La ZAD de Notre-Dame-des-Landes (où ZAD signifie « zone à défendre ») est une expérimentation sociale montée dans les années 2010 par les opposants au projet d'aéroport du Grand Ouest, à Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique, en France. Ses occupants souhaitent défendre une zone humide préservée, à l'origine de plusieurs rivières : bassins versants du Gesvres, du Hocmard et de l'Isac. Ils s'opposent au projet d'aéroport considéré comme un « grand projet inutile et imposé ». L'expression Zone à Défendre est un détournement du terme Zone d'aménagement différé (ZAD) utilisé par l'administration.
Si l'opposition à ce projet d'aménagement du territoire se manifeste dès les années 1970, c'est avec la relance du projet dans les années 2000 que se structure la lutte contre l'aéroport. La ZAD naît lorsque les habitants locaux sont rejoints à partir de 2009 par des militants à la suite d'un appel international lancé pour occuper les lieux.
En , l'opération César est menée par les forces de l'ordre pour expulser la ZAD. Pendant plusieurs mois, les occupants, rejoints par de nombreux militants, s'opposent à la police et à l'armée, des bâtiments sont successivement détruits et reconstruits et d'importantes manifestations ont lieu. Finalement, en , policiers et militaires quittent les lieux.
La ZAD devient une zone d'expérimentation anti-capitaliste et anti-autoritaire, une nouvelle façon d'habiter le territoire et de faire société. Une pluralité d'activités sont mises en place, notamment d'agriculture vivrière.
En , le gouvernement Philippe abandonne le projet d'aéroport et propose une régularisation des habitants à travers la signature de baux ruraux. Quelques mois plus tard, les forces de l'ordre procèdent à l'évacuation des habitants de la ZAD qui ont refusé la régularisation.
Géographie Localisation La ZAD de Notre-Dame-des-Landes est un territoire de située en Loire-Atlantique, dans l'Ouest de la France. Elle se trouve à 25 kilomètres au nord de Nantes, entre les communes de Grandchamp-des-Fontaines, Héric, Treillières, Vigneux-de-Bretagne et Notre-Dame-des-Landes. La zone est composée de bocages humides et est utilisée essentiellement pour le pâturage. Plusieurs fermes et bâtiments s'y trouvent, ainsi que de nombreux habitats légers.
Axes de circulation vignette|Une des chicanes sur la D281, le 17 novembre 2012. La ZAD est traversée par trois routes du nord au sud : la D81 (qui relie à Vigneux de Bretagne), la D281 (qui relie Fay-de-Bretagne à La Paquelais), surnommée la et la D42, qui relie le bourg de Notre-Dame-des-Landes à La Paquelais. Le carrefour de la Saulce, croisement de la D81 avec une route qui traverse la ZAD d'est en ouest, est un lieu important de la zone, où se sont déroulés d'importantes manifestations et combats entre zadistes et forces de l'ordre.
Durant les périodes de forte présence policières (2012-2013 et 2018), certains axes font l'objet de barrages de police où les contrôles sont fréquents. D'autres routes comme la D281 sont marquées par des chicanes, pour ralentir la circulation des véhicules ; en cas d'intervention de la gendarmerie, elles peuvent être rapidement transformées en barricades. Le reste du temps, , tant à pied qu'à vélo.
Histoire
Contexte La ZAD de Notre-Dame-des-Landes est créée dans le cadre d'une lutte populaire contre le Projet d'aéroport du Grand Ouest.
En 1970, le projet de construction d'un aéroport au nord de Nantes est annoncé dans la presse aux habitants de Notre-Dame-des-Landes. L'objectif poursuivi est de moderniser la région, favoriser la déconcentration industrielle et l'intégration économique de la France dans le marché européen. L'État français lance un programme de modernisation agricole, qui passe par la mécanisation, le remembrement, le passage à la monoculture et l'utilisation d'intrants chimiques. Un certain nombre de paysans s'opposent à ces changements, qui entraînent endettement et inégalités parmi les agriculteurs (dans les années 1970, ces luttes paysannes en France s'illustrent notamment au Larzac).
