L'outrage à agent public est un outrage à l'égard d'une personne chargée d'une fonction publique ou dépositaire de l'autorité publique dans l'exercice. Il constitue un délit du code pénal français pouvant être puni d'1 an d'emprisonnement et de euros d'amende.

Qualification juridique du délit

L'article 433-5 du Code pénal le définit ainsi :

Exemples de personnes chargées d'une mission de service public : instituteur, chauffeur de bus, sapeur-pompier, facteur, agent de surveillance de la voie publique (ASVP).

Exemples de personnes dépositaires de l'autorité publique : magistrat, préfet, policier municipal, policier national, adjoint de sécurité, gendarme, fonctionnaire de l'Administration Pénitentiaire, douaniers, agent de surveillance de Paris (ASP)Par jugement du tribunal de grande instance (TGI) de Paris, en correctionnelle, le juge a confirmé par jugement que les agents de surveillance de Paris (ASP) étaient dépositaire de l'autorité publique (affaire T. contre X pour défaut de permis et outrage, condamnation 2 mois de prison et amende). Cour de Cassation, Chambre criminelle du 28 février 2001 affaire 00-83.381. Lien : http://www.easydroit.fr/jurisprudence/chambre-criminelle-28-Fevrier-2001-OUTRAGE-A-DEPOSITAIRE-DE-L-AUTORITE-PUBLIQUE-Personnes-prote/C263678/ , inspecteur ou contrôleur du travail, agents assermentés de la SNCF, garde particulier assermenté.

L'article 45 de la loi du modifie l'article 433-5 du Code pénal :

Constituent un outrage puni de d'amende les paroles, gestes ou menaces, les écrits ou images de toute nature non rendus publics ou l'envoi d'objets quelconques adressés à une personne chargée d'une mission de service public, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de sa mission, et de nature à porter atteinte à sa dignité ou au respect dû à la fonction dont elle est investie.

Lorsqu'il est adressé à une personne dépositaire de l'autorité publique, l'outrage est puni d'un an d'emprisonnement et de d'amende.

Lorsqu'il est adressé à une personne chargée d'une mission de service public et que les faits ont été commis à l'intérieur d'un établissement scolaire ou éducatif, ou, à l'occasion des entrées ou sorties des élèves, aux abords d'un tel établissement, l'outrage est puni de six mois d'emprisonnement et de d'amende.

Lorsqu'il est commis en réunion, l'outrage prévu au premier alinéa est puni de six mois d'emprisonnement et de d'amende, et l'outrage prévu au deuxième alinéa est puni de deux ans d'emprisonnement et de d'amende.

Les propos ou actes insultants doivent avoir été commis en privé (lettre d'insultes, lors d'un contrôle...) et non en public (sur un réseau social, dans la presse...).. Si les propos sont publics, ils relèvent de l'injure publique. Si les gestes concernent des violences physiques, ils peuvent être punis comme des coups et blessures (violences volontaires sur personne dépositaire de l'autorité publique).

Contestation

Le délit d'outrage est de plus en plus relevé par les agents de l'autorité publique : l'Observatoire national de la délinquance a recensé faits d’outrage à agents dépositaires de l’autorité en 2007 contre en 1996, soit une augmentation de 79 %. Selon les statistiques de la police, qui enregistre les plaintes, ce chiffre demeure stable dans les années 2020. La justice quant à elle prononce 5000 condamnations pour ce délit, soit une pour cinq plaintesLou Brayet, « "Ils ont brandi l’outrage à agent comme une relique" : des voyageurs accusent la SNCF et la RATP d’abus de pouvoir », StreetPress, 20 juillet 2026..

Les policiers sont ceux qui portent le plus souvent plainte pour outrage. Le Syndicat de la magistrature a condamné cette tendance, indiquant qu'elle était aussi un moyen de « faire du chiffre ». Le sociologue Fabien Jobard constate qu'en outre, les sanctions sont de plus en plus sévères, 20 % des infractions à dépositaires de l'autorité publique (IDPAP) donnant lieu à des peines de prison fermeFabien Jobard, Justice-police, en phase, Le Monde, 31 octobre 2006.. Selon lui, les plaintes pour délit d'outrage représentent un complément de rémunération pour certains policiers lorsqu'ils se portent partie civile (soit pour les deux tiers des plaintes), grâce aux dommages et intérêts versés par le condamné, qui vont en général de 300 à pour les injures. Pour ces procédures, les frais de la défense sont pris en charge par le ministère de l'Intérieur au titre de la protection fonctionnelle du fonctionnaireStéphane Bentura, Police, quel respect pour l’uniforme ?, Envoyé spécial, 10 septembre 2009..

Le montant global des condamnations est passé de 8,5 millions d'euros en 2008 à 13,2 millions en 2012« Ta mère la chienne ! », Les Dossiers du Canard enchaîné, , .. Un rapport de l'Inspection générale rendu en 2013 dénonce ainsi l'existence d'un « business » de l'outrage à agents et suggère, pour entraver cette dérive, de "Des policiers abusent des plaintes pour «outrage à agent»", Le Figaro, 18 janvier 2014..

En , à l'initiative de Romain Dunand et Jean-Jacques Reboux, est créé le CODEDO (Collectif pour une dépénalisation du délit d'outrage)Une pétition réclame l'abolition du délit d'outrage, le Nouvel Observateur, 2 décembre 2008 10 raisons de dépénaliser le délit d’outrage. COLEDO, 2008..

Dans les années 2020, l'abus de plaintes pour outrage déposées par les agents de sûreté de la SNCF et de la RATP est dénoncé, notamment quand elles font suite à des protestations isolées. Cette augmentation des plaintes s'expliquerai par . La formation des agents présenterai l'outrage comme une protection juridique des agents en cas de situation tendue.

Références

Voir aussi

Articles connexes Outrage (droit) Injure et outrage en droit français Diffamation en droit français Offense au chef de l'État Outrage aux symboles nationaux en France

Liens externes

Articles de Rue89 consacrés à l'outrage Site officiel du CODEDO Quand les policiers vont au tribunal. Étude sur les outrages, rébellions et violences à agents, Fabien JOBARD et Marta ZIMOLAG, Questions Pénales, , CNRS (4 pages). Quand les policiers vont au tribunal, Fabien Jobard et Marta Zimolag, Études et Données Pénales , , CNRS (109 pages). « Facebook. Il insulte les gendarmes : un Brestois condamné à trois mois ferme », Le Télégramme, « Pad d'outrage, pas de paye », La Brique, automne 2017

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