Alcea rosea, Althaea rosea, rose trémière, passe-rose, passerose ou encore primerose, est une espèce de plantes vivaces de la famille des Malvaceae.
Elle est aussi parfois appelée rose papale ou alcée rose ou encore bâton de Jacob. Toutes les parties de la plante sont comestibles et certaines, les fleurs notamment, ont des usages médicinaux reconnus depuis l'Antiquité.
Son nom de rose trémière ou rose de trémière serait une altération de « rose d'Outremer », attesté dès 1500. Elle aurait été rapportée d'Orient par les croisés du Moyen Âge, aux lors de batailles contre les Turcs.
Description La rose trémière est une plante typique des jardins champêtres, bien que peu d'individus qui la composent soient vivaces (la plupart sont bisannuels). Plantes à croissance rapide, elles sont généralement toutes classées dans la catégorie des plantes vivaces herbacées en raison de leur grande taille, pouvant atteindre une hauteur de 1,5 à , voire jusqu'à et plus dans certaines régions.
De port érigé, peu ramifiée, la plante a un feuillage caduc. Ses feuilles orbiculaires et palmatilobées possèdent cinq à sept lobes : leur base est cordiforme, leur pédoncule floral est pubescent et leurs marges foliaires sont crénelées. La tige vert clair est pubescente aussi.
Les oléoplastes contiennent en grande quantité de l'acide ricinoléique.
L'inflorescence est une grappe spiciforme et terminaleLi, Q., Ruan, C. J., Teixeira da Silva, J. A., & Wang, X. Y. (2012) Floral morphology and mating system of Alcea rosea (Malvaceae). Plant Ecology and Evolution, 145(2), 176-184. (résumé). La floraison est basifuge de la fin du printemps jusqu'à l'été, voire jusqu'au début de l'automne. Elle permet une longue floraison de chaque pied. Les très grandes fleurs (avec des pétales de 3 à , jusqu'à lorsqu'elles sont ouvertes) ont l'aspect de gros pompons, formées de corolles simples aux teintes très variées : blanc, jaune, rose, pourpre, violet, orange : la nuance de coloration est variée.
Il existe même des variétés Nigra (noires, en fait une coloration violet très foncé due une forte concentration d'anthocyanes). Plus elles sont sombres, plus elles contiennent de pigments et de tannins, et présentent davantage de propriétés médicinales.
Le calicule est formé de six à neuf bractéoles involucrales poilues. Le tube staminal, caractéristique des Malvaceae, a cinq angles marqués. Les fruits sont formés d'un verticille de quinze à vingt akènes marqués (formant le méricarpe), sur le dos, d'un profond sillon bordé de deux ailes.
Plantation
Hauteur : jusqu'à 3 m Semis : Mars à Mai, et Septembre Floraison : mars - avril et juillet Exposition : Soleil
Galerie
Habitats La rose trémière pousse dans de nombreux endroits quelquefois atypiques : entre des pavés de trottoirs, fissures de dallages, clôture grillagée, terrain en friches au milieu d'orties, on la rencontre aussi en lisières de champs ou sur un tas de terre abandonné. C'est une plante ornementale, parfois naturalisée.
Biologie En 2010, des elaioplastes (plastes sans pigments contenant des acides gras ou d'autres lipides et connectés avec des microtubules) ont été identifiés chez cette espèceKwiatkowska M, Stępiński D, Popłońska K, Wojtczak A, Polit JT (2010) ‘Elaioplasts’ identified as lipotubuloids in Althaea rosea, Funkia sieboldiana and Vanilla planifolia contain lipid bodies connected with microtubules. Acta Soc Bot Pol 80(3):211–219.
Nomenclature et systématique Phytonymie et origine géographique Le nom de « rose trémière » dérivé de l'appellation « rose de trémière » est peut-être une altération de « rose d'Outremer », attesté dès 1500.
Cette plante serait originaire du Sud-Ouest de la Chine, d'où elle aurait été exportée au moins à partir du "Flora of China 12: 267–268. 2007" (PDF). Université d'Harvard . consulté le 21 juillet 2011 vers l'Europe de l'Ouest en passant par le Sud de l’Europe, le Moyen-Orient ou l’Asie centrale, et aurait été rapportée par les croisés du Moyen Âge, aux lors de batailles contre les Turcs.
