La phénoménologie confère à l'intuition une place de premier plan dans l'ordre de la connaissance. Elle est à la fois l'acte par excellence de la connaissance et le phénomène par lequel la chose elle-même se donne au sujet. Emmanuel Levinas écrit dans son ouvrage la Théorie de l'intuition dans la phénoménologie de Husserl : .
Perspective générale Le Dictionnaire des concepts présente l'intuition comme un . Kant écrivait dans la Critique de la raison pure .
Si l'intuition est donc bien pour un sujet le moyen d'acquérir une connaissance, tout le débat philosophique se porte sur l'extension du champ de cette connaissance possible. Ainsi, alors que pour Kant il n'y a d'intuition que de données sensibles, l'intuition va désigner chez Husserl tout acte remplissant en général une visée préalable, acte sans lequel, rien ne serait donné et donc pensé. Il y a de ce fait une multiplicité d'intuitions : l'intuition d'une chose individuelle ou d'une généralité comme homme en général ou bien l'intuition d'une vérité logique .
En réservant l'intuition aux données sensibles Kant mettait de côté la « chose en soi », l'intuition devient dans la phénoménologie, la façon dont les choses apparaissent dans leur essence propre, elles ne sont pas autre chose que la totalité de leurs manifestations.
Natalie Depraz, souligne l'importance phénoménologique du concept . Natalie Depraz poursuit .
L'intuition chez Kant Chez Kant, l'intuition devient le mode sur lequel le sensible nous est donné comme objet à connaître. Il ne peut y avoir d'intuition que du sensible, dans l’espace et le temps, d'où il suit qu'il ne peut donc y avoir d’intuition d’essence, de classes, de genres etc. Incapable par elle-même de penser les concepts, l'intuition est aveugle sans les déterminations et les connexions de l'entendement. La distinction entre intuition empirique et pensée n'est pas aussi tranchée qu'il paraît. Il y a déjà dans l'intuition empirique, une pensée, un comprendre, et aussi essentiellement de l'imagination. Kant montre qu'en toute intuition il y a plus que le divers donné dans la sensation. Les rapports de juxtaposition, d'avant-après, de post-position ne sont pas donnés par les organes des sens et pourtant la matière du phénomène est ordonnée dans ces rapports. Les rapports selon lesquels le divers nous est donné sous forme ordonnée ne sont pas des sensations, ils appartiennent à des affections c'est-à-dire à notre spontanéité se trouver déjà prêt dans l'esprit commente Heidegger.
Kant met ensuite de côté ce qu'il appelle les intuitions pures (indépendantes de toute expérience), ou formes a priori de la « sensibilité » qui sont l'« espace » et le « temps ». Il faut quelque chose comme le temps et l'espace qui tels des cadres universels permettent de percevoir les choses. L'espace (les trois dimensions) est la forme du sens externe, le temps la forme nécessaire à la perception dans la durée des « états d'âme ».
Kant distingue le « sens interne » ou expérience empirique de l'étant que nous sommes nous-mêmes, c'est-à-dire la conscience empirique de soi. Dans cette « intuition » ce qui se montre ce ne sont pas des phénomènes mais des « états » (représentations, volitions, sentiments), rapidement changeants selon une succession c'est-à-dire selon l'écoulement du temps. Kant en conclut que le temps est donc la forme du sens interne écrit Heidegger .
À l'inverse l'espace apparaît comme la condition formelle de l'apparition des choses physiques. Kant l'appelle « intuition externe ». .
Puis Kant dégage ce qu'il appelle les formes a priori de l'entendement qui seront les catégories. . Par elles-mêmes ces formes ne nous font rien connaître, il faut leur adjoindre une intuition sensible, ce qui implique qu'il est exclu de saisir par leur moyen une réalité transcendante. Par exemple les concepts de substance et de causalité sont des catégories.
, écrit Eric Clémençon dans son compte rendu de l'ouvrage de Pierre-Jean Renaudie lire en ligne, intitulé Husserl et les catégories.
