vignette|Évacuateur de crues en marche de l'aménagement Robert-Bourrassa, lors de son inauguration le 27 octobre 1979. |350x350px thumb|Évacuateur de crues du barrage Robert-Bourassa.|350x350px thumb|Intérieur de la centrale Robert-Bourassa.|350x350pxAu Québec (Canada), le projet de la Baie-James désigne une série d'aménagements hydroélectriques construits pour Hydro-Québec par la Société d'énergie de la Baie James dans le bassin versant de la Grande Rivière et d'autres rivières du Nord-du-Québec depuis 1973. La puissance installée des neuf centrales en service atteint (MW) à la fin de 2010. Deux centrales, Eastmain-1-A () et de la Sarcelle () portent la capacité du complexe à en 2012. La puissance installée du complexe équivaut à celle de toutes les centrales électriques d'un pays comme la Belgique.
La construction du complexe hydroélectrique a nécessité d'importantes modifications au cours de plusieurs des principales rivières du nord du Québec. Au nord-est, le bassin supérieur de la rivière Caniapiscau et une partie du bassin de la Grande rivière de la Baleine sont dérivés vers La Grande Rivière par le détournement Laforge. Au sud-est, une partie des débits des rivières Sakami, Opinaca, Eastmain et Rupert alimentent le réservoir Robert-Bourassa et les nouvelles centrales de l'Eastmain.
Avec la plus récente dérivation en , les centrales du complexe La Grande comme il est officiellement nommé, bénéficient des apports d'eau d'un bassin versant aménagé d'une superficie légèrement supérieure à en additionnant les bassins de La Grande Rivière , de la rivière Caniapiscau , de la Grande rivière de la Baleine , de la rivière Eastmain et de la Rupert .
Les travaux d'aménagement se sont déroulés en trois phases. La première, de 1973 à 1985 comprenait l'aménagement des trois plus grandes centrales du complexe et les détournements Caniapiscau et Eastmain-Opinaca-La Grande (EOL). La seconde, réalisée entre 1987 et 1996, ajoutait cinq centrales, y compris la centrale La Grande-1, le suréquipement de La Grande-2 et trois centrales dans le secteur compris entre le réservoir de Caniapiscau et le réservoir de La Grande-4. La dernière, amorcée en 2002, consiste en l'aménagement de trois nouvelles centrales, Eastmain-1, Eastmain-1-A et de la Sarcelle, ainsi que dérivation Rupert. thumb|right|upright=1.5|Projet de la Baie-James, 1972-2006.
Situation géographique
La région de la Baie-James, ou Jamésie est un territoire de — équivalent à 20 % du territoire du Québec ou aux deux tiers de la superficie de la France — bordé par les de latitude Nord, par la baie James à l’ouest et la ligne de partage des eaux entre les bassins versants de la baie James et du fleuve Saint-Laurent à l'est. Le relief de la région est peu prononcé et se compose de trois régions : une plaine côtière de , un plateau ondulé qui atteint une élévation maximale de et les monts Otish à l'est du territoire, dont les sommets atteignent de 900 à .
Le territoire fait partie du Bouclier canadien et repose sur un socle de roches ignées et métamorphiques datant du précambrien. Le relief a été façonné par les glaciations, dont la plus récente s'est terminée il y a moins de . Le retrait des glaciers a laissé plusieurs dépôts de matériaux meubles : de la moraine, de l'argile silteuse et des sables fins. Le processus normal d'érosion a ensuite façonné le réseau hydrographique actuel.
La sismicité naturelle du territoire est faible. Un tremblement de terre d'une magnitude de 5 à l'échelle de Richter est survenu en 1941 ; son épicentre était situé à environ de la centrale LG-3. On a cependant mesuré des épisodes de sismicité induite lors du remplissage des réservoirs. Ainsi, le remplissage du réservoir de LG-3 a provoqué des tremblements de terre dans une région située à en amont du barrage principal. Une de ces secousses a atteint une magnitude proche de 4 en 1983.