Pour d'autres, son introduction daterait de l'expansion ottomane en Europe aux Tang Y, Gilbert MG, Dorr LJ (2007) Tiliaceae. In: Wu ZY, Raven PH, Hong DY (Eds). Flora of China. Vol. 12 (Hippocastanaceae through Theaceae). Science Press, .. Elle est encore appelée « passerose » ou « primerose ». Son origine est inconnue (sans doute proche-orientale ou méditerranéenne), mais c'est peut-être un hybride entre Alcea setosa et Alcea pallida, originaires de l'Est de l'Europe et de l'Ouest de l'AsieMarjorie Blamey & Christopher Grey-Wilson . « La flore d'Europe occidentale» , encore nommée Althéa ou Althaea rosea, cousine des hibiscus, lavatère, , guimauve, d'où son autre nom de « guimauve rose ».
Son origine (rapportée par les croisés du Moyen Âge de la Terre sainte, pays de saint Jacques), et sa forme élancée (comme le ) lui valent également le nom de « bourdon de Saint-Jacques » ou « bâton de Jacob ». Elle est aujourd’hui répandue dans de nombreux paysKazemi, M., Aran, M., & Zamani, S. (2011). Evaluation of genetic diversity of Iranian wild Alcea rosea population using RAPD. World Applied Sciences Journal, 13(5), 1234-1239 (résumé)..
Philippe FoucaultDans la brochure Île d'Aix, fort Liédot chez Actes Sud/Dexia éditions mentionne une introduction plus tardive en France : elle aurait fait partie des plantes expédiées à Versailles par Pierre Le Moyne d'Iberville, fondateur de la Nouvelle-Orléans, en 1703.
Synonymes
Noms vernaculaires Les noms vernaculaire de la rose trémière font souvent référence à la rose ou à la mauve.
Culture Les fleurs sont simples pour l'espèce botanique, demi-doubles, doubles ou triples chez certaines obtentions agricoles.
La plantation s'effectue en automne si le climat est doux ou au printemps en cas d'hiver rude.
La multiplication de la plante peut se réaliser par des semis en été : la rose trémière se ressème souvent spontanément, d'elle-même. Les semis sont sensibles aux limaces et aux escargots. Les graines semées ne donnent pas forcément des fleurs de la même couleur que la plante d'origine ; la culture in vitro par callogenèse est possibleHumaira, M., Athar, H., Mahmood, A., & Shah, F. H. (1994). Growth conditions for callogenesis in Althaea rosea (L.) Cav. Pakistan Journal of Agricultural Research, 15(1), 37-42. (résumé), mais conduit à une homogénéité génétique qui rend la plante ainsi obtenue vulnérable à des attaques de parasites et maladies diverses.
Pour que la plante s'épanouisse, le sol dans lequel elle croît doit être riche et bien drainé. Elle affectionne des sols différents selon les couleurs des fleurs : les variétés sombres (rouge, noir) préfèrent les sols sableux, alors que les sols argileux semblent favoriser les plus claires.
Un emplacement au soleil, voire à la mi-ombre et pas trop venté pour ne pas qu'elle se casse est favorable à sa croissance.
Maladies La rose trémière est très vulnérable à un microchampignon de la famille des rouilles : Puccinia malvacearum. C'est un Basidiomycota du sous-phylum des Pucciniomycotina, appartenant à la classe des Pucciniomycetes, de l'ordre des Pucciniales (ex-Urédinales3) et de la famille des Pucciniaceae.
Il cause la rouille de la rose trémière et il a été montré en 2006, en Turquie, qu'un autre champignon (Leveillula taurica) cause aussi une maladie fongique qui blanchit les feuilles de cette planteKavak H & Dikilitas M (2006) Powdery mildew caused by Leveillula taurica on Alcea rosea in Turkey. Australasian Plant Disease Notes, 1(1), 7-8), et qui semble pouvoir être traitée, en début d'infection, par une pulvérisation d'un mélange d'une part de lait pour huit parts d'eau How To Control Powdery Mildew With Milk, vidéo, sur YouTube, déposée le 6 août 2015). Le champignon microscopique Puccinia malvacearum a été décrit en 1852 au Chili, puis repéré en 1857 en Australie avant qu' il ne se répande à partir de 1869 en Europe. De 1869 à 1886, les jardiniers et botanistes le signalent dans presque tous les pays d’Europe et d’Afrique. Il semble aujourd'hui répandu sur la rose trémière dans le monde entier. La maladie est caractérisée par l'apparition de constellations de petites dépressions circulaires (un mm de diamètre environ) jaune orange à jaune brunâtre, correspondant, sur la face inférieure de la feuille, à des pustules en demi-sphère (brun rougeâtre mat, de 1 à de diamètre), qui peuvent ensuite se réunir pour former des croûtes et envahir la tige et toutes les parties vertes de la plante (comme les pédoncules, les calices et même les graines). Les feuilles les plus touchées finissent par se flétrir et mourir.
