Le siège de Leeds est conduit par le roi Édouard II d'Angleterre en , au cours de la guerre des Despenser. L'assaut du roi d'Angleterre sur le château de Leeds résulte d'une attaque de la garnison sur la personne de la reine Isabelle de France, épouse d'Édouard, qui y était venue chercher refuge au cours d'un pèlerinage et dont l'accès au château avait été refusé par l'épouse du gouverneur de la forteresse, Marguerite de Clare. La victoire décisive du roi à cette occasion lui permet de reprendre l'initiative contre ses barons, qui ont fait exiler en août de la même année son favori Hugues le Despenser. La campagne que mène ensuite Édouard pendant l'hiver 1321-1322 contre les rebelles lui permet d'éradiquer l'opposition baronniale et de régner de manière absolue jusqu'à sa déposition en 1327.
Plusieurs historiens ont par la suite suggéré qu'Édouard aurait intentionnellement demandé à Isabelle de s'arrêter à Leeds au cours de son pèlerinage, sachant pertinemment que Marguerite de Clare, épouse du rebelle Bartholomew de Badlesmere, refuserait d'admettre la reine dans l'enceinte du château en raison d'une inimitié personnelle entre les deux femmes ainsi qu'en application des consignes données avant son départ par son époux. Quoi qu'il en soit, ce casus belli fissure l'opposition baronniale et fournit au roi le prétexte pour éliminer un à un ses vassaux félons. Après la capitulation de Leeds, Marguerite de Clare est incarcérée à la Tour de Londres pour son rôle dans l'attaque sur la reine, tandis que le roi assouvit sa vengeance en faisant pendre une partie de la garnison du château.
Contexte
Le comportement rapace d'Hugues le Despenser, favori du roi d'Angleterre Édouard II, irrite les barons d'Angleterre depuis qu'il a acquis une position privilégiée à la cour en . Despenser s'attire les foudres de ses rivaux lorsqu'il demande en au roi de lui céder les terres de Gower, appartenant au seigneur des Marches galloises Guillaume VII de Briouze. Édouard acquiesce à sa requête, précipitant ainsi au mois de décembre le départ de la cour des barons des Marches qui, décidés à éliminer la puissance d'Hugues le Despenser dans le royaume, s'allient et mobilisent dans leurs possessions leurs troupes au début de l'année 1321. Après plusieurs mois de négociations infructueuses, les barons prennent les armes en et mettent à sac les possessions du favori dans le Glamorgan. La rébellion n'est pas prise au sérieux par le roi, qui ordonne à ses vassaux de se soumettre. Pourtant, les rebelles n'ont pas seulement l'intention de neutraliser les domaines de Despenser et cherchent à l'écarter définitivement des affaires gouvernementales.
Au mois de juin, la situation bascule précipitamment lorsque le puissant magnat Thomas de Lancastre, comte de Lancastre, propre cousin d'Édouard II et chef de la fronde des barons depuis 1311, convoque dans son bastion de Sherburn-in-Elmet les rebelles pour conclure une alliance avec eux. Marginalisé progressivement du pouvoir depuis 1316, Lancastre veut à tout prix s'assurer de l'exil du favori du roi, afin de mieux le contrôler. Les rebelles, désormais connus sous le nom de « Contrariants », marchent sur Londres à la fin du mois de juillet. La situation devient extrêmement tendue entre le roi et ses barons. Finalement, l'intervention de la reine Isabelle de France, qui vient supplier son époux d'exiler Despenser, permet de désamorcer l'atmosphère explosive. De mauvaise grâce, le roi accepte la demande de la reine, se rappelant par ailleurs de la mort de son précédent favori, Pierre Gaveston, entre les mains des barons en 1312. Le , Édouard proclame le bannissement d'Hugues le Despenser. Néanmoins, le roi ne s'avoue pas vaincu et confie lors d'un dîner avec son proche allié l'évêque de Rochester Hamo Hethe qu'il « ferait en six mois un tel amendement que le monde entier en entendrait parler et en tremblerait ».
Le pèlerinage de la reine Isabelle vignette|La reine Isabelle de France, dont le pèlerinage sert très probablement de prétexte à la reprise des hostilités. Une fois que Despenser a quitté l'Angleterre à la fin du mois d'août, les Contrariants se dispersent. Édouard II demeure à Londres et négocie secrètement le ralliement de barons modérés à sa cause. L'un des premiers est le comte de Pembroke, qui a persuadé la reine d'intervenir au cours de la crise politique récente. Cependant, le roi bénéficie également du soutien indéfectible de son épouse Isabelle. Les relations entre le couple royal, bien qu'assombries quelque peu en raison de l'influence des favoris royaux sur Édouard au cours des années précédentes, deviennent étroites à partir de l'exil de Despenser. Bien qu'Isabelle méprise sans doute Despenser, elle semble être davantage blessée par la perte des pouvoirs du roi au profit des Contrariants au cours des dernières semaines. La confiance qu'a Édouard envers son épouse se manifeste par la garde du Grand sceau qu'il lui confie une première fois en . C'est ainsi que le roi saisit l'occasion d'un pèlerinage mené par son épouse vers Canterbury pour assouvir sa vengeance contre ses ennemis.
