Le château de Maillebois est un château français situé sur la commune de Maillebois, au nord de l'Eure-et-Loir, dans le Thymerais. Le château médiéval, brûlé par les Anglais en 1425, fut rebâti sur les anciens soubassements. À la Renaissance, un nouveau château dans le goût de l'époque fut édifié puis embelli ou modifié au cours des siècles suivants jusqu'à ce que la Révolution le réquisitionne comme bien national. Depuis, il n'a appartenu qu'à deux familles.

Le château est inscrit en tant que monument historique le , les façades et toitures des communs sont inscrites en 1974 et la totalité des écuries est inscrite en 2000.

Historique des propriétaires Des origines médiévales au Depuis ses origines, le fief de Maillebois dépend de la baronnie de Châteauneuf-en-Thymerais. Il est la propriété d'une branche cadette des Vendôme-Montoire. puis par le jeu des alliances, celle des Vieuxpont, Le Baveux et Ô.

gauche|vignette|redresse|François d'Ô (1535-1594). vignette|Écu sur le vitrail de l'église de Blévy : à gauche les hermines, armes de la famille d'Ô, à droite les armes de Louise Le Gentil, fille d'honneur d'Anne de Bretagne et épouse de Charles d'Ô. La famille d'Ô (1415-1594) Renard de Trie, seigneur de Fontenay, vend en 1383 son manoir à Jean Hutin Le Baveux, époux de Jacqueline de Vieuxpont.. Leur fille Jeanne l'apporte en dot à Robert d'Ô, sénéchal du comté d'Eu. De sa mort à la bataille d'Azincourt en 1415 jusqu'à celle de François d'O en 1594, la seigneurie reste la propriété de la famille. Incendié en 1425 par les Anglais, le château est reconstruit quelques décennies plus tard sur les soubassements du château primitif. Aux XV et XVI siècles, un château dans le goût de l’époque est édifié sous l’impulsion de Jean d’Ô, troisième du nom, époux d’Hélène d’Illiers. Son fils, François, mignon d’Henri III, et surintendant des finances, contribue à l’agrandir. Il meurt sans descendance et couvert de dettes.

Nicolas Harlay de Sancy (1609-1612) gauche|vignette|redresse|Nicolas Harlay de Sancy (1546-1629). Toutes les propriétés sont confisquées par les créanciers de François d'Ô. Nicolas Harlay de Sancy, qui lui succède comme membre du Conseil des Finances, a la lourde tâche de les satisfaire en établissant les recettes des seigneuries d’Ô et en procédant aux adjudications nécessaires. Lui qui est baron de Maule, seigneur de Sancy et autres seigneuries franciliennes, achète Maillebois en 1609. Malade, il donne pouvoir à son procureurA.N. MC/ET/XXXIX/35-41-43, M Omer le Jars. de se transporter en son château de Châteauneuf-en-Thymerais et de réitérer foi et hommage au duc de Nevers.. Il vient cependant dans l’année à Blévy, où il vend à un marchand de Mantes sur Seine la coupe du bois de haute futaie désignée sous le nom de forêt de Thimeraye. Il ne conserve le domaine que peu de temps.

Les Camus de Jambville (1612-1657) gauche|vignette|redresse|Anne Le Camus de Jambville (1583-1651). En 1612, le château est vendu à Antoine Le Camus de Jambville, président à mortier au Parlement de Paris. Sa fille Anne hérite du domaine à sa mort. Dame d’honneur de la reine Catherine de Médicis puis d’Anne d'Autriche, Anne Le Camus. est marquise de Maillebois et Blévy, baronne de Châteauneuf. Son mari, Claude Pinart, vicomte de Comblissy et marquis de Louvois, prend le titre de seigneur de Maillebois. La châtellenie est érigée en marquisat par lettres de 1621. En 1651, Anne Le Camus de Jambville meurt en son hôtel parisien mais son corps est inhumé en l'église paroissiale de Maillebois. Faute d'héritier, le domaine revient à Nicolas Leclerc de Lesseville.. Bien que de noblesse récente, il est maître des comptes du Parlement de Paris et réputé richissime. À sa mort en 1657, son fils Antoine hérite du château, qu’il transmet à son propre fils .. Sur le conseil de son oncle et tuteur, celui-ci met en vente le domaine de Maillebois.

