Les Annales royales assyriennes sont des textes racontant essentiellement les campagnes militaires entreprises par les souverains d'Assyrie, année par année. Elles apparaissent à l'époque médio-assyrienne (s av. J.-C.), avec le développement de l'idéologie royale dans ce pays, peut-être sous l'influence des annales royales hittites, qui existaient déjà à cette même époque. Les inscriptions royales assyriennes se développent sous les règnes des grands rois du (Salmanazar , Tukulti-Ninurta ), mais le premier exemple d'annale au sens propre du terme apparaît sous le règne de Teglath-Phalasar (1114-1076). Le modèle n'est ensuite repris que par les rois des débuts de l'époque néo-assyrienne, Teglath-Phalasar II et son fils Assurnasirpal II (). Par la suite, tous les grands rois assyriens font de même.

Le support sur lequel les annales étaient gravées peut varier. Du fait de leur longueur, on privilégiait plutôt des prismes ou des cônes d'argiles plutôt que de simples tablettes. Quand on voulait les exposer à la vue des gens, on les gravait sur des stèles, ou même sur les murs des palais, accompagnées parfois de longs bas-reliefs qui les illustraient. À Dur-Sharrukin, on a retrouvé des textes d'annales rédigés sur le revers des orthostates placées contre les murs du palais royal. Ils étaient probablement destinés à des lecteurs appartenant au monde divin.

Les annales étaient écrites à la première personne, comme un récit relaté par le roi en personne, qui se présente comme ayant été celui qui a mené ses troupes à la victoire. Dans les faits, il arrivait souvent que les souverains ne mènent pas eux-mêmes leurs troupes aux combats. Ces textes étaient avant tout destinés à glorifier la figure royale, et donc les défaites que subissait l'armée assyrienne sont passées sous silence, quand on ne les transforme pas en victoires comme dans le cas de la bataille de Qarqar, perdue par Salmanazar III, qui la célèbre pourtant comme une victoire. De ce fait, si elles constituent une source très importante pour connaître l'histoire de l'Assyrie, on ne doit jamais perdre de vue que les annales royales restent des textes idéologiques.Exemple d'une inscription royale néo-assyrienne : le prisme Thompson relatant les annales de Sennachérib :

(Je suis) Sennacherib, grand roi, roi puissant, roi de l'univers, roi d'Assyrie, roi des Quatre Régions, pasteur expérimenté, favori des grands dieux, protecteur de la justice, qui aime l'équité, qui donne assistance, qui va au secours des faibles, se tourne vers le bien, jeune homme parfait, mâle vaillant, premier de tous les princes, joug qui contrôle les insoumis, qui foudroie les ennemis. Assur, le Grand Mont, m'a conféré une royauté sans égale et magnifié mes armes - au-delà de tous ceux qui siègent sur des trônes. Depuis la mer supérieure où se couche le Soleil jusqu'à la mer inférieure où se lève le Soleil, il a fait se courber sous mes pieds l'ensemble des Têtes Noires. Alors, les princes obstinés ont craint mon combat, ils ont abandonné leurs établissements et se sont envolés seuls en un lieu inaccessible comme des chauves-souris, les oiseaux des crevasses.

