Le traité de Vereeniging consacra la fin de la Seconde Guerre des Boers sur le territoire de l'actuelle Afrique du Sud. Le traité de paix fut négocié en 1902 à Vereeniging et signé à Pretoria le . Il fut à l'avantage des Britanniques, car il consacrait l'annexion des deux républiques boers (la république sud-africaine du Transvaal et l'État libre d'Orange), mais accordait cependant des compromis substantiels envers celles-ci.

Seconde guerre des Boers vignette|gauche|alt=La carte politique de la région au début de la seconde Guerre des Boers. Au sud, le long de la mer, les deux colonies du Cap sur l'océan Atlantique, et du Natal sur l'océan Indien. Au nord, successivement en direction des frontières avec les actuels Botswana, Zimbabwe et Mozambique, voisinant chacun les deux colonies britanniques, le Basutoland (actuel Lesotho, non impliqué dans le conflit), l'État libre d'Orange et enfin le Transvaal|La carte politique de la Région au début de la seconde Guerre des Boers : les deux républiques indépendantes du Transvaal (vert) et de l'État libre d'Orange (orange), et les colonies britanniques du Cap (bleu) et du Natal (rouge). Les deux territoires enclavés sont l'Eswatini au nord-est, et le Basutoland (actuel Lesotho) au centre. Le premier se trouvait formellement sous protectorat du Transvaal, et le second sous protectorat britannique (sous protectorat de la colonie du Cap jusque 1884). Ils ne furent qu'occasionnellement impliqués dans la guerre.

Les Boers, des colons d'origine néerlandaise, allemande et française installés au Cap depuis le sous administration de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, avaient progressivement colonisé l'intérieur des terres en tant que Trekboers puis au cours du Grand Trek de 1835 à 1840. Ils souhaitaient s'affranchir de l'influence de la Grande-Bretagne, qui occupait la colonie depuis 1806. Vers le milieu du , les Boers s'étaient organisés en deux républiques indépendantes, le Transvaal et l'État libre d'Orange, reconnues respectivement par les Britanniques par la convention de Sand River (1852) et la convention du fleuve Orange (en) (1854).

Le secrétaire colonial lord Carnarvon tenta un moment d'étendre l'influence britannique en 1875 en proposant aux deux républiques boers l'organisation d'une fédération de l'Afrique du Sud sur le modèle mis en place en 1867 pour les provinces francophones et anglophones du Canada, mais les dirigeants boers déclinèrent l'invitation. Les annexions britanniques successives (le Basutoland, actuel Lesotho, en 1868, le Bechuanaland, actuel Botswana en 1885, et le Matabeleland par la BSAC, partie de l'actuel Zimbabwe, en 1890) et en particulier l'annexion du Griqualand West en 1873 (puis annexion à la colonie du Cap en 1880) pour accaparer les diamants de Kimberley, créèrent un climat de méfiance entre les Britanniques et les républiques boers.

Une première tentative britannique d'annexion du Transvaal, en profitant de la situation proche de la banqueroute de la république, tourna court, les Boers emportant une franche victoire sur les Britanniques à l'issue de la première guerre des Boers en 1881.

La problématique des droits des uitlanders du Transvaal fut formellement à l'origine de la seconde guerre des Boers. Ces étrangers étaient généralement britanniques et avaient des droits civiques limités. Ils étaient arrivés à la suite de la découverte d'or à Johannesbourg en 1886 et étaient devenus majoritaires sur le gisement central du Witwatersrand, mais restaient minoritaires sur l’ensemble du territoire de la république du Transvaal. Sous l'impulsion de Cecil Rhodes, l'Empire britannique souhaitait surtout étendre son influence sur l'Afrique australe et bénéficier des ressources minières des deux républiques indépendantes. La tension alla croissant à la suite de la tentative de putsch de Jameson début 1896.

vignette|250px|alt=Les combattants boers sont sur deux rangées, une assisse, une debout. Ils posent pour la photo. Un arbre nu est à gauche, au fond, une montagne dénudée.|Combattants boers à Spion Kop. Une dernière négociation sur le statut des Uitlanders intervint lors de la conférence de Bloemfontein (en) au printemps 1899, mais ne put aboutir.

La seconde guerre des Boers débuta le . À la suite des provocations britanniques et sentant la guerre inéluctable, les Boers prirent l'initiative d'envahir les colonies du Cap et du Natal. Ils mirent rapidement le siège autour des villes de Dundee (que les Britanniques abandonnèrent rapidement), Ladysmith, Kimberley et Mafeking. Mal préparés et en sous-effectif, les Britanniques subirent de cinglantes défaites alors qu'ils tentaient de lever les sièges, dont celles de la Semaine noire (batailles de Stormberg, Magersfontein et Colenso) en , et lors de la bataille de Spion Kop en . Les renforts britanniques, sous commandement désormais de lord Roberts et d'Horatio Kitchener, arrivèrent peu après. Les assiégés tinrent bon, et les villes furent progressivement libérées de février à .

Les Britanniques progressèrent rapidement vers l'est à la suite de la victoire de la bataille de Paardeberg. Bloemfontein, la capitale de l'État libre d'Orange, fut prise le . Pretoria, la capitale du Transvaal, le fut le . Johannesbourg, la capitale économique convoitée du Transvaal, avait été prise le .

Lord Roberts, pensant la guerre quasiment terminée avec la prise des deux capitales, déclara l'annexion de l'État libre d'Orange le , et celle du Transvaal le . Mais les Boers, conscients de leurs faiblesses dans des batailles rangées étant donné leur infériorité numérique, décidèrent de changer leurs tactiques, abandonnant batailles rangées et sièges, et de mener une guerre de guérilla dans les territoires occupés et de raids sur les colonies britanniques voisines, en particulier les vastes terres du Nord et de l'Est de la colonie du Cap.