Les propriétaires du Les Desmarets (1679-1766) C'est ainsi qu'à la fin du XVII siècle, en 1679, Nicolas Desmarets, neveu de Colbert, fait l'acquisition du marquisat de Maillebois, dont l'étendue est si impressionnante que Saint-Simon le notifie dans ses Mémoires.:

gauche|vignette|redresse|Nicolas Desmarets (1648-1721). vignette|La couronne de marquis des Desmarets avec en-dessous les trois lys des marais choisis comme armoiries (église de Blévy). En 1683, s’ouvre effectivement une information judiciaire. qui l’accuse d’avoir reçu lors de la refonte de la monnaie en 1674, alors qu’il est chef de ce département, d’importantes sommes pour fermer les yeux sur les fraudes de fabrication et le détournement de matériaux précieux. Nicolas Desmarets n’est pas embastillé mais disgracié. Il doit se défaire de ses charges et se retirer sur ses terres avec interdiction d’aller à Paris. Son exil dure 10 ans et lui donne le temps de se consacrer à son domaine, où il fait de grandes dépenses de pièces d’eau et d’aplanissement de terre. En 1703, il obtient l’un des deux postes de directeur des Finances puis en 1708, celui de contrôleur général des finances, où il excelle à trouver les fonds nécessaires pour soutenir l’effort de guerre de Louis XIV. Il meurt en 1721. gauche|vignette|redresse|Jean-Baptiste Desmarets (1682-1762). Son fils Jean Baptiste Desmarets, maréchal de Maillebois, hérite du domaine et clôt la totalité du parc. S’il garde toute sa vie la baronnie de Châteauneuf dont il s’intitule seigneur, baron, capitaine et gouverneur, il cède, le , le marquisat à son fils aîné par contrat de mariage. Yves Marie Desmarets de Maillebois épouse Marie-Madeleine-Catherine de Voyer d’Argenson, fille de René-Louis de Voyer d’Argenson, secrétaire d’État aux Affaires étrangères de Louis XV, ami des philosophes et membre de l’Académie des inscriptions et des belles lettres. Lieutenant général en 1748, il n’entretient pas de lien particulier avec le Thymerais et vend le marquisat le AD 28, E art.543. moyennant , à la petite-fille du duc de Saint-Simon, Marie-Christine-Chrétienne de Rouvroy de Saint-Simon, comtesse de Valentinois. Celle-ci vient juste de vendre la Ferté-Vidame au marquis de Laborde. Le , c’est au tour de la baronnie de Châteauneuf d’être vendue à Louis de Bourbon, duc de Penthièvre.

La comtesse de Valentinois (1766-1774) gauche|vignette|redresse|Marie-Christine de Rouvroy, comtesse de Valentinois (1728-1774). vignette|redresse|Lettre de l'arpenteur Henri Marneur en 1766. Née le , elle est la fille du duc de Ruffec et la petite-fille de Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon. Le , elle épouse Charles-Maurice de Monaco, comte de Valentinois, alors sous-lieutenant des gendarmes de Bretagne. Au jeune couple est octroyé l'hôtel de Valentinois à Passy, où ils donnent de somptueuses fêtes. Ils habitent sinon à Paris un bel hôtel particulier, rue Saint-Dominique, et en possèdent un autre, rue de Varenne. Ayant hérité de son père, ambassadeur en Espagne, le titre de Grande d’Espagne, la comtesse de Valentinois est dame d’honneur et de compagnie à la Cour dès 1762. Quatre ans plus tard, alors qu'elle s'est séparée de son mari, elle acquiert le château de Maillebois où elle fait procéder à l’arpentage. Comme elle tarde à payer le malheureux arpenteur, il doit se rappeler à son bon souvenir et lui envoie une lettre pleine d’humilité pour réclamer son dû. Est-il payé ? L’histoire ne le dit pas mais ce qui est sûr, c’est que l’année suivante, elle engage un autre arpenteur, Jean-Baptiste Oudard. On dit d'elle. qu'elle est une femme pleine de naturel, aimée de ses amis et redoutée des autres, parce qu'elle sait mettre chacun à sa place. Elle meurt en 1774 après avoir rédigé un testamentA.N., MC/ET/CVIII/631, M Delaleu : testament du 4 juillet 1774 suivi le 15 juillet de l'inventaire après décès ( à consulter ultérieurement). qui fait beaucoup de bruit puisqu'il exclut sa famille de la succession en donnant la préférence à celle de son mari, en l'occurrence à la maréchale Fitz-James, née Goyon de Matignon. Celle-ci est instituée sa légataire universelle, avec substitution en faveur de son fils, le duc Jacques-Charles de Fitz-James. La comtesse de Valentinois justifie ce legs en précisant que le duc de Fitz-James est marié à la fille de son meilleur ami, Henri de Thiard de Bissy, à qui elle laisse un diamant de .

