L'église Notre-Dame de Saint-Lupicin est une église située à Saint-Lupicin dans le département du Jura. Elle est classée au titre de monument historique depuis 1906.. Elle présente deux intérêts majeurs, son origine mérovingienne liée à son fondateur prestigieux et son architecture caractéristique du premier art roman qui malgré les nombreux remaniements en fait un monument important de l'architecture romane jurassienne.

Histoire L'église trouve son origine dans la fondation d'un monastère à Lauconne par les frères saint Lupicin et saint Romain au donnant naissance à un bourg monastique, cette abbaye devient ensuite un prieuré dépendant du monastère de Condat fondé précédemment. Avec Oyend, le quatrième abbé de Condat, ils sont considérés comme les Pères du Jura dont les vies et fondations sont relatées par un moine du ., et par Grégoire de Tours (538-594) dans la Vie des Pères (Vita Patrum). Au , une bulle papale donne le nom de Saint Lupicin à l'antique Lauconne..

Monastère à l'origine du bourg monastique, elle devient priorale et paroissiale autour du puis exclusivement paroissiale à partir de , le prieuré ayant cessé son activité monastique. Elle a toujours été connue sous le vocable de saint Lupicin depuis le , la titulature de Notre-Dame n'apparait qu'au .

L'édifice actuel, consacré en , est construit sur le site du probable sanctuaire mérovingien.. L'édification correspond au premier âge roman du début du , le clocher et le voûtage couvrant en arête les transepts sont datés du ; l'édifice est remanié au , voûtes de la nef et nouvelles ouvertures en , la date est inscrite sur deux culots de croisées d'ogive, cette voûte nécessite l'édification de contreforts. Au et la couverture et la façade sont modifiées...

Au un prieuré, celui visible aujourd'hui, est construit accolé au transept sud, il est devenu une école après la Révolution, actuellement c'est une propriété privée.

Des fouilles réalisées en à la croisée du transept ont mis au jour des éléments du sanctuaire mérovingien et en particulier un monument funéraire imposant et décoré, probablement la tombe du fondateur Lupicin. Un sol transparent permet au visiteur d'apercevoir le sondage archéologique..

La dernière restauration de permet de rétablir une toiture différenciée entre le vaisseau central et les bas-côtés comme à l'origine ; aux une toiture unique couvrait l'ensemble de la nef avec ses collatéraux.

Classée monument historique en , elle est rayée en ; un nouveau classement intervient le ..

Description

L'église, située au cœur du village de Saint-Lupicin, légèrement encaissée, est orientée ouest-est. Elle est entourée au sud de l'ancien prieuré du accolé au transept sud, l'ancienne chambre du prieur sert aujourd'hui de sacristie, et à l'est par l'ancienne mairie et école. Elle mesure de long, de large, au niveau des transepts et la flèche est haute de . Son architecture comprend une nef à trois vaisseaux de trois travées et demie, charpentée à l'origine et voûtée au et deux transepts peu débordants. Sa croisée est surmontée du clocher roman surélevé d'une flèche du ; le chevet se compose d'une abside et de deux absidioles dans l'axe des trois nefs. L'ensemble forme un plan en croix latine.

Extérieur

La toiture de la nef est restituée en avec deux pentes différentes et séparées, une plus accentuée sur le vaisseau central et une à pente plus douce sur les collatéraux, dégageant ainsi les murs du vaisseau central et ses ouvertures. Elle remplace la toiture à pente unique mise en place au . La couverture des transepts en deux hauteurs, proche de celle de l'origine, remplace en un toit en apprenti.

