La révolte des paysans fut un important soulèvement populaire ayant eu lieu en Angleterre en 1381. La révolte fut causée par plusieurs facteurs dont les tensions économiques et sociales provoquées par la peste noire dans les années 1350, les taxes élevées nécessaires au financement de la guerre de Cent Ans contre la France et l'instabilité du pouvoir politique à Londres. L'événement déclencheur fut l'intervention de dont les tentatives pour collecter l'impôt par tête dans la ville de Brentwood dans l'Essex le se terminèrent par de violents affrontements qui se multiplièrent dans tout le Sud-Est de l'Angleterre. Une grande partie de la société rurale dont de nombreux artisans et représentants locaux se souleva pour exiger une réduction des taxes, la fin du servage et la démission des principaux conseillers du roi.
Inspirés par les sermons radicaux du prêtre John Ball et menés par Wat Tyler, plusieurs milliers de rebelles du Kent marchèrent sur Londres. Ils furent accueillis à Blackheath par des représentants du roi qui tentèrent sans succès de les persuader de rentrer chez eux. Le roi Richard II, alors âgé de seulement , se réfugia à la tour de Londres mais la plus grande partie de l'armée royale se trouvait à l'étranger ou dans le Nord de l'Angleterre. Le , les rebelles entrèrent dans Londres et, rejoints par les habitants de la ville, attaquèrent les prisons, incendièrent l'hôtel de Savoie et les et tuèrent toutes les personnes associées à l'autorité royale.. Richard II rencontra les rebelles à Mile End le lendemain et accepta la plupart de leurs revendications dont l'abolition du servage. Dans le même temps, les insurgés entrèrent dans la tour de Londres et tuèrent le lord chancelier Simon Sudbury et le trésorier Robert de Hales qui s'y trouvaient.
Le , Richard II quitta la ville pour rencontrer Tyler à Smithfield. Ce dernier fut tué lors d'une altercation avec le groupe du roi mais Richard II parvint à calmer la situation suffisamment longtemps pour que le maire de Londres William Walworth puisse rassembler une force de milice et disperser les rebelles. Le roi entreprit immédiatement de ramener l'ordre à Londres et annula les promesses qu'il avait faites. La révolte s'était alors étendue en Est-Anglie et de nombreux fonctionnaires royaux furent tués lors de l'attaque de l'université de Cambridge. L'insurrection continua jusqu'à l'intervention de l'évêque de Norwich Henri le Despenser, qui battit les rebelles à North Walsham le 25 ou le . Les troubles s'étendirent au nord jusqu'aux villes d'York, de Beverley et de Scarborough et à l'ouest jusqu'à Bridgwater dans le Somerset. Richard II mobilisa environ pour ramener l'ordre et la répression qui se poursuivit jusqu'en novembre fit près de victimes.
La révolte des paysans a fait l'objet de nombreuses études académiques et son interprétation a évolué au cours du temps. Auparavant considérée comme un tournant de l'histoire anglaise, les historiens estiment aujourd'hui que son impact économique et social fut assez limité et replacent cette insurrection dans le cadre plus global de la crise de la fin du Moyen Âge. Les auteurs marxistes comme William Morris avaient généralement une perception positive de cette révolte qui est devenue un important symbole pour la gauche britannique ; son image fut ainsi utilisée lors du débat sur l'instauration de la au Royaume-Uni dans les années 1980.
Contexte Économie vignette|alt=Enluminure médiévale représentant la peste|Victimes de la peste, Chronique de Gilles Li Muisis. Bibliothèque royale de Belgique, MS 13076-77, f. 24v. La révolte des paysans fut alimentée par les bouleversements économiques et sociaux du . Au début du siècle, la majorité des Anglais habitaient et travaillaient à la campagne dans le cadre d'une économie sophistiquée qui alimentait les villes et soutenait un prospère commerce international. La production était organisée autour de domaines fonciers contrôlés par l'aristocratie et le clergé. Certains paysans étaient des serfs non libres qui devaient travailler sur les terres de leur seigneur et si la répartition entre paysans libres et non libres variait suivant les régions d'Angleterre, il y avait relativement peu de serfs dans le Sud-Est. Certains serfs étaient nés non libres et ne pouvaient quitter leurs terres pour travailler ailleurs sans l'accord de leur seigneur ; d'autres acceptaient des limitations à leurs libertés en échange de la permission d'exploiter les terres du seigneur. La croissance démographique du et du début du réduisit les terres disponibles et renforça le pouvoir des propriétaires terriens.
En 1348, une épidémie de peste appelée peste noire ravagea l'Europe et tua entre 30 et 50 % de la population. Après une période d'effondrement de l'économie, l'Angleterre commença à s'adapter à la nouvelle situation. Le taux de mortalité dans la paysannerie signifiait que les terres devenaient soudainement abondantes tandis que la main d'œuvre s'était raréfiée. Les ouvriers pouvaient exiger de plus hauts salaires et les profits des propriétaires terriens furent affectés. Les réseaux commerciaux et financiers dans les villes furent également sévèrement touchés.
Les autorités répondirent au chaos avec des législations d'urgence comme l'ordonnance des travailleurs de 1349 et le statut des travailleurs de 1351. Ces textes tentaient de ramener les salaires aux niveaux d'avant la peste, criminalisaient le fait de refuser de travailler ou de rompre un contrat existant et imposaient des amendes aux contrevenants. La loi était appliquée par des juges de paix appartenant généralement à l'aristocratie locale. Même si ces lois étaient en théorie autant destinée aux ouvriers demandant de plus hauts salaires qu'aux employeurs tentés de faire des offres plus importantes que leurs concurrents, elles étaient en pratique uniquement appliquées aux ouvriers et de manière souvent arbitraire. La législation fut renforcée en 1361 et les condamnations pouvaient être le marquage au fer ou l'emprisonnement. Le gouvernement royal n'était jusque-là jamais intervenu de cette manière ou allié avec les propriétaires locaux d'une façon aussi évidente et impopulaire.
