vignette|Devise de Suresnes inscrite sur la façade du lycée Paul Langevin : . vignette|alt=Carte de la petite couronne parisienne, avec la commune de Suresnes mise en évidence.|Situation de Suresnes dans la petite couronne parisienne. vignette|

L'histoire de Suresnes (Hauts-de-Seine), commune de la banlieue ouest de Paris, est particulièrement liée à sa position géographique singulière, entre la Seine et le mont Valérien, l'un des points les plus élevés de l'agglomération parisienne. Ses activités économiques se développent ainsi historiquement en lien avec cet environnement, de la pêche sur le fleuve, en passant par la culture de la vigne sur les coteaux, l'industrie automobile et aéronautique le long de la Seine et, depuis la création du centre d'affaires de La Défense dans les communes voisines de Courbevoie et de Puteaux, par l'accueil de sièges de grandes entreprises.

Simple villa carolingienne mentionnée pour la première fois au , Suresnes reste jusqu'au un petit village excentré. Non relié aux grands axes de communication vers la capitale, il vit presque en autarcie, même s'il est victime de plusieurs destructions durant le Moyen Âge et l'Époque moderne. Cependant, au fur et à mesure que ses coteaux se couvrent de vignobles, sa réputation grandit et des auteurs célèbrent le vin de Suresnes. L'établissement d'un pèlerinage religieux sur le mont Valérien au participe aussi au développement de son économie, les dévots devant parcourir les sentiers du village jusqu'au calvaire, des cabarets s'installant ainsi à Suresnes pour les divertir. Au et au se multiplient par ailleurs autour du centre historique de nombreuses demeures bourgeoises et aristocratiques, garnies de vastes jardins, où de riches Parisiens viennent se reposer. En 1593, l'un d'entre eux met même sa propriété à disposition, afin d'accueillir des conférences de négociation entre catholiques et protestants qui participèrent à mettre fin aux guerres de religion.

À partir du milieu du , la physionomie de Suresnes change radicalement, avec l'arrivée du train, du tramway et de services de navigation sur la Seine : la ville est désormais rapidement à portée des Parisiens, qui y viennent très nombreux dans les guinguettes bordant ses quais, souvent après avoir assisté aux courses de l'hippodrome de Longchamp voisin. Le développement de l'industrie à partir des suscite l'installation de nombreuses usines, qui font peu à peu disparaître les propriétés de l'Ancien régime : Suresnes est désormais une ville industrielle dont la population ouvrière s'accroît fortement. L'élection d'Henri Sellier à la mairie de Suresnes en 1919 se traduit par une mutation urbaine considérable : promoteur des logements ouvriers, porté par les idées hygiénistes, le maire multiplie les services publics (écoles, dispensaires médicaux) et les HBM, sa cité-jardin étant considérée comme un modèle du genre. Il est cependant démis de ses fonctions par Vichy en 1941. Pendant l'Occupation, un millier de résistants sont exécutés par les nazis dans la forteresse du Mont-Valérien, bâtiment militaire qui a succédé au calvaire au milieu du . La deuxième moitié du se caractérise par une nouvelle métamorphose urbaine, les usines disparaissant à leur tour pour laisser peu à peu place à des immeubles résidentiels et à des sociétés du tertiaire ou de haute technologie. Géologie L'historien de Suresnes René Sordes décrit la ville comme située .

