vignette|alt=Paysage de bord de mer avec vue sur les îles Égates|Paysage de la première guerre punique : depuis la colline d'Eryx, vue sur Trapani moderne, où l'ancienne Drépane s'avance dans la mer, et les îles Égates, site de la bataille où se termine le conflit. vignette|alt=Buste représentant Hannibal Barca|Buste représentant Hannibal Barca selon Mommsen, chef de guerre carthaginois de la deuxième guerre punique, exposé au musée archéologique national de Naples et temporairement au musée national du Bardo en 2016. vignette|alt=Vue d'artiste de l'attaque finale sur Carthage|Attaque finale sur Carthage, avec le temple d'Eshmoun, vue d'artiste de 1885. vignette|alt=Gravure représentant Scipion Emilien et Polybe devant les ruines de Carthage|Scipion Émilien et Polybe devant les ruines de Carthage, par Jacobus Buys.
Les trois guerres puniques ou guerres romano-carthaginoises opposent durant plus d’un siècle la Rome antique et la civilisation carthaginoise ou civilisation punique. Les Carthaginois sont appelés ou en latin, déformation du nom des Phéniciens dont sont issus les Carthaginois, d’où le mot français « punique ».
La cause initiale des guerres puniques est le heurt des deux empires en Sicile, qui est en partie contrôlée par les Carthaginois après le cycle des trois guerres siciliennes qui mettent aux prises la cité d'Elissa et ses alliés et les cités siciliennes aux Au début de la première guerre punique, Carthage forme un vaste empire maritime et domine la mer Méditerranée, alors que Rome a conquis l'Italie péninsulaire.
La première guerre punique, d'une durée de (entre et ), voit les opérations essentiellement maritimes aboutir à l'amputation d'une bonne part des éléments de la thalassocratie phénico-punique. La guerre entraîne la transformation de la Rome républicaine en une puissance maritime. Carthage est mise à genoux par une paix très dure sur le plan financier et des pertes territoriales importantes.
Carthage se relève et étend son influence en Hispanie. La deuxième guerre punique, à l'initiative de la cité punique, dure de à et est surtout marquée par des batailles terrestres et l'affrontement du Carthaginois Hannibal Barca et du Romain Scipion l'Africain. Après de combats menés essentiellement en Italie, dont certains ont pu faire penser à une défaite romaine imminente, la guerre se porte en Afrique et mène à la capitulation de Carthage après la bataille de Zama. La paix qui suit est très dure encore financièrement et se traduit par une perte territoriale importante pour Carthage, ses possessions se trouvant limitées à l'Afrique.
Avec le relèvement de la cité punique dans la première moitié du , Rome désire mettre fin à la menace qu'elle constitue selon elle. Par traîtrise, elle désarme la cité puis lui déclare la guerre, conflit qui, même très déséquilibré, dure trois ans.
À la fin de la troisième guerre punique (), après de conflit et la mort de centaines de milliers de soldats et de civils des deux côtés, Rome parvient au prix de durs combats à conquérir les territoires carthaginois et à détruire Carthage, devenant ainsi la plus grande puissance de la Méditerranée occidentale. Simultanément, après les guerres de Macédoine et la défaite de la monarchie des Séleucides, Rome étend aussi sa domination vers la Méditerranée orientale.
Historiographie des guerres puniques, point sur la question Les sources d'information dites "antiques", car datant de cette époque, et qui évoquent les conflits entre Carthage et Rome n'émanent que d'un seul des deux protagonistes et sont de plus partiales. Les sources favorables au vaincu existaient et sont connues par quelques fragments. Les récits antiques mettent en avant la mauvaise foi punique, ou . Les sources antiques ont également été en grande partie perdues. Le genre littéraire de l'histoire naît à Rome de la première guerre punique.
La cruauté punique est également mise en avant par les sources favorables à Rome.
Les sources modernes se sont surtout concentrées sur le deuxième conflit, du fait de la personnalité des principaux protagonistes et de l'incertitude sur l'issue de chacun de ces conflits militaires.
Sources antiques Les sources antiques nous permettent de connaître différents aspects de ces conflits : les forces et les faiblesses de chaque belligérant, l'organisation militaire des Carthaginois et des Romains, ainsi que les enjeux politiques et les négociations diplomatiques.
Les sources puniques existaient : il y avait des annales à Carthage, ainsi qu'une longue tradition de conservation d'archives. Cependant ces sources ont été détruites au moment de la troisième guerre punique.
Première guerre punique vignette|alt=Représentation de Polybe, fin -début |Représentation de Polybe, fin -début , par Alois Düll (1843-1900). Pour le premier conflit, Polybe, un Grec envoyé comme otage à Rome après la bataille de Pydna, en fait un récit très détaillé dans ses Histoires, et également Diodore de Sicile. Polybe aurait développé la responsabilité de Carthage dans les deux premières guerres pour masquer celle de Rome dans la dernière, aveuglé par son admiration pour Rome et ses institutions.
Un débat existe entre Polybe et Philinos d'Agrigente qui évoque la violation d'un traité par Rome. Il est fort probable que Polybe ait puisé des informations dans les œuvres de Fabius Pictor ; Tite-Live et Dion Cassius sont aussi des sources de connaissance et ont utilisé Philinos d'Agrigente. La victoire est attribuée chez les Historiens aux qualités morales de Rome, mettant face à face les mercenaires de Carthage et les citoyens de la cité bordée par le Tibre.
