La place du Molard est une place de la ville de Genève en Suisse. C’était historiquement le principal port et le centre économique au .

La fontaine du Molard (1711, 1851) est depuis 1921 un bien culturel d'importance régionale. La Tour du Molard (1591) avec le bâtiment des Halles (1690) sont depuis 2005 des biens culturels d'importance régionaleVoir la Liste des biens culturels à Genève Cité.. Annexe à l’arrêté, « Protocole d’accord » entre la Société d’art public et Au Grand Passage Innovation S.A., du 29 mai 2002..

Situation et accès

Origine du nom Le mot « molard » (« molar », « moulard ») désigne dans le langage local un entassement de pierres (latin moles, masse, levée de terre, éminence), peut-être un enrochement, une digue, protégeant le port du Molard...

Selon l’historien Paul Naville, ..

Historique On écrit en 1907 que la place du Molard . Dans un article de 2002 sur les Halles, la place serait tout à la fois ..

Constructions et activités Cette place était anciennement un port, tout comme les places voisines de la Fusterie et de Longemalle. Le port en ce lieu est mentionné déjà en 1271 (en latin )..

Au , le nombre d’habitants s'accroît et la ville s'agrandit du côté du lac, la Tour du Molard appartient à la nouvelle enceinte au moins dès le .. Le rivage du lac est alors repoussé des Rues-Basses à l'actuelle rue du Rhône, permettant l'aménagement des places de la Fusterie, du Molard et de Longemalle, c’est la « Basse-Ville ».

Guillaume Fatio écrit en 1902 que la rive entre Longemalle et Fusterie formait une baie ouverte, où l’eau pénétrait jusqu’aux Rues-Basses. . On traversait le bassin par un pont assez élevé pour laisser passer les embarcations : .

En 1309, une première halle en dur est construite au Molard. Le port du Molard est le port marchand et douanier, celui de Longemalle est destiné au trafic local et au grain, celui de la Fusterie aux « fustes » (bois).

Au , les bateaux venant du lac passaient sous une arcade à côté de la tour et pénétraient dans un canal ou douve au centre de la place, un « dock » bordé de murs et de quais où l’on planta des tilleuls. L’arcade était surmontée d’habitations. La place est alors le centre économique de la ville, avec ses entrepôts, une douane, un bureau de change, un poids public, des hôtels, divers artisans (fripiers, drapiers, potiers d’étain, horlogers, etc.), des bancs d’écrivains publics et de notaires, des imprimeurs.. Le Molard devient marché aux poissons et aux volailles.. De nouvelles halles sont construites en 1690.

L'imprimerie Cramer & Barillet se trouvait à l'angle de la rue du Marché. Elle édita en 1748 la première édition de l’Esprit des lois de Montesquieu, ainsi qu’une collection complète des œuvres de Voltaire en 1756 (17 tomes, plusieurs rééditions, ainsi que d'autres ouvrages de Voltaire jusqu’en 1775).

vignette|upright=1.25|Le bas de la place en 1829, par Bonington. Au début du , les produits de la campagne arrivent les mercredis et les samedis. Le dimanche matin, ce sont les hommes de la terre qui s’y rassemblent, ont les appelle les « Mollardiers ». . Citation de Lucien de Candolle, L'industrie, l'agriculture et les arts à Genève à l'époque de la Restauration, 1914..

Une lithographie du peintre romantique britannique Richard Parkes Bonington montre le bas de la place dans les années 1820. Le regard sur le lac au travers de l'arcade est mis en valeur, du linge pend dans les étages, certains volets sont de guingoisCe tableau est conservé au Victoria and Albert Museum à Londres.. Les bâtiments qui surplombent l’arcade en direction du lac ont été démolis en 1871.

La Commission d’art public se plaint vertement de l’« enlaidissement » de la place à la suite de diverses constructions érigées vers 1900 : ..

En , on « creuse et dépave » au Molard, et les fleuristes sont déplacées à Longemalle. Mais il y fait plus froid et la bise y est plus forte, ce qui n'est bon ni pour les marchandes ni pour les fleurs, et le client ne vient pas.

