Cet article sur l'homophobie en France concerne l'homophobie institutionnelle et dans la société française.
Jusqu’à la fin du , les relations homosexuelles sont interdites par la loi. Elle est dépénalisée par les constituants à la suite de la Révolution de 1789. Le régime de Vichy établit en 1942 une distinction discriminatoire dans l’âge de consentement entre rapports homosexuels et hétérosexuels. En 1974, l’âge de majorité sexuelle pour les rapports homosexuels est abaissé à 18 ans. L’ordonnance du prise à la suite de l’amendement Mirguet, doublait la peine minimum pour outrage public à la pudeur quand il s’agissait de rapports homosexuels. Cette disposition a été supprimée en 1980.
Malgré la dépénalisation de l'homosexualité, une police administrative est mise en place dès avant la Révolution et s’intensifie sous la monarchie de Juillet et le Second Empire. Elle se caractérise par un fichage des homosexuels identifiés, et se poursuit jusqu’en 1981.
Dans les milieux politiques depuis les années 1970, la droite rejetait traditionnellement l'homosexualité comme une perversion, le PS la réduisait à des préférences devant rester de l'ordre de la vie privée, et les milieux d'extrême gauche la réduisait à une pratique bourgeoise contraire aux valeurs ouvrières.
En 2004, la célébration du premier mariage entre personnes de même sexe français est suivie d'une vague d'expression d'homophobie notable, qui se poursuit en 2012 avec la manifestation d'une opposition au mariage entre personnes de même sexe et à l'homoparentalité en France avant la présentation du projet de loi « mariage pour tous ». Dans ces contextes, les propos homophobes publics sont fréquents et violents.
Les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) sont officiellement écartés du don du sang jusqu'en 2016, et se voient ensuite imposer un délai d'abstinence, pratique abandonnée en 2022. L'aide à la procréation ou procréation médicalement assistée (PMA) n'était pas accessible aux lesbiennes jusqu'en 2020.
Le rapport sur l'homophobie dans l'entreprise commandé par la HALDE et publié en 2008, révèle que 12 % des homosexuels interrogés estiment avoir été discriminés lors d'une promotion interne et 4,5 % être moins rémunérés à poste et qualification identiques. Selon un autre sondage, 17 % des salariés du secteur privé considèrent qu'être homosexuel est plutôt un inconvénient. L'association STOP Homophobie constate une augmentation à la fin des années 2010 des actes homophobes en région parisienne et en particulier dans les « banlieues ».alt=Photographie d'un texte écrit au stylo à bille : "C'est bien cette intervention car les personnes ne pensent pas forcément au mal qu'ils peuvent produire."|vignette|Message anonyme d'un ou une élève de collège à la suite d'une intervention de SOS homophobie en classe, 2014. En mars 2008, Xavier Darcos, ministre de l'Éducation nationale, annonce, pour la première fois dans le monde de l'éducation, la lutte contre toutes formes de discriminations, dont l'homophobie, en milieu scolaire. Il en fait l'une des quinze priorités nationales de l'Éducation nationale pour l'année scolaire 2008-2009.
La région PACA serait la première région, en 2011, à adopter une « motion visant à lutter spécifiquement contre l’homophobie », à l'instigation des élus Verts.
La loi de modernisation sociale, votée début 2002, a interdit officiellement toute discrimination à l'embauche et toute pratique basée sur le rejet des homosexuels dans le monde du travail. Depuis, deux amendements à des lois anti-discriminations existantes ont été adoptés le , réprimant les propos homophobes tenus publiquement (au même titre que les propos xénophobes, racistes, sexistes, handiphobes, etc.). La loi du crée la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité et disposait en son titre 3, en complément de la loi sur la presse de 1881, de stipulations plus spécifiques, qui font notamment des délits de l'injure, la diffamation, l'incitation à la haine ou à la discrimination à l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou de leur handicap. Cette loi a été abrogée en 2011. Un arrêt de la Cours de Cassation de 2008 fait toutefois primer « la liberté d'expression sur la discrimination ».
Selon l'Association des parents gays et lesbiens en 2018, les LGBTI sont discriminés pour l'adoption.
Histoire
Pénalisation de l'homosexualité Jusqu’à la fin du , les relations homosexuelles sont en principe interdites par la loi, celle-ci étant appliquée de manière plus ou moins zélée suivant les époques et les cas (et souvent utilisée comme prétexte politique, comme contre les Cathares ou certains intellectuels).
L'homosexualité sera dépénalisée par les constituants à la suite de la révolution de 1789 qui se fonde sur les droits de l'homme (par la loi du - , qui adopta le Code pénal, dont un fait remarquable est l'absence de mention de la sodomie, considérée jusque-là comme un crime, ou tout autre terme désignant les rapports homosexuelsLe rapporteur de la loi, Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau, affirma que le Code pénal n’a mis hors la loi que les « vrais crimes », et non pas les « délits factices, créés par la superstition, la féodalité, la fiscalité et le despotisme ». .) et cette dépénalisation restera constante pour les rapports homosexuels privés entre adultes consentants jusqu'à nos jours.