Le climat de la région est de type subarctique. Les hivers sont longs et durent, en moyenne, du au . Les étés sont courts et doux ; la température y atteint en moyenne en juillet, alors qu'elle descend à en janvier. La région enregistre des précipitations moyennes de par année, dont un tiers sous forme de neige. Les plus fortes précipitations mensuelles se produisent en été et l'épaisseur de neige en hiver varie de 50 à . Il s'agit de précipitations nettement moindres que celles enregistrées à Montréal, qui reçoit une moyenne annuelle de .
Historique Explorations
Bien que la Commission des eaux courantes de Québec ait procédé à des études pour évaluer le potentiel des rivières du nord du Québec en 1914 et 1934, les premières études sur l'aménagement des rivières de la baie James sont effectuées dans les années 1950 par l'équipe dirigée par H. M. Finlayson pour le compte de la Shawinigan Water and Power Company. À cette époque, les responsables de la Shawinigan exploraient la possibilité de détourner des eaux qui se jettent dans la baie James, vers le Saint-Maurice et le bassin hydrographique du Saint-Laurent.
En achetant la Shawinigan en 1963, Hydro-Québec devient l'employeur de Finlayson et hérite de ses études préliminaires sur le potentiel hydroélectrique des rivières de la Baie-James. Finlayson publie en 1964 une étude sur le potentiel des rivières du Québec septentrional, laquelle est suivie d'une série d'études du service des avant-projets de la société d'État.
À compter de 1967, on s'intéresse particulièrement aux trois rivières du sud du territoire, les rivières Nottaway, Broadback et Rupert. Connu sous le nom de complexe NBR, des études recommandent la dérivation des deux premières rivières dans la Rupert, sur laquelle seraient érigées sept centrales hydroélectriques d'une puissance combinée de .
Le projet du siècle thumb|La rivière La Grande, près de Radisson. Au tournant des années 1970, Hydro-Québec appréhende une augmentation de la demande de au cours des dix prochaines années. Les mises en service prévues au complexe Manic-Outardes et à la centrale de Churchill Falls étant insuffisantes pour répondre à la demande prévue en 1980, les pouvoirs publics doivent choisir entre le développement de l'hydroélectricité ou la construction de centrales nucléaires.
Les partisans des deux camps y vont de leurs arguments et le débat se transporte à l'Assemblée nationale du Québec, le . Attentif, le député de Mercier et candidat à la direction du Parti libéral du Québec, Robert Bourassa questionne le commissaire Robert A. Boyd au sujet des plans d'Hydro-Québec afin de répondre à la demande prévue. Comme Roland Giroux, nouvellement nommé à titre de président, Boyd favorise l'hydroélectricité et sa réponse est sans équivoque: «Ce sera la Baie James».
Bourassa fait sienne l'idée de développer le potentiel hydroélectrique du Nord et remporte le congrès à la direction libérale. Quelques mois plus tard, il mène son parti à la victoire lors de l'élection générale du 29 avril 1970 et place le développement de la Baie James parmi ses priorités.
En , le service des projets d'Hydro-Québec et deux firmes d'ingénieurs externes, Asselin, Benoît, Boucher, Ducharme et Lapointe (ABBDL) et Rousseau, Sauvé, Warren (RSW) de Montréal reçoivent le mandat de préparer des études de faisabilité des complexes NBR, Eastmain et La Grande. C'est à l'insistance d'un des associés de RSW et ancien ingénieur-chef d'Hydro-Québec, François Rousseau, que l'aménagement de La Grande Rivière est ajouté à la liste des projets évalués.
Le , Robert Bourassa profite d'un rassemblement partisan au petit Colisée de Québec pour dévoiler ce qu'on qualifiera de «projet du siècle», le développement du potentiel hydroélectrique de la région de la Baie James au coût de «cinq ou six milliards de dollars».
