Le Clan des Siciliens est un film français co-écrit, produit et réalisé par Henri Verneuil et sorti en 1969.

Adaptation du roman du même nom d'Auguste Le Breton, paru deux ans plus tôt, scénarisé par Verneuil avec José Giovanni et Pierre Pelegri, le long-métrage, qui met en vedette Jean Gabin, Alain Delon et Lino Ventura, narre l'histoire d'un jeune truand récemment évadé qui s'associe avec le chef d'une famille mafieuse sicilienne afin de mettre en place un audacieux vol de bijoux, tout en étant poursuivi par un commissaire de police tenace avec lequel il a déjà eu maille à partir.

Produit par la 20th Century Fox et doté d'un budget confortable, le film réunit pour la première et unique fois Gabin, Delon et Ventura sur une affiche, bien qu'ayant déjà tourné avec l'un ou l'autre sur d'autres films, notamment sous la direction de Verneuil, ce qui constitue un événement. La musique est signée par Ennio Morricone.

Tourné durant quatre mois entre mars et essentiellement en France, avec des scènes en Italie et aux États-Unis, le film sort dans les salles françaises en décembre de la même année et remporte un succès important avec 4,8 millions d'entrées, lui permettant de se hisser à la troisième place du box-office français. Il est considéré comme l'un des grands classiques du polar français.

Synopsis À Paris, Roger Sartet, voleur de bijoux incarcéré pour avoir abattu deux policiers, est emmené au Palais de Justice pour entendre le récapitulatif du juge d'instruction. Auparavant, Aldo et Sergio Manalese, membres d'une famille mafieuse sicilienne dirigée par Vittorio Manalese, le patriarche, se font passer pour un gendarme et un prisonnier afin de glisser discrètement une petite scie à métaux, électrique et portative, dans la poche du manteau de Sartet.

Après son audition, Sartet remonte dans le fourgon cellulaire qui le conduit vers la prison de Fresnes. Durant le trajet, le malfrat découpe le plancher en métal de son compartiment et s'en échappe, au nez et à la barbe des gendarmes, grâce à une diversion d'autres membres du clan Manalese ayant provoqué un embouteillage. Son évasion déclenche la colère du commissaire Le Goff, qui l'a traqué et capturé lors du cambriolage au cours duquel il a tué ses deux collègues.

Après l'évasion, Monique, la sœur de Sartet, remet à Aldo un paquet contenant des timbres de grande valeur, en paiement du travail effectué. Le fugitif est emmené chez les Manalese, en bordure du canal Saint-Martin et rencontre Vittorio. Sartet lui propose un coup : voler la collection de bijoux exposée à la Galerie Borghèse de Rome. En effet, Sartet a partagé la cellule de l'ingénieur concepteur du système de sécurité des lieux, avec lequel il s'est lié d'amitié et qui lui a donné les détails de l'exposition.

Pour mettre au point ce plan, Vittorio fait appel à un vieil ami et complice new-yorkais, Tony Nicosia. Tony retrouve Vittorio à Rome et le duo visite les lieux. Tony fait comprendre à Vittorio que le casse est infaisable dans la Galerie et propose un autre moyen de dérober les bijoux : voler le butin durant le transfert de la collection en avion vers New York. Pour ce faire, Nicosia envoie l'un de ses sbires, Jack, pilote d'avion porté sur la boisson.

Au même moment, Le Goff continue la traque de Sartet, qui a échappé de peu à son arrestation dans une chambre d'hôtel, avec une prostituée, par le commissaire et ses hommes. Devinant que le fugitif a besoin de faux papiers pour quitter le pays, il mène une enquête qui le mène jusqu'aux Manalese et à leur entreprise de jeux d'arcade qui sert de couverture à leurs activités illégales. Tandis que Le Goff interroge Vittorio, Sartet quitte les lieux en voiture avec Aldo.

Jeanne, la femme d'Aldo et la seule Française du clan, est irrésistiblement attirée par Sartet. Installée avec lui pour la préparation du casse dans une maison près de la frontière italienne, Jeanne aguiche ce dernier en bronzant nue. Sartet s'approche de Jeanne et l'embrasse fougueusement, quand Roberto, petit-fils de Vittorio et fils de Luigi, gendre de Vittorio, les surprend. Jeanne lui fait promettre de ne rien dire à ce sujet.

À Rome, Sartet assassine probablement Edward Evans (le sort d'Evans n'est pas précisé dans le film)Quelques questions restent posées, comme celle de savoir ce qu'est devenu ce brave Monsieur Evans, agent d'assurance…, assureur chargé du convoi des diamants et prend son identité avant de rejoindre les autres officiels accompagnant les diamants par un vol régulier à destination de New York via Paris, dans lequel Jack, Jeanne, Vittorio et ses fils figurent également parmi les passagers. Quand la femme d'Evans arrive à l'aéroport à la recherche de son mari, risquant de déjouer tous les plans mafieux, Vittorio l'appelle de l'aéroport et lui fait croire que son mari est toujours à Rome et que son vol est reporté au lendemain.

Après avoir tenté de contacter l'hôtel de son mari à Rome et appris qu'il était parti, se rend à la police et identifie formellement Sartet comme l'un des hommes qu'elle a vus dans l'avion lors de son escale à l'aéroport de Paris.

Pendant ce temps, l'avion redescend vers New York lorsque le gang le détourne, tenant son équipage sous la menace d'un revolver, tandis que Jack prend la place du copilote. Avertie de l'arrivée imminente de Sartet aux États-Unis, la police locale se rend à l'aéroport, tandis que l'avion atterrit sur une portion d'autoroute en travaux où l'attendent Tony Nicosia et ses hommes. Ces derniers s'emparent de la précieuse cargaison de l'avion avant de se séparer. Jack part pour le Canada et les Manalese retournent à Paris. Dans l'intention de s'installer à Veracruz, Sartet se cache à New York en attendant sa part du butin.

De retour chez eux, les Manalese regardent un soir un film à la télévision qui montre la scène d'un couple s'embrassant sur une plage. En voyant la scène à l'écran, Roberto parle, devant Vittorio et les membres de la famille Manalese, de la ressemblance de la scène avec le baiser qu'il a surpris entre Sartet et Jeanne. Celle-ci nie les faits racontés par le garçon et tente de convaincre sa belle-famille qu'il ment, en vain. Avec la complicité de Tony Nicosia, prétextant que la part de butin qui lui est due est en France, les Manalese attirent Sartet à Paris. Jeanne appelle Monique pour l'avertir du piège. Monique l'attend à l'aéroport tout comme Aldo, Sergio et Luigi. Le Goff, grâce aux écoutes téléphoniques sur le lieu de travail de Monique, s'y rend également et fait arrêter les trois hommes du clan. Sartet, sentant le coup fourré, est arrivé par un vol précédent.

Sartet contacte Vittorio pour récupérer sa part dans le butin des bijoux, et le patriarche accepte de le rencontrer. Accompagné de Jeanne, Vittorio se rend sur un terrain vague en dehors de la ville pour rencontrer Sartet. Après lui avoir jeté aux pieds une sacoche contenant sa part du butin en liquide, Vittorio tue Jeanne puis Sartet de plusieurs balles de revolver. Vittorio rentre chez lui après avoir laissé derrière lui les deux corps, ainsi que l'argent de Sartet destiné à la police. À son retour, Le Goff l'attend tranquillement en jouant sur un flipper dans l'atelier. Après un court échange sur le mode le plus courtois, Vittorio suit Le Goff sans la moindre forme de résistance, totalement résigné.

Le petit Roberto demande à son grand-père : « Papi ! Tu ne dînes pas avec moi ce soir ? », ce à quoi Vittorio répond : « Non, pas ce soir. »

Peu de temps après l'interpellation de Vittorio, tout le clan Manalese est arrêté dans sa totalité par la police.

Fiche technique right|vignette|Henri Verneuil en 1969, dirigeant le tournage du film, à Rome.

Distribution

Production Genèse et développement À la fin des années 1960, Henri Verneuil souhaite retrouver Alain Delon pour un nouveau film policier. Après le succès de Mélodie en sous-sol (1963), il envisage de reformer le tandem qu’il avait constitué avec Jean Gabin. Il choisit d’adapter Le Clan des Siciliens, roman d’Auguste Le Breton publié en 1967. Pendant dix-huit mois, le projet sommeille dans les tiroirs de Gaumont, et Verneuil peine à le concrétiser. En plein mai 68, Verneuil croise dans une manifestation pro-gaulliste le jeune producteur Jacques-Éric Strauss, un producteur qu’il connaît depuis Week-end à Zuydcoote, film financé par Robert Hakim, beau-père de Strauss ; ce dernier, récemment intégré à Fox Europa (filiale française de la 20th Century Fox) n’a produit qu’un seul filmLe Temps des Nababs : comment produisait-on avant la télévision ?, série documentaire de Florence Strauss, 2019, épisode 4 « À l'américaine : les frères Hakim, Jacques-Éric Strauss et Alain Poiré », Les Films d'ici / Le Pacte, 2019 .. Verneuil lui confie ses difficultés, tandis qu'Alain Poiré, de Gaumont, ne lui a toujours pas donné de réponse. Le soir même, Strauss lit le roman et en est immédiatement séduit. Le lendemain, il contacte Auguste Le Breton, qui lui confirme que les droits sont encore disponibles. Strauss augmente son offre, et Le Breton signe. Le même jour, Verneuil apprend que Le Clan des Siciliens se fera avec le soutien de Fox Europa. Il s’associe alors à Strauss pour monter la production.

L’engagement d’Alain Delon, déjà sous contrat avec la Fox, facilite la conclusion de l’accord, tandis que Jean Gabin accepte par fidélité envers Verneuil. La première version du scénario est jugée médiocre par Gabin, Lino Ventura et Delon. Dans l’urgence, les trois acteurs demandent à José Giovanni de reprendre l’écriture. Le producteur Strauss estime que le rôle du commissaire Le Goff est sous-exploité. Giovanni refuse d’y apporter des modifications et ce sont finalement les frères Georges et André Tabet qui sont chargés de renforcer l’intrigue policière. Sur cette base, Strauss propose à Lino Ventura d’incarner le commissaire Gustave Jobard. L’acteur accepte sans même lire le scénario, heureux de retrouver Gabin. À ce stade, intervient Darryl F. Zanuck, président de la 20th Century Fox. Il critique le traitement du personnage féminin, Jeanne, interprétée par sa compagne Irina Demick. Verneuil adapte alors une partie du script pour l’intégrer davantage à l’action : Jeanne participe désormais activement au hold-up, se faisant passer pour une hôtesse de l’air lors de la scène du détournement. Ce changement convainc Zanuck, qui débloque le financement du film, fixé à 3,8 millions de dollars.

La préparation progresse, lorsqu'un dernier obstacle subsiste : Alain Delon n’a toujours pas donné son accord définitif. Son agent, Georges Beaume, juge le scénario médiocre et lui déconseille d’y participer. La Fox insiste et intervient directement. Sans Delon, le financement serait annulé, car il est le seul acteur du projet déjà sous contrat avec le studio et le seul véritablement reconnu à l’international. L’acteur lit enfin le scénario et accepte le rôle.

Tournage Le , le tournage du Clan des Siciliens débute et se déroule sur fond d’affaire Markovic. Dans une scène où Delon apparaît menotté, Verneuil fait preuve d’une grande prudence : aucun photographe n’est admis sur le plateau, afin d’éviter toute manipulation d’image par la presse, alors que l’acteur est déjà impliqué dans l’affaire dès le premier jour de tournage et sait que son épouse est entendue, le même jour, par les enquêteurs. La production, inquiète d’une possible arrestation de Delon, anticipe son remplacement par Maurice Ronet. Un inspecteur se présente sur le plateau pour interroger l'acteur.