Les Haras nationaux sont, de 1665 à 2010, l'administration des haras publics français, chargée de l'élevage des chevaux en France. Constituant l'une des plus anciennes administrations françaises, leurs origines remontent aux Haras royaux, créés sous Colbert. Brièvement supprimés durant la Révolution, ils sont restaurés sous le nom de Haras impériaux par , puis réformés en 1874, devenant les Haras nationaux, organisation qui perdure plus d'un siècle. En 1999, les Haras nationaux acquièrent le statut d'établissement public à caractère administratif (EPA). Un regroupement est opéré en 2010 avec l'École nationale d'équitation, pour former l'Institut français du cheval et de l'équitation.

Les Haras nationaux sont établis dans des bâtiments de l'État, bâtis ou réaménagés en écuries pour accueillir des étalons reproducteurs et du matériel équestre (harnais, attelages…). Le plus ancien et le mieux connu est le Haras national du Pin, construit en 1714 par ordre de Louis XIV. La plupart de ces bâtiments sont classés monuments historiques.

Sur trois siècles, les Haras nationaux jouent un rôle de tutelle étatique pour contrôler l'élevage équin et améliorer la qualité des chevaux présents en France. L'objectif est initialement militaire, qui vise à fournir la cavalerie française. Ils se tournent vers le sport hippique à partir de la fin du , puis les sports et loisirs équestres dans la seconde moitié du , dont la gestion des registres généalogiques des races d'équidés domestiques. Les inspecteurs des Haras nationaux achètent des étalons privés sur inspection et performances, qu'ils mettent ensuite à disposition des propriétaires de juments dans toute la France, mission dite d'« étalonnage public ». Ces missions historiques prennent fin au début du , sous l'influence de politiques libérales.

Présents sur l'ensemble du territoire national français, les Haras nationaux sont désormais surtout dévolus à la diffusion du savoir de la filière équestre. Ils remplissent une fonction d'appui au service de l'ensemble des acteurs du développement territorial de la filière du cheval et des autres équidés domestiques, éleveurs y compris. Ils soutiennent la préservation des races rares. Les réformes successives depuis la fin du s'accompagnent de fermetures ou de changements de missions pour certains établissements. Les Haras nationaux subsistants forment désormais des lieux ouverts au tourisme patrimonial.

Sources

vignette|gauche|Couverture de l'ouvrage Le nouveau parfait marechal, ou, La connoissance générale et universelle du cheval par M. Fr. A. de Garsault, Capitaine du Haras du Roi, 1787.

D'après une analyse établie par les Archives nationales, . Les sources historiques manquent pour les périodes postérieures. Depuis 1811, chaque Haras doit disposer d'une pièce spécifique pour y entreposer ses archives. Ces dernières ont fait l'objet d'une campagne de collecte nationale depuis la fin de l'année 2005.

À partir du , de nombreux traités d'hippiatrie, puis des manuels et méthodes d'équitation, sont publiés en France : la plupart recommandent la création de haras sous le contrôle de l'État. L'un des plus connus est Le parfait mareschal de Jacques de Solleysel (1664, Paris), qui connaît 22 éditions et de très nombreuses traductions en Europe, influençant directement la politique mise en œuvre dans les Haras royaux de France jusqu'au début du , avant d'être supplanté par Le nouveau parfait maréchal de François-Alexandre de Garsault (1748). Selon l'historien Jacques Mulliez, , ses auteurs s'étendant longuement sur des questions d'ordre esthétique sans percevoir le véritable état de l'élevage en France.

L'histoire des Haras en elle-même est étudiée plus récemment. René Musset, qui revendique être le premier à s'y intéresser (1909), livre une vision très pessimiste de l'Ancien Régime. Le doctorant Yves Grange soutient en 1981 à l'institut d'études politiques de Grenoble Le cheval oublié, sa thèse consacrée aux relations politiques de l'Homme et du cheval en France de 1614 à 1914. Jacques Mulliez, en particulier avec Les chevaux du royaume, paru en 1983 (et réédité chez Belin en 2004), fournit le premier ouvrage d'un historien du monde rural au sujet des Haras.

De 1985 à 1987, est publiée une série de trois ouvrages (comptant ensemble plus de ) sous la plume de M. Gérard Guillotel, éleveur dans la région du haras national d'Hennebont. Consacrés à l'histoire des Haras nationaux français, depuis la domestication du cheval sur ce territoire, jusqu'aux années 1980, ces ouvrages identifient six grandes périodes dans l'histoire des Haras nationaux : Les premiers haras sauvages, puis organisés, depuis la Préhistoire jusqu'à la fin du Moyen Âge ; L'organisation des Haras royaux sous l'Ancien régime ; La décadence des Haras royaux dans le contexte de la Révolution française, suivie de la restauration des Haras impériaux ; L'organisation et la formation des premières races de chevaux françaises au début du ; La réorganisation et la remise en cause du rôle des haras avec la loi Bocher en 1874, aboutissant aux Haras nationaux ; Les mutations de l'usage du cheval au , jusqu'à l'émergence de la société des loisirs.

Plus récemment, l'historien de l'Ancien Régime Daniel Roche publie une série de trois ouvrages consacrés à la culture équestre occidentale du jusqu'au , le second tome, La gloire et la puissance (2011), abordant quelque peu la question des Haras.