Décisions Lorsque Robert Bourassa annonce la construction du projet de la Baie James, le premier ministre prend bien soin de ne pas préciser les rivières sur lesquelles le complexe serait érigé. Une nouvelle série d'études sont commandées en 1971 pendant que l'Assemblée nationale discute du projet de loi 50 qui crée la Société de développement de la Baie James, un organisme paragouvernemental chargé d'administrer le développement du territoire sur le modèle de la Tennessee Valley Authority.
Parmi les opposants à la loi figure Hydro-Québec, qui accepte mal de ne pas avoir carte blanche pour mener à bien l'aménagement hydroélectrique sur le territoire visé par le projet de loi. Cette situation est résolue en avec la création de la Société d'énergie de la Baie James (SEBJ), une filiale de la SDBJ dont Hydro-Québec détient la majorité des actions. La SEBJ deviendra une filiale à 100 % d'Hydro-Québec à compter de 1978.
La décision finale de construire le complexe sur La Grande Rivière a été prise en , une fois que les ingénieurs eurent déterminé que les coûts actualisés de NBR seraient plus élevés en raison de la présence de sols argileux plutôt qu'une solide assise de roc, comme à La Grande.
Le jugement Malouf et l'arrêt temporaire des travaux Le , le juge Albert Malouf de la Cour supérieure du Québec émet une injonction interlocutoire contre le gouvernement du Québec dirigé par Robert Bourassa afin qu'il cesse tous travaux de construction des chantiers de la Baie-James, et ce, suivant une action en justice menée par les Cris du Québec, mécontents de voir ces projets changer irrémédiablement leur mode de vie. Le procès, débuté en , fait entendre un total de 167 témoinsGagnon, André (1973). "La Baie-James indienne, texte intégral du jugement du juge Albert Malouf", Saint-Lambert, Éditions du jour, .
Origine du jugement L’origine du jugement est une demande d'injonction déposée par des Cris du Québec devant la Cour supérieure afin de faire cesser les travaux reliés au projet hydroélectrique de la Baie-James, au motif qu'ils portent atteinte aux droits traditionnels des Cris comme la trappe, la chasse et la pêche. Une ordonnance d'injonction interlocutoire est émise et cause la suspension des travaux, dans l'attente qu'une décision finale de la Cour se prononce sur la demande principale par laquelle les Cris recherchent notamment une injonction permanente pour faire définitivement cesser les travaux. Les Cris revendiquaient le territoire où démarrait le projet du siècle selon les membres du gouvernement libéral de Robert Bourassa. Pour saisir l’enjeu, il faut comprendre que les Cris sont les descendants des peuples qui habitaient le territoire de la Baie-James depuis plus de ans. La preuve est administrée avec le dépôt de plusieurs registres de baptêmes, de mariages et de sépultures. Les Cris soutiennent que le gouvernement du Québec ne peut sans autorisation développer de projets sur des territoires qui appartiennent aux Cris. La notion de la propriété du territoire est toutefois perçue différemment du côté du gouvernement québécois. Les Cris sont convaincus que personne ne peut développer, voire exploiter, leur territoire sans redevances, mais le gouvernement québécois tente de prouver le contraireMercier, Guy et Gilles Rithcot (1997). "La Baie James. Les dessous d'une rencontre que la bureaucratie n'avait pas prévue", Cahiers de géographie du Québec, Volume 41, Numéro 113, . Pourtant, selon la Loi à l’effet d’étendre les frontières de la Province de Québec de 1912, le gouvernement Bourassa s’engageait à reconnaître les droits des habitants sauvagesMercier, Guy et Ritchot Gilles (1997) "La Baie James. Les dessous d'une rencontre que la bureaucratie n'avait pas prévue." Cahiers de géographie du Québec, Volume 41, Numéro 113, . Le juge Malouf conclut que les autochtones ont démontré qu'il y avait apparence de droit quant à leurs droits ancestraux et à leur propriétéMercier, Guy et Ritchot Gilles (1997) "La Baie James. Les dessous d'une rencontre que la bureaucratie n'avait pas prévue." Cahiers de géographie du Québec, Volume 41, Numéro 113, . vignette|droite|Centrale Manic-5