Édouard Sorin (en anglais : Edward Frederick Sorin, C.S.C), né le à Ahuillé et mort le à South Bend, est un prêtre catholique et éducateur français qui fut missionnaire aux États-Unis, fondateur de l'université Notre-Dame-du-Lac dans l'Indiana et de l'Université Saint Édouard à Austin dans le Texas. Il est le premier président de l'université Notre-Dame du lac (1844-1865). Le père Sorin est l'un des fondateurs de l'université Saint Édouard à Austin au Texas.
Biographie Jeunesse Édouard Sorin voit le jour le à Ahuillé, près de Laval dans le département de la Mayenne, au sein d’une famille bourgeoise aisée dont trois membres au moins furent chanoines de la Collégiale Saint-Tugal de Laval. Fils de Julien Sorin de la Gaulterie (1781-1853), propriétaire et de Marie Anne Louise Gresland de la Margalerie, il est le septième d’une fratrie de neuf enfants. Son patronyme et très répandu dans le pays depuis le .
Il grandit dans un manoir de trois étages, entouré de sept ares de terre, connu sous le nom de Château de la Roche. Sa famille, profondément religieuse, avait accueilli deux prêtres réfractaires durant les persécutions de la Révolution française. Son éducation commence à la maison, puis se poursuit à l’école du village et auprès du curé de la paroisse..
Il commença ses classes de latin chez le sieur Bouvet, instituteur à Ahuillé, qui tenait un petit pensionnat, les continua à Haute-Follie à Laval à l’École du Couvent de l'Adoration du Saint-Sacrement de Laval, mais après une année, il décide de se consacrer à la prêtrise. Soutenu par sa famille, il rejoint le séminaire diocésain de Précigné, où il achève ses études de lettres. Il poursuit sa formation théologique au grand séminaire du Mans, aux côtés de futurs cardinaux comme Benoît-Marie Langénieux et Guillaume-René MeignanVoir en ligne. Il fut ordonné prêtre diocésain en 1838 et nommé vicaire à Parcé. Mais sa vocation de missionnaire était déjà forte. En 1840, il vint au Mans se joindre à Basile Moreau, missionna quelque temps, puis alla étudier l'anglais à Paris. C'est avec la rencontre de Basile Moreau, vice-recteur et professeur d’Écriture sainte, qu’il s’intéresse à l’œuvre missionnaire, notamment après avoir entendu les appels de Simon Bruté de Rémur, évêque de Vincennes dans l’Indiana, venu en France recruter des missionnaires.
Départ pour la mission en Amérique En 1839, Simon Bruté de Rémur, qui avait recruté des prêtres et des missionnaires pour son diocèse nouvellement établi à Vincennes, dans l’Indiana, décède. Son successeur, Célestin Guynemer de la Hailandière, relance l’appel à l’aide. Basile Moreau décide alors d’envoyer des renforts. Impressionné par les qualités de leader, la détermination et la jeunesse énergique d’Édouard Sorin, Basile Moreau le choisit pour diriger cette mission..
À cette époque, les missions à l’étranger, notamment en Chine, au Japon ou en Amérique, suscitent un grand enthousiasme parmi le clergé français et inspirent de nombreuses vocations. À l'automne 1841, Edouard Sorin part accompagné de six frères de la Congrégation de Sainte-Croix : les frères Vincent (Jean Pieau), Joachim (William Michael André), Lawrence (Jean Ménage), François Xavier (René Patois), Anselme (Pierre Caillot) et Gratien (Urban Mosimer).
