Le plan Langevin-Wallon est le nom donné au projet global de réforme de l'enseignement et du système éducatif français élaboré à la Libération conformément au programme de gouvernement du Conseil national de la Résistance (CNR) en date du .
Ce projet global fut élaboré par les membres de la « Commission ministérielle d'études pour la réforme de l'enseignement » nommés le par René CapitantJournal Officiel du 10 novembre 1944, ministre de l'Éducation nationale du gouvernement provisoire de la République française présidé par Charles de Gaulle. Commission successivement présidée par deux grands intellectuels liés alors au PCF — Paul Langevin puis Henri Wallon — et qui devait projeter pour la France un grand système éducatif démocratique pour lui permettre de rattraper son retard dans ce domaine décisif de la compétition avec les autres pays développés (États-Unis, Royaume-Uni,…).
Mais ce projet global de réforme fut remis trop tardivement en juin 1947 à un Paul Ramadier qui, ayant exclu les ministres communistes, venait de prendre en compte le nouveau contexte de « guerre froide » planétaire et le financement par l'inflation de la guerre d'Indochine comme du développement économique avec l'aide américaine du Plan Marshall. Il semblait ainsi mort-né en mais, paradoxalement, il a servi depuis de référence.
Historique La dernière grande réforme de structure du système éducatif date alors des années 1879-1882 lorsque les lois dites Jules Ferry ont réalisé dans l'enseignement primaire une « révolution par la loi » mise en œuvre par les hussards noirs de la République.
L'instruction obligatoire, fixée à 13 ans par la loi du 28 mars 1882, avait été allongée par une première étape à 14 ans, par la loi du . Mais en 1937, alors que la société française a considérablement évolué, le projet de réforme de l'enseignement notamment secondaire de Jean Zay - ministre jeune turc radical-socialiste du gouvernement de Front populaire - est enterré par les tergiversations de la commission parlementaire. Échec suivi, de 1940 à 1944, de la part de l'État français de Philippe Pétain, de mesures remettant en cause les principes de gratuité et de laïcité et supprimant le brevet supérieur comme les écoles normales primaires tout en relevant après la classe de le recrutement des futurs instituteurs obligés maintenant de préparer en trois ans leur baccalauréat dans les lycées. C'est pourquoi, face à cette situation de retard par rapport aux autres pays développés, le , le Conseil national de la Résistance (CNR) adopte un programme de gouvernement comportant la mise en œuvre d'une nouvelle « révolution par la loi » avec une grande réforme globale de l'enseignement à qui est assigné notamment l'objectif suivant :
thumb|left|upright=1|Paul Langevin (1872-1946).
Le , alors que la France n'est pas encore complètement libérée, René Capitant (non inscrit), ministre de l'Éducation nationale du gouvernement provisoire présidé par Charles de Gaulle, crée donc une « Commission ministérielle d'études pour la réforme de l'enseignement » et en nomme les dix-neuf membres qui ne remettront leur projet que trente et un mois plus tard en . Commission présidée d'abord par Paul Langevin (professeur au Collège de France, président du Groupe français d'éducation nouvelle et alors lié au PCF) puis, après le décès de celui-ci en 1946, par Henri Wallon (professeur au Collège de France, président de la Société française de pédagogie, fondateur de la psychologie en milieu scolaire et alors lié au PCF). Et commission de dix-neuf membres, composée d'abord, outre de son président Paul Langevin, des deux vice-présidents Henri Wallon et Henri Piéron (professeur au Collège de France et directeur de l'Institut d'orientation professionnelle), d'un secrétaire en la personne de Jacques-Olivier Grandjouan (directeur du service de documentation et d'études pédagogiques au ministère) et