L'affaire Brice Taton concerne un supporter du Toulouse Football Club, né le , violemment agressé le à Belgrade en marge du match de football entre le Partizan Belgrade et le Toulouse FC et mort douze jours plus tard des suites de ses blessures, le , à . Le virage Est du Stadium de Toulouse a été baptisé Virage Brice Taton en son honneur.

Biographie Né le à Toulouse, Brice Taton fait ses études dans la même ville et travaille en 2009 dans un magasin Gifi de Plaisance-du-Touch, dans la proche banlieue toulousaine où il vit.

Il est par ailleurs un fervent supporter du Toulouse Football Club. Il rejoint le principal groupe de supporters du club, les Indians Tolosa 93, en 2001, et est trésorier de l'association de 2004 à 2006. Il est également un des membres fondateurs du club de foot Forza Viola FC qui regroupe des fans du club toulousain.

Agression Le , le Toulouse Football Club se déplace à Belgrade pour y rencontrer le Partizan Belgrade dans le cadre de la première journée de la phase de groupes de la Ligue Europa 2009-2010. Quelques heures avant le match dont le coup d'envoi est prévu à 21h, un groupe d'une dizaine de supporters toulousains parmi lesquels Brice Taton patiente dans un bar du centre-ville de la capitale serbe (l'Irish Pub) rue Obilićev venac qu'ils fréquentent depuis quelques jours. Alors qu'ils ne sont pas particulièrement démonstratifs le groupe est violemment agressé par une bande d'une vingtaine de Serbes identifiés comme supporters du Partizan. Ils sont armés de barres de fer, de chaînes de vélo, de battes de baseball et de torches fumigènes. La plupart des Français arrivent à s'enfuir mais trois d'entre eux, dont Philippe Maury et Brice Taton, ainsi qu'un Serbe qui tentait de s'interposer sont blessés et emmenés à l'hôpital.

Roué de coups, piétiné, pressé contre une clôture métallique puis finalement jeté au bas d'un mur de plus de quatre mètres au pied d'un escalier, Brice Taton est finalement retrouvé grièvement blessé à la tête et au thorax. Si les deux autres Français et le Serbe peuvent rapidement quitter l'hôpital ce n'est pas le cas de Brice Taton. Drago Jovanović - le porte-parole de l'hôpital où Brice Taton est opéré en urgence - annonce rapidement que mis à part l'aorte presque tous ses organes vitaux ont été touchés pendant l'agression et refuse de s'engager sur un pronostic. Le samedi il subit une deuxième opération neurochirurgicale et reste plongé dans un coma artificiel et traité aux soins intensifs, dans un état stable mais grave . Puis son état s'aggrave, notamment avec des complications pulmonaires puis une perte progressive des fonctions cérébrales et des fonctions vitales.

Le le Centre médical de Belgrade annonce la mort du Toulousain, douze jours après son agression, entrainant de vives réactions en France, jusqu'à la secrétaire d'État aux sports, Rama Yade, qui réclame justice.

Malgré neuf ans d'enquêtes et de procès, les motivations comme les circonstances de l'agression ne sont pas complètement claires. En plus de ce premier match de la phase de groupe de la coupe de l'UEFA (mais pas le premier match du club dans la compétition qui est passé par deux tours de qualifications) le jeudi, Belgrade devait aussi être le siège de la Gay Pride le dimanche, dans un climat de très grandes tensions. À tel point qu'elle sera finalement annulée. Une des hypothèses est que la bande d'agresseurs était en ville pour manifester contre la gay pride voire essayer de nuire à la manifestation, mais que dissuadés par l'importance du dispositif policier entourant l'évènement ils se soient « rabattus sur une proie plus facile ». Une autre hypothèse, étayée par les témoignages de certains des accusés, est que la bande de hooligans serbes cherchait à se battre contre une hypothétique bande de supporters toulousains indépendants, dont certains membres seraient proches des Indians, adeptes des bagarres de rue en marge des matchs, et qu'ils auraient pris Brice Taton et sa bande d'amis pacifiques pour ceux-ci.

