Marjorie Proops, née le et morte le , est une journaliste britannique principalement connue pour ses chroniques de confidences sentimentales qu'elle écrivait pour le Daily Mirror sous le nom de Marje.
Biographie Elle est née à Woking le sous le nom de Rebecca Marjorie Israel, fille aînée d’Alfred et Martha Israel. Plus tard, son père change leur nom de famille en Rayle, cédant avec résignation aux préjugés de l’époque. Elle passe son enfance au-dessus des pubs que son père tient à Londres, où la famille s’est installée. Elle est plus douée qu’intellectuelle à l’école, ne brillant véritablement qu’en anglais et en dessin, et possédant une belle voix de contralto. Sur les conseils de ses professeurs, qui lui déconseillent de passer le baccalauréat, elle suit une formation au Hackney Technical College, où elle apprend le dessin — une compétence qui la mène à son tout premier emploi, dans un atelier près de Smithfield, pour un salaire de quinze shillings par semaine. Son mentor à l’atelier est une certaine Rose May, que Marjorie cherche à imiter en tout : son maquillage prononcé, ses chapeaux extravagants, et même son habitude de fumer sans relâche. Il faut attendre près d’un demi-siècle et la découverte d’une artère carotide obstruée pour qu’elle renonce enfin à la cigarette — et à ce long fume-cigarette devenu une partie emblématique de son image.
En 1934, elle fait la connaissance de Sidney Proops. Leur engagement est officialisé trois jours après leur rencontre, et le mariage est célébré en à la synagogue de Shacklewell Lane, à Dalston (Londres). Leur union dure cinquante-trois ans et donne naissance à un fils, Robert, en 1941.
Elle réside à St John’s Wood, dans le nord de Londres, dans une maison élégante mais modeste, reste attachée à ses convictions socialistes, et conduist une MGB GT avec panache. En 1978, elle est nommée rédactrice en chef adjointe du Mirror par Mike Molloy, une distinction qu’elle considère comme son accomplissement professionnel le plus important.
La fin de sa vie est marquée par de graves problèmes de santé : un accident vasculaire cérébral survenu lors d’un pontage cardiaque en 1979, deux prothèses de hanche, un cancer du sein en 1992, et une dépression sévère en 1986.
Marjorie Proops est décédée à Londres le . Elle repose au cimetière juif de Golders Green (Golders Green Jewish Cemetery), situé au nord de Londres.
Travail En 1939, Hugh Cudlipp la recrute au Daily Mirror pour illustrer des modèles de chapeaux et représenter le journal à Ascot sous le pseudonyme de « Sylvaine ». Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle bénéficie d’un contrat de collaboration lui assurant une rémunération hebdomadaire de six guinées. Son premier article journalistique est publié pendant le conflit dans Good Taste Magazine. Elle fait ensuite ses premiers pas dans le domaine qui va la rendre célèbre en rédigeant une brochure d'information gouvernementale sur les maladies vénériennes (MST). Elle déclare par la suite que cette expérience a profondément modifié sa perception du romantisme sexuel.
En 1945, elle rejoint le Daily Herald en tant que rédactrice de mode, sous la direction de Percy Cudlipp, frère de Hugh Cudlipp. Elle y est promue rédactrice en chef des pages féminines en 1950. Malgré le fait qu’elle ne maîtrise ni la dactylographie ni la sténographie, elle rédige l’intégralité de ses textes à la main, développant un style accessible, fluide et sans affectation. Felicity Green, collègue et amie de longue date, affirme qu’il était « aussi bien accueilli par les lecteurs du Times ou du Telegraph que par ceux du Mirror ». Lorsqu’un de ses éditeurs, Bob Edwards, lui demande si elle bénéficie d’une aide pour la rédaction de ses textes, elle répond, en se redressant de toute sa hauteur : « J’écris moi-même chaque mot publié sous mon nom. »
En 1954, Hugh Cudlipp la nomme chroniqueuse au Daily Mirror. Il la décrit plus tard comme « la première journaliste britannique à jouir d’une reconnaissance instantanée comparable à celle des stars de cinéma ». Sa capacité à instaurer une relation authentique avec ses interlocuteurs rendait sa page singulièrement vivante et humaine. Elle compte parmi ses connaissances proches Edith Sitwell, Cary Grant, le duc de Bedford, Sophia Loren, ainsi que de nombreuses personnalités politiques, dont elle couvrait régulièrement les conférences. Geoffrey Goodman, éditorialiste au Mirror, déclare : « Dès que Marje arrivait, l’attention se détournait du Premier ministre – y compris Margaret Thatcher – pour se porter sur elle. Et elle adorait cela. Elle était une véritable vedette. » Parallèlement à sa notoriété publique, elle entretient durant vingt ans une relation discrète et passionnée avec Philip Levy, conseiller juridique en chef du Mirror de 1955 à 1970. Bien que profondément attachée à lui, elle n’envisage jamais de quitter son époux, Sidney Proops, auquel elle reste officiellement fidèle. Elle révèle cette relation pour la première fois à sa biographe Angela Patmore, dans Marje: the Guilt and the Gingerbread (1993), précisant qu’après la mort des deux hommes, c’est son mari qu’elle regrettait le plus.
À la fin des années 1960, sa chronique évolue vers des sujets de société plus graves, en réponse aux lettres de lecteurs traitant de la contraception, des naissances hors mariage, de la toxicomanie, de l’avortement, etc. Elle publie certaines de ces lettres dans leur intégralité, en y consacrant parfois l’ensemble de sa page. Sa rubrique « Dear Marje », lancée en 1971 dans le Woman's Mirror, rencontre un large succès, incitant Cudlipp à proposer un format similaire pour le Daily Mirror. Bien que sceptique au départ, elle accepte, convaincue par l’enjeu social. Elle constitue une équipe d’experts (médecins, psychologues, forces de l’ordre, représentants religieux) pour garantir des réponses documentées, tout en continuant à répondre personnellement aux cas les plus sensibles, parfois par téléphone. Pour elle, cette tâche relevait moins du journalisme que d’un véritable engagement moral.
Dans les années 1970, elle est sollicitée par l'État pour siéger dans deux commissions gouvernementales, l'une sur les familles monoparentales, nommée par Richard Crossman, l'autre sur les jeux d'argent, présidée par Lord Rothschild. Elle jouit d’un grand respect dans les milieux institutionnels : elle est citée dans la presse nationale, reçoit une interview exclusive de la princesse Anne, est chroniquée par Bernard Levin et s’implique dans la campagne du député Leo Abse pour la réforme des lois sur l’homosexualité et les droits de l’enfance. Elle est faite Officier de l’Ordre de l’Empire britannique (OBE) en 1969, nommée Femme de l’année en 1984, admise au musée Madame Tussaud en 1977, et participe à l’émission This Is Your Life en 1971. Elle travaille dans quatre bâtiments successifs du Mirror, sert sous dix rédacteurs en chef et trois propriétaires, dont Robert Maxwell, avec lequel elle entretient une relation à la fois complice et critique.
Elle devient une journaliste militante, brisant de nombreux tabous. Bien qu’elle ne se revendique jamais féministe, elle défend activement les droits des femmes, l’éducation sexuelle, l’accès à la contraception, les relations hors mariage, ainsi qu’une vision plus tolérante de l’homosexualité.
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