Le « Molard-Cinéma » ouvre en 1929 à proximité immédiate, entre la rue de la Croix-d’Or 5 et la rue Neuve. Il devient le « Cinéma Molard » et disparaît en 1984. ..

En 1945 se trouvent au Molard : librairie, papeterie, teinturerie, salon de coiffure, montres et bijoux, étoffes, tissus d’ameublement, meubles anciens et modernes, lampes de style, faïences, tapis et tentures, haute couture et lingerie, imperméables et soieries, aussi épicerie fine et comestibles, confiserie et plusieurs cafés.

La place du Molard a été réaménagée en 2004. Le projet des architectes, nommé « Chuchotements », fait allusion à l’eau (ancienne activité portuaire), et aux interactions humaines. La place de est couverte de pavés de basalte noir, parmi lesquels l'artiste Christian Robert-Tissot a disposé pavés lumineux gravés de mots du quotidien dans les six langues officielles des Nations unies. Par exemple « bonjour », « », « merci », « »2b architectes (S.Bender et Ph.Béboux) – – ...

En 2019 l'association Escouade fait poser des plaques de rue temporaires à Genève en hommage aux femmes célèbres genevoises. La Place du Molard est ainsi renommée temporairement Place Pauline Chaponnière-Chaix dans le cadre de l'initiative 100Elles9,10.

Tour du Molard vignette|La Tour du Molard. vignette|Frise Est de la Tour du Molard. Aussi nommée « Tour de l’Horloge », la tour qui termine la place côté lac est mentionnée dès le , elle faisait partie de l’enceinte fortifiée de la ville basse. Elle est reconstruite en 1591 par Nicolas Bogueret.

Le clocheton de la tour est recouvert d'écailles en fer blanc. Il a été rénové plusieurs fois au , principalement en 1717 et 1773. Lors de cette dernière réfection, on le surmonte d'une hallebarde munie d'une clé. Jean-Daniel Blavignac écrit en 1859 que l’hallebarde serait une arme véritable, et la clé ne semble pas ancienne bien qu’usagée. Selon la tradition, la clef serait celle d’une ancienne porte de la ville et l’arme viendrait d’un des assaillants de l'Escalade de 1602...

Plusieurs modifications sont apportées à la tour en 1906-1907 par l'architecte cantonal, Charles Engels, tout en préservant son aspect général. On ajoute du tuf et de la molasse aux murs, ainsi que des petits contreforts. Les horloges reçoivent des auvents de bois. L’ajout d’éléments décoratifs en font un monument commémoratif du passé genevois : .

Une description de la frise en 1907 indique, côté Molard, quatre blasons pour l’histoire précédant la Réforme : celui des comtes du Genevois (croix blanche sur fond jaune), les armoiries du chapitre (clefs d'or croisées sur champ rouge), celles du vidomne (les mêmes, coupées de la croix blanche de Savoie), celles de l'empire (aigle noir à double tête sur fond jaune). Suivent sept écussons du côté du passage qui symbolisent la Réforme : Antoine Froment (gerbe d'or sur fond d'azur), Adhémar Fabri (étoile blanche à huit rayons), Guillaume Farel (lion rouge sur champ d'argent), au centre le sceau officiel de Genève en 1835 (soleil rouge sur gris), Calvin (blanc sur blanc, une main qui tient un cœur), Théodore de Bèze (clef d'or verticale sur fond rouge surmontée d'une bande bleue à trois étoiles d'or), syndic Jean Canal (canard blanc sur des flots blancs, ciel bleu). Du côté Rhône se trouvent quatre écussons de combourgeoisies : Fribourg, Berne, Zurich et Genève. Il s'agirait de la reproduction exacte de la frise de la maison Brandy (démolie en 1889), à l'angle du Molard et de la rue de la Croix-d'Or..