Au cours de ma première campagne (= 703 avant J.-C.), comme j'avais vaincu Mérodach-Baladan, le roi de Kardunias, ainsi que les troupes élamites, ses alliés, dans les environs de la ville de Kis, il abandonna son camp en plein milieu de cette bataille, et s'enfuit tout seul pour sauver sa vie. Les chars, les chevaux, les chariots et les mules qu'il avait abandonnés dans la mêlée du combat, je m'en emparai de mes propres mains. J'entrai joyeusement dans Babylone et j'ouvris son trésor: j'en fis sortir de l'or, de l'argent, des ustensiles en or et en argent, des pierres précieuses, toutes sortes de biens et possessions, innombrables, un lourd tribut, les femmes de sa cour, les courtisans, les serviteurs, les musiciens et les musiciennes, le cercle des savants, autant qu'il y en a, les domestiques de son palais, et je les comptai parmi le butin. Grâce à la force d'Assur, mon seigneur, j'assiégeai 75 villes, des forteresses du pays des Chaldéens, ainsi que 420 petites cités, je les ai conquises et j'ai emmené leur butin. Les Arabes, les Araméens et les Chaldéens, qui se trouvaient dans les villes d'Uruk, de Nippur, de Kis, de Hursagkalamma, de Cutha et de Sippar, ainsi que les citadins coupables, je les ai fait sortir et les ai comptés parmi le butin. Pendant mon retour, les tribus de Tu'muna, Rihihu, Yadaqqu, Ubudu, Kiprê, Malabu, Gurumu, Ubulu, Damunu, Gambulu, Hindaru, Rü'a, Puqudu, Hamdânu, Hagarânu, Nabatu, Li'ta'u, des Araméens insoumis, je les ai conquis tous ensemble et j'ai emmené 208 000 personnes, petits et grands, hommes et femmes, des chevaux, des mules, des ânes, des chameaux, des bœ ufs et du petit bétail innombrable, un lourd butin, vers le pays d'Assur. Au passage de mon expédition, je reçus de Nabû-bël-sumâti, le préfet de la ville de Hararâte, de l'or, de l'argent, des arbres de Magan de grande taille, des ânes, des chameaux, des bœ ufs et du petit bétail, son imposant cadeau de bienvenue. Je passai par les armes la population de la ville de Hirimmu, un dangereux ennemi, - je n'en épargnai pas un seul- ,je suspendis leurs corps à des pieux et j'en entourai la ville. Je réorganisai complètement cette province:je fixai 1 bœuf, 10 béliers, 10 ânées de vin (ou de raisins), 20 ânées de dattes, comme offrande de prémisses aux dieux d'Assyrie, mes seigneurs, pour l'éternité.

Au cours de ma deuxième campagne, mon seigneur Assur m'a donné confiance et j'ai marché vers le pays des Kassites et le pays des Yasubi-gallâ, qui ne s'étaient jamais soumis aux rois, mes pères, depuis toujours. Au milieu des montagnes escarpées, j'ai chevauché à cheval dans un terrain pénible et fait porter mon char personnel sur les nuques (des soldats). Dans les passages difficiles, je m'élançais partout à pied comme un auroch. J'ai assiégé les villes de Bît-Kilamzah, Hardispi et Bït-Kubatti, leurs villes et puissantes forteresses, et je les ai conquises. J'en fis sortir les gens, les chevaux, les mules, les ânes, les bœ ufs et le petit bétail et je les ai comptés parmi le butin. Quant à leurs innombrables petits villages, je les ai détruits et démolis, je les ai transformés en ruines. Les pavillons et les tentes, leurs habitations, j'y ai mis le feu et j'en ai fait des torches. De cette ville de Bït-Kilamzah, je fis à nouveau une ville fortifiée. Je renforçai ses remparts bien plus qu'auparavant et j'y installai les gens des pays que j'avais conquis de mes mains. Je fis redescendre les gens des tribus kassites et des Yasubi-gallâ, qui avaient pris la fuite devant mes armes, depuis le fond des montagnes et je les installai dans les villes de Hardispi et de Bït-Kubatti. Je les mis entre les mains de mon eunuque, le gouverneur de la ville d'Arrapha. Je fis faire une stèle, j'y fis graver la glorieuse conquête que je leur avais moi-même infligée et je l'érigeai au centre de la ville. Je tournai la face de mon joug et je pris la route du pays d'Ellipi. A mon approche, leur roi, Ispabâra, abandonna ses villes fortes et son trésor et s'enfuit en des régions lointaines. Je submergeai la totalité de son pays comme un nuage. Les villes de Mar'ubisti et Akkuddu, les villes qui sont ses capitales, ainsi que 34 petits villages de leurs environs, je les ai assiégés, conquis, détruits et démolis. Je les ai incendiés et j'ai emmené comme butin les gens, petits et grands, hommes et femmes, des chevaux, des mules, des ânes, des chameaux, des bœ ufs et du petit bétail impossible à compter. Je le réduisis à néant et j'amoindris son pays. Les villes de Sisirtu et de Kummahlum, des villes fortes, ainsi que les petits villages des environs, le pays de Bït-Barrû, la province tout entière, je les ai détachés de son pays et ajoutés aux frontières de l'Assyrie. Je fis de la ville d'Elenzas la capitale et la forteresse de cette province, je modifiai son ancien nom et je la nommai Kâr -Sennacherib, J'y installai les gens que j'avais conquis de mes mains, je les confiai à mon eunuque, le gouverneur de la ville de Harhar et j'élargis ainsi mon pays. Pendant mon retour, je reçus l'important tribut du pays des Mèdes lointains, dont aucun parmi les rois, mes pères, n'avait jamais entendu le nom. Je les soumis à mon joug souverain.