La contamination se fait dès l'apparition des feuilles, via des basidiospores haploïdes, aérotransportées par le vent ou apportées par des insectes. Certaines de ces spores germent en produisant des hyphes qui formeront des appressoriums se plaquant sur la surface des cellules foliaires proches des stomates en tentant de pénétrer entre les cellules ostiolaires (qui se contractent pour fermer ou ouvrir les stomates) ; le mycélium (à hyphes septées sans boucles) peut alors se développer entre les cellules de la feuille et produire (toujours sur la face inférieure) des hyphes hypophylles sporogènes. Ces derniers produisent des télies (ou téleutospores) globuleuses.
Les téleutospores ont deux loges assimilables à deux probasides, chacune ayant deux noyaux non fusionnés (la cellule est dite dicaryotique). Ces téleutospores (mesurant 35-75 x 12-26 μm), dotés d'un long pédoncule hyalin (jusqu'à 150 μm de long) résistent parfaitement à l'hiver (sur ce qui reste de la plante-hôte ou au sol. Tout le cycle de vie de Puccinia malvacearum peut s'effectuer sur une unique plante (la rose trémière ou de nombreuses autres espèces de Malvaceae dont il a appris à contourner l'immunité (comme les Hibiscus, les Lavatera, les espèces sauvages de mauves (Malva moschata, Malva neglecta, Malva sylvestris) ; sur sa plante-mère, cette rouille est donc dite autoxène (ou autoïque) par rapport aux rouilles hétéroxènes ou hétéroïques qui ont besoin d'au moins deux plantes-hôtes. Son cycle est incomplet (dit microcyclique) pour certains stades (S, I et II) absents (un cycle complet de développement serait dit macrocyclique). Il se pourrait, selon certains auteurs, que le mycélium puisse aussi survivre (sous forme de mycoplasme) dans les grainesGavériaux JP (2012) Puccinia malvacearum Montagne (1872) responsable de la rouille de la rose trémière [Althea rosea (L.) Cav.|Bull. Soc. Mycol. Nord Fr. 90.
Une autre maladie à laquelle est sujette la plante découle de parasitoses : les graines peuvent être infestées d'apions des roses trémières ou de charançons qui, au gré des échanges de semences entre jardiniers, migrent vers de nouvelles régions. La plante peut aussi être parasitée par des acariens, dont par une espèce dAceria nouvellement décrite (en 2015, en Hongrie) : Aceria bendeguziRipka G (2015) New Aceria and Acaralox Species (Acari: Prostigmata: Eriophyoidea) from Hungary on Alcea rosea L.(Malvaceae) and Agrimonia eupatoria L.(Rosaceae). Acta Phytopathologica et Entomologica Hungarica, 50(2), 209-221..
Utilisation vignette|Boutons floraux.
Utilisations alimentaires Comme toutes les Malvaceae, cette espèce est comestibleLauderdale C & Evans E (1999) Edible flowers. NC State University Horticulture Information leaflets 1/99 HIL-8513. http://www.ces.ncsu.edu/hil/hil-8513.html.
Les feuilles sont très tendres, mucilagineuses, comestibles crues, comme les jeunes pousses, ou cuites comme des plantes potagères. La plante est parfois encore cultivée comme légume en Égypte. Les bourgeons floraux et les fleurs, également comestibles, sont consommés en salade mais aussi en tisane, à partir de pétales séchés.. La fleur contient des substances pectiniques identifiées en 2007Rakhimov DA, Atkhamova SK, Khvan AM (2007) Pectinic substances from Alcea rosea flowers. Chem Nat Compd 43(6):685–686.