Suresnes est située sur la « presqu’île de Gennevilliers », un méandre de la Seine de de long et de large. Jusqu'au , cela place ainsi Suresnes et les villes aux alentours dans un certain isolement géographique. Longée par les collines de Montretout, de Garches et de la Celle-Saint-Cloud, la commune est dominée par le mont Valérien, butte-témoin de et témoignage d'importants dépôts qui s'érodèrent durant le Quaternaire. Ce mont se trouve sur l'ultime éperon du plateau de la Beauce, en ses confins nord-est. Pendant la période du Lutétien se forme par ailleurs dans la région un calcaire grossier, qui fut employé pour la construction de la cathédrale Notre-Dame de Paris, du Louvre ou encore de certaines maisons de Suresnes. À la même époque, où s'étendent de nombreuses lagunes, l'eau de mer s'évapore, formant du gypse, donnant à Suresnes de grandes carrières de cette roche. La toponymie a conservé cette mémoire, en témoigne la présence d'une « rue des Carrières ». Jusqu'au , des fours à plâtre se trouvent au lieu-dit du « Fécheray » ; celui-ci aurait été employé pour la construction du château de Versailles et de celui de Bagatelle. Au Sannoisien, la mer recouvre ces lagunes et des argiles vertes (marnes) se déposent : elles serviront plus tard à construire des tuiles, comme en témoigne la survivance de la « rue de la Tuilerie ». Au , le sculpteur Girolamo della Robbia utilisa ces argiles pour réaliser des revêtements artistiques du château de Madrid, construit dans le bois de Boulogne.

Préhistoire et Antiquité Une présence humaine est attestée au Néolithique sur la presqu'île de Gennevilliers. Des restes archéologiques datant de cette période ont ainsi été retrouvés à Suresnes, comme une hache taillée et polie au carrefour de la Croix-du-Roy, des lames au pied du cimetière américain ou encore une corne de cerf ayant servi de pic au Fécheray.

Pendant la Protohistoire, le site du mont Valérien est un lieu jugé important par le peuple gaulois des Parisii, la presqu'île de Gennevilliers faisant partie de leur domaine. Des druides gaulois auraient pu y célébrer leur culte. Après la conquête romaine, le mont devient sans doute propriété impériale. La création d'un cadastre sous l'empereur Dioclétien, et l'absence de dénomination nouvelle ou de morcellement du domaine, laissent entendre que pendant la période gallo-romaine, voire jusqu'au , ce territoire ne subit pas de modification. Preuve que des Gallo-Romains ont résidé sur le périmètre actuel de Suresnes, une tombe a été exhumée au niveau de l'actuelle place , contenant une lampe de type classique. Des débris de poterie et de verre ainsi que deux pièces de monnaie (représentant Hadrien), ont aussi été mis au jour par des terrassiers dans un jardin de la rue Pierre-Dupont, tandis qu'une pièce représentant Faustina Augusta a été trouvée lors de travaux réalisés dans la rue des Carrières. Cependant, et jusqu'à la fin de l'Antiquité, cette zone est mineure et c'est le site de la ville voisine de Nanterre qui est considéré comme le centre spirituel de presqu'île.

Le nom du mont Valérien (Mons Valerianus ou Mons Valeriani dans les premières mentions) viendrait de Valérien, un empereur romain qui y aurait eu une villa, bien qu'il n'existe aucune certitude sur l'origine de ce terme, qui pourrait aussi avoir une origine militaire..

Haut Moyen Âge et Moyen Âge central Première mention de Suresnes vignette|alt=Photographie en couleur de l'extérieur d'une église parisienne.|Église de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, propriétaire des terres de Suresnes pendant près d'un millénaire. En , pendant la construction d'un tronçon de la ligne du chemin de fer des Moulineaux à Suresnes, des terrassiers mettent au jour quinze cercueils en plâtre avec du mobilier funéraire, qui faisaient partie d'un ancien cimetière franc païen. Vers 1900, en même temps que la découverte déjà évoquée rue Pierre-Dupont, deux cercueils sont découverts, datant sans doute de la fin du . Il est donc possible, estime René Sordes, que le mont Valérien ait été un temps occupé par un poste militaire franc destiné à surveiller la vallée de la Seine.

