Guillaume Grimoard, né en 1310 à GrizacLe village de Grizac était situé dans la paroisse de Fraissinet-de-Lozère, avant qu' ne l'érige en paroisse. Il est depuis la Révolution française situé sur la commune du Pont-de-Montvert. On retrouve parfois la graphie Grisac, bien que Grizac se rencontre plus fréquemment. et mort le à Avignon, devient le sixième pape à Avignon et le de l’Église catholique sous le nom d’ (1362-1370). Originaire des pays de la langue d’oc comme ses prédécesseurs, natif du Gévaudan dans une famille liée à celle des Sabran, il commence à vivre et à étudier à proximité de la vallée du Rhône. Elzéar de Sabran, un de ses oncles, est alors prieur de la chartreuse de Bonpas, près d’Avignon.
Profès de l’ordre de Saint-Benoît, comme et , il est rapidement chargé des plus prestigieuses abbayes bénédictines de France et de Provence. Mais là s’arrête le parallèle avec ses devanciers. Ni évêque, ni cardinal, il n’a jamais entretenu de relations suivies avec la Curie. Il reste donc totalement étranger aux querelles de clans du Sacré collège. De plus, sa carrière ne doit rien à l’administration royale française et ses missions diplomatiques l’ont rendu très proche de l’Italie, proximité qui entraîne une tentative avortée de retour de la papauté vers Rome.
Il est à l'origine de nombreux développements architecturaux, de missions dans le monde entier et, avec la guerre de Cent Ans, a eu à arbitrer et à participer à plusieurs conflits.
est le seul des pontifes avignonnais à avoir été porté sur les autels avec le titre de bienheureux. Béatifié en 1870 sous , il est fêté par l'Église catholique le .
Biographie De sa naissance au conclave Naissance et enfance Le château de Grizac.|vignette vignette|Les restes du château de Montferrand où serait née sa mère. 130px|vignette|Les armes des Montferrand. Fils aîné de GrimoardGénéalogie de la famille de Grimoard, seigneur de Grizac, et d'Amphélise (ou Élise) de Montferrand, près de Banassac, dans la baronnie de CanilhacLa famille Montferrand est une famille noble du Gévaudan, voir les baronnies du Gévaudan, le futur pape est baptisé du même nom que son père. Il naît en 1310Même si cette date de 1310 est le plus souvent retenue, il existe tout de même une petite incertitude qui pourrait situer cette naissance en 1309. au château familial de Grizac, situé sur la commune de Pont de Montvert - Sud Mont Lozère près de Florac. Ce château a été construit peu avant sa naissance par son père, chevalier, .. Il avait deux frères : ÉtienneC'est un descendant d'Étienne Grimoard qui a racheté et restauré le château., et Anglic, futur religieux à l'abbaye de Saint-Ruf de Valence et cardinal. Ce dernier qui a survécu dix-huit ans à , meurt le et est enterré à l'église de Saint-Ruf de Valence. Le futur pape avait également trois sœurs: Delphine qui épousa Guillaume de Montaut, Isabelle qui épousa Guérin De Sinzelles et Hermessinde.
Guillaume Grimoard fut baptisé en 1310, avec pour parrain Elzéar de Sabran, comte d’Ariano et régent du royaume de Naples, dont il proclama lui-même la sainteté le .. Elzéar était le parent de . En effet, à la suite du Grand Dictionnaire historique de Louis Moréri, il a longtemps été établi qu'Elzéar de Sabran et Amphélise de Montferrant étaient frère et sœur. Dans ses Recherches sur la famille de Grimoard et ses possessions territoriales., l'abbé Joseph Hyacinthe Albanès remet ce lien en cause. Il semble que les familles de Sabran et de Montferrand (mais aussi Grimoard) soient parentes et alliées sur plusieurs générations, sans pour autant qu'Elzéar de Sabran et Amphélise de Montferrand soient frère et sœur ou cousins de premier degré. La tradition rapporte un miracle accompli par Elzéar de Sabran lors de ce baptême. Le petit Guillaume serait né difformeNous lisons dans lHistoire des monstres depuis l'antiquité jusqu'à nos jours d'Ernest Martin (Paris, Reinwald, 1880), à la page , ce récit que l'auteur attribue à Cangiamila : « Amphibisia, parente d'Elzéar et épouse de Grimoalde, était une dame de distinction. Un jour, elle mit au monde un être monstrueux, agité de mouvements continuels, qui effrayaient tous ceux qui s'approchaient de lui ; il n'avait rien d'humain, et d'un autre côté rien non plus de bestial. On ne pouvait, en un mot, le comparer à aucun animal connu. Elzéar, l'ayant examiné, fut vivement touché de l'infortune qui frappait ainsi ses parents ; il se mit à adresser une fervente prière au ciel. Aussitôt cette masse informe de chair revêtit un aspect superbe et poussa un cri. Les amis s'en approchèrent et, se joignant à la famille, se prosternèrent afin de rendre un solennel hommage à la toute-puissance divine ; on prédit qu'il arriverait un jour au pontificat, et il devint, en effet, pape sous le nom d'. ». C'est par la prière que le parrain aurait redonné à l'enfant le visage d'un bébé normal.