Une zone de est désignée comme en 1974 pour la construction du futur aéroport. Il s'agit d'une zone où l’État peut préempter les terres et les bâtiments à un prix qu'il fixe lui-même, souvent bien inférieur aux prix du marché. L'Association de Défense des Exploitants Concernés par l’Aéroport (ADECA) est lancée en 1972 pour organiser l'opposition au projet. Néanmoins, dans le contexte des premier et deuxième chocs pétroliers, le projet n'est pas poursuivi.vignette|Fresque humaine contre l'aéroport en juin 2006. Le projet d'aéroport est relancé en 2000 par Jean-Marc Ayrault, maire de Nantes et député de Loire-Atlantique, avec le soutien du premier ministre Lionel Jospin. Les opposants se fédèrent autour de l'Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (ACIPA), qui regroupe une cinquantaine d'associations, syndicats et collectifs. Des manifestations, recours juridiques et actions de blocage se multiplient. Une déclaration d'utilité publique est signée en 2008 par le premier ministre François Fillon, ouvrant la voie à la répression contre les opposants et les premiers forages exploratoires débutent.
Création de la ZAD (2009) vignette|Barricade avec le slogan le 21 novembre 2012. Un appel à occuper les terres est lancé par le collectif « Les habitant·es qui résistent » lors d'un camp action climat et une Semaine des Résistances en . Une vingtaine de maisons sont occupées. L'objectif est à la fois d'empêcher les travaux et créer une , fondée sur une . Deux ans plus tard, en 2011, l'ACIPA et la confédération paysanne rejoignent le mouvement et défrichent un hectare et demi de terres qui sont de nouveau cultivées. Un camp No-G s'installe sur les lieux, contribuant à ancrer la ZAD dans les luttes altermondialistes internationales.
Opération César (octobre 2012 - avril 2013) vignette|Construction de cabanes sur la ZAD le 17 novembre 2012, lors de l'opération de réoccupation des lieux. vignette|Chaîne humaine le 13 mai 2013 autour de la ZAD, contre le projet d'aéroport. Le , l’État déclare l'expulsion des terrains occupés illégalement. La préfecture de police de Loire-Atlantique, soutenue par le gouvernement de François Hollande, lance le l'opération César afin de chasser les occupants. Elle mobilise parmi les forces de l'ordre. Les cabanes et la plupart des fermes squattées sont détruites. Un mois plus tard, le , une grande manifestation de réoccupation des lieux rassemble . La chat-teigne, un espace d'accueil et de réunion, est érigé dans la forêt de Rohanne et protégé de la police par une quarantaine de tracteurs. D'importants combats ont lieu entre les occupants, désormais dénommés zadistes, et les policiers et militaires. De nombreux militants convergent sur les lieux et de plus en plus de personnes s'installent sur la ZAD. Début , le festival FestiZAD réunit . Des cabanes sont reconstruites, des fermes réoccupées. Le , le mouvement Sème ta ZAD est lancé à travers une action de remise en culture de plusieurs terrains. Cela occasionne de nouveaux affrontements avec les forces de l'ordre. Le , la police et l'armée se retirent des lieux : le siège de la ZAD prend fin.
Un an après cette opération, les Zadistes commémorent leur première victoire.vignette|Parabellum à la ZAD, dans un concert de soutien en août 2013.Après l'évacuation manquée de cette ZAD à l'automne 2012, des ZAD se sont multipliées en France..
Expulsion de 2018
De l'abandon du projet à l'expulsion de la ZAD vignette|Cabane de la Boîte Noire à l'Est de la ZAD, détruite en avril 2018.
vignette|Une zadiste parle des opérations d'expulsion en avril 2018. Le 17 , sous la présidence d'Emmanuel Macron, le Premier ministre Édouard Philippe annonce l'abandon officiel du projet d'aéroport. L'État souhaite le départ des zadistes, tandis que de nombreux habitants souhaitent rester sur les lieux qu'ils occupent et sur lesquels ils ont développé des activités, notamment agricoles. L'État lance une procédure de régularisation, aux conditions ; cette démarche est loin de faire l'unanimité parmi les habitants, entre ceux qui acceptent d'y participer et ceux qui refusent toute négociation avec l'administration.