Le roi Clovis et ses successeurs, afin de les calmer, ont eu tendance à donner aux autres chefs francs des domaines éloignés de la capitale, réservant ceux des alentours de Paris aux ecclésiastiques, moins turbulents et qui restaurèrent un certain ordre temporel. Le domaine de Rueil-Malmaison et ses dépendances (sur lesquelles Clovis avait fait construire à la demande de sainte Geneviève une église où elle fut initialement inhumée), dont dépendait certainement la presqu'île de Gennevilliers, est ainsi donné le par le roi à l'abbaye de Saint-Denis. Cependant, les troubles causés par les incursions normandes et la faiblesse des abbés aux nuisent à l'autorité de l'institution religieuse sur ces terres et conduisent à des usurpations. Ce qui reste du domaine est donné au à la puissante abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Le territoire sur lequel se trouve Suresnes fut donc même avant sa naissance soumis aux grandes abbayes parisiennes. Chacun des villages de la partie ouest de Paris possède cependant une dimension modeste et essentiellement rurale, Nanterre ne conservant alors plus qu'une relative suprématie sur ces dernières.

Pour René Sordes, c'est au tournant des que Suresnes . En effet, en 884, Carloman fait don de vastes domaines à l'abbaye de Saint-Leufroy (Normandie), que son grand-père, Charles le Chauve, leur avait déjà promis. Dans cette donation, figure , la première mention historique du village. Cependant, la poursuite des invasions vikings à la fin du siècle conduit les moines à fuir et à se réfugier à l'abbaye parisienne de Saint-Germain-des-Prés. Après avoir été admise dans leur communauté, l'abbaye de Saint-Leufroy disparaît de facto, la donation de Carloman devenant donc sans objet. Robert, le frère du comte de Paris Eudes, obtient ensuite du roi Charles le Simple (qui lui devait sa couronne) la charte du , qui, reprenant les termes de la donation de Carloman, officialise la transmission du domaine à Saint-Germain-des-Prés.

Sources de Suresnes vignette|alt=Photographie en couleur d'une plaque de rue.|Plaque de l'avenue de la Fontaine-du-Tertre, en hommage à l'ancienne source. vignette|alt=Photographie en couleur d'un tableau représentant deux personnages au premier plan, une bergère au second plan et des moutons et des arbres à l'arrière-plan.|Peinture de Pierre Puvis de Chavannes L'enfance de Sainte Geneviève (entre 1874 et 1876), représentant la sainte enfant sur le mont Valérien, en hommage à la légende qui veut qu’elle y ait fait paître ses moutons.

Le mot « Surisnas, Surisnae ou Surisna » serait, de l'avis des historiens locaux, un mot d'origine celtique hydronyme, c’est-à-dire dérivé du mot « source ». Il existait en effet de nombreuses sources jaillissant du mont Valérien, du côté donnant sur Suresnes comme de l'autre, sur Nanterre. Les Gaulois vouant un culte aux forces de la nature, associées à des divinités, il est envisageable qu'ils vénéraient ici la déesse Surisna. Dans la mesure où la christianisation ne réussit pas complètement à faire disparaître les saints gaulois dans les campagnes, il s'opéra souvent des substitutions, le saint chrétien prenant ainsi la place du dieu gaulois, ce qui arriva probablement à Surisna.

À la fin du , il existait d'ailleurs encore des sources à Suresnes, dont la plus connue était la fontaine du Tertre, détruite en 1907. L'avenue de la Fontaine-du-Tertre, située dans le voisinage, rappelle sa mémoire. On a prêté à cette fontaine des vertus curatives pour les yeux, en lien avec une légende selon laquelle sainte Geneviève serait venue faire boire ses moutons au mont Valérien et aurait rendu la vue à sa mère grâce à l'eau du puits desservant la maison familiale. Bien plus tard, en 1131, alors que les Parisiens souffraient du « mal des Ardents », une inflammation de la peau, seule la procession de la châsse de la sainte aurait permis de guérir les malades. Des pèlerins se seraient par la suite pressés à la fontaine du Tertre pour s'y faire soigner les yeux, et encore plusieurs siècles plus tard.

Domaine de Suresnes