Au début du mois d'octobre, la reine part dans le Kent, pour se rendre sur la tombe de Thomas Becket à Canterbury. L'itinéraire pris par Isabelle facilite les plans d'Édouard. En effet, dans le Kent se trouvent pour la plupart des alliés du roi, y compris son demi-frère Edmond de Woodstock, créé comte de Kent en juillet. Toutefois, un Contrariant y réside également, en la personne de Bartholomew de Badlesmere, anciennement intendant du roi mais qui a rallié les rebelles en juin à Sherburn-in-Elmet. Furieux, le roi a choisi de se venger d'abord contre lui. Informé de l'absence de Badlesmere qui est à une réunion des Contrariants à Oxford, Édouard ordonne à son épouse de se détourner de la route traditionnelle du pèlerinage pour marquer une pause au château de Leeds. Le château et le trésor de Badlesmere sont alors sous la garde de Marguerite de Clare en l'absence de son époux. Toutefois, la forteresse a un statut particulier puisqu'elle figure au sein du douaire de la reine fixé lors de son mariage en 1308. La reine et son escorte arrivent devant Leeds le .
Une fois arrivée avec sa suite devant Leeds, Isabelle demande à Marguerite de Clare l'ouverture des portes de la forteresse afin qu'elle puisse y passer la nuit avant de poursuivre sa route vers Canterbury. En dépit de la demande formulée par la reine Isabelle, Marguerite refuse obstinément d'obtempérer. Son hostilité à la reine peut s'expliquer par le fait qu'en 1317, Isabelle avait refusé d'influer auprès du roi pour nommer un des amis de Marguerite à l'Échiquier. Marguerite de Clare fait savoir au maréchal d'Isabelle venu en son nom que « la reine doit chercher un autre logis, car [Marguerite] n'admettrai[t] personne dans le château sans un ordre de [s]on seigneur [son époux Badlesmere] ». Après avoir fait délivrer ce message à la reine, elle donne l'ordre à ses archers de tirer depuis les créneaux des flèches sur l'escorte d'Isabelle, celle-ci ayant voulu passer outre au refus de Marguerite et entrer de force dans Leeds en s'approchant de la barbacane. Six hommes de la suite de la reine sont tués dans la brève escarmouche qui s'ensuit, contraignant ainsi la reine à se retirer en précipitation de Leeds et à rechercher un autre refuge pour y passer la nuit.
Le siège du château de Leeds L'historien Paul Charles Doherty suggère que le pèlerinage était dès le départ une ruse de la part du roi et de la reine pour créer un casus belli. Selon lui, Édouard II savait à l'avance que Badlesmere avait ordonné à son épouse de refuser l'accès au château à quiconque sans son ordre. En apprenant l'accueil fait à son épouse par la garnison de Leeds, Édouard entre dans une profonde colère et part à la rescousse d'Isabelle. Mettant à son profit l'insulte contre la reine, il fait parvenir dès le aux shérifs du Kent, du Surrey, du Sussex, du Hampshire et de l'Essex une convocation pour tous les hommes âgés de 16 à 60 ans afin qu'ils rejoignent sur-le-champ l'armée royale, ce qui permet à Édouard d'avoir rapidement sous ses ordres de très importants effectifs. Immédiatement, les nobles modérés et la population locale indignée se rangent à ses côtés : Londres envoie ainsi 500 hommes au roi. Édouard II est rejoint dans son expédition par six des dix comtes anglais dans la pairie de 1321 : outre son fidèle compagnon d'armes le comte de Pembroke, ses demi-frères les comtes de Kent et de Norfolk, son cousin le comte de Richmond ainsi que les comtes de Surrey et d'Arundel sont présentsLes comtes qui n'assistent pas le roi dans le siège de Leeds sont ceux de Lancastre et de Hereford (qui figurent parmi les Contrariants), l'obscur comte d'Oxford (qui ne joue aucun rôle sous le règne d'Édouard II) et le comte de Chester, fils aîné du roi qui, en raison de son jeune âge (il a à peine 9 ans), ne participe pas encore aux opérations militaires..
vignette|Marguerite de Clare est la toute première femme emprisonnée à la Tour de Londres. Partie de Londres, l'imposante armée royale arrive en quelques jours à Leeds, le . Bien que les Contrariants constatent que le parti royal gagne sans cesse de nouveaux soutiens au sein du baronnage, ils ne parviennent à prendre des mesures appropriées contre leur roi. Bartholomew de Badlesmere supplie ses alliés de venir au secours de son épouse mais les autres Contrariants, oublieux de leurs liens avec lui et son épouse MargueriteElizabeth de Badlesmere, troisième fille de Badlesmere et de Marguerite de Clare, est pourtant l'épouse d'Edmond Mortimer, fils aîné de Roger Mortimer de Wigmore, l'un des plus puissants barons des Marches galloises qui a pris la tête de la rébellion dans le Glamorgan en mai 1321., refusent de cautionner l'attaque de Leeds contre la reine. Lancastre enjoint même à ses proches partisans de ne fournir aucune aide à BadlesmereThomas de Lancastre est le demi-frère utérin de la reine Jeanne I de Navarre, la mère de la reine Isabelle, et refuse fermement de soutenir une attaque contre sa propre nièce. Par ailleurs, Lancastre n'a pas apprécié l'ascension à la cour de Bartholomew de Badlesmere les années précédentes et se méfie de son ralliement tardif à la cause des Contrariants.. Malgré l'envoi de quelques troupes en renforts à son épouse alors qu'il se trouve seul et privé de ses alliés à Witney à la fin du mois d'octobre, l'intervention de Badlesmere survient trop tard : les effectifs qu'il fournit n'arriveront jamais à temps pour la secourir et rebroussent chemin dès l'annonce de la fin du siège.