Fondation de l'Université Notre-Dame
Voyage en Amérique et séjour à Saint-Pierre Accompagné de ses six frères, Édouard Sorin quitta Le Mans le et quitta Le Havre à bord du navire « Iowa ». Ils arrivèrent à New York le . L'un des premiers gestes d'Édouard Sorin à son arrivée en Amérique fut de s'agenouiller et d'embrasser le sol, en signe d'adoption de son nouveau pays. Ils passèrent trois jours dans la ville, accueillis par Samuel Byerley, un riche commerçant converti au catholicisme, et rencontrèrent l'évêque de New York, Jean Dubois. Le , ils remontèrent l'Hudson en bateau à aubes jusqu'à Albany, puis atteignirent Buffalo par le canal Érié, avec un court détour pour admirer les chutes du Niagara. Ils traversèrent le lac Érié en bateau à vapeur et atteignirent Toledo, puis descendirent jusqu'à la rivière Maumee, puis Maumee, puis Napoleon, Defiance, Fort Wayne, Lafayette, Terre Haute, et, suivant la rivière Wabash, ils atteignirent finalement Vincennes dans l'Indiana, le .
thumb|left|Portrait d'Édouard Sorin
L’évêque Célestin Guynemer de la Hailandière accueillit chaleureusement la congrégation et leur proposa d’abord une propriété et une mission à Francesville, dans l’Indiana. Édouard Sorin refusa cette première offre, mais accepta la seconde proposition de l’évêque : s’installer dans la paroisse Saint-Pierre de Montgomery. Sur place, ils trouvèrent quelques bâtiments, une modeste chapelle en bois et une école rudimentaire accueillant déjà quelques élèves.
L’école fut rapidement placée sous la direction de Charles Rother, un immigrant allemand qui, souhaitant rejoindre la congrégation, devint le premier frère aux États-Unis sous le nom de frère Joseph. D’autres frères, principalement des immigrants irlandais et allemands, se joignirent bientôt à eux, même si certains quittèrent rapidement la communauté. Les débuts furent marqués par des défis, notamment l’adaptation à des pratiques agricoles inconnues et à la culture du maïs. Grâce à l’aide des habitants, ils parvinrent cependant à s’acclimater. Édouard Sorin, de son côté, célébrait la messe et apportait un soutien spirituel à une trentaine de familles catholiques de la région. Il prêchait en français, et parfois en anglais, une langue qu’il commençait tout juste à maîtriser.
Bientôt, de nouvelles tensions apparurent au sein de la communauté. Édouard Sorin et l’évêque Célestin Guynemer de la Hailandière se trouvèrent en désaccord sur des questions financières : Édouard Sorin attendait de l’évêque qu’il leur verse pour couvrir leurs dépenses, mais l’évêque, qui les attendait depuis 1839, avait déjà utilisé ces fonds ailleurs. Bien qu’il accepte finalement de soutenir financièrement la communauté, il posa une condition : celle-ci devrait lui rendre des comptes directement, et non plus dépendre de Basile Moreau. Édouard Sorin refusa catégoriquement cette exigence.
Le père Juliane Delaune parvint à apaiser temporairement le conflit en recueillant des dons et des fonds s’élevant à , qu’il répartit entre Édouard Sorin et l’évêque. Cependant, un second différend, plus fondamental, éclata lorsqu'Édouard Sorin exprima son projet de fonder un collège. L’évêque s’y opposa fermement, invoquant l’existence du collège catholique Saint-Gabriel à Vincennes, géré par les Eudistes, et la promesse qu’il leur avait faite d’éviter toute concurrence pour les ressources et les élèves.
À la place, l’évêque proposa à Édouard Sorin un terrain situé dans le nord de l’Indiana, près de South Bend, qu’il avait reçu de Stephen Badin. Ce dernier l’avait acquis dans les années 1830 dans l’intention d’y établir une école, mais son projet n’avait pas abouti. Après en avoir discuté avec les frères, Édouard Sorin accepta la proposition. Il quitta Saint-Pierre avec sept d’entre eux le pour s’y installer.
Fondation de Notre Dame Le Père Édouard Sorin et ses sept frères, trois Français et quatre Irlandais, entreprirent un voyage de vers le nord lors de l’un des hivers les plus rigoureux de l’Indiana. Ils suivirent la rivière Wabash, passant par Terre Haute, avant de se séparer. Édouard Sorin et le premier groupe arrivèrent à South Bend dans l’après-midi du ...