des deux secrétaires adjoints Roger Gal (professeur agrégé attaché à la direction de l'enseignement du second degré) et Alfred Weiler (professeur au lycée Henri-IV à Paris)Alfred Weiler (lire en ligne), sur Le Maitron.Alfred Weiler, par Jean-Michel Cousin, sur aelf1er-lehavre.fr, 2022.. Les treize autres membres de la commission étant Cabane (inspectrice des écoles primaires à Paris et ancienne directrice de l'École normale d'instituteurs de Troyes), Fernand Canonge (professeur de collège technique)Fernand Canonge, sur Le Maitron.Intérêts et curiosités des élèves de Centres d'apprentissage, par Fernand Canonge, Enfance, 1948.La pédagogie devant le progrès technique, par Fernand Canonge et René Ducel, Presses universitaires de France, 1969., Émile Coornaert (professeur au Collège de France), Marcel Durry (maître de conférences à la Sorbonne), Lucien Febvre (professeur au Collège de France), Pierre George (professeur agrégé à Paris), Maurice Janets (professeur agrégé à Paris), Adrien Lavergne (professeur de collège moderne à Paris), Fernand RenaudeauFernand Renaudeau, sur Le Maitron. (directeur de l'École normale supérieure de l'enseignement technique), Fernande Seclet-Riou (professeur de collège moderne à Paris), Jean-Auguste Senèze (instituteur à Paris)Jean-Auguste Senèze (lire en ligne), sur le Maitron., Georges Teissier (professeur à la Sorbonne) et André Voguet (instituteur à Paris)André Voguet (lire en ligne), sur le Maitron.André Voguet, Parcours d'un militant communiste (1937-1986), par Elise Voguet, 67 pages, sur HAL..
Ont également participé, ès qualités, aux travaux de la commission : Jean Bayet (directeur général de l'enseignement), Pierre Auger (directeur de l'enseignement supérieur), Gustave Monod (directeur de l'enseignement du second degré), Maurice Barrée (directeur de l'enseignement du premier degré)Maurice Barrée, par Guy Caplat, Publications de l'Institut national de recherche pédagogique, 1997, sur le site Persée.Maurice Barrée est avec Jules Faivre-Dupaigre et Jean-Baptiste Lamirand l'auteur du Nouveau cours de physique élémentaire, Paris, Masson, 1932-1934., Paul Le Rolland (directeur de l'enseignement technique), Marcel Cornu et Henri BeslaisHenri Beslais, sur le Maitron. (représentants du ministre), Dominique Parodi (inspecteur général honoraire de l'Instruction publique ayant remplacé Marie-Louise SoustreMarie-Louise Soustre, directrice du Collège Sévigné durant l'Occupation de 1941 à 1945, a assuré avec des familles et des élèves la protection de nombreux enfants du collège mais aussi de membres de l'administration comme Marie Wormser, nièce de Mathilde Salomon, menacés parce que Juifs. décédée en ).
La commission désigne comme rapporteur le Seclet-Riou dont le rapport « Projet de la commission ministérielle d'études », adopté à l'unanimité de ses membres, est remis le entre les mains de Marcel Naegelen (SFIO) ministre de l'Éducation nationale du Paul Ramadier.
Paul Ramadier (SFIO) qui, un mois plus tôt, avec l'exclusion des cinq ministres communistes, vient de prendre en compte le nouveau contexte de guerre froide planétaire et le financement par l'inflation de la guerre d'Indochine comme du développement économique avec l'aide américaine du Plan Marshall. Paul Ramadier ne préside donc plus un gouvernement d'union nationale « tripartite » MRP-SFIO-PCF (élargi en fait à 2 UDSR, 2 Radicaux et 2 Indépendants) appliquant encore pour partie le programme de gouvernement du Conseil national de la Résistance (CNR) mais un gouvernement de Troisième Force (Indépendants, MRP, parti Radical, UDSR, SFIO…). « Troisième Force » qui rejette dans l'opposition les deux autres forces : opposition relative des gaullistes du RPF créé en par Charles de Gaulle et opposition durable des communistes du PCF avec Maurice Thorez jusqu'alors ministre d'État chargé de la Fonction publique et vice-président du Conseil.