Considérations sur l'esthétique et l'utilité du cheval thumb|Proportions géométrales idéales du cheval d'après Claude Bourgelat.|alt=Dessin et schéma mathématique des proportions d'un cheval. L'élevage des chevaux sous l'Ancien Régime recherche surtout la qualité des étalons, les juments n'entrant (fautivement) pas en ligne de compte. Ce fonctionnement est contraire à celui de l'Angleterre : les haras français ne recèlent que des étalons, ce qui renvoie aussi aux différences entre la monarchie française (exclusivement masculine) et la monarchie britannique. Comme le note Jacques Mulliez, ce choix entretient initialement un symbolisme fort de la majesté royale, à travers l'idée selon laquelle toutes les juments du pays ne pourraient être couvertes que par un « étalon royal ». Daniel Roche évoque la « centaurisation » du corps du roi. L'idée dominante est qu'en croisant un grand et bel étalon à une petite jument, le poulain sera amélioré, car l'étalon est dominant. D'après Mulliez, la majeure partie de l'échec des Haras sous l'Ancien Régime réside dans le fait qu'il est inutile d'importer des étalons onéreux si personne n'achète leurs poulains.

Comme le résume Yves Grange :

Les Haras recherchent un « type » de cheval, sans raisonner initialement en termes de races, ce qui provoque la disparition voulue de certaines races par croisement. Recourir au croisement des races à plusieurs reprises est considéré comme nécessaire pour lutter contre l'influence du milieu, qui rapprocherait les chevaux du type « commun ». La mission d'origine des Haras royaux est de laisser s'éteindre les races jugées « inutiles », tout en devenant des lieux d'expérimentation pour faire naître de nouvelles races « utiles ». Daniel Roche parle de .. La croyance en la transmission héréditaire des caractères des chevaux influence toute la politique des haras au .

Une autre particularité historique des Haras est d'avoir tenté d'imposer l'élevage du cheval de selle, préféré par la noblesse et par l'armée en raison d'une pénurie, au détriment du cheval de traction, puis de trait, qui a les faveurs des roturiers et paysans. L'administration des Haras a toujours déclaré agir au nom de la science et de l'intérêt général, malgré de possibles méconnaissances de la réalité de l'élevage et de l'intérêt des éleveurs, ainsi que des destructions volontaires de races adaptées à leur milieu, particulièrement aux .

Histoire

L'institutionnalisation de l'élevage équin est, avant même la création des Haras nationaux français, un enjeu important en raison de ses répercussions militaires, et ce, quel que soit le régime politique en place. Pour l'historien Daniel Roche, comme le résume Jean-Pierre Costille, .. L'histoire des Haras de France relève en cela autant de l'histoire du cheval que de celle des administrations et des théories économiques. L'intervention des Haras, , se révèle variable en termes d'intensité, selon les époques et les régions concernées.

Prémices thumb|upright|Page du Capitulaire De Villis, loi fondatrice du système des Haras nationaux français|alt=page d'un manuscrit rédigé en latin. Tant dans la société gallo-romaine que dans les royaumes francs, la gestion de l'élevage des chevaux .

Le cheval est répandu dans la France actuelle au Paléolithique supérieur, puis disparaît des restes fossiles jusqu'à l'âge du bronze. Le char du trésor de Vix, le culte de la déesse Épona et le Pharsale apportent des preuves que les Gaulois furent les premiers à avoir des projets d'élevage équin. Pendant la guerre des Gaules, César est impressionné par la cavalerie gauloise et la qualité de ses montures. Les Romains reprennent le culte d'Épona, et entretiennent des régiments de cavalerie.

Avec le déclin de l'Empire romain d'Occident et son remplacement par des royaumes barbares, est créée une fonction proche de celle des gardes des haras, celle des comes stabuli (littéralement, « comtes de l'étable »), sous Clotaire , au . Ces comes stabuli ont pour fonction de gérer les chevaux. et d'exécuter diverses missions au bénéfice du pouvoir en place. Gérard Guillotel estime que . La loi des Francs rhénans dispose que quiconque trouve un cheval égaré doit le présenter trois fois successives sur un marché, avant de le conduire au palais royal.

Une seconde loi importante dans l'histoire des futurs Haras est transcrite dans le Capitulaire De Villis, rédigé sous Charlemagne en 800, qui impose que tous les poulains de l'année soient séparés des juments à un âge convenable, puis montrés au palais royal : cette charte constitue d'après Guillotel . À partir du , une distinction s'opère entre les chevaux selon leur usage : destrier, palefroi, roussin ou sommier.

Plus tard, les Croisades entraînent un commerce et un brassage de chevaux de différentes origines. Une ordonnance du roi Philippe III le Hardi est considérée par Jacques Mulliez comme la toute première tentative d'établir des haras sur le territoire français.

Haras royaux « sauvages »

vignette|gauche|Étalon espagnol sur une peinture de 1603, proche des montures vraisemblablement élevées dans les premiers Haras royaux.|alt=Tableau représentant un jeune homme en costume d'époque tenant en main un cheval gris qui semble piaffer. Plusieurs haras sauvages, créés avant l'institution des Haras nationaux (du au ), dans des lieux défrichés pour l'occasion, gardent leur vocation dans l'élevage équin jusqu'à la fin du . Il est difficile de savoir quels chevaux y furent élevés, probablement des montures de type ibérique, de profil convexe, à la robe grise ou d'apparence blanche. Le fonctionnement est différent de celui des haras instaurés par Colbert : ces haras hébergent un grand nombre de juments et quelques étalons, tous propriété du roi de France.

Philippe II Auguste fonde vraisemblablement le premier véritable Haras royal (Harasium Regis) à La Feuillie, en Normandie ; ce haras reste fonctionnel sous le règne de Philippe III le Hardi. Un second Haras royal est fondé sous Philippe IV le Bel, à Saint-Rome. Le haras de Philippe VI de Valois (« Haraz de la Brace et du Breuil »), établi à Domfront, fait entrer la terminologie de « garde » des haras en usage. La Feuillie et le Breuil sont perdus par la France avec le traité de Brétigny, en 1360.