L’ordre de la Libération est un ordre français, créé par le général de Gaulle en 1940 et destiné lors de la Seconde Guerre mondiale.
C'est le deuxième ordre national français après celui de la Légion d'honneur, et il ne comporte qu'un seul grade. Il est forclos depuis 1946, et seules ont été accordées, à des personnes, unités militaires et communes, en récompense de hauts faits accomplis pour la Libération. Ses titulaires ont droit au titre de compagnon de la Libération.
L'insigne de l'ordre est la croix de Lorraine, et il porte au revers la devise : (). Le ruban vert et noir symbolise l'état de la France en 1940, alliant le noir du deuil au vert de l'espérance.
Dans l'ordre de préséance des décorations en France, la croix de la Libération est portée immédiatement après la Légion d'honneur et avant la médaille militairePrésentation des différentes catégories de décorations, site legiondhonneur.fr..
Histoire Après la bataille de Dakar le , le général de Gaulle échoue à rallier l'Afrique-Occidentale française (à la différence de l'Afrique-Équatoriale française) et comprend que la Libération de la France sera longue. C'est dans ce contexte qu'il crée l'ordre de la Libération le Ordonnance du créant l'Ordre de la Libération, JOFL, , , . à Brazzaville (république du Congo), pour récompenser les personnes ou collectivités qui se distinguent pour la libération de la France. À l'origine, le général de Gaulle pensait nommer les titulaires de cette décoration « croisés de la Libération » (il fait part de cette intention dans un télégramme du au colonel Fontaine.). Mais, sur les conseils de René Cassin, qui souligne notamment la présence de musulmans et de juifs dans les rangs de la France libre., le terme emphatique et désuet, référence aux croisades, est abandonné au profit de compagnons de la Libération..
Dès le , les cinq premiers compagnons de la Libération sont nommés et forment ainsi le premier conseil de l'ordre. Ce sont Henri Bouquillard, Félix Éboué, Emmanuel d'Harcourt, Edmond Popieul, et Georges Thierry d'ArgenlieuDécret du réglant l'organisation de l'Ordre de la Libération, JOFL, , , .. Il conçoit cet ordre comme un ordre religieux, en nommant comme premier chancelier de l'ordre l'amiral d'Argenlieu, ancien responsable des Carmes de Paris..
Seules , cinq communes et dix-huit unités combattantes se sont vu attribuer cette décoration entre et .
En quittant le pouvoir en , le général de Gaulle signe un décret de forclusion qui met fin à l'attribution de la croix de la Libération (décret du )., car le but de la libération est atteint. Ce n'est qu'en deux occasions exceptionnelles que l'ordre sera rouvert par son grand maître, le général de Gaulle. L'une en 1958 pour Winston Churchill, premier ministre du Royaume-Uni, et l'autre à titre posthume en 1960 pour , roi du Royaume-Uni..
L'ordre prévoyait dans ses statuts que le dernier compagnon détenteur sera enterré au mémorial de la France combattante du mont Valérien, dans le caveau .. Il s'agit d'Hubert Germain qui est inhumé le dans la crypte, un mois après sa mort, à l'occasion des commémorations de ce jour.
À compter du , le Conseil national des communes « Compagnon de la Libération », établissement public créé par une loi de 1999Loi du créant le Conseil national des communes « Compagnon de la Libération », JORF, , , , NOR DEFX9700024L ; dossier législatif sur le site du Sénat., succède au Conseil de l'ordre dans la gestion de celui-ci. Le chancelier Fred Moore devient alors délégué nationalDécret du portant nomination du délégué national du Conseil national des communes « Compagnon de la Libération » - (Fred), JORF, , , , texte , NOR JUSX1239099D..
En , l'ordre est placé sous la protection du président de la République.
Insigne vignette|La miniature de la croix de la libération. L'insigne de l'ordre est la croix de la Libération dont le dessin fut réalisé par le capitaine des Forces françaises libres Tony Mella : elle est faite d'un écu de bronze poli rectangulaire de de haut sur de large, portant un glaive en pal de de haut sur de large, dépassant en haut et en bas, surchargé d'une croix de Lorraine noire.
Les couleurs du ruban qui ont été choisies par le général de Gaulle sont le noir, exprimant le deuil de la France opprimée par les envahisseurs, et le vert, exprimant l'espérance de la Victoire. Par le message transmis, elles s'inspirent grandement de la médaille commémorative de la guerre 1870-1871 que le père du général, Henri de Gaulle avait lui-même reçu. Il y eut deux modèles de ruban, le premier, à bandes noires placées en diagonale, à l'anglaise, est décerné jusqu'en -. Il est remplacé ensuite par le ruban définitif à bandes verticales.
Au revers de l'écu est inscrite la devise latine (« En servant la Patrie, il a remporté la victoire »).
Il se porte sur la poitrine, à gauche, juste après la Légion d'honneur et avant la médaille militaire.
La maquette de la croix fut réalisée par la succursale londonienne du joaillier Cartier. Les premières croix sont fabriquées par la maison John Pinches à Londres. Selon des documents découverts récemment par des chercheurs, et contrairement à une croyance répandue, la Monnaie de Paris n'a pas récupéré le stock du fabricant Pinches de Londres (qui avait encore cet ordre dans son catalogue de vente après-guerre) mais le petit stock de croix de fabrication Pinches, ainsi que les matrices ayant servi à la fabrication des croix Pinches, détenues par le cabinet du Général de Gaulle. C'est donc à partir de ces matrices que la Monnaie de Paris a repris la fabrication des Croix de la Libération fin 1945 en les marquant avec son poinçon « corne d'abondance » suivi de la mention « BRONZE » puis « BR », d'où la confusion.
vignette|redresse|Le de la croix de la libération.
Outre les fabrications locales plus ou moins artisanales dans les divers territoires ralliés à la France libre (Afrique, Moyen-Orient par exemple), bon nombre de fabricants ont créé leurs propres modèles plus ou moins fidèles aux modèles de référence du fabricant Pinches puis de la Monnaie de Paris. Les spécialistes de cette décoration en ont recensé différents : moulages et surmoulages des modèles de référence précités, modèles de fabricants privés (Aubert, René, Bacqueville, Mourgeon, etc.), variantes avec la croix de Lorraine ni laquée, ni émaillée, ni peinte ; croix de Lorraine peinte en marron - et non noir comme ce fut la généralité, etc.
Fourragère vignette|redresse|Fourragère de l'Ordre
Par un arrêté du Arrêté du portant création de la fourragère de l'ordre de la Libération, JORF, 75, , 4740, NOR DEFM9601184A., le ministre de la Défense a créé la fourragère de l'ordre de la Libération destinée à pérenniser cet ordre et à préserver de l'oubli, le souvenir des Compagnons de la Libération.
Le , au mont Valérien, lors de la cérémonie traditionnelle commémorant l'appel du , le président de la République, Jacques Chirac, a remis aux chefs de corps des compagnon de la Libération (ou héritières du patrimoine d'unités compagnon) la fourragère aux couleurs vert et noir de l'ordre de la Libération :
Unité actuelle portant la fourragère Unité titulaire de la croix de la Libération dont elle hérité du patrimoine Armée de terre de parachutistes d'infanterie de marine de chasseurs parachutistes de Légion étrangère Régiment d'infanterie de marine du Pacifique - Nouvelle-Calédonie Bataillon d'infanterie de marine et du Pacifique BIMP Régiment d'infanterie de marine du Pacifique - Polynésie Régiment de marche du Tchad RMT régiment de marche du Tchad régiment de marche du Tchad d'infanterie de marine d'infanterie coloniale de spahis de marche de spahis marocains de chars de combat d'artillerie de marine d'artillerie coloniale d'artillerie de marine / d'artillerie coloniale / Marine nationale Sous-marin nucléaire d'attaque Rubis Sous-marin Rubis Frégate Aconit Corvette Aconit École des fusiliers marins EFM de fusiliers marins Armée de l'air Escadron de chasse 2/30 Normandie-Niémen Groupe de chasse Normandie Escadron de chasse 1/30 Alsace Groupe de chasse Alsace Escadron de chasse 2/5 Île-de-France Groupe de chasse Île-de-France Escadron de chasse 3/33 Lorraine Groupe de bombardement Lorraine
Ont droit au port de cette fourragère tous les membres des unités militaires concernées ainsi que deux exceptions : les membres d'équipage du porte-avions Charles de Gaulle (depuis le ) et les militaires issus des régiments de la DGSE, c'est-à-dire le d'infanterie (depuis le ).