Les travaux de la commission ont duré trop longtemps (31 mois) et les conditions politiques exigées pour la mise en œuvre de son ambitieux projet ne sont maintenant plus réunies. C'est pourquoi le ministre Marcel Naegelen, remerciant le président et la commission pour leur dévouement, leur précisa que le projet suscitant à l'étranger un courant d'intérêt très marqué, il était indispensable qu'il soit largement diffusé dans le monde quand bien même il ne devrait pas recevoir une application immédiate en FranceL'Éducation nationale du 3 juillet 1947.
De fait, le projet sera publié mais ne sera jamais discuté par le gouvernement ni présenté devant le Parlement. La nécessaire grande réforme démocratique du système éducatif reste alors lettre morte pour l'essentiel. De ce fait, les politiques scolaires de la IVe République conserveront ainsi les ségrégations malthusiennes antérieures du primaire et du secondaire entre cursus dit « populaire » des écoles primaires élémentaires, des cours complémentaires et des nouveaux centres d'apprentissage et cursus « bourgeois » des collèges et des lycées (de la à la puis à la Terminale) avec leurs catégories spécifiques d'enseignants aux recrutements et aux formations très disparates. Et il faudra attendre la République pour que des réformes successives soient entreprises. Notamment, la prolongation de la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans en 1959, la circulaire ministérielleJacques Dalcant, ex secrétaire national du Syndicat national des psychologues, contribution personnelle pages 229 à 234 in Quelle École et quels enseignants ? - Métamorphoses françaises sur trois générations, Éditions L'Harmattan, Paris, 266 p., . Circulaire à propos de laquelle le psychologue Jacques Dalcant a écrit : « Quant à la fonction devant être exercée après l'obtention du diplôme (universitaire de psychologie scolaire-ndlr), elle était assez bien définie dans une circulaire ministérielle de 1960, appelée « circulaire Lebettre », laquelle insistait tout particulièrement sur « l'observation continue en milieu scolaire », conformément au plan Langevin-Wallon. » Jacques Dalcant et son épouse ayant été les deux premiers psychologues scolaires du département des Alpes de Haute-Provence à partir de la fin des années 1960. de 1960 définissant la fonction des psychologues scolaires dont le recrutement et la formation reprennent, la création en 1967 des sections en deux ans préparant aux brevets d'études professionnelles (BEP) dans les collèges d'enseignement technique (CET de 1959 succédant aux centres d'apprentissage), la concentration de 1963 à 1974 des collèges d'enseignement général (CEG de 1959) en gros collèges d'enseignement secondaire (CES de 1963) à trois filières transformés en 1975 en collèges uniques puis l'unification du recrutement à la licence et de la formation des enseignants dans les IUFM en 1989 comme l'envisageait le plan Langevin-Wallon quarante deux ans plus tôt.
Finalement, les analyses et dispositions du « Plan Langevin-Wallon » ont constitué, depuis 1947, une référence constante dans le débat sur l'enseignement en France.
thumb|right|upright=1|Henri Wallon (1879-1962), jeune.
Principales dispositions thumb|Henri Piéron, en 1920.
Le plan Langevin-Wallon prévoit un enseignement gratuit, laïque et obligatoire jusqu'à l'âge de 18 ans avec un corps professoral unique de la maternelle à l'université. Le plan prévoit ainsi de recruter tous les futurs maîtres après le baccalauréat de leur choix pour effectuer leurs deux premières années préuniversitaires dans les Écoles normales avant leurs deux années de licence à l'Université précédant leur nomination devant une classe.
Il prévoit notamment un tronc commun pour les élèves de 11 à 15 ans ( du premier degré) par l'unification des programmes des cours complémentaires, collèges et lycées, ce qui témoigne de sa volonté de démocratiser l'enseignement par la mise en place d'un « collège unique » tel que le réalisera la réforme Haby de 1975.