La prise d'otages de Gladbeck (en allemand : ) se déroule du 16 au en Allemagne de l'Ouest. Dieter Degowski et Hans-Jürgen Rösner attaquent une agence de la Deutsche Bank à Gladbeck et prennent en otage deux personnes. Échappant pendant deux jours aux tentatives d'arrestation des policiers, ils s'emparent ensuite d'un bus d'une trentaine de passagers à Brême, avec l'aide de Marion Löblich, et prennent la fuite en direction des Pays-Bas. Le , cette cavale prend fin à la suite d'une opération de police sur l'autoroute A3.

Au cours de ce drame, Degowski tue Emanuele de Giorgi, un garçon de , d'une balle dans la tête. À Brême, le policier Ingo Hagen, âgé de , périt dans une collision avec un camion. Enfin, Silke Bischoff, une jeune femme de , meurt sur l'autoroute d'un tir provenant soit de l'arme de Rösner soit de la police. La surmédiatisation de l'événement est vivement critiquée par la suite, l'omniprésence des journalistes ayant notamment compliqué l'intervention des forces de l'ordre. Ces dernières ont également été pointées du doigt pour leur gestion controversée des opérations.

Auteurs

Hans-Jürgen Rösner, âgé de 32 ans, est né dans une famille de cinq enfants. Son père le maltraite dès son plus jeune âge et il est éduqué dans une Sonderschule (école spécialisée). Il est condamné une première fois pour vol à l'âge de 14 ans. Au moment du crime, il a déjà commis à Gladbeck des vols et des cambriolages en grand nombre et a déjà passé au total onze années en prison.. Il est recherché depuis , date à laquelle il n'est pas revenu d'une permission de sortie. En , il s'installe avec Marion Löblich et la fille de cette dernière dans un appartement du quartier Rentfort-Nord de Gladbeck. Celui-ci doit être perquisitionné par la police le , le matin même de la prise d'otages.

Dieter Degowski, ami de Rösner depuis la même Sonderschule, a 33 ans et vit de petits boulots et d'aide sociale. Maltraité par son père durant son enfance, comme Rösner, il développe un caractère violent et asocial. Après les faits, un test d’intelligence a révélé un QI inférieur à la normale : cependant, son intelligence limitée n’exclut pas sa responsabilité..

Marion Löblich, 35 ans, est la petite amie de Rösner..

Déroulement des faits

16 août : attaque de la banque et fuite en voiture

vignette|alt=Photographie d'un complexe d'immeubles.|Complexe d'immeubles abritant des appartements, des magasins ainsi que la succursale de la Deutsche Bank à Gladbeck, en 2015.

Attaque de la Deutsche Bank de Gladbeck

vignette|alt=Photographie d'un couloir avec une porte vitrée sur la droite.|Anciens locaux de la banque, avec la porte d'entrée à droite.

Le , juste avant , Dieter Degowski et Hans-Jürgen Rösner entrent par effraction dans la succursale de la Deutsche Bank à Gladbeck, dans le district de Rentfort-Nord, avec l'intention de braquer l'établissement. À , un médecin, dont le cabinet est situé au premier étage du centre commercial voisin et qui a vu les voleurs entrer dans la banque, prévient la police..

Les premiers agents arrivent quelques minutes plus tard, alors que Degowski et Rösner se trouvent encore dans la banque. En voyant la police, les deux complices se réfugient dans le bâtiment et prennent en otage deux employés : Reinhard Alles, 35 ans, et Andrea Blecker, . Une discussion s’engage avec la police ; les voleurs réclament une BMW 735 pour pouvoir s’enfuir, une deuxième clé pour l'ouverture du coffre-fort et . Pendant ce temps, des centaines de policiers appartenant à différentes unités de la région de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, parmi lesquels un détachement du SEK, accourent sur les lieux du crime. Le chef de la police criminelle de Gladbeck, Friedhelm Meise, prend la direction des opérations ; fonctionnaire de métier et bien considéré par ses supérieurs, c'est néanmoins la première fois qu'il dirige une équipe dans une affaire de cette envergure..