La percée de Husserl C'est sous l'intitulé de « La percée et l'élargissement » que Jean-Luc Marion dans son livre (Réduction et donation), ouvre le premier chapitre consacré à la pensée d'Husserl. Il note que le philosophe avait déjà atteint dans ses ou Recherches logiques , soit dès 1900-1901, le principe de l'« intuition catégoriale » . Ce chemin n'a pu être parcouru sans quelques mises à l'épreuve et nouvelles interprétations de concepts philosophiques fondamentaux légués par la tradition.
La connaissance La théorie de la connaissance bute sur la justification de la correspondance entre la pensée et le cours des choses par quoi se définit cette connaissance. Selon Emmanuel Levinas, Husserl résout cette question car selon lui .
D'autre part Husserl opte pour un processus dynamique d'une connaissance comportant deux actes successifs, une intention signifiante suivie d'une intuition remplissanteAu fondement des Recherches Logiques, écrivent Ariane Mayer et Paul-Emile Geoffroy, il y a - lire en ligne. Il y aura connaissance quand une intention se dirige vers un objet et se remplit dans une intuition qui lui fournit un contenu. Mais le principe d'« adéquation de la pensée à son objet » va prendre selon Levinas une nouvelle forme : . L'intuition devient l'élément central de la connaissance. Sur l'exemple du morceau de cire, Husserl remarque que celui-ci m'apparaît tel avant que je m'interroge sur la manière dont il m'apparaît. Husserl parle de perception intuitive. écrit Robert Legros dans sa contribution à la revue Épokhé.
Parce que dans nos représentations nous pouvons avoir affaire à des objets imaginaires ou nous tromper Husserl introduit une distinction entre l'acte « signitif » ou significatif, qui donne le sens d'un objet représenté et un acte de « remplissement », qui atteindra l'objet existant que l'on nomme « intuition » . Dans ce schéma, l'intention significative est vide par elle-même, elle aura besoin de la plénitude que lui apporte l'intuition.
Un acte significatif dit simplement quelque chose d’un objet. Si cet objet est donné effectivement dans un acte d’intuition correspondant, si je vois effectivement qu’il est tel que je le décrivais (ou, au contraire, qu’il n’est pas ainsi), alors la simple signification acquiert une valeur de vérité. Les actes significatifs concernent toute notre vie consciente représentative; toutes les fois où nous nous exprimons et visons un objet sans qu'il soit nécessairement présent par lui-même devant nous. Si l'intention significative est a priori vide, elle peut néanmoins se réaliser en une image ou une perception. La sphère des actes significatifs correspond à toutes les formes d'actes objectivants , perception, jugement, conjonction.
Les actes de remplissement ou intuitifs correspondant à l'intuition désignent chez Husserl résume Emmanuel Housset. Husserl résout, avec l'« intuition catégoriale » , le problème du remplissement des objets idéaux qui impose de trouver l’intuition correspondante à un objet qui n’a pas de strict corrélât empirique, comme le triangle, la ligne, l’ensemble des objets géométriques ou des idéalités conceptuelles lire en ligneÀ noter que pour Husserl écrit. Pour Husserl, .
L'évidence L'évidence est une « intentionnalité » où l'objet est en personne devant la conscience tel qu'il a été signifié. Dans la compréhension la plus courante, le concept d'évidence entraîne une certitude claire et manifeste par elle-même que l'esprit ne peut refuser. .. En phénoménologie, l'évidence est toujours l'évidence d'un donné. Dans la tradition écrit Robert Legros dans sa contribution à la revue Épokhé. Selon Emmanuel Housset, Husserl, élargit le concept d'évidence qui conduit . Emmanuel Housset, écrit : .
Comme le résume Emmanuel Levinas, Husserl aurait ramené l'être à l'intuition en même temps qu'il l'élargissait au delà de l’intuition sensible. Pour Thomas d'Aquin, (). Cette définition de la vérité est proche de celle d'Aristote, qui écrit : , mais l’évidence définie comme conscience d’identité entre le contenu signifié et le contenu intuitioné. Troisièmement, les objets catégoriaux sont les corrélats d’une intuition d’un type particulier : l’intuition catégoriale. En conséquence, la différence entre intuition et entendement ne coïncide plus avec celle entre sensible et non-sensible. mais l’évidence définie comme conscience d’identité entre le contenu signifié et le contenu intuitioné. L’adéquation s’est donc déplacée. Dès lors, le lieu de la vérité n’est plus le jugement mais la perception- lire en ligne.
Les modes de donation Husserl étend la compréhension de l'intuition des objets singuliers jusqu'à l'intuition des essences-.. Il n'y a pas de perception sans jugement, soit du plus simple correspondant au jugement d'existence par la copule est, soit à partir d'un acte plus complexe que le jugement intentionne, comme « l'arbre est vert ». Ce nouvel objet « arbre-vert » est écrit Emmanuel Levinas.
L'intuition catégoriale L'« intuition catégoriale » correspond à l'élargissement du concept d'intuition hérité de Kant. lire en ligne. Par cette notion, Husserl accepte au titre de donation originaire les formes collectives (une forêt, un défilé) et les formes disjonctives (A plus clair que B), et non plus seulement les données sensibles ; cette extension élargit considérablement le domaine de la réalité, les catégories ne sont plus des formes subjectives mais peuvent être appréhendées comme choses étantes. Husserl ,écrit Alain BoutotCet élargissement fait l'objet de contestation , s'interroge lire en ligne. Il faut comprendre cette expression d'« intuition catégoriale » comme nous dit Jean Greisch. Appliquée jusqu'au bout cette définition autorise le dépassement de la simple intuition sensible soit par les actes de synthèse (exemple du troupeau de moutons, d'une foule qui manifeste, enfin encore plus simple et plus évident de la forêt qui est manifestement autre chose qu'une série d'arbres), soit par des actes d' idéation. Avec l'Idéation (l'espèce et le genre), l' « intuition catégoriale » constitue de nouvelles « objectités ».
Les formes catégoriales On appelle « forme catégoriale » toutes les structures qui constituent des objets composés d'objets plus simples perçus conjointement et faisant sens. Emmanuel Levinas, écrit : . La caractéristique essentielle de la forme catégoriale est écrit Emmanuel Levinas. Seule la matière peut être donnée dans l'objet perçu, c'est pourquoi il est difficile de concevoir l'intuition d'une forme catégoriale. Mais comme insiste Emmanuel Levinas , ce qui est le cas dans l'intuition des formes. Il y a une communauté profonde entre intuition sensible et intuition catégoriale conclut cet auteur.
À la vieille question .
Les héritiers d'Husserl Martin Heidegger En relevant cette phrase de Martin Heidegger, tirée de Questions IV : Jean-Luc Marion souligne l'importance que ce philosophe accorde, à la découverte de l'« intuition catégoriale » pour son propre chemin de pensée.
S'agissant de l'intuition proprement dite, Martin Heidegger dans son interprétation de la Critique affirme qu' il n'y a de connaissance synthétique a priori que sur la base d'une intuition fondatrice originaire qui seule rend possible la synthèse. Prenant acte que dans toute intuition empirique il y a plus que le divers donné dans la sensation, et que donc toute intuition présuppose un a priori, Heidegger avance à l'encontre des interprétations néo-kantiennes que ce n'est pas d'un a priori de pensée (les catégories), qu'il s'agit mais de la forme a priori de l'intuition elle-même c'est-à-dire de l'espace et du temps, écrit Jean Greisch
Maurice Merleau-Ponty
On peut dire que le concept d'intuition n'a pas sa place dans l'univers de Merleau-Ponty. Il écrit dans Phénoménologie de la perception (). et aussi lire en ligne.
Merleau-Ponty () écrit . Pascal Dupond lire en ligne écrit citant Merleau-Ponty .