La duchesse de Fitz-James, née Thiard de Bissy (1774-1789) vignette|Hôtel Saint-Florentin. gauche|vignette|redresse| les comtesses de Fitz-James et du Nolestin par Carmontelle. Fille unique de Henri de Thiard de Bissy, Marie-Claudine-Sylvie épouse le Jacques-Charles de Fitz-James, fils aîné du maréchal, Charles de Fitz-James. Nommée dame du palais de la reine Marie-Antoinette en , elle le reste jusqu'à la Révolution. Comme tous les aristocrates qui ont la faveur des monarques, les Fitz-James se doivent de paraître. Ils dépensent sans compter en empruntant d'importantes sommes qu'ils remboursent aux créanciers sous forme de rentes.. Le premier signe ostentatoire de leur rang est bien évidemment la grandeur et la magnificence de leur maison. Après avoir loué un hôtel particulier rue de Grenelle où leur fils Édouard naît, les Fitz-James achètent en 1777 l'hôtel Saint-Florentin, qui leur coûte et pour lequel ils empruntent la totalité de la somme.. L’habillement est le second signe extérieur de richesse. En 1781, 1782 et 1783, c’est une cinquantaine de paires de chaussures que la duchesse se fait faire et une quarantaine de robes. Au train de vie sont associés les réceptions et les frais de bouche qu’ils rechignent à payer. Aux marchands qui réussissent à lui faire parvenir leurs mémoires de comptes, la duchesse inscrit rageusement dans la marge « payé, j’en suis sûre » ou bien « faux » ou encore « inconnu et impossible ». Face aux demandes du boucher, de la crémière et de l'épicier qui réclament A.N., T 186/81-83: Etat des mémoires dus par Mme la duchesse de Fitz-James au janvier 1791., elle s'exclame : « J'ai payé chaque mois les dépenses de la cuisine, c'est un vol manifeste si on demande deux fois ». Face à l'apothicaire qui exige , elle griffonne : « Toute la famille a donc pris médecine tous les jours ». Les dettes s’accumulent et en 1784, malgré les héritées de la comtesse de ValentinoisA.N., MC/ET/LVI/301, , M Picquais., le duc de Fitz-James se voit contraint de vendre deux maisons et un hôtel particulier. Le produit des ventes est affecté intégralement au paiement des artisans et au remboursement des créanciers. En 1787, les Fitz-James ont à rembourser de dettes à plus de 200 artisans et marchands.. Le maréchal vient de mourir et leur laisse , somme qui ne couvre pas tous les frais. Le duc vend l’hôtel de Saint-Florentin acquis en 1777 à la duchesse de l'Infantado.. La révolution gronde. Le , alors que le couple est séparé de biens, M. de Fitz-James cède à sa femme tous ses biens, non seulement la terre de Maillebois et son usufruit mais aussi le duché de Fitz-James ainsi que le mobilier des deux châteauxA.N., MC/ET/ LVI/369: vente de la terre de Maillebois et de son usufruit devant M Préau (à consulter).. Dans ses lettres de ., la reine, qui a de l'affection pour la duchesse, l'encourage à faire son voyage à Rome pour présenter ses enfants au cardinal d'York, parent éloigné de son mari. Sous le mot voyage se cache un départ en exil qui va durer dix ans et qui ne sera pas étranger à la mort sous la guillotine de son père, M. de Thiard. Le couple règle en vitesse ses affaires chez le notaire et quitte la France pour l'Italie. L'ambassadeur français en place dans le duché de Parme, Louis-Agathon de Flavigny, tient le cardinal de Bernis au courant de l'arrivée des Français émigrés. Il note que les Fitz-James se sont fixés à Parme en . La reine leur fait parvenir une dernière lettre en date du . après le retour de Varennes.

Bien national de la République (1789-1807)