La façade occidentale, haute d'un peu plus de , environ sur les reconstitutions de la façade primitive, est dénuée de toute sculpture comme le reste de l'édifice; elle est caractéristique du premier art roman. L'appareil et la maçonnerie de la partie médiane datent de son édification au début du ; le porche à double voussure encadré de deux colonnes antiques galbées et monolithiques en réemploi, sans tympan, est surmonté d'un décor en appareil réticulé disposé en triangle. Au pignon une croix grecque encadrée de deux oculi éclairait à l'origine le haut de la nef charpentée avant qu'elle ne soit voûtée au , maintenant elle donne dans les combles. En dehors de ces ouvertures d'origine, le grand oculus au-dessus du porche date de 1634 et les deux petites baies latérales de 1880. Les deux parties latérales de la façade sont remaniées aux . Des arguments archéologiques font évoquer la possibilité d'une avant-nef charpentée dont le faîtage culminerait au-dessous de la croix grecque, la façade devenant un mur intérieur.

Les collatéraux sont ouverts de quatre baies de chaque côté. Deux contreforts au nord et trois au sud ont été mis en place pour contrebuter les voûtes au . Un portail secondaire au nord permet d'accéder à la nef dans la deuxième travée. En partie haute, sur le mur gouttereau du vaisseau central dégagé par la nouvelle toiture, quatre autres baies qui éclairaient la nef en hauteur, donnent dans les combles au-dessus des voûtesLes arcs en plein cintre de ces fenêtres comme celui du portail sont légèrement outrepassés.

Les transepts sont couverts d'une toiture à deux niveaux, un au-dessus de la croisée proche du clocher, un plus bas sur la voûte en berceau en plein cintre de la travée externe, cette toiture est restituée par la restauration des années . Le pignon nord est orné de bandes lombardes partiellement masquées par deux contreforts du . A cette même époque deux grandes baies et un œil de bœuf sont percés. Le pignon sud, accolé au prieuré du , est percé d'une croix encadrée de deux oculi.

Le chevet comporte l'abside et les deux absidioles étagées, elles sont également ornées de bandes lombardes. Les ouvertures romanes ont été agrandies au altérant les lésènes.

Le clocher carré du dont l'accès se fait par les combles du collatéral nord, a nécessité la construction d'un escalier hors d'œuvre contre son mur nord à l'ouest. Plusieurs fois remanié, il conserve des ouvertures avec des colonnettes romanes; Il est coiffé d'une flèche octogonale au .

Mobilier L'évangile de saint Lupicin La pièce la plus ancienne et la plus connue est un livre carolingien, l'évangile dit de Saint Lupicin daté de - possédé et vénéré par le prieuré, une niche dans le mur sud du collatéral en permettait l'exposition. Sorti de l'oubli en , il est acquis par la BnF le où il est conservé depuis sous la cote Latin 9384.. Livre copié en écriture onciale à l'encre d'argent et initiales à l'encre d'or contenant les Quatre Évangiles, sa reliure est décorée de plaques d'ivoire d'époque mérovingienne ( ?). La richesse de ce décor évoque une œuvre à destination princière ou royale.

Plaque funéraire de saint Lupicin Avant les fouilles de qui ont mis en évidence le monument funéraire probable de saint Lupicin de l'époque mérovingienne, cette plaque en plomb portant l'inscription HIC REQVIES/CIT BEATVS LV/[PI]CINVS ABBAS est retrouvée en dans une fosse reliquaire sous l'autel, elle est datée entre le et le . Après avoir figuré dans le trésor au presbytère, cette endotaphe. est transférée dans les collections du musée de l’Abbaye à Saint-Claude..

Chasse-reliquaire de saint Lupicin Cette chasse en bois sculpté datée de de sur et de haut porte, outre la mention de la date, la dédicace : S LUPICINUS ABBAS; un saint évêque en bas-relief figure sur une plaque rapportée sur une face.

Autres reliquaires Un buste reliquaire en chêne taillé de saint André du est présenté dans l'absidiole nord, un autre buste, de saint Lupicin, en cuivre repoussé argenté et doré signé de J. Carrier du ainsi qu'un bras reliquaire, également de saint Lupicin, renaissance daté de en cuivre et en argent complètent le trésor au presbytère.

