Le (Mouvement volontaire étudiant pour les Missions étrangères, en abrégé SVM) était une organisation protestante fondée en 1886 pour recruter des missionnaires parmi les étudiants dans les universités américaines. Il cherchait également à populariser et à soutenir le mouvement missionnaire par tout autre moyen. Arthur Tappan Pierson en fut l’un des premiers et principaux leaders. Parti de l'initiative de quelques personnes, il va recruter pendant près de 80 ans des milliers de missionnaires protestants au sein des universités américaines. Elle a été dissoute en 1969.

Contexte À la fin du , les conditions étaient réunies pour favoriser un véritable élan missionnaire protestant américainThe Student Volunteer Movement for Foreign Missions Records, Yale Divinity Library ("Archives du Mouvement volontaire étudiant pour les Missions étrangères, bibliothèque de la Faculté de théologie de l'université Yale) : déjà dominante dans le monde, la civilisation occidentale accroissait encore rapidement son influence par la colonisation comme par le progrès technique et l’expansion économique ; les succès de l’Amérique étaient imputés à son ancrage chrétien et les missionnaires chrétiens ont une image de héros altruistes ; l’organisation scientifique des entreprises influait sur la société et lui communiquait un esprit d’efficacité ; ainsi le Mouvement volontaire étudiant a-t-il dès ses établi des statistiques élaborées pour mesurer son impact ; les voyages internationaux étaient facilités par l'amélioration des transports et des communications et le fait qu’aucune guerre majeure ne perturbait le monde ; les riches financiers ou industriels chrétiens critiqués pour leurs énormes profits étaient trop heureux de redorer leur blason en versant des sommes importantes pour soutenir des missions étrangères. Enfin certains historiens pensent que l’entreprise missionnaire était une fuite en avant permettant d’éviter, ou en tous cas de la retarder, la confrontation avec les conflits et les divergences qui se développaient dans la société américaine : la tourmente économique, l'urbanisation, l'essor de la critique historique et de la théorie de l'évolution, la question du libéralisme par rapport au revivalisme - toutes ces questions potentiellement perturbatrices qui se trouvaient sous la façade assurée du protestantisme américain d'avant-guerre..

Historique Prémices et consolidation (1880-1891)

Les premières sociétés d’étudiants chrétiens remontent au début du . Dès le début du , le souci missionnaire est l’une de leurs principales priorités.. En 1877, un département spécial est créé au sein des YMCA pour accentuer les efforts en direction des étudiants et le premier secrétaire général des YMCA Luther D. Wishard a lui-même un vif intérêt pour les missions.

Le premier groupe informel d'étudiants volontaires pour des missions à l'étranger a été formé en 1888 à Princeton. Cinq étudiants, dont Robert P. Wilder, ont rédigé et signé une déclaration d'intention qui disait : «Nous, les soussignés, nous déclarons disposés et désireux, si Dieu le permet, de nous rendre dans les régions non évangélisées du monