Les langues polynésiennes sont un continuum linguistique appartenant aux langues océaniennes (et plus précisément aux langues du Pacifique central), elles-mêmes un sous-groupe des langues austronésiennes. Elles proviennent d'un proto-polynésien reconstitué. Au nombre de trente-huit, elles sont parlées en Océanie éloignée, dans le « triangle polynésien » notamment — mais pas uniquement — dans les archipels constituant la région traditionnelle de Polynésie, ainsi que dans les exclaves polynésiennes d'Océanie et par les diasporas des différentes îles polynésiennes.

Les langues polynésiennes les plus parlées ou qui ont fait l'objet des études les plus complètes sont le tahitien, le samoan, le tongien, le maori de Nouvelle-Zélande et l'hawaïen. Elles sont gérées par le Forum des langues polynésiennes.

Répartition géographique

Triangle polynésien alt=Carte de l'Océanie montrant un grand triangle bleu, formant le Triangle Polynésien, de Hawaii à la Nouvelle-Zélande et l'île de Pâques.|vignette|Les langues polynésiennes sont parlées à l'intérieur du triangle polynésien, ainsi que dans les exclaves polynésiennes en Mélanésie et Micronésie. Les langues polynésiennes sont les langues vernaculaires qui sont parlées dans les archipels qui forment le triangle polynésien : Les Tonga. Les Samoa. Les Tuvalu. Niue. Wallis-et-Futuna (France). Les Tokelau (Nouvelle-Zélande). Les îles Cook. La Polynésie française (France). L'île de Pâques (Chili). Hawaii (États-Unis). La Nouvelle-Zélande.

Exclaves polynésiennes

vignette|Carte des exclaves polynésiennes. Par ailleurs, sur les 38 langues classées comme polynésiennes, 15 sont parlées à l'ouest du triangle polynésien, dans des régions (traditionnellement appelées Mélanésie, Micronésie) où coexistent également d'autres langues austronésiennes. Ces langues de Polynésie « extérieure », connues (en anglais) sous le nom de Polynesian Outliers, correspondent historiquement à des migrations relativement tardives de populations du triangle polynésien ; elles se trouvent aujourd'hui très isolées (géographiquement) de leurs cousines polynésiennes. Les archipels où l'on trouve ces exclaves sont : le sud de la Micronésie (2 langues), ce qu'on appelle traditionnellement la Mélanésie, dans les îles Salomon (6 langues), le Vanuatu (3 langues) et la Nouvelle-Calédonie (1 langue), l'île Bougainville en Papouasie-Nouvelle-Guinée (3 langues).

Diasporas Enfin, un grand nombre de ces langues sont parlées par des diasporas polynésiennes en Nouvelle-Zélande, Australie, Nouvelle-Calédonie (wallisien et futunien), ainsi qu'en France métropolitaine, aux États-Unis, etc. Bien souvent, le nombre de locuteurs vivant à l'étranger est bien plus élevé que ceux restés sur l'île d'origine d'où provient la langue, même si les locuteurs en diaspora ont tendance à perdre rapidement leur langue maternelle au profit de l'anglais ou du français, selon un processus de substitution linguistique.

Situation sociolinguistique

Vitalité des langues polynésiennes vignette|Carte sociolinguistique de Polynésie, montrant les langues polynésiennes en danger et l'influence de plus en plus forte de l'anglais et du français ainsi que la migration des locuteurs. La situation des langues polynésiennes au début du est assez contrastée. Pour le linguiste Stephen A. Wurm, le Pacifique est l'une des régions les moins touchées par la disparition des langues : . De même, pour le linguiste Jeffrey Marck, l'isolement de la Polynésie fait qu'une petite partie seulement des langues polynésiennes est menacée de disparition.

Ainsi, dans certaines îles, les langues polynésiennes vernaculaires sont utilisées quotidiennement par la population et sont peu menacées, comme le tongien ou le samoan. De manière générale, plus les îles sont isolées, plus leur langue est préservée (comme à Wallis-et-Futuna ou dans les exclaves polynésiennes).