Le régime de Vichy, par la loi du « Loi Darlan », ). modifiant de du Code pénal, établit une distinction discriminatoire dans l’âge de consentement entre rapports homosexuels et hétérosexuels :Sera puni d’un emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de à quiconque aura soit pour satisfaire les passions d’autrui, excité, favorisé ou facilité habituellement la débauche ou la corruption de la jeunesse de l’un ou de l’autre sexe au-dessous de vingt et un ans, soit pour satisfaire ses propres passions, commis un ou plusieurs actes impudiques ou contre nature avec un mineur de son sexe âgé de moins de vingt et un ans.Cette loi crée une distinction explicite entre rapports homosexuels et hétérosexuels s’agissant de l’âge à partir duquel un mineur civil peut entretenir une relation sexuelle avec un adulte, sans que cet adulte commette une infraction pénalement réprimée ( pour les rapports homosexuels et pour les rapports hétérosexuels puis à partir de 1945.).
À la Libération, François de Menthon, ministre de la Justice dans le Gouvernement provisoire de la République française du général de Gaulle, signe l’ordonnance du , qui transfère de et l’ajoute à comme un troisième alinéa :Ce transfert est justifié ainsi :En 1974, l’âge de majorité sexuelle pour les rapports homosexuels est abaissé à (la loi change l’âge de majorité de à dans tous les articles du Code civil et du Code pénal.). Avec cette modification, de reste dans le Code pénal jusqu’au Devenu de par la ., date où entre en vigueur la loi Raymond Forni, rapportée par Gisèle Halimi et soutenue par Robert Badinter, adoptée le , qui abolit de du Code pénal...
En plus de du Code pénal, une seconde loi faisait mention explicitement de l’homosexualité : l’ordonnance du . (créant de du Code pénal), prise à la suite de l’amendement Mirguet, qui doublait la peine minimum pour outrage public à la pudeur quand il s’agissait de rapports homosexuels. Cette disposition a été supprimée en 1980. sur proposition du gouvernement Barre (présentée par Monique Pelletier, secrétaire d’État, reprenant la proposition de loi du d’Henri Caillavet).
Fichage policier Malgré la dépénalisation de l'homosexualité, une police administrative est mise en place dès avant la Révolution et s’intensifie sous la monarchie de Juillet et le Second Empire autour des groupes d’homosexuels, notamment parisiens. Elle se caractérise par un recensement écrit, sous forme de fiches, des homosexuels identifiés, des prostitués homosexuels et travestis, le tout compilé dans les « registres des pédérastes ». Le but de ce fichage systématique était essentiellement de prévenir les chantages et les scandales publics tout en contrôlant la prostitution. Le fichage des homosexuels par la police s’est poursuivi jusqu’en 1981Il faut attendre le pour la dissolution du Groupe de Contrôle des Homosexuels à la Préfecture de police de Paris et la circulaire Defferre du (note ) pour limiter le fichage des homosexuels et le contrôle d’identité sur les lieux de drague. Le , le directeur central de la sécurité publique, Clément Bouhin, rappelle aux polices urbaines que (note de service )..
Refus de l'égalité des droits La célébration illégale et annulée par le procureur de la République, par Noël Mamère, du premier mariage entre personnes de même sexe français, le à Bègles, a été suivie d'une vague d'expression d'homophobie notable ; Serge Simon a compilé dans son livre Homophobie 2004 FranceSerge Simon, Homophobie 2004 France, éditions Le Bord de l'eau, 2004. une sélection des plus de lettres, photographies, dessins et affiches d'insultes, de menaces, et de haine reçus par Noël Mamère.
Le , défilent à Paris contre le PACS ; à l'instigation de la députée UDF Christine Boutin, par le collectif Génération Anti-PacS composée d'organisations familiales et religieuses. C'est une des rares manifestations où des hommes politiques de droite voire d'extrême droite et des croyants de différentes confessions (catholique, juive, musulmane…) ont fait marche commune. vignette|La Manif pour tous organise en 2013 et 2014 d'importantes manifestations contre le mariage entre personnes de même genre. Une opposition au mariage entre personnes de même sexe et à l'homoparentalité en France se manifeste notamment à partir du , peu avant la présentation du projet de loi « mariage pour tous », qui devient après un vote du Parlement une loi promulguée de la République le . En , des responsables des principaux cultes en France apparaissaient ensemble devant un groupe de travail UMP à l’Assemblée nationale contre le projet de loi du mariage entre personnes de même sexe qu’ils désapprouvent. L’archevêque de Lyon Philippe Barbarin, le pasteur Claude Baty, président de la Fédération protestante de France (FPF), Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman (CFCM) et le grand rabbin Haïm Korsia, y sont auditionnés. Dans une lettre le même mois, le grand rabbin de France Gilles Bernheim s'oppose au projet du « mariage pour tous »..
Dans ce cadre, les propos homophobes publics sont fréquents.. En 1998, les débats sur le Pacte civil de solidarité à l'Assemblée nationale sont prétextes à certaines répliques : « Il n'y a qu'à les stériliser »Pierre Lellouche, Compte-rendu des débats sur le site de l'Assemblée nationale., « [Un registre spécial sera créé] par les services vétérinaires ! »Jean-Pierre Blazy, Compte-rendu des débats sur le site de l'Assemblée nationale.. D'une manière similaire, Emmanuel Hamel a, en séance de lecture au Sénat lors des discussions sur le PACS, déclaré, entre autres, que l'acronyme PACS signifiait « Pacte de contamination sidaïque »Attribué à Emmanuel Hamel dans "Une loi contre l'homophobie", L'Humanité, 10 février 2000..