Lors des travaux de 1907, il est prévu d'ajouter côté passage un bas-relief représentant la prédication d’Antoine Froment au Molard le . Un relief provisoire est installé, puis en 1919 un concours est lancé par la Classe des beaux-arts de Genève avec le sujet « Genève, cité du refuge (symbolisme historique) ». Le but est de « matérialiser le rôle bienfaisant joué par Genève », « la cité hospitalière qui, de tout son cœur, a accueilli ceux que des motifs divers, politiques, sociaux, religieux, ont contraints d’abandonner leur patrie ». Le financement est assuré par un « Fonds Gillet-Brez », legs en 1916 de à la Classe des beaux-arts.. C’est le bas-relief réalisé par le sculpteur Paul-Maurice Baud (1896-1964) qui est apposé en 1921. Il représente une femme portant secours à un malheureux en s’appuyant sur un écusson aux armes de Genève. Certains ont cru reconnaître Lénine dans les traits du « malheureux », cependant aucune information ne le confirme, et rien ne laisse penser que l’auteur aurait pu prendre Lénine pour modèle..

Halles du Molard vignette|La Basse-Ville vers 1730. Au centre, les Halles du Molard. vignette|La place et les Halles du Molard au début du . En 1309, l'évêque Aymon de Quart reconnaît l'existence légale de la commune de Genève, en contrepartie il impose aux habitants la construction d'une halle au Molard, nécessaire à l'entreposage des marchandises destinées aux foires, et leur en assure le tiers des recettes .. Cette halle en pierre remplace les anciens entrepôts en bois, elle est agrandie en 1415 et encore en 1572. C’est là que toutes les marchandises arrivant à Genève sont déposées. On y trouve le « poids de l'évêque » et diverses taxes sont perçues.

Le bâtiment actuel a été construit en 1690 par l'ingénieur Pierre Raby, à l’emplacement de l’ancienne halle du . La façade Nord, donnant alors sur le lac, porte les armes de Genève tandis que la façade Est porte les premiers mots de l'enseigne traditionnelle des halles aux blés . C'est le plus grand ensemble historique construit d'un seul tenant dans la Basse-Ville, « le plus important bâtiment civil de Genève »selon les historiens de l'art Armand Brulhart et Erica Deuber-Ziegler, cité par Philippe Simon, Le Temps, 2002.. Il est classé bien culturel d'importance régionale.

Au début du , les étages supérieurs sont transformés en appartements. Le bâtiment est racheté en 1848 par la Caisse hypothécaire du canton de Genève qui s’y installe en 1901.

Le groupe Jelmoli devient en 2001 propriétaire de ce bâtiment et ouvre un nouveau centre commercial et administratif. Les magasins « Au Grand-Passage » inaugurés en 1921 occupaient déjà un pâté de maisons entre la rue du Marché et la rue du Rhône., ils sont rachetés par Jelmoli dans les années 1950. Les Halles subissent de profondes transformations durant quatre ans de travaux (1998-2003) : une nouvelle galerie marchande s’étend sur et sur trois niveaux, avec huit commerces et un restaurant. Des surfaces administratives en location occupent les étages 2 à 4 et les combles (). Le Passage du Rhône, qui était condamné, est rouvert au public, il comprend les immeubles 2, 4 et 6 de la place du Molard, la tour du Molard, et les numéros 54 et 56 de la rue du Rhône. La cour intérieure du est mise en valeur, ses façades sont rénovées dans un esprit conservateur. Les interventions sur ces bâtiments historiques sont faites en collaboration avec divers services, principalement sur la base du rapport historique réalisé par Christine Amsler.. L'assainissement des bâtiments et le renforcements des fondations a nécessité des travaux de reprise en sous-œuvre. L'enveloppe extérieure a reçu un crépi exécuté à l'ancienne. Les tuiles réutilisables ont été conservées et la charpente a été entièrement refaite..

Fontaine du Molard vignette|Fontaine de 1711 restaurée en 1851, déplacée en 1899 et en 1953. La fontaine du Molard date de 1851, elle reprend une partie des éléments de la fontaine mise en service en 1711.. Elle a été classée bien culturel d'importance régionale en 1921.

Une première fontaine est construite en 1451 au Sud de la place, en pierres de taille. Aux , les usagers se plaignent de son débit trop faible..