Christine de Danemark (en danois : Christine af Danmark, Norge og Sverige), née en novembre 1521 à Nyborg (union de Kalmar) et morte à Tortone (duché de Milan) le , est la fille de Christian II, roi de Danemark et d'Isabelle d'Autriche, sœur de l'empereur Charles Quint.

Biographie

Jeunesse et éducation thumb|Dorothée, Jean et Christine de Danemark par Jan Mabuse en 1526.|gauche Christine est née à Nyborg en 1521. Elle est la plus jeune fille du roi Christian II de Danemark et d'Isabelle d'Autriche. Elle a un frère, Jean, et une sœur Dorothée. En , des nobles se révoltent contre son père et offrent le trône à son oncle, Frédéric de Holstein. Christine et sa famille partent en exil en de la même année, et s'installent à Veere en Zélande. Elle y est élevée par sa grand-tante Marguerite d'Autriche et par sa tante la reine douairière Marie de Hongrie, toutes deux gouverneures des Pays-Bas. Sa mère meurt le . En 1532, son père est emprisonné au Danemark après avoir tenté de reprendre son trône. La même année, son frère meurt et elle devient, après sa sœur aînée, l'héritière des prétentions de son père au trône du Danemark.

Christine reçoit une bonne éducation sous la supervision de sa gouvernante, Madame de Fiennes. Elle est décrite comme étant d'une grande beauté, intelligente et vive, et aime la chasse et l'équitation. En tant que pupille de son oncle l'empereur Charles Quint, elle est un pion précieux sur l'échiquier diplomatique. En 1527, Thomas Wolsey suggère qu'Henry FitzRoy, le fils illégitime d'Henri VIII d'Angleterre, épouse Christine ou Dorothée, mais les Habsbourg refusent un prétendant né hors mariage. En 1531, François II Sforza, duc de Milan, propose d'épouser l'une ou l'autre des sœurs, car il souhaite faire alliance avec la maison impériale. Charles Quint lui refuse une union avec Dorothée, mais accepte un mariage avec Christine, contre l'avis de sa sœur la gouverneure des Pays-Bas.

Duchesse de Milan thumb|Christine de Danemark en 1533.|gauche Le à Bruxelles, Christine épouse par procuration François II Sforza, duc de Milan, par l'intermédiaire de son représentant le comte Massimiliano Stampa. Le , Christine fait son entrée officielle à Milan au milieu de grandes festivités, et le , la deuxième cérémonie de mariage est célébrée dans la salle de la Rocchetta. La relation de Christine et François est réputée harmonieuse et elle est très populaire à Milan, où elle est considérée comme un symbole de paix et d'espoir après des décennies de guerre, et sa beauté y est très admirée. Elle aime les parties de chasse, et le palais est redécoré et embelli pour elle. Lorsqu'elle reçoit sa propre cour, sa principale dame d'honneur est Francesca Paléologue de Montferrat, épouse de Constantin Comnène Arianiti, prince titulaire de Macédoine, qui devient l'une de ses amies les plus proches. François II Sforza est à cette époque très faible, car il ne s'est jamais rétabli d'une tentative d'empoisonnement, et on craint qu'il ne puisse jamais avoir d'enfants. Selon le contrat du mariage, le duché de Milan doit devenir une partie de l'Empire s'il meurt sans héritier. Le couple n'a pas d'enfants, et d'aucuns prétendent que le mariage n'est même pas consommé.