Élève brillant, Guillaume Grimoard quitta le domicile familial vers l'âge de douze ans pour aller étudier à Montpellier. Sa mère lui dit alors. : « Mon fils, je ne te comprends pas, mais Dieu, lui, te comprend ». Trop jeune pour entrer directement à l'université, il fit ses premières études au monastère clunisien de Saint-Pierre-de-ClunezetHistoire des diocèses de France, Montpellier, édition Beauchènes, 1976, .. Il y resta peut-être deux ans avant de poursuivre ses études en droit à Toulouse. Il y serait resté quatre ans, pour obtenir son titre de bachelier en droit civil.
Le moine Après des études de droit, il entra vers 1327 dans l'ordre des bénédictins au prieuré du Monastère Saint-Sauveur-de-Chirac (qui devint plus tard Le Monastier)http://site.acgc.free.fr/fichiers/urbain.pdf Document PDF sur la vie de Guillaume Grimoard, où son oncle maternel Anglic de Montferrand — probablement le parrain de son jeune frère — était prieur. Ce monastère, à quelques lieues de Mende, près des bourgs de Chirac et de Marvejols dépendait de la congrégation victorine de Marseille. Son noviciat achevé, il se rendit à Marseille, où il fit sa profession monastique. Durant sa formation, entre Chirac et Marseille, il acheva sa formation universitaire. Il reçoit également, en 1329, son premier bénéfice ecclésiastique, du prieuré de Saint-Mau dans le diocèse d'Auch. Il retourna au Monastier où il reçut l'ordination sacerdotale en 1334.
Il devint docteur ès domès (droit canon) en 1342 après une soutenance tenue en l'église Notre-Dame des Tables de Montpellier. Il obtint, par la même une chaire à l'Université de Montpellier, où il enseigna et devint un spécialiste renommé du droit. Il se trouvait toujours dans cette ville lorsque se propagea la terrible peste noire de 1348. Cette épidémie causa la mort de , et de la curie, alors à Avignon. Il semble que le professeur Grimoard a quitté Montpellier durant l'épidémie. Il continua alors sa carrière d'enseignant, sans que l'on ne sache précisément les dates ou les lieux, peut-être à Toulouse, et certainement à Paris et Avignon.
La Gallia Christiana nous apprend que Pierre d'Aigrefeuille venant d'être nommé évêque de Clermont (1349), le prit comme vicaire général. Une fois transféré à Uzès, l'évêque garda Guillaume Grimoard à ses côtés. Les traces de ce vicariat sont inexistantes, mais elles démontreraient du lien étroit déjà établi entre les Grimoard et les Aigrefeuille.
Demeuré moine noir mais rattaché à Cluny, il fut nommé prieur au diocèse d'Auxerre le , le pape le plaçant à la tête de l'abbaye Saint-Germain d'Auxerre. C'est durant ses premières années à la tête de l'abbaye qu'il reçoit ses premières missions en tant que légat du pape. Il semble qu'il avait nommé son frère Anglic vicaire général de l'abbaye, pour la gérer durant ses absences.
Le pape , qui lui avait souvent confié des missions de légat, le nomma abbé de Saint-Victor, la prestigieuse abbaye marseillaise, le , après le décès d'Étienne de Clapier. Dans toutes ses charges, il était dit « moult sainct homme et de belle vie, grand clerc et qui moult avait travaillé pour l’Église Froissard. ».