Dans les décennies qui suivirent la peste noire, les perspectives économiques pour la paysannerie anglaise s'étaient néanmoins nettement améliorées. Certains ouvriers devinrent des spécialistes dans des domaines qui leur étaient auparavant fermés et d'autres changèrent d'employeurs pour travailler dans des domaines plus riches. Ces évolutions furent accueillies avec enthousiasme dans le Sud-Est de l'Angleterre où le marché de Londres offrait de nombreuses perspectives aux agriculteurs et artisans. Les seigneurs locaux avaient le droit d'empêcher leurs serfs de quitter leurs propriétés mais beaucoup partirent pour travailler illégalement dans d'autres seigneuries. Les salaires continuèrent d'augmenter et entre les années 1340 et 1380, le pouvoir d'achat des ouvriers ruraux s'était accru de 40 %. Alors que la richesse des classes inférieures augmentait, le Parlement adopta de nouvelles lois pour les empêcher d'acheter des produits de luxe auparavant uniquement accessibles aux riches. Ces lois somptuaires se révélèrent inapplicables mais la législation sur le travail continua d'être appliquée avec fermeté.
Guerre et finances Une autre cause de la révolte de 1381 était le déroulement de la guerre avec la France. En 1337, Édouard III avait revendiqué le trône de France et déclenché un conflit qui fut appelé guerre de Cent Ans. Après plusieurs défaites, les Français menés par le roi Charles V reprirent l'ascendant après 1369 grâce à la supériorité de l'économie française et ils commencèrent à mener des raids contre les côtes du Sud de l'Angleterre. Dans les années 1370, le maintien des armées anglaises en France engendrait des frais militaires et économiques considérables ; les garnisons de Calais et de Brest coûtaient ainsi annuellement (environ 5,7 milliards de livres de 2012Valeurs calculées sur la base du PIB (share of GDP) en utilisant le site Measuring Worth.) tandis que les campagnes militaires pouvaient consommer (environ 8 milliards de livres 2012) en six mois. Édouard III mourut en 1377 et son petit-fils Richard II, alors âgé de 10 ans, lui succéda.
gauche|vignette|alt=Enluminure médiévale représentant des soldats en armure descendant de deux navires en direction de deux maisons au sommet d'une colline.|Débarquement de soldats anglais en Normandie durant la guerre de Cent Ans, 1380-1400. Richard II était conseillé par ses oncles, dont le plus important et le plus riche était Jean de Gand, et par les membres de l'administration de son grand-père. Ils furent confrontés à la problématique du financement de la guerre contre la France. Les impôts étaient alors levés ponctuellement par le Parlement pour répondre à des besoins spécifiques. Ce corps législatif comprenait la Chambre des lords composée de membres de l'aristocratie et du clergé et la Chambre des communes où siégeaient les représentants des chevaliers, des marchands et de la gentry. Ces impôts étaient généralement déterminés suivant les biens d'un foyer et leur augmentation affectait plus les membres de la Chambre des communes que ceux de la Chambre des lords. Pour compliquer la situation, les statistiques officielles utilisées pour collecter les impôts dataient d'avant la peste noire et ne correspondaient plus à la nouvelle situation économique du pays.
Juste avant la mort d'Édouard III, le Parlement avait introduit une nouvelle forme de taxation appelée l'impôt par tête à hauteur de quatre pence par personne de plus de 14 ans avec des déductions pour les couples mariés. Destiné à répartir le coût de la guerre sur une plus large assiette économique que les précédentes taxes, il se révéla extrêmement impopulaire mais permit de collecter (environ 5,4 milliards de livres de 2012). La situation militaire ne s'améliora pas et même si des emprunts forcés permirent d'accroître les recettes, le roi fut contraint de solliciter à nouveau le Parlement en 1379 pour obtenir de nouvelles rentrées d'argent. La Chambre des communes était favorable au jeune roi mais s'inquiétait de la somme demandée et de la gestion de l'argent par les conseillers royaux qu'elle suspectait de corruption. Un nouvel impôt par tête fut approuvé avec un barème répartissant la population en sept catégories. L'évasion fiscale fut un problème et elle ne permit de collecter que bien moins que les (environ 14 milliards de livres de 2012) escomptés.
En , le Parlement fut convoqué à Northampton. L'archevêque de Canterbury et nouveau lord chancelier, Simon Sudbury, l'informa de la dégradation de la situation militaire en France, de l'effondrement du commerce international et du risque de défaut souverain de la Couronne. La somme colossale de (environ 44 milliards de livres de 2012) était à présent nécessaire et les débats furent houleux entre le Parlement et le conseil royal. Le Parlement adopta un troisième impôt par tête à hauteur de 12 pence pour toute personne de plus de 15 ans sans exemption pour les couples mariés qui devait permettre de lever . Ce troisième impôt par tête était très impopulaire et de nombreux habitants du Sud-Est l'évitèrent en refusant de s'enregistrer. Le conseil royal nomma de nouveaux commissaires en pour interroger les fonctionnaires locaux afin d'essayer d'identifier les contrevenants. Les pouvoirs extraordinaires de ces équipes d'enquêteurs et leur zèle dans les communautés rurales accrurent encore plus les tensions sur ces nouveaux impôts.
Montée des tensions vignette|alt=Enluminure médiévale représentant un enclos où des brebis sont traits par deux femmes. Deux autres femmes s'éloignent en portant des récipients, probablement remplis de lait, sur la tête. |Élevage de moutons, psautier de Luttrell, 1320-1340.