Le biais d'optimisme, également connu sous le nom d’optimisme comparatif, est un biais cognitif qui amène une personne à croire qu'elle est moins exposée à un événement négatif que d'autres personnes. Si cette croyance comporte un risque ou entraîne une erreur, on parle alors d’optimisme irréaliste. Un certain nombre de recherches ont mis en évidence une tendance chez l'être humain à plutôt s’attendre à des événements positifs qu’à des événements négatifs. Ce biais d'optimisme serait assez commun et ne dépendrait pas nécessairement du sexe, de l'âge, de l'origine ou de la culture. Des biais optimistes sont aussi rapportés chez des animaux tels que les rats et les oiseaux.

Il existe quatre facteurs qui induisent une tendance optimiste chez une personne : l'état final souhaité, ses mécanismes cognitifs, les informations que la personne a sur elle-même comparées à celles qu'elle a sur les autres et enfin son humeur générale. Le biais d’optimisme apparaît dans un certain nombre de situations. Par exemple : des personnes qui s’attendent à vivre plus longtemps que la moyenne ou sous-estiment les risques de divorce les concernant, des fumeurs qui estiment qu'ils sont moins susceptibles de contracter un cancer du poumon ou une maladie pulmonaire que les autres fumeurs, ou des commerçants qui pensent qu'ils sont moins exposés à des pertes sur les marchés.

Le biais d'optimisme se produit aussi bien à propos d'événements positifs (comme penser avoir une meilleure réussite financière qu'autrui) que d'événements négatifs (comme étant moins probable d'avoir un problème d'alcool). Toutefois les recherches suggèrent que le biais est plus fort pour des événements négatifs (effet de valence). Des conséquences différentes résultent de ces deux types d’événements : les événements positifs entraînent souvent des sentiments de bien-être et d’estime de soi, alors que les événements négatifs ont pour conséquence d'augmenter les comportements à risque ou l'absence de précautions en matière de sécurité.

Terminologie Bien que les termes « irréaliste » et « comparatif » soient parfois utilisés indifféremment, certains chercheurs recommandent de ne pas les confondre :

Mesure Risque absolu et relatif Pour mesurer le biais d'optimisme sur un sujet (qui est par définition une notion subjective) il y a besoin de définir ce qu'est une estimation de risque. Avec un risque « absolu », les individus sont invités à estimer leur probabilité de subir un événement négatif par rapport à leur risque réel (comparaison avec soi). Avec un risque « comparatif », il est demandé aux individus d'estimer la probabilité de subir un événement négatif (leur estimation du risque personnel) par rapport à d'autres personnes du même âge et du même sexe (une estimation du risque cible). Des problèmes peuvent survenir lors de la mesure du risque absolu, car il est extrêmement difficile de déterminer la statistique du risque réel pour une personne. Par conséquent, le biais est principalement mesuré dans les formes de risque comparatives, où les personnes se comparent aux autres, par des comparaisons directes et indirectes.

Comparaison directe ou indirecte Dans une comparaison directe, le sujet estime la probabilité qu'il a, selon lui, d'expérimenter un événement par rapport aux « autres » (en général de même âge et sexe que lui). En d'autres termes, le sujet donne directement son estimation de la variation du risque entre ce qu'il pense « pour les autres » et ce qu'il pense « pour lui-même » : c'est directement la mesure de son biais d'optimisme.

Dans une comparaison indirecte, le sujet fait deux estimations séparées : l'une correspondant à la probabilité qu'il s'attribue d'expérimenter un événement, l'autre correspondant à la probabilité qu'il attribue « aux autres » (toujours de même âge et sexe que lui) d'expérimenter le même événement. Dans ce cas, pour obtenir la mesure du biais, il faut soustraire les deux estimations.

Après avoir obtenu les résultats chiffrés, les chercheurs peuvent utiliser ces informations pour déterminer s'il existe une différence entre l'estimation du risque moyen de l'individu et l'estimation du risque moyen de ses pairs. Généralement, dans les événements négatifs, le risque moyen d'un individu apparaît inférieur à l'estimation du risque des autres. Ceci est ensuite utilisé pour démontrer l'effet de biais. Le biais ne peut être défini qu'au niveau d'un groupe, car au niveau individuel les effets statistiques ne s'appliquent pas. De même, des difficultés peuvent surgir dans les procédures de mesure, car il est difficile de déterminer quand une personne est optimiste, réaliste ou pessimiste. La recherche suggère que le biais provient d'une surestimation des risques de groupe plutôt que d'une sous-estimation des risques de l'individu.

Facteurs Les facteurs conduisant au biais optimiste peuvent être classés en quatre groupes différents : les états finaux souhaités du jugement comparatif, les mécanismes cognitifs, les informations sur soi par rapport à une cible et les affects sous-jacents. Ceux-ci sont expliquées plus en détail ci-dessous.

États finaux souhaités du jugement comparatif De nombreuses explications du biais d'optimisme proviennent des objectifs fixés et des résultats espérés. Les personnes ont tendance à se considérer moins à risque qu'autrui en raison de l'image qu'elles veulent renvoyer d'elles-mêmes. Ces explications comprennent la , la présentation de soi et la perception de maîtrise.