Par ailleurs, le journal croate Novi list avance par la voix de son journaliste Branko Mijić que l'agression contre les Français serait l'œuvre d'anciens de milices serbes en représailles aux frappes de l'Otan sur Belgrade en 1999 dans le cadre de l'Opération Force alliée suite du massacre de Račak. Cette hypothèse est rejetée par Predrag Simić, le président des Grobari, qui pense lui que les agresseurs ont répondu par la violence à ce qu'ils ont perçu comme une provocation : la présence de supporters adverses sur « leur » territoire.

Lors du premier procès, la présidente du tribunal de Belgrade, Mirjana Ilic, a jugé que les hooligans du Partizan avaient . Qu'ils ont , qu'ils l'ont . Néanmoins les avocats de la défense ont réfuté ce scénario.

Rapatrié en France peu de temps après sa mort, Brice Taton a finalement pu être inhumé fin .

Procès 2009 L'agression s'étant déroulée dans un lieu public, la police a pu recueillir de nombreux témoignages dont ceux des supporters toulousains qui conduisent dès le vendredi à l'arrestation de dix personnes. Âgés de 17 à 27 ans les suspects, certains sont déjà connus des services de police et neuf d'entre eux sont placés en détention préventive pour trente jours. Le ministère de la justice serbe fait alors par la voie de son ministre Ivica Dačić preuve d'optimisme quant à la résolution rapide de l'affaire. Le premier ministre, Boris Tadić, promet quant à lui une grande fermeté et sévérité et parle de « tentative de meurtre aggravée » ou de « tentative de meurtre avec préméditation », un crime passible en Serbie de trente à quarante années de réclusion criminelle.

Mais l'enquête se révèle plus complexe que prévu. Fin octobre cinq nouveaux témoins sont convoqués mais seul l'un d'eux se présente et son témoignage ne fait pas progresser l'enquête. Les suspects sont de nouveaux entendus mais aucun n'admet être responsable de la mort de Brice Taton.

2010 La première session du premier procès a lieu du 21 au . Quatorze supporters du Partizan sont inculpés pour « meurtre aggravé » mais deux d'entre eux, Đorđe Prelić et Dejan Puzigaca, sont en fuite. Un quinzième inculpé est accusé d'avoir aidé les agresseurs.

Une deuxième session doit avoir lieu en septembre mais démarre finalement un peu plus tard. Au cours de celle-ci les images de vidéo-surveillance du centre-ville sont visionnées. Si elles ne montrent pas l'agression en elle-même, elles permettent d'identifier plusieurs des suspects présents sur les lieux au moment du drame, notamment aux abords de l'escalier qui sera fatal au Français. Toujours au cours du procès le médecin légiste Đorđe Alimpijević écarte plusieurs des thèses avancées par la défense. Il explique que Brice Taton est arrivé aux urgences avec l'aorte fissurée, rendant son opération indispensable, réfutant ainsi les sous-entendus de la défense qui accusent cette opération prétendument inutile d'être la vraie cause de la mort et tentent de rejeter la faute sur l'hôpital. Il affirme également qu'au vue de la trajectoire de la chute le Français a été poussé ou jeté dans les escaliers, au contraire de ce qu'avance la défense qui prétend qu'il aurait enjambé lui-même le parapet en haut de la cage d'escalier.

2011 Le verdict de ce premier procès est finalement rendu en par la présidente du tribunal de Belgrade Mirjana Ilic, et il est aussi sévère qu'annoncé par le gouvernement un an auparavant. Les quatorze accusés sont jugés coupables et écopent de peines allant de quatre à trente-cinq ans de prison (pour un total de deux cent quarante ans). Le tribunal n'a pas pu déterminer qui a poussé ou jeté Brice Taton du haut de l'escalier ni identifier formellement les auteurs des coups, mais a jugé qu'ils étaient tous responsables de leurs actes, et tous coupables. Đorđe Prelić, Dejan Puzigaca, les deux suspects en fuite, et Ivan Grković sont considérés comme les principaux meneurs et organisateurs de l'attaque du groupe de toulousains. Ils écopent respectivement de trente-cinq, trente-deux et vingt-neuf ans de prison.

