fondation du village du Vésinet dans la boucle de la Seine en aval de Paris, de l'urbanisation de Deauville et du parc des Princes à Boulogne-Billancourt.

Biographie Bâtard royal et demi-frère de Louis-Napoléon Bonaparte Selon son acte de naissance, Charles de Morny est né à Paris le (ancien )État civil de Paris reconstituéEugène Piot, État civil de quelques artistes français : extrait des registres des paroisses des anciennes archives de la Ville de Paris, Paris, Librairie Pagnerre, 1873, (lire en ligne). sous le nom de Charles Auguste Louis Joseph Demorny. Il semblerait cependant qu'il soit plutôt né le à .

Ses parents naturels sont la reine Hortense (épouse légitime de Louis Bonaparte) et son amant le général Charles de Flahaut. Hortense, mère par ailleurs de Louis-Napoléon Bonaparte (futur ), accoucha discrètement de son quatrième fils en Suisse où elle réside plutôt qu'à Paris. Son acte d'état civil le dit fils de Louise-Coralie Fleury, épouse d'Auguste-Jean-Hyacinthe Demorny, propriétaire à Saint-Domingue et demeurant à Villetaneuse. Le sieur Demorny, officier subalterne à la solde de Joséphine de Beauharnais, mère d'Hortense, accepta de donner son nom au bébé puis s'éclipsa rapidement après avoir probablement monnayé son patronyme.

Morny évoquait son ascendance avec humour en ces termes : Son père, Charles de Flahaut, n'était pas lui-même le fils du comte de Flahaut, de trente-sept ans plus âgé que son épouse Adélaïde de Souza, mais de celle-ci et de son amant Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord. Son prénom, Charles, vient probablement de son père et de son grand-père naturels.

La mère d'Adélaïde, Irène du Buisson de Longpré, avait été une des maîtresses de , dont elle eut une fille naturelle, Marie Françoise Julie Constance, épouse du marquis de Marigny, frère unique de la marquise de Pompadour. C'était assez pour permettre à Adélaïde de se dire fille de Louis XV, ce qui est improbable ; elle n'était d'ailleurs pas la fille de Charles François Filleul, l'époux de sa mère, mais plutôt du richissime Étienne-Michel Bouret, fermier général..

Officier, industriel et député de la République vignette|gauche|Le duc de Morny par Pierson.

Il est élevé sous la garde de parents nourriciers rétribués puis à partir de 1816 par sa grand-mère paternelle, Adélaïde de Flahaut, remariée à don José Maria de Souza-Boltelho, diplomate au service du roi du Portugal. Il grandit dans les milieux orléanistes. Il voit sa mère Hortense, alors en exil, pour la première fois à et c'est à cette époque qu'il décide de détacher la première syllabe de son patronyme et d'en faire une particule en signant dorénavant « de » Morny.. Il commence sa carrière sous la monarchie de Juillet comme brillant officier engagé dans la conquête de l'Algérie, est fait chevalierIl sera élevé à la dignité de grand-croix le , date d'inauguration du Second Empire. de la Légion d'honneur le pour exploits militaires.

Blessé et malade, il doit être rapatrié et quitte la vie militaire. Il se lance dans la fabrication de sucre de betterave en rachetant la sucrerie de Bourdon, à Aulnat, à côté de Clermont-Ferrand, qui lui sert simultanément de marchepied pour s'engager politiquement en se faisant élire le député du Puy-de-Dôme.. Il est aussi fondateur de la Compagnie du chemin de fer du Grand Central..

Réélu en 1849, il entre en contact avec Louis-Napoléon Bonaparte, récemment élu président de la République.

Morny préside le conseil général du Puy-de-Dôme de 1852 à sa mort en 1865.