Alors que la police s'efforce de tenir les civils à l'écart et de faire évacuer la zone, les braqueurs tirent plusieurs coups de feu en direction des agents déployés autour de la banque. À l'intérieur, les deux otages, qui réalisent la gravité de la situation, conjurent la police d'accepter les conditions fixées par les deux malfaiteurs. En réalité, les forces de l'ordre cherchent surtout à gagner du temps afin d'épuiser physiquement et mentalement les braqueurs. Une discussion tendue s'enclenche entre ceux-ci et les négociateurs de la police, ponctuée notamment par des coups de feu en l'air de Rösner et de Degowski. Les autorités proposent aux deux hommes de se rendre en libérant leurs otages, en échange de quoi ils ne se verront infliger qu'une peine de six mois de prison, mais Rösner refuse de céder. Au même moment, les premiers journalistes entrent en contact avec les braqueurs et leurs otages ; l'équipe de négociation tente également de dialoguer avec Rösner et Degowski, mais sans grand succès, sa méthode d'approche étant jugée après coup beaucoup trop conciliante.

Négociations et départ des preneurs d'otage

Simultanément, la police étudie la possibilité d'une intervention dans le bâtiment. Diverses propositions sont étudiées, mais chacune nécessite un temps d'exécution d'environ cinq à six secondes, suffisant pour permettre aux braqueurs d'abattre les otages. Une querelle surgit alors au sein de la hiérarchie entre les tenants d'une ligne conservatrice, prêts à risquer la vie des otages pour mettre fin à la crise, et leurs homologues plus libéraux, soucieux de continuer à aller dans le sens des malfaiteurs pour protéger les otages. L'idée d'une intervention est finalement abandonnée. À , sept heures après le début du braquage, les , la clé et la voiture sont prêts à être mis à la disposition de Rösner et de Degowski. Un policier en caleçon apporte l'argent dans des sacs en plastique et le dépose devant la porte. L'otage Reinhard Alles, un pistolet braqué sur lui, récupère les sacs. Au quartier général de la police, Meise, probablement sous l'influence du ministre de l'Intérieur de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Herbert Schnoor, décide de laisser repartir les braqueurs avec leurs otages à bord d'une voiture, avec l'espoir que les criminels relâcheront très vite les deux employés dès lors qu'ils se sentiront en sécurité. Une Audi, préalablement modifiée avec un dispositif d'écoute et un système contrôlant le démarrage du moteur, est garée devant la banque. À , en présence d'une foule de journalistes, Rösner et Degowski, tenant chacun en joue un otage, montent à bord du véhicule avec leur magot. Rösner prend le volant pendant que Degowski s'installe à l'arrière entre Alles et Blecker. Les deux malfrats roulent alors à vitesse modérée dans Gladbeck, escortés pendant quelques kilomètres par la police.

Plus tard, les enquêteurs soulignent le comportement inhabituel des preneurs d’otage après leur départ : au lieu de quitter Gladbeck, les voleurs s’attardent dans la ville ; Rösner, arme à la main, passe commande dans un casse-croûte et va ensuite acheter des somnifères à la pharmacie. Persuadé que son véhicule a été trafiqué par la police, Rösner cherche à se procurer une autre voiture. Armé d’un pistolet, il fait irruption dans un restaurant afin de s’emparer d’un véhicule garé à l’entrée. Toutefois, malgré les coups de feu tirés depuis l’extérieur par Degowski à travers la fenêtre, le propriétaire du véhicule reste introuvable et les voleurs se retirent. Devant une salle de jeu, les deux hommes parviennent à se procurer une nouvelle voiture, mais, soupçonneux, ils décident à nouveau de changer de véhicule et se dirigent vers une station-service de la . Là, Rösner dérobe l’arme de service d’un policier et une radio. Les malfrats tombent alors dans un piège tendu par la police lorsque Rösner décide de voler une voiture garée en évidence sur le stationnement et préalablement équipée par la police d’une balise de suivi. Avant de quitter Gladbeck en direction de Münster, les deux complices et leurs otages passent prendre Marion Löblich, la petite amie de Rösner, à . Ils passent ensuite toute la nuit sur l’autoroute.