La guerre ne se limita pas aux quelques mois qu'avait duré la prise des villes principales des deux républiques boers.

Négociations de Middelburg vignette|left|300px|Négociateurs à la conférence de paix de Middleburg le 28 février 1901. Assis (de gauche à droite) : Nicolaas de Wet, général Louis Botha, général Lord Kitchener, colonel Hubert Hamilton ; debout (de gauche à droite) : colonel Henderson, Dirk Overgaauw (“Dick”) van Velden, major Watson, H. Fraser, capitaine Francis Maxwell, H de Jager Lord Kitchener fut nommé le commandant en chef pour les opérations contre les Boers, lord Roberts rentrant en Grande-Bretagne. À la suite notamment des revers britanniques lors des batailles de Leliefontein le et de Nooitgedacht le , il pressentit une guerre qui pourrait s'éterniser malgré la suprématie numérique de son armée.

Dès le , en passant par l'intermédiaire de la veuve du général Joubert, de l'industriel Sammy Marks et de l'épouse de Louis Botha qui entretenaient toujours des contacts entre les deux camps à Pretoria, Herbert Kitchener put rencontrer Botha à Middelburg afin de proposer aux Boers d'envisager les termes d'une paix négociée, avec une soumission au gouvernement britannique tempérée par diverses concessions. Ces discussions seront concrétisées par l'envoi de Kitchener à Botha d'une lettre, connue sous le nom de Proposition de Middelburg..

Ladite proposition se basait sur un texte soumis par Kitchener au secrétaire d'État britannique aux colonies, Joseph Chamberlain, qui comprenait ainsi les dix concessions suivantes : vignette|redresse|Joseph Chamberlain.|alt=Portrait de Joseph Chamberlain, dans la cinquantaine, portant un monocle à l’œil droit, habillé d'un veston et d'un gilet de grosse laine, avec cravate sombre à pois clairs amnistie pour tous les combattants ; retour des Boers prisonniers, que ceux-ci proviennent des deux républiques ou des colonies britanniques, moyennant déclaration d'allégeance ; soumission des combattants et mise en place d'une administration britannique, à terme ouverte à représentation boer ; utilisation du néerlandais et de l'anglais dans l'enseignement et auprès des cours et des tribunaux ; respect des biens de lÉglise réformée néerlandaise, des fonds et biens publics et des fonds des orphelins ; montant total d'indemnisation des citoyens pour dettes contractées par les deux républiques boers au cours de la guerre de et accès à des prêts à conditions avantageuses pour les habitants pour la reconstruction des biens détruits pendant la guerre ; compensation de pertes de chevaux par les fermiers au cours de la guerre ; pas d'autres indemnisations de guerre pour les fermiers ; possession d'armes à feu moyennant autorisation ; instauration à terme d'un gouvernement civil au Transvaal et dans l'État libre d'Orange et droits équivalents à ceux en vigueur dans les deux colonies pour les Noirs des deux républiques.

Joseph Chamberlain à Londres tempéra cependant cette proposition. L'instauration de l'autogouvernance devait précéder une représentation pour les Noirs, car (« »). Londres n'acceptait pas non plus d’amnistier les Boers rebelles originaires des deux colonies britanniques. vignette|droite|alt=Photo noir et blanc d'un bâtiment militaire|Un blockhouse britannique photographié en 1901 par Parker durant la seconde guerre des Boers. À l'avant-plan, une barrière de fils de fer barbelés. Le texte modifié fut ainsi proposé le à Louis Botha, qui le soumit aux dirigeants et généraux des deux républiques.

La réponse des Boers parvint le à Kitchener. Botha et les Transvaaliens furent les plus favorables, alors que les orangistes, plus « ruraux » et fondamentalistes, se montrèrent plus intransigeants, ce qui conduisit au refus des propositions présentées, en particulier pour le refus d'amnistie des Boers des colonies. Alfred Milner, haut commissaire depuis 1897 puis gouverneur de la colonie du Cap à partir de 1900, le plus haut responsable politique sur place, n'était pas non plus favorable à une telle issue, et la guerre se poursuivit pendant plus d'une année encore.

Kitchener reprit alors une guerre plus intensive contre les Boers. Outre l'augmentation des forces britanniques, il ordonna à partir de le déploiement dans le veld de lignes de fil de fer barbelé et casemates délimitant des secteurs qui seront quadrillés. Il s'attaqua également aux ressources et aux familles des combattants, pratiquant une politique de terre brûlée sur leurs exploitations et incarcérant leurs familles dans ce qui est généralement considéré comme les premiers .

Négociations de Vereeniging Malgré leur éclatante victoire à la bataille de Tweebosch le , les Boers arrivèrent à la conclusion que leur résistance ne pouvait aboutir à une victoire, et finirent par se résoudre à envisager une soumission négociée. Les négociations débutèrent le , le jour même de la défaite boer de Rooiwal, avec l'arrivée à Pretoria d'un train spécial embarquant une délégation boer de 6 hommes, soit Schalk Burger, Louis Botha, Jan Kemp et Jan Smuts pour le Transvaal, Marthin Steyn et Christiaan de Wet pour l'État libre d'Orange. vignette|150px|alt=Portrait de Lord Alfred Milner, dans la cinquantaine, portant la moustache et habillé d'un complet et d'une cravatte sombre|Lord Alfred Milner.