Prise du pouvoir avec son demi-frère

Le courant passe d'abord mal entre les deux demi-frères, Morny étant orléaniste et Louis-Napoléon évidemment bonapartiste, mais le président apprécie néanmoins le dynamisme du député, qui le pousse à élargir ses pouvoirs en jouant de sa popularité. Dans les heures qui précèdent le , Morny se rend à l'Opéra-Comique. À l'entracte, une dame lui demande ce qu'il fera si, comme la rumeur le laisse entendre, le Président projette de « balayer la Chambre ». Avec cynisme, il répond :

De fait, Morny est la cheville ouvrière du coup d'État du 2 décembre 1851, qu'il qualifie d' et qui permet au président de devenir « prince-président ». Son grand-père avait été l'un des instigateurs du 18 brumaire () 1799.

Son demi-frère lui confie le poste de confiance de ministre de l'Intérieur (–) pour que ses préfets tiennent bien les départements, poste qu'il abandonne cependant lorsqu'un décret de confiscation vise notamment les biens de la famille d'Orléans.. Ami des princes d'Orléans, il ne veut en effet pas prendre la responsabilité de la mainmise sur leurs biens, qualifiée par l'ancien président de l'Assemblée législative André Dupin de « premier vol de l'Aigle ».

On prête à cette boutade : ..

Sous le Second Empire

vignette|Le duc de Morny (photographie atelier Nadar). vignette|Chapelle funéraire, conçue par Eugène Viollet-le-Duc, abritant le tombeau de Morny, dans la 54e division du cimetière du Père-Lachaise. vignette|centre|400px|Les obsèques du duc de Morny, gravure par E. Roevens d'après Godefroy Durand.

Nommé le Président du Corps législatif dont il neutralise habilement le pouvoir, il reste le conseiller écouté de son demi-frère et bénéficie de son inépuisable indulgence. Il est parfaitement introduit dans la haute société parisienne, et apparaît très vite comme l'un des principaux personnages de l'État ; à partir de 1854 au moins, il visite régulièrement et entretient une correspondance (en partie publiée par Geneviève GilleL'auteur a publié la correspondance de la princesse de Lieven conservée aux Archives nationales, pour 1954 et 1955, et les réponses de Morny dans : « Au temps de la guerre de Crimée », Revue des deux mondes, 1er février 1966, p. 328-345, et 15 février, p. 545-559.), avec la princesse de Lieven (Dorothea von Benckendorff), qui joue un rôle politique et diplomatique majeur dans l'Europe de l'époque.

Morny profite de son importance jusqu'à la limite de la légalité. Devenu le porte-parole des raffineurs de sucre auvergnats, il investit d'importants capitaux avec sa maîtresse attitrée, Fanny Mosselman - qui contribue aussi à financer son ascension politique -, dans la sucrerie de Bourdon à Aulnat, près de Clermont-Ferrand, qui est la plus ancienne de France à fonctionner.

Homme d'affaires et spéculateur parfaitement au courant des spéculations et transactions fructueuses (informé du futur tracé des boulevards haussmanniens, il y achète les terrains pour les revendre dix fois plus cher)., il attire auprès de lui de nombreux entrepreneurs et promoteurs. On disait de Morny : « Il suffit que l'on entende prononcer, d'un air entendu, le fameux « Morny est dans l'affaire » pour que ladite affaire attire capitaux et obtienne les autorisations nécessaires »Jean Autin, « Les frères Pereire, le bonheur d'entreprendre », Paris, Perrin, 1984, ..

Élu du Puy-de-Dôme, il acquiert en 1854 le château de Nades (à Nades, vers Lalizolle dans l'Allier), qui fut au la villégiature de Madame de La Fayette ; il le fait reconstruire, doter d'une ferme-modèle - qui subsiste dans l'actuel « parc de Nades » - et y reçoit fastueusement Jacques Offenbach (pour lequel il écrira le livret de l'opérette « Monsieur Choufleuri restera chez lui le... » sous le pseudonyme de Monsieur de Saint-Rémy) et Ludovic Halévy, qui séjournent et chassent sur les du domaine.

