La passion amoureuse est une passion dirigée vers un individu et en lien avec l'existence d'un sentiment amoureux. Très intense, elle est perçue comme une focalisation incontrôlable sur l'autre dans laquelle se succèdent plaisir et souffrance. Contrairement à la limérence ou à l'amour obsessionnel, l'amour passionnel se vit à deux et rythme une relation amoureuse.
Associée à des symptômes physiques et psychiques commandés par des mécanismes neurochimiques, la passion amoureuse est parfois vue comme une addiction, et, en psychanalyse, comme la conséquence d'une relation spécifique aux parents dans l'enfance.
Historiquement et selon les sociétés, la passion amoureuse est tantôt qualifiée de vertu, tantôt de grave maladie. Un des principaux lieux communs de la production littéraire occidentale, elle inspire de très nombreuses œuvres, d'Euripide à Yourcenar, en passant par le récit médiéval anonyme Tristan et Iseut et la tragédie Roméo et Juliette de Shakespeare.
Symptômes
Selon Frank Tallis, les symptômes suivants se retrouvent très fréquemmentFrank Tallis, Love Sick: Love as a Mental Illness (2005) : Euphorie, humeur anormalement élevée, estime de soi exagérée ; Envie de pleurer ; Insomnies ; Difficultés de concentration ; Troubles de l'appétit ; Stress (pression artérielle élevée), douleurs dans la poitrine ; Trouble obsessionnel compulsif (TOC) : soucis et préoccupations superficiels, parfois avec thématiques superstitieuses.
De nombreux aspects de la passion amoureuse (altération de l’état mental, difficulté à avoir un raisonnement rationnel, exaltation de l’humeur, pensées intrusives de l’objet aimé…) sont identiques à certains troubles psychiques observés par exemple dans les troubles bipolaires et obsessionnels compulsifs (TOC) MARAZZITI D., CASSANO G. B. The neurobiology of attraction, Journal of Endocrinological Investigation, 2003, 26(3 Suppl : 58-60.. Plus concrètement, les niveaux de sérotonine (le neuromédiateur qui provoque l'état de bonheur) des personnes amoureuses passionnées diminuent jusqu'à des niveaux retrouvés chez les patients atteints de TOCMarazziti D, Akiskal HS, Rossi A, Cassano GB (May 1999). . Des études réalisées sur des personnes qui se disaient être « vraiment, follement, profondément » amoureuses, ont ainsi montré une activité cérébrale dans plusieurs structures communes avec la neuroanatomie du TOC, par exemple, le cortex cingulaire antérieur et le noyau caudéBartels A, Zeki S (November 2000). . Parallèlement à cette baisse de la sérotonine, on assiste à une hausse de la production de dopamineReynaud, Michel. « Passions et addictions », Entre corps et psyché : les addictions. EDK, Groupe EDP Sciences, 2010, pp. 21-42., neuromédiateur provoquant la sensation de plaisir et favorisant la prise de risques.
L'intensité de la passion amoureuse dépendrait, au moins en partie, du contexte socioculturel. En effet, il est observé que dans les sociétés où la proximité physique entre les individus ainsi que l’activité érotique se déroulent simplement et quotidiennement, l’effet de la passion amoureuse est moins marqué et plus « apaisé » que dans la société occidentaleELWIN Verrier, Maison des jeunes chez les Muria, 1978, Gallimard..
Mécanismes neurochimiques
L'étude de la passion amoureuse a permis de mettre en évidence le rôle de neurotransmetteurs tels que la dopamine, qui active le circuit de la récompense et qui rend l'expérience de l'amour similaire à l'euphorie associée à l'utilisation de substances comme la cocaïne ou l'alcool.
L'afflux de dopamine induit une augmentation de l'ocytocine et de la vasopressine, ainsi qu'une diminution du niveau d'activité de l'amygdale.
Les recherches indiquent que des régions du cerveau telles que l'insula médiale, le cortex cingulaire antérieur et l'hippocampe, ainsi que des parties du striatum et probablement aussi le noyau accumbens, jouent un rôle crucial dans l'expérience de la passion amoureuse. Ces zones constituent des régions clés du système de récompense, produisant des sensations d'exaltation et d'euphorie.