Ils furent accueillis par Alexis Coquillard, avec qui l’évêque Célestin Guynemer de la Hailandière les avait mis en contact. Après avoir visité la propriété, ils passèrent la nuit chez les invités d'Alexis Coquillard. Le lendemain, ils visitèrent le site à la lumière du jour et prirent officiellement possession de la propriétéEdouard Sorin, Chronicles of Notre Dame du Lac, 2001, University of Notre Dame Press, James T. Connelly, John M. Toohey, .
Le lieu est situé au nord de l'Indiana à 3 milles du lac Michigan. Édouard Sorin décrivit son arrivée sur le campus dans une lettreVoir en ligne à Basile Moreau : Nous étions à Notre-Dame- du-Lac […]. Tout y était glacé, et cependant tout y semblait beau ; le lac surtout, avec son ample tapis de neige éclatante de blancheur […]. Bien qu’il fît assez froid, nous sommes allés jusqu’à l’extrémité (oui, comme des enfants) d’où nous sommes revenus enchantés des merveilleuses beautés de notre nouveau séjour.
À l’époque, la propriété ne comptait que trois bâtiments : Une cabane en rondins construite par Étienne Badin (l’originale a brûlé en 1856, mais une réplique a été construite en 1906) ; Un petit bâtiment en bardeaux de deux étages qui était la maison de l’interprète potawatomi Charon ; Un petit hangar. Sur les 524 ares, seulement 10 étaient défrichés et prêts à être cultivés, mais Édouard Sorin déclara que le sol était propice à la culture du blé et du maïs. Bien que le terrain comportait deux petits lacs, la zone enneigée et marécageuse aurait pu donner à Édouard Sorin l’apparence d’un seul lac plus grand, d’où le nom de la mission naissante Notre Dame du LacThomas J.Schlereth, The University of Notre Dame : a portrait of its history and campus, 1976, .
La préoccupation la plus immédiate était de fournir un logement convenable et chaleureux à Édouard Sorin et aux sept frères présents et à ceux de Saint Pierre qui n’étaient pas encore venus dans le nord. Pour construire une deuxième cabane en rondins, et faute de fonds, ils firent appel aux habitants de South Bend pour qu’ils donnent de l’argent ou de leur temps. Grâce à l’aide des habitants, ils purent assembler la charpente et ériger les murs. Édouard Sorin et les frères s’occupèrent du toit à leur retour en ville. La cabane fut achevée le , juste à temps pour accueillir les frères et novices supplémentaires arrivés de Saint-Pierre le mois précédent.
Édouard Sorin se consacra ensuite à la construction d’un véritable collège, la fondation de celui-ci en deux ans étant la condition à laquelle l’évêque Célestin Guynemer de la Hailandière lui avait donné le terrain. Lors de son passage à Vincennes, Sorin avait envisagé avec un architecte local, Jean-Marie Marsile, de le faire venir à South Bend cet été pour commencer la construction d’un bâtiment principal. Cependant, l’architecte ne se présenta pas. Édouard Sorin et les frères construisirent donc le Old College, un bâtiment en briques de deux étages servant de dortoir, de boulangerie et de salles de classe. Le bâtiment étant prêt à l’automne, le collège a officiellement ouvert ses portes à ses premiers étudiants.
Les premiers résidents à recevoir une éducation à Notre Dame étaient des orphelins d’un foyer établi par les Frères de Saint-Joseph pour éduquer les enfants de plus de 12 et 13 ansVoir en ligne. Lorsque Jean-Marie Marsilee est finalement arrivé en août, Sorin a procédé à la construction du premier bâtiment principal (à l’emplacement du troisième et bâtiment principal actuel). Le bâtiment, achevé en 1844 et agrandi en 1853, constituait l’ensemble du collège jusqu’à la construction du deuxième bâtiment principal, plus grand, en 1865Voir en ligne. Cette période marque le début de la construction du campus de l'université Notre-Dame du Lac et l’implantation de la Congrégation de Sainte-Croix dans la région.
Suivant l’exemple de Basile Moreau, Édouard Sorin envoya des prêtres et des frères fonder d’autres écoles et paroisses à travers les États-Unis et le Canada. Le , l'assemblée législative de l'Indiana a officiellement accordé une charte à l'Université Notre-DameVoir en ligne.