Premier veuvage François II Sforza meurt en , laissant Christine veuve à l'âge de treize ans. Ses droits sur la ville de Tortona lui sont garantis à vie, tandis que le duché est incorporé à l'Empire. Massimiliano Stampa reste toutefois en charge en tant que gouverneur de Milan, et Christine reste dans la résidence ducale. Charles Quint soutient son souhait de rester à Milan, car elle y est très populaire et sa présence est considérée comme une protection pour l'indépendance et le calme milanais. Afin de sauver l'indépendance milanaise, Stampa lui suggère d'épouser l'héritier du trône de Savoie, le prince Louis de Piémont, mais le plan échoue à cause de sa mort peu de temps après. Le pape Paul III lui propose d'épouser le fils de sa nièce Cecilia Farnèse, de quelques années plus âgé qu'elle, qui a été élevé à la cour de Milan après la mort de sa mère. Lorsque le roi de France réitère ses prétentions au trône de Milan au nom de son fils, le duc d'Orléans, un projet de mariage est avancé avec le plus jeune fils du monarque français, le duc d'Angoulême, mais Charles Quint refuse d'accepter les revendications françaises et l'union à moins que le duc d'Angoulême, au lieu du duc d'Orléans, se voit accorder le duché de Milan. Christine accueille la duchesse de Savoie Béatrice de Portugal lorsque la Savoie est occupée par les Français, et assiste à la rencontre entre Béatrice et l'empereur à Pavie en mai 1536. En décembre de cette année-là, Milan est officiellement confiée au commandement d'une armée impériale, et Christine est escortée à Pavie. Avant de partir, elle prend le titre de dame de Tortona et fait nommer un gouverneur pour gérer son douaire.

En , Christine s'installe à la cour de sa tante, la gouverneure des Pays-Bas, la reine douairière Marie de Hongrie, dont elle est la nièce favorite, et passe par Innsbruck pour rendre visite à sa sœur Dorothée avant d'arriver à Bruxelles en décembre. En deuil, ses chambres à Bruxelles sont tendues de velours, de damas et de draps noirsState Papers Henry VIII, vol. 8, London, (1849), 17-21, 142..

thumb|Portrait de Christine de Danemark par Hans Holbein le Jeune (1538), National Gallery.

Après la mort de Jeanne Seymour, la troisième épouse d'Henri VIII, en 1537, Christine est considérée comme une épouse possible pour le roi d'Angleterre. Le peintre allemand Hans Holbein le Jeune est chargé de peindre des portraits des princesses envisagées pour devenir la nouvelle reine d'Angleterre. Le , Hans Holbein le Jeune arrive à Bruxelles avec le diplomate Philip Hoby pour rencontrer Christine. Philip Hoby s'arrange avec le chambellan de Christine pour une séance le lendemain. La princesse pose pour le portrait pendant trois heures en tenue de deuil. Alors âgée de seulement seize ans, elle ne cache pas son opposition à ce projet de mariage avec le roi d'Angleterre, qui à cette époque a la réputation dans toute l'Europe de maltraiter les femmes : il a répudié sa première épouse Catherine d'Aragon, et décapité sa seconde, Anne Boleyn. Christine aurait déclaré : "Si j'avais deux têtes, j'en mettrais volontiers une à la disposition du roi d'Angleterre."Alison Weir in The Lady in the Tower p. 296. Il est également évident que Marie de Hongrie est peu enthousiasmée par cette union, n'étant pas une admiratrice d'Henri VIII. Marie et la mère de Christine sont en effet les nièces de la première femme d'Henri. Henri maintient le projet jusqu'en janvier 1539, quand l'attitude de Marie rend évident que le mariage n'aura jamais lieu. Thomas Wriothesley, diplomate anglais à Bruxelles, conseille à Thomas Cromwell qu'Henri "fixe son attention la plus noble à un autre endroit"State Papers Henry VIII, vol. 8, London, (1849), 126-129, 21 January 1539.

Guillaume de Clèves demande lui aussi Christine en mariage. Il est en effet devenu duc de Gueldre par le testament du dernier duc, mort sans héritier. Cela est contesté par l'empereur, qui souhaite incorporer le duché de Gueldre aux Pays-Bas. C'est également contesté par le duché de Lorraine, qui considère Gueldre comme sa propriété par héritage de Philippa de Gueldre. Le but de la demande de Guillaume est donc d'obtenir le soutien de l'empereur contre les revendications de la Lorraine. Cette proposition est refusée par Charles Quint. Les autres prétendants à la main de Christine sont François, héritier du duché de Lorraine, et Antoine de Bourbon.