Pendant les travaux, il loge au château de Veauce, appartenant à son ami le baron de Cadier de Veauce. Le château abrite encore une grande table à gibier, présentée comme ayant été offerte par qui était venu y chasser, et un grand miroir provenant de Nades.

Morny crée, avec son médecin personnel le docteur Joseph-Francis Olliffe, Deauville, Le Vésinet avec son superbe parc dessiné par le comte Paul de Lavenne de Choulot., lance Sarah Bernhardt, et prend sous son aile Alphonse Daudet en lui confiant le secrétariat de ses affaires (il inspire à Daudet le personnage du duc de Mora dans son roman Le Nabab - 1877).

Après la victoire de Sébastopol, il se montre favorable à une alliance russe, favorisée par la mort de Nicolas Ier, auquel succède Alexandre IIFrançois Charles-Roux, « Le comte de Morny à Saint-Petersbourg en 1856 », Revue des deux mondes, 1963, p. 174-186.. Il est nommé ambassadeur en Russie le , assiste au sacre d'Alexandre II, sympathise et négocie avec le ministre des Affaires étrangères Alexandre Gortchakov et mène grand train au Palais Vorontsov. Il s'éprend de la princesse Sophie Troubetskoï (1838–1896), fille de Serge Vassiliévitch et suivante de la tsarine. Son mariage le avec la jeune princesse déclenche une crise avec sa maîtresse en titre Fanny Mosselman. Associée au duc, Fanny lui réclame les bénéfices engrangés, soit 7 millions de francs et en obtient finalement la moitié.

Mécène éclairé et collectionneur, il soutient la création de la Société nationale des beaux-arts et président du Corps législatif, il fait créer en 1860 au Palais Bourbon par Jules de Joly la « galerie des Tapisseries », encore garnie de pièces de Gobelins et de Beauvais.

Il est créé duc par décret le lors du déplacement du couple impérial à Clermont-Ferrand..... (la date du , souvent rapportée., est donc erronée). Les lettres patentes sont du ...

Il a longtemps été tenu responsable d'avoir entraîné l'empereur dans l'expédition du Mexique parce qu'il aurait voulu récupérer ses investissements, accusations démenties par ses plus récents biographes (tel Michel Carmona)Christian Lepagnot, « Le duc de Morny et les bons Jecker », La Nouvelle Revue d'histoire, de novembre - , ..

Mort Sa mort prématurée à 53 ans à la suite d'une « bronchite aggravée » (probablement une pancréatite hémorragique, maladie inconnue à l'époque), le , dans la magnifique résidence de l'ancien Hôtel de Lassay (1722–1728), depuis 1832 siège de la présidence de la chambre des députés, lui évite d'être le témoin du désastre mexicain et du déclin, puis de l'effondrement du Second Empire à la création duquel il avait participé, à son avantage.

Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise (), le , avec la pompe de l'Empire. Eugène Viollet-le-Duc édifie de 1865 à 1866 sa chapelle funéraire, sur laquelle on peut lire l'épitaphe « Pro Patria et Imperatore » (pour la Patrie et l'Empereur)...

remplaça Morny, son demi-frère, à la présidence du Corps Législatif par le comte Walevski, fils naturel de et de Marie Walewska, ce qui fit dire :

Collections et patrimoine Morny était un collectionneur mais aussi un spéculateur, jouant sur sa notoriété.

Le suivant son décès, sa collection de tableaux fut vendue aux enchères, de même que son écurie de chevaux de course et la majeure partie de ses biens par le conseil de famille et la jeune veuve, qui se remaria avec le duc de Sesto, grand d'Espagne et ancien soupirant d'Eugénie de Montijo.

On mentionne parmi ces œuvres : deux célèbres Fragonard, Le chiffre d'Amour et L'Escarpolette (1767), acquis par le grand collectionneur proche du couple impérial, le d'Hertford (Wallace Collection) ; une Petite fille de Greuze ; et un Paysage de dunes de Wynants, achetés par le banquier parisien Édouard André (musée Jacquemart-André ( et 428 du catalogue de 1926) ;