Statut juridique Plusieurs langues polynésiennes sont des langues officielles, la plupart du temps en complément d'une autre langue (anglais ou français) : l'hawaïen à Hawaï, le niuéen à Niue, le maori en Nouvelle-Zélande, le maori des îles Cook aux îles Cook. Tous les États ou territoires polynésiens n'ont pas adopté une législation sur les langues officielles ; certains pays comme les Tonga ou les Samoa n'ont pas de langue officielle même si le tongien et le samoan sont parlés par la majorité de la population.

Dans les territoires et îles non indépendants, la plupart du temps les langues polynésiennes ne sont pas officielles. Ainsi, l'anglais est langue officielle aux Samoa américaines, l'espagnol sur l'île de Pâques. En Polynésie française, le français est la seule langue officielle, malgré une tentative de l'assemblée de la Polynésie française pour donner la co-officialité au tahitien. Pour Jacques Leclerc, il s'agit clairement d'une politique monolingue de la part de la République française : .

Un grand nombre de langues en danger Un certain nombre de langues polynésiennes sont cependant des langues en voie de disparition, de plus en plus supplantées par les langues dominantes telles que l'anglais ou le français (ou l'espagnol pour l'île de Pâques), subissant un phénomène de substitution linguistique. Une grande partie de la diversité dialectale des langues polynésiennes a été perdue (En 2000, Jeffrey Marck compte 30 langues et environ 60 dialectes, dont une partie a aujourd'hui disparu ou est progressivement remplacée par la langue standard).

Plusieurs langues polynésiennes ont failli disparaître au cours du à cause de politiques linguistiques assimilationnistes et d'attitudes négatives vis-à-vis de ces langues, voire d'interdiction totale : l'hawaïen, le maori de Nouvelle-Zélande et le rapanui (île de Pâques). Aujourd'hui, ces langues font l'objet d'un renouveau culturel et linguistique, mais leur avenir demeure fragile. Il faut également noter que certaines langues polynésiennes sont remplacées par des langues polynésiennes (et non pas européennes) : ainsi, le niuafo'ou est supplanté par le tongien et est en passe de disparaître complètement. De même, en Polynésie Française, le tahitien agit comme une lingua franca qui tend à supplanter de plus en plus les langues locales, mais il se heurte également à l'influence du français. Cette région est donc confrontée à un double phénomène de francisation et de tahitianisation. En conséquence, . En 2015, le linguiste Jacques Vernaudon estime même que le tahitien est en danger de disparition d'ici une génération. À cela s'ajoute le fait qu'un grand nombre de locuteurs de petites langues comme le niue ou le rarotongien vivent en Nouvelle-Zélande, où le risque d'assimilation et de disparition de la langue au bout d'une génération ou deux est beaucoup plus important. L'avenir de ces langues dépend en grande partie de la diaspora.

Enfin, certains auteurs soulignent que des langues polynésiennes qui semblent solidement établies aujourd'hui sont néanmoins en danger à long terme. Ainsi, le linguiste Yuko Otsuka estime en 2007 que le tongien, qui est la langue officielle des Tonga et parlé par plus de personnes, est pourtant vulnérable face à l'anglais et pourrait donc devenir une langue en danger. Otsuka rappelle que la substitution linguistique est un phénomène lent et, au départ, imperceptible, mais qu'une fois qu'il est enclenché, il est très dur à enrayer. De même, Claire Moyse-Faurie juge que le futunien et le wallisien sont en danger, bien qu'elles soient parlées par la majorité de la population de Wallis-et-Futuna : elles sont dans une situation de bilinguisme déséquilibré, n'ont pas de reconnaissance officielle et le nombre de leurs locuteurs diminue.