17 août : fuite et prise d'otage du bus

Arrivée à Brême

Le , à , Degowski, Rösner, Löblich et leurs otages s'arrêtent à l'aire de repos de Grönegau pour se restaurer et lire les journaux. Vers , Rösner et Löblich se rendent aux toilettes tandis que Degowski reste seul à table avec les otages. La police, qui observe la scène à distance, est cependant trop lente à réagir et laisse passer une occasion de libérer les otages avant le retour de Rösner et de Löblich, qui se produit cinq minutes plus tard. À , les trois complices et leurs otages prennent leur petit-déjeuner dans un café à Hagen.. Ils empruntent ensuite l'autoroute pour se rendre à Brême où Löblich a de la famille.. Arrivé dans le quartier Vegesack de Brême, Rösner, en compagnie de Löblich, décide d'aller faire des courses pendant environ une heure, laissant Degowski seul dans le véhicule avec les otages. Ce dernier, sous l’effet de l’alcool et des comprimés qu’il a ingurgités, sort pour uriner à l’extérieur du véhicule puis s’endort sur son siège avec son arme à proximité. Toutefois, la police décide de ne pas intervenir, car elle s’attend à une libération imminente des otages.. Rösner, de retour avec Löblich, annonce aux deux employés de banque qu'ils vont bientôt être relâchés.

vignette|Une voiture BMW 318i, véhicule utilisé par les preneurs d'otages.

Après le retour de Rösner et de Löblich, les preneurs d’otages décident de changer de voiture, mais échouent par deux fois à en louer une. Croyant à une manœuvre de la police, ils se rabattent sur une société de location située dans le quartier de Delmenhorst. Alles, accompagné de Monika Löblich, la sœur de Marion, se présente au guichet et annonce qu'il est l'un des otages de la banque de Gladbeck. L'employée qui se trouve au comptoir contacte alors ses supérieurs, mais Rösner fait irruption quelques minutes plus tard dans le magasin. Arrachant le combiné, il se rend compte que la police est au bout du fil et force l'employée à lui remettre immédiatement les clés d'une BMW 318i qu'il a repérée à l'extérieur. À ce moment-là, non seulement il n'est plus question de libérer les otages, mais la nouvelle voiture, contrairement au véhicule précédent, n'est pas équipée d'un dispositif de suivi ; de fait, il n'est plus possible pour la police d'écouter les conversations dans l'habitacle et de localiser avec précision le véhicule en fuite, lequel est néanmoins suivi par des journalistes de Radio Bremen.

À , le véhicule des braqueurs arrive dans le quartier Bruck, à hauteur de l'arrêt de bus d'Huckelriede. À cet instant, la confusion règne au sein des forces de police, le responsable des opérations à Gladbeck refusant de passer la main à son homologue de Brême. De son côté, Rösner entre dans un magasin de légumes avec l'otage Alles qui appelle la police et lui enjoint de se retirer. La discussion ne débouchant sur aucune solution convaincante, Rösner, furieux, ressort du magasin et tire plusieurs coups de feu en l'air ; puis, empoignant Alles tandis que Degowski se saisit de Blecker, le pistolet braqué sur la tête des otages, les deux bandits s'avancent dans la rue, suivis à distance par Löblich à bord de la BMW. Rösner tente d'abord de s'emparer d'une voiture en menaçant son propriétaire, avant de jeter son dévolu sur le bus de la ligne 53 qui stationne à l'arrêt d'Huckelriede. À , le chef de la police de Brême, Peter Möller, qui a déjà ordonné de faire évacuer tous les bus et tramways du secteur, prend la direction des opérations.

Prise d'otage du bus et premières interviews

vignette|La gare routière d'Huckelriede en . Le gingko planté en souvenir de l'événement et la stèle portant les noms des trois victimes de la prise d'otages sont à l'extrême droite de la photo.