Deuxième guerre punique Les causes du conflit sont très discutées dès l'antiquité, cependant seules sont conservées les sources favorables à Rome. Les sources favorables à Carthage, Sosylos de Lacédémone et Silénos de Calé-Acté, se sont perdues dans le grand naufrage de la littérature antique.
Les sources latines ont considéré le pouvoir barcide en Espagne comme monarchique, tradition relayée par Fabius Pictor. Les auteurs favorables aux Romains considèrent les Barcides comme responsables de la guerre. La traversée des Alpes menée par le général Hannibal, évènement emblématique du conflit par son audace, a marqué durablement les esprits.
Tite-Live offre un récit très détaillé du second conflit et le début du conflit est présent dans ce qui subsiste du récit de Polybe. Il a utilisé les annalistes romains.
Appien, qui rapporte les faits concernant la guerre en Ibérie en grec ancien dès le dans le Livre Ibérique, résume les grands évènements mais en commettant quelques erreurs. Son récit s'appuie sur les témoignages d'acteurs du conflit, mais uniquement romains. Son travail ne comporte que les événements importants et les données datées sont en majorité disparues.
Hannibal Barca est condamné par les auteurs latins du fait de sa ruse, aux antipodes de leur vision de la guerre et allant dans le sens de la ou . Polybe a en revanche de l'estime pour le chef punique, .
Troisième guerre punique Les auteurs, même pourvus d' ont été marqués par le caractère de cette guerre, qui est un exemple de changement de conception dans la guerre romaine, passant de la , déclaration de guerre, au , le fait de cacher ses intentions. Les faits relatés par les sources sont liées à une volonté de récupération pour intégrer des thématiques augustéennes et celles de la .
Pour le dernier conflit la source essentielle est Appien, auteur d'une Histoire romaine en composée dans la seconde moitié du , mais manquant d'objectivité.
Polybe termine son Histoire en 145 : son ouvrage est important car il est témoin de la dernière guerre punique. Polybe signale les débats qui agitent le monde grec à la suite de la destruction de la ville, faisant preuve d'objectivité ; cependant l'auteur ne condamne pas l'impérialisme romain, sa proximité quasi fraternelle avec son protecteur Scipion Émilien en est sans doute la raison.
L'Histoire romaine de Dion Cassius, connue seulement par l'abrégé de Jean Zonaras est importante car l'auteur, qui a longuement rassemblé des sources, intègre dans son récit des éléments méconnus par ailleurs.
Les autres historiens ne donnent que des éléments partiels. Diodore de Sicile évoque la guerre dans son Histoire universelle. Tite-Live est perdu pour ce conflit, et ses travaux ne sont connus que par les abrégés, ses travaux ont comme but de .
Sources modernes Les guerres puniques ont souvent masqué le reste de l'histoire de Carthage, passant sous silence les siècles de croissance de la cité punique et d'expansion. Les récits des guerres puniques sont souvent romano-centristes, avec un parti-pris lié aux sources utilisées sauf chez Stéphane Gsell. La tradition historiographique a été longtemps favorable à Rome, même si les études sont désormais davantage favorables à Carthage, parfois à l'excès ainsi Brisson en 1973. La neutralité est de mise dans les travaux universitaires actuels. La question de la responsabilité de la guerre est désormais posée pour les guerres antiques, en particulier chez les historiens allemands.
Au , les découvertes archéologiques ont également permis d'avancer : la campagne internationale de l'UNESCO menée à Carthage, mais également la découverte des épaves puniques de Marsala. Les sources numismatiques sont également précieuses.
Le côté inéluctable de l'affrontement des deux puissances, souvent mis en avant du fait de la croissance parallèle de deux entités se développant et dont les impérialismes respectifs devaient à un moment donné s'affronter, est battu en brèche par certains historiens qui considèrent les deux puissances comme du fait du caractère maritime et commercial de Carthage et terrestre et agricole de Rome. La complexité des événements et l' liées aux succès de Rome sur mer et de Carthage sur terre nécessite pour l'historien, selon Le Bohec, d'être .
Le Bohec qualifie le conflit comme , étant ponctué de longues trêves. Par les moyens mis en œuvre, ce fut selon le même . Le Bohec étudie le conflit selon l'angle de l'histoire militaire selon une tradition historiographique de Contamine, même s'il se place dans le champ de l'histoire globale.
L'installation de Carthage en Hispanie après la première guerre punique a suscité d'intenses débats, entre partisans d'une initiative familiale, celle des Barcides, et ceux partisans d'une volonté de la métropole punique de reconstituer les richesses après un conflit la laissant exsangue.
La deuxième guerre punique a surtout retenu l'attention et a suscité d'.Les batailles menées par Hannibal Barca ont été très étudiées, dont la bataille de Cannes.
La troisième guerre a été pour sa part peu étudiée, un ouvrage de 2015 de Burgeon réparant quelque peu ce fait en y étant exclusivement consacré.
Contexte Forces en présence
vignette|alt=Carte de localisation de Carthage au centre du bassin méditerranéen|Localisation de Carthage au centre du bassin méditerranéen. vignette|gauche|alt=Carte de la situation des deux adversaires avant la guerre|Positions romaine et carthaginoise en avant le début de la première guerre punique. Un antagonisme qui durera plus d'un siècle.
Les guerres puniques jettent l'un contre l'autre deux puissances impérialistes.
Au , Carthage était une cité portuaire majeure, située sur la côte de l’actuelle Tunisie. Fondée par les Phéniciens à la fin du avant notre ère, elle était une cité-État au commerce florissant et cette prospérité perdure jusqu'à sa destruction. Cette prospérité était due au commerce d'intermédiaire et également à la renommée de l'agriculture.