À l'annonce du verdict la police doit évacuer les familles des accusés de la salle. Celles-ci dénoncent une décision purement « politique » où les preuves « ont été inventées. ».

L'ensemble des condamnés fait appel de cette première décision.

Le procès en appel débute en automne 2011. Il voit la défense d'un des deux condamnés par contumace présenter un nouveau témoin : la femme qui aurait passé l'appel aux urgences pour signaler Brice Taton. Elle déclare qu'il est tombé du mur et non qu'il a été poussé.

2012 En , le verdict du procès en appel est rendu. Les peines sont fortement réduites par rapport au premier jugement. Les quatorze Serbes sont toujours reconnus coupables de l'agression mais ne sont plus condamnés qu'à des peines allant de quatre à quinze ans de réclusion. Les accusés présents aux procès ont continué a nier leur implication directe, affirmant que Brice Taton est tombé seul et qu'ils n'ont été que témoins, voire qu'ils n'étaient pas sur place. Đorđe Prelić, considéré comme l’ex-chef de file du groupe de supporters Alcatraz et Dejan Puzigaca sont toujours en fuite à l'heure du procès, et de nouveau condamnés par contumace.

Cet allègement de peine est accueilli assez difficilement par la famille de Brice Taton mais aussi en Serbie.

Les parents de Brice Taton annoncent en février que leur avocat va en soulignant que les autorités serbes avaient connaissance du comportement violent de certains supporters serbes . Ils demandent de dommages et intérêt.

2013 Le , le premier ministre serbe Ivica Dačić annonce l'arrestation à Barcelone de Đorđe Prelić, un des deux condamnés en fuite. Il a été interpellé pour et identifié grâce à ses empreintes digitales et le mandat d'arrêt international émis par les autorités serbes depuis 2009. Il avait été condamné à trente-cinq ans de prison en première instance et quinze en appel.

2014 En , les parents de Brice Taton renoncent finalement à leur plainte de 2012 contre l'état serbe devant la lenteur de la procédure, et le risque de perdre leur éligibilité au fond de dédommagement des familles français. Par ailleurs, Prelić est extradé vers la Serbie pour y être rejugé en sa présence.

2015 Le , c'est au tour de Dejan Puzigaca, le dernier fugitif, d'être arrêté. Il est interpellé à l’aéroport d’Athènes à l’arrivée d’un vol en provenance de Thaïlande. Déguisé en moine il s'est présenté avec un faux passeport slovène. Comme pour son comparse deux ans plus tôt, la vérification de ses empreintes digitales par la police grecque ont permis son identification via le mandat d'arrêt international émis à son encontre. Il avait été condamné à trente-quatre ans de prison en première instance et quatorze en appel.

2016 En , Dejan Puzigaca est extradé vers la Serbie, pour y être rejugé.

2017 Rejugé en sa présence, Đorđe Prelić est condamné en première instance le à douze ans de prison après un procès commencé en avril. Cette peine est inférieure aux quinze ans prononcés en appel, et quasiment trois fois moins que la peine de trente-cinq ans initiale. Néanmoins, Maître Slobodan Ružić, l'avocat de la famille Taton, est satisfait de voir que le tribunal a su résister aux pressions exercées (selon lui) pour que le meurtre soit requalifié en accident.

2018 Lors du second procès en appel de Prelić, sa peine est encore réduite à dix ans de prison. La cour d'appel justifie ce verdict par des « circonstances atténuantes », « le casier vierge » de l'accusé et le fait qu’il ait dévoilé certains faits qui ont permis à la cour de déterminer les circonstances exactes de l’événement.

Conséquences sportives