La valorisation de soi tient au fait que les prévisions optimistes sont satisfaisantes et qu’il est agréable de penser que des événements positifs se produiront. Les personnes maîtrisent mieux leur anxiété ou leurs émotions négatives lorsqu’elles pensent être mieux loties que les autres. On a également tendance à concentrer sa recherche d’informations sur ce que l’on souhaite voir se produire plutôt que sur ce que la logique voudrait voir arriver. Sous l’effet du biais d’optimisme, les individus perçoivent les événements avec une distorsion positive, parce que c’est ce qu’ils recherchent. Cela peut aussi signifier que l'on minimise le risque que l'on encourt par rapport à autrui afin de paraître meilleur que la moyenne : si l'on est moins à risque que les autres, c'est que l'on est meilleur.

Les études suggèrent que les gens s'efforcent d'établir et maintenir une image personnelle désirable dans les situations sociales. Les gens cherchent à se présenter aux autres sous un bon jour et certains chercheurs suggèrent que le biais d'optimisme est représentatif des processus de présentation de soi : les gens veulent paraître plus à l'aise que les autres. Cependant, ce n'est pas par un effort conscient. Dans une étude où les participants pensaient que leurs compétences de conduite allaient être testées soit dans la vie réelle soit dans des simulations, les personnes qui croyaient qu'elles allaient être testées avaient un biais moins optimiste et étaient plus modestes que les personnes qui n'étaient pas testées. Des études suggèrent également que les individus qui se présentent de manière pessimiste et négative sont généralement moins acceptées par le reste de la société. Ceci pourrait expliquer l'existence d'attitudes trop optimistes.

Les gens ont tendance à avoir un parti pris plus optimiste lorsqu'ils pensent avoir plus de maîtrise sur les événements que les autres. Par exemple, les personnes sont susceptibles de penser qu'elles ne seront pas blessées dans un accident de voiture si elles conduisent le véhicule elles-mêmes ; ce sentiment de maîtrise peut entraîner une prise de risque plus importante chez les motards. Un autre exemple est que si quelqu'un croit avoir beaucoup de maîtrise sur le fait d'être infecté par le VIH, il pensera que son risque de contracter la maladie est faible. Des études ont suggéré que plus une personne a une sensation de maîtrise, plus son biais d'optimisme sera fort. En conséquence, le sentiment de maîtrise est un facteur important en ce qui concerne les évaluations des risques personnels, mais pas lors de l'évaluation des autres risques. Une méta-analyse examinant la relation entre le biais d'optimisme et la maîtrise perçue a révélé qu'un certain nombre de paramètres influent sur cette relation. Par exemple, la nationalité est évoquée : chez les participants américains, la sensation de maîtrise est significativement plus liée à l'optimisme que chez d'autres nationalités. Les étudiants également, présentent la même caractéristique par rapport aux non-étudiants. La façon de mesurer le biais d'optimisme (directe ou indirecte) influe également sur l'intensité de cette relation. Un facteur inverse de la perception de maîtrise est celui de l'« expérience antérieure ». L'expérience antérieure est généralement associée à un optimisme moindre, ce que certaines études expliquent par soit une diminution de la perception du la maîtrise personnelle, soit une plus grande facilité pour les individus de s'imaginer en danger. L'expérience antérieure peut amener à penser que les événements sont moins maîtrisables qu'on ne le croyait auparavant.

Mécanismes cognitifs Le biais d'optimisme est peut-être aussi influencé par trois mécanismes cognitifs qui guident les jugements et les processus de prise de décision : l’heuristique de la représentativité, la focalisation sur un sujet individuel et la distance interpersonnelle.

Les estimations de la probabilité associées au biais d'optimisme sont basées sur la mesure dans laquelle un événement correspond à l’idée générale de l’événement spécifique. Certains chercheurs suggèrent que l'heuristique de la représentativité est une raison du biais optimiste : les individus ont tendance à penser en catégories stéréotypées plutôt qu'en fonction de leurs objectifs réels lorsqu'ils effectuent des comparaisons. Par exemple, lorsqu'on demande aux conducteurs de penser à un accident de voiture, ils sont plus susceptibles d'associer un mauvais conducteur que le conducteur moyen à la situation. Les individus se comparent aux éléments négatifs qui leur viennent à l'esprit, plutôt qu'à une comparaison globale précise entre eux et un autre conducteur. De plus, lorsque des individus ont été invités à se comparer à des amis, ils ont choisi des amis plus vulnérables en fonction des événements qu'ils prenaient en considération. Les individus ont généralement choisi un ami spécifique en fonction de leur ressemblance avec un exemple donné, plutôt qu'un ami moyen. Les personnes trouvent des exemples directement liés à ce qui leur est demandé, ce qui se traduit par des heuristiques de représentativité.

Les gens en savent plus sur eux-mêmes que sur les autres. Bien que les individus se considèrent en tant que personne unique, ils ont tendance à considérer « les autres » comme un groupe généralisé, ce qui conduit à des estimations biaisées. De même, lorsque des jugements et des comparaisons sont faits sur leurs risques par rapport aux autres, les gens ignorent généralement la personne moyenne, mais se concentrent principalement sur leurs propres sentiments et expériences.