Tableaux Dans la nef six tableaux du représentent saint Simon avec une scie, saint Jean l'évangéliste en bénédiction avec un calice et le diable, saint Jacques le Majeur avec un livre, une coquille et un bâton, saint Pierre, un Christ bénissant avec un globe et saint Paul avec l'épée. Deux grandes toiles du début du représentant saint André et saint Claude ornent le transept sud.

Statuaire Un Christ en Croix en cuivre et en émail est conservé dans le trésor au presbytère, le Christ est du et la croix du ou .

Une grande croix portant un Christ grandeur nature du est accrochée dans la nef.

Deux statues des pères fondateurs, les frères Romain et Lupicin, en costume de bénédictin du sont sur l'autel de l'absidiole nord.

Une petite statue de saint André en bronze sur une croix de fer du est conservée au presbytère.

Orgue

Un orgue réalisé en 1966 par Philippe Hartmann est installé sur une tribune dans le transept sud, le buffet est en bois sans décorOrgue à transmission mécanique, 56 notes au clavier, 30 notes au pédalier...

Cloches

Trois cloches sonnent dans le clocher : Marie Louise de fondue aux aciéries Dunieux Loire Jacob Holtzer et Cie, Henriette Lucie de , fondeurs Paul et Charles Drouot, troisième cloche de fondeur Morel Gédéon. L'épigraphie des trois cloches comporte la date, la marraine et le parrain, le ou les donateurs mais aussi tous les noms du conseil de fabrique.

Intérieur Après la descente de quelques marches, l'entrée par le portail occidental fait pénétrer dans un édifice plus sombre que l'édifice initial, les ouvertures hautes sont occultées par la mise en place des voûtes en . La triple nef à trois travées et demie est traversée à son extrémité par les transepts courts mais à deux travées; au-delà une abside et deux absidioles étagées, dotées d'une travée suivie d'une voûte en cul de four correspondent au prolongement des trois nefs. A la croisée s'élève une coupole sur trompe correspondant au clocher, audacieuse pour l'époque de construction. Le sol est pavé de pierres irrégulières. Les piliers n'ont ni socle ni chapiteau. Aucun décor sculpté ni peinture murale ne sont aujourd'hui visibles.

Nefs La demi-travée de l'entrée correspond à la tribune dont l'accès se fait par un escalier dans le collatéral nord qui permet également le passage au-dessus de ses voûtes pour atteindre le clocher. Les marques archéologiques montrent l'existence d'une tribune dès la construction du un peu au-dessus de la tribune actuelle. Les trois travées sont rythmées par des piliers alternativement ronds et carrés, les piliers ronds s'évasent à leur sommet pour rejoindre la section carrée des arcs en plein cintre entre les nefs. Les croisées d'ogives nervurées sont de même type sur le vaisseau central et plus bas sur les collatéraux; sur les culots sont inscrits trois noms d'échevins, la date des travaux, les sigles IHS et MA.

Le collatéral nord est ouvert par une entrée sur la deuxième travée, les deux collatéraux ont quatre baies de plein cintre éclairant la nef, le collatéral sud présente une niche où était exposé et vénéré l'évangile de saint Lupicin; proche du transept sud une porte permet l'accès à la chambre du prieur qui sert aujourd'hui de sacristie. Une grande croix portant un Christ grandeur nature domine la nef entre la deuxième et troisième travée sur le mur sud du vaisseau central. Les six tableaux sont accrochés sur les murs de la grande nef au-dessus des arcs en plein cintre.

Transepts et croisée Les deux transepts de de large environ sont voûtés d'arêtes pour leur première travée et ce, d'après l'analyse du bâti, dès l'époque romane. Une deuxième travée externe, courte et plus basse est couverte en plein cintre. Le transept nord est éclairé par les deux grandes baies et l'oculus ouverts au . Le transept sud est aveuglé par la construction au du prieuré, on peut voir la marque d'une baie en plein cintre obturée. Il est orné des deux grandes toiles représentant saint André et saint Claude. Sur le mur ouest du transept sud une tribune en bois supporte l'orgue.