Listes des langues polynésiennes en danger D'après le Projet Langues en Danger, l'Atlas des langues en danger de l'UNESCOL'UNESCO définit cinq niveaux de danger de disparition linguistique : vulnérable, en danger, sérieusement en danger, en situation critique, éteint. et EthnologueEthnologue utilise une échelle de 1 à 10 décrivant l'usage actuel de la langue (1 étant une langue très utilisée et 10 une langue morte). Cette classification ne se focalise pas spécifiquement sur les langues en danger, contrairement à l'UNESCO et le Projet Langues en Danger., voici la liste des langues polynésiennes en danger : LangueStatut (Projet langues en danger)Statut (UNESCO)Statut (Ethnologue)LocuteursPays/territoirerarotongienvulnérablevulnérable6b (menacé)33220îles Cookpukapukaen dangeren danger6b (menacé)2030îles Cookrakahanga-manihikien dangeren danger7 (en substitution)320îles Cooktongareva (Penrhyn)en grand dangersérieusement en danger7 (en substitution)500 environîles Cookrapanuimenacéesérieusement en danger6b (menacé)2000 environîle de Pâqueshawaïenen grand dangeren situation critique2 (langue provinciale)300 environHawaïniuéenmenacéen danger1 (langue nationale)7990Niuemaori de Nouvelle-Zélandevulnérablevulnérable6b (menacé)60260Nouvelle-Zélandefagauvea -vulnérable6b (menacé)Nouvelle-Calédoniekapingamarangimenacésérieusement en danger4 (langue d'enseignement)3000États fédérés de Micronésieaustral / langues australesmenacéen danger7 (en substitution)8000Polynésie françaiserapaen danger critiquesérieusement en danger7 (en substitution)50 (moins de)Polynésie françaisemangarévienen dangersérieusement en danger7 (en substitution)900 (moins de)Polynésie françaisepaumotuvulnérableen danger7 (en substitution)14000Polynésie françaisemarquisien du Sudmenacé -7 (en substitution)1000 à 2000Polynésie françaisemarquisien du Nord - -7 (en substitution)Polynésie françaisetokelaumenacésérieusement en danger5 (en développement)8000 (moins de)Tokelauniuafo'ou - -7 (en substitution)Tongatuvaluanvulnérableen danger3 (langue de communication)9000 environTuvalu À ce tableau se rajoutent au moins deux langues polynésiennes disparues : le niuatoputapu, parlé sur l'île de Niuatoputapu (Tonga) mais supplanté par le tongien avant le , et le moriori, anciennement parlé sur les îles Chatham.

Classification interne L'ancêtre de toutes les langues polynésiennes est le proto-polynésien. Cependant, la classification précise des langues polynésiennes n'est pas encore déterminée avec précision et plusieurs auteurs ont proposé leurs modèles. La classification de ces langues reflète l'histoire du peuplement de la Polynésie ainsi que les contacts entre les différents peuples des îles de la région. Elle est étudiée à la fois par la linguistique et par l'archéologie. Établir la classification des langues polynésiennes revient ainsi à retracer leur histoire.

Premières études sur les langues polynésiennes () vignette|En 1706, le hollandais Adrien Reland est le premier à remarquer la similitude entre les langues polynésiennes. En 1706, le hollandais Adrien Reland est le premier auteur à mettre en évidence la similarité entre le futunien, le niuatoputapu (aujourd'hui disparue), le malais et le malgache (ces langues appartiennent à la grande famille des langues austronésiennes). Par la suite, les linguistes Reinhold et George Foster accompagnant James Cook dans ses voyages dans le Pacifique (1768-1779) notent la très grande proximité des langues polynésiennes, émettant l'idée d'un ancêtre commun (protolangue) et indiquent que ces langues forment un continuum dialectal.

Classification traditionnelle (Green et Pawley, 1966)

Emory (1946) et Elbert (1953) font partie des premiers chercheurs qui ont tenté de classer ces langues.

La classification des langues polynésiennes classique a été élaborée en 1966 par les linguistes Andrew Pawley et Roger Green, qui proposent cinq sous-groupes : d'un côté, le groupe tongique et de l'autre le groupe polynésien nucléaire, lui-même divisé en samoïque outlier et polynésien oriental. Ce dernier se subdivise entre rapanui et central-oriental, qui lui-même se sépare entre langues marquisiennes et langues tahitiennes.

L'arbre suivant donne la classification traditionnelle des langues polynésiennes de Pawley et Green :