Le , la ministre des Armées, madame Florence Parly, a remis solennellement à la première année de l'École de l'air le fanion de l'Escadrille française de chasse n°1, il s'agit de la . L'EFC1 est ainsi désormais réactivée au sein des armées. Les élèves officiers de première année héritent donc des traditions de l'EFC1 et portent ainsi pendant un an la fourragère de l’Ordre de la Libération.
Le , aux Invalides, la ministre des Armées, madame Florence Parly a remis aux élèves du de l'École spéciale militaire de Saint-Cyr (ESM Saint-Cyr) la fourragère. Ils ont été autorisés à la porter temporairement durant la troisième année de leur scolarité, lorsqu'ils étaient au . Leur promotion, la promotion Compagnons de la Libération (2018-2021), bénéficia d'une dérogation exceptionnelle pour arborer la fourragère de l'Ordre de la Libération pendant une année.
Le , un arrêtéArrêté du modifiant l'arrêté du portant création de la fourragère de l'ordre de la Libération, JORF, 172, , texte 13, NOR ARMP2017330A. complète ainsi la liste des unités autorisées à porter la fourragère :
Armée de terre : Centre d'instruction des réserves parachutistes de Romainville, Centre parachutiste d'entraînement spécialisé de Saran, Centre parachutiste d'instruction spécialisée de Perpignan, Centre parachutiste d'entraînement aux opérations maritimes de Roscanvel, d'infanterie, Marine nationale : Porte-avions nucléaire Charles de Gaulle, à titre dérogatoire, Bâtiment de soutien à la plongée Alizé basé à Toulon, Armée de l'air : Escadron de formation de l'école de l'air, héritier du compagnonnage de l'escadrille française de chasse 1, Groupe aérien mixte 56 Vaucluse basé à Évreux.
Organisation Grand maître vignette|Le collier de grand maître de l'ordre de la libération, conservé au musée de l'armée. Le général de Gaulle fut le seul et unique grand maître de l'ordre. Très attaché à cette distinction, il reçoit le collier de grand maître, insigne de sa fonction, le . Il porte le collier de grand maître de l'ordre sur sa photographie officielle de président de la République, au lieu du grand collier de la Légion d'honneur, dont il est alors également le grand maître en tant que président de la République. Le collier est réalisé par Gilbert Poillerat, il est inspiré de celui de l'ordre de Saint-Michel et est composé de neuf maillons d'or, reliés par des croix de Lorraine en émail vert et deux glaives entrecroisés, où sont gravés le nom de la France ainsi que les de l'empire colonial. Il est exposé au musée de l'ordre de la Libération.
Le , à la mort du général de Gaulle, le conseil de l'ordre de la Libération décide qu'il n'aura pas de successeur.
Chanceliers puis délégués nationaux
De à , huit chanceliers se sont succédé : Amiral Georges Thierry d'Argenlieu (1941-1958) ; Général de division François Ingold (1958-1962) ; Claude Hettier de Boislambert (1962-1978) ; Général d'armée Jean Simon (1978-2002) ; Général d'armée Alain de Boissieu (2002-2006) ; Pierre Messmer (2006-2007) ; François Jacob (2007-2011) ; Fred Moore (2011-2012), chancelier d'honneur (2012-2017) ; Daniel Cordier, chancelier d'honneur (2017-2020) ; Hubert Germain, chancelier d'honneur (2020-2021).
Depuis , la fonction est délégué national du Conseil national des communes « compagnon de la Libération » : Fred Moore (2012-2017) ; Général de division Christian Baptiste (depuis 2017-2025) ; Général d'armée Thierry Burkhard (depuis 2025).
Secrétaires généraux