Christine est elle-même amoureuse de René de Chalon, prince d'Orange, en 1539-1540. Il est noté à la cour que René est amoureux de Christine et la courtise, et qu'elle lui rend ses sentiments. Un éventuel mariage d'amour est soutenu par sa sœur et par son beau-frère Frédéric II du Palatinat, qui déclare qu'il aimerait que sa belle-sœur se marie par amour si elle le pouvait. Marie de Hongrie approuve officieusement, mais elle ne fait aucun commentaire officiel car elle souhaite que son frère l'empereur déclare s'il a besoin de Christine pour un mariage politique avant qu'elle ne puisse lui permettre de poursuivre cette relation. En octobre 1540, Charles Quint contraint le prince d'Orange à épouser Anne de Lorraine, puis déclare Christine fiancée au frère d'Anne, François de Lorraine, pour renforcer l'alliance entre l'Empire et la Lorraine.

En février 1540, Christine aide sa sœur, envoyée par son époux, à plaider la cause de leur père auprès de l'empereur, et à empêcher un renouvellement de la trêve entre les Pays-Bas et le roi Christian III de Danemark. Après avoir consulté l'archevêque Jean Carondelet, président du conseil, et le diplomate Nicolas Perrenot de Granvelle, Dorothée et Christine adressent à l'empereur la requête officielle suivante : Toutefois, leur recours n'aboutit pas.

Duchesse de Lorraine Le 10 juillet 1541 à Bruxelles, Christine épouse en secondes noces François de Lorraine afin d'assurer au duché un équilibre entre la France et l'Empire et de permettre au duc de Lorraine de continuer sa politique de neutralité.

Le couple a trois enfants : Charles (1543-1608), marié en 1559 à Claude de France (1547-1575), Renée (1544-1602), mariée en 1568 à Guillaume V, duc de Bavière (1548-1626), Dorothée (1545-1621), mariée en 1575 à Éric II (1528-1584), duc de Brunswick-Calenberg, puis en 1597 à Marc de Rye de la Palud (?-1598), marquis de Varambon, comte de la Roche et de Villersexel. En août 1541, Christine et François rendent visite à la duchesse douairière Philippa de Gueldre à Pont-à-Mousson, et continuent jusqu'à Nancy escortés par la maison de Guise. En novembre 1541, Christine, son époux et son beau-père se rendent à la cour de France au château de Fontainebleau, où ils sont contraints de céder le fort de Stenay à la France. Christine empêche cela de créer une rupture entre la Lorraine et l'empereur. Durant la guerre entre la France et l'Empire en 1542, elle séjourne à plusieurs reprises à la cour de France auprès de sa tante, Éléonore de Habsbourg. En février 1544, Christine et sa sœur rendent visite à l'empereur à Spires, apparemment pour l'implorer de faire la paix avec la France, mais sans succès.

Le 19 juin 1544, François succède à son père comme duc de Lorraine. En juillet, le couple accueille l'Empereur en Lorraine, mais ne réussit pas à le convaincre d'entamer des négociations de paix. En août, l'empereur ordonne que la résidence de la maison de Guise à Joinville soit épargnée par l'armée impériale à la demande de Christine, par égard pour Anne de Lorraine. Le même mois, Charles Quint demande à Christine d'empêcher François de se rendre à la cour de France, l'avertissant qu'il prendrait cela comme un signe de négociations de paix, mais elle lui répond qu'il est déjà parti. Quand la guerre prend fin la même année, Christine est présente aux célébrations de la paix à Bruxelles. Christine est la conseillère politique de FrançoisDansk Kvindebiografisk Leksikon. KVinfo.dk, ce qui est noté lors du concile de Spire de 1544. Leur relation est qualifiée d'heureuse : ils partagent un intérêt pour la musique et l'architecture, et envisagent de redécorer le palais de Nancy. À une occasion, Christine se qualifie de femme la plus heureuse du monde.

Régente de Lorraine