Le diplomate Conseiller écouté des papes et , il se vit confier plusieurs missions diplomatiques en Italie.
Giovanni Visconti, imprudemment nommé archevêque de Milan par , voulait se rendre maître de Bologne. Après une campagne militaire qui se solda par la défaite des armées pontificales, le pape fit appel à Guillaume Grimoard qu'il chargea des négociations. Le il prit au nom du pape possession de Bologne pour la céder ensuite à Visconti contre un paiement annuel. Guillaume Grimoard se vit confier une mission analogue par auprès de Barnabé Visconti, le neveu de Giovanni.
Moins d'un an après sa nomination à la tête de Saint-Victor, le , il reçut mandat du pape de se rendre à Naples de toute urgence. En effet le prince Louis de Tarente, second époux de la reine Jeanne, comtesse de Provence, venait de mourir. Le pape lui demandait de se rendre auprès d'elle pour porter à la veuve de trente-six ans ses instructions. Le il prit le chemin de l'Italie.
Le pape
Élection
vignette|left|190px|, huile sur bois de Henri Serrur (, Palais des papes d'Avignon). s'éteignit le . Après une neuvaine en l’honneur du pontife défunt, pour procéder à sa succession le conclave ouvrit ses assises le Comme l’a expliqué J. Heers, lors d’un conclave « Tous les cardinaux le savent bien, le résultat ne traduit pas forcément un rapport de forces bien étudié ; tant de manœuvres, d’ententes savamment ourdies échouent lorsque tous se retrouvent ensemble et peuvent parler. Ce qui compte, ce sont les complots le jour même, la façon de persuader, de faire peur en montrant les dangers de tel choix, en rappelant des précédents fâcheux. On cause beaucoup, en dehors des séances, lors des interruptions, dans la journée, le soir plus encore et même la nuit ». J. Heers, Précis d’histoire du Moyen Âge, Paris, 1966.. Au premier tour, avec une majorité de quinze voix, le cardinal Hugues Roger fut élu. Mais le frère de refusa cette charge. Le second tour vit alors onze voix se porter sur Raymond de Canillac, autre illustre membre du clan des Roger de Beaufort. Raymond de Canillac est un parent de Hugues Roger et de son frère, l'ancien pape mort dix ans plus tôt.. C’était insuffisantEn 1179, avait publié une bulle imposant les deux tiers des voix du conclave pour l’élection du pape..
Le choix d'un prélat étranger au Sacré Collège s'imposa, et le Guillaume Grimoard fut élu. Sa candidature avait été proposée et soutenue par le cardinal Guillaume d’Aigrefeuille, sur les conseils de son frère Pierre, l’évêque d’UzèsLe nouveau pape, un protégé du clan des Roger de Beaufort, devait une bonne partie de sa carrière à Pierre d’Aigrefeuille. Lors de ses nominations aux évêchés de Clermont et d’Uzès, il l’avait à chaque fois désigné comme son vicaire général.. Pour l'avertir, à Naples, des courriers partirent dans le plus grand secret de peur que les Italiens ne le retiennent.
L'abbé de Saint-Victor prit immédiatement la mer, arriva à Marseille le , et rejoignit seul Avignon, où il arriva alors que la Durance et le Rhône étaient en crueDe retour de Naples, le nouveau pontife débarqua à Marseille et prit le grand chemin d’Avignon par les Pennes, Salon, Orgon, Saint-Andiol et Noves. La Durance étant en crue, il fit appel à un batelier qui réussit à lui faire passer sans encombre cette dangereuse rivière. Lui et ses aides reçurent ensuite du pape une gratification de quinze florins.. Il fut d'abord consacré évêque car il était simplement prêtre, puis couronné pape le , dans la chapelle du Palais Vieux, par Étienne-Audouin Aubert, cardinal d’Ostie et neveu du pontife défunt, . fit du cardinal Étienne-Ardouin Aubert (1354 – 1363), dit le cardinal de Maguelonne, son Camerlingue..
Il choisit alors le nom dUrbain, qui vient du latin urbanus, autrement dit "de la ville". Il a très tôt été employé comme nom de personne, et Guillaume Grimoard le prit comme patronyme pontifical car, expliqua-t-il, « Tous les papes qui ont porté ce nom ont été des saints ».