Deux mois et demi plus tard, le gouvernement ordonne l'expulsion des habitants et la destruction des constructions qui n'ont pas été régularisées. L'opération commence le , dès du matin. Toutes les cabanes de l'Est de la zone sont détruites dans cette temporalité. Après quatre jours d'affrontements, l'opération s'interrompt. Une deuxième opération d'évacuation a lieu à partir du jeudi . , des dizaines de fourgons et quatre véhicules blindés sont rassemblés pour cette opération. En avril, grenades sont lancées dont grenades lacrymogènes et grenades assourdissantes, dont un lot datant de 2005 et donc périmé depuis 2015.
Le , le ministre de l'Agriculture Stéphane Travert annonce que quinze des 29 projets agricoles déposés par les zadistes de Notre-Dame-des-Landes sont éligibles à la signature de conventions d'occupation précaire.
Violences policières lors de l'évacuation Le , lors de l'évacuation par la gendarmerie de la ZAD, les gendarmes déversent une quantité record de grenades sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes, un homme a la main arrachée par une grenade GLI-F4 qu'il a ramassé pour la rejeter sur les gendarmes. Cet homme a été évacué par les gendarmes. Une procédure est lancée le , au tribunal administratif de Nantes, de cinq blessés de « requêtes en référés expertises », afin de démontrer la responsabilité de ces grenades de blessures ayant provoqué fractures, brûlures au degré ayant nécessité une greffe de peau, des éclats de grenade définitivement sous la peau, à 2 journalistes et de la ZAD (maraîcher, cuisinier et étudiant). Le but est de prouver la liaison devant un tribunal administratif pour ensuite faire reconnaître la responsabilité de l'État, via le ministre de l'intérieur et le préfet pour cette pratique. 106 gendarmes ont été blessés lors de l'opération selon la gendarmerie.
Régularisation Le conseil départemental de la Loire-Atlantique, propriétaire d'une grande partie des terres, finit par accorder des baux de fermages de neuf ans renouvelables à différents habitants de la ZAD afin de régulariser leur situation. Deux cents personnes résident sur la zone, dans de multiples lieux de vie, vivant notamment de l'agriculture vivrière et paysanne.
L'expulsion en a eu un impact important sur la zone et ses habitants, menant à de la ZAD.
Après 2018 En 2019, une partie des terres de la ZAD (895 hectares) est rétrocédée par l’État au département de Loire-Atlantique, qui signe des baux avec les zadistes et les agriculteurs historiques.
Le , un hangar est en partie brûlé par le feu sur l'ex-zad. Par la suite une coordination d'organisations soutenant les projets sur la ZAD publie un communiqué expliquant que .
En , après l’abandon du projet de deuxième aéroport de Nantes, ont construit avec du bois durable l'Université des Tritons, une université consacrée à la sauvegarde du vivant (faune et flore), à l’apprentissage des liens avec les végétaux et les animaux puis à la sauvegarde du patrimoine naturel.
En 2023, cinq ans après l'abandon du projet d'aéroport, les maires de Vigneux-de-Bretagne et Notre-Dame-des-Landes se plaignent de l’afflux de nouveaux activistes et dénoncent des nuisances et des dégradationsSimon Cherner, Notre-Dame-des-Landes : l’ex-ZAD gangrenée par une «nouvelle génération» de militants, lefigaro.fr, 20 décembre 2023.
Activités sur la ZAD vignette|Bibliothèque du Taslu (août 2018). vignette|Documentaire sur les activités agricoles de la ZAD en 2013. Différentes activités agricoles ont été développées sur la ZAD. Des bâtiments sont créés avec des techniques d'autoconstruction.