Similarités entre passion et addiction
Une enquête sur la relation entre l'amour passionnel et l'addiction a révélé des avancées permettant d'examiner ces deux états du point de vue neurobiologique, en comparant les distinctions cliniques, neuropsychologiques, neurobiologiques et d'imagerie entre « l'amour passion » et « l'addiction à l'amour ».
Plusieurs chercheurs se demandent si la passion amoureuse est une addiction et relève de la toxicomanie. Dans son livre-recueil La dépendance amoureuse. Attachement, passion, addiction, Patrick Pharo, chercheur en sociologie morale, la considère comme telle. D'autres la classent comme un signe de détresse psychique.
Fondements selon la psychanalyse
Pour Sigmund Freud, la passion amoureuse a que sont : la surestimation sexuelle ; l'idéalisation ; la surestimation sexuelle et le déni ; l'idéalisation et la détresse infantile.
D'après Aspasie Bali (dans la revue La Clinique lacanienne),
À l'adolescence
À l'adolescence, d'après la psychologue Isée Bernateau (revue Enfances & Psy),
Histoire sociale
Antoine Furetière, dans son Dictionnaire universel, définit le mot « passion » en ces termes :
À l'époque classique, chez les Arabes comme chez les Occidentaux, la passion amoureuse est considérée tantôt comme une maladie grave qui conduit progressivement à des comportements immoraux, tantôt comme une vertu suprême. En Chine et au Japon, on considère toujours la passion comme une maladie grave.
Bénéfice de la psychothérapie
En Algérie, d'après l'anthropologue Dalila Samaï Haddadi (revue Insaniyat),
Dans la culture occidentale
Plusieurs publications scientifiques étudient le traitement de la passion amoureuse dans les œuvres suivantes :
Antiquité
les Remedia amoris d'Ovide ; les Phèdre d'Euripide et de Sénèque.
Moyen Âge
Tristan et Iseult ; Tristan en prose.
Roméo et Juliette de William Shakespeare ; les tragédies de Pierre Corneillehttps://philologie-romane.eu/files/1913/6871/2882/2007_1_f.pdf#page=51 ; Phèdre de Jean Racine (1677) ; La Princesse de Clèves de Marie-Madeleine de Lafayette (1678)https://www.earlymodernfrance.org/files/volume-xix-2020/2Mathieu_Cahiers17_v19.pdf.
Les Liaisons dangereuses de Pierre Choderlos de Laclos (1782) ; De la passion de l'amour (1782) ; Nina ou la Folle par amour, opéra-comique de Nicolas Dalayrac sur un livret de Benoît-Joseph Marsollier (1786) ; Le Tableau de Paris de Louis Sébastien Mercier (1788) ; la correspondance entre Julie de Lespinasse et le comte de Guibert.
: le romantisme
Corinne ou l'Italie de Madame de Staël ; Adolphe de Benjamin Constant ; De l'amour. et Le Rouge et le noir de Stendhal ; Lélia de George Sand ; On ne badine pas avec l'amour et Les Nuits d'Alfred de Musset ; Le Lys dans la vallée d'Honoré de Balzac ; La Morte amoureuse de Théophile Gautierhttps://www.philologie-romane.eu/files/1913/6871/2882/2007_1_f.pdf#page=129 ; Raphaël d'Alphonse de Lamartine ; Tristan und Isolde, opéra de Richard Wagner ; Anna Karénine de Léon Tolstoïhttps://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0003448715003194.
À la recherche du temps perdu de Marcel Proust ; Vingt-quatre heures de la vie d'une femme de Stefan Zweig ; La Reine morte et Le Cardinal d'Espagne d'Henry de Montherlanthttps://bibliotekanauki.pl/articles/1954382.pdf ; Belle du Seigneur d'Albert Cohen ; Un homme obscur de Marguerite Yourcenar.
Bibliographie
Collectif, Passion amoureuse, Paris, CampagnePremière/, 2013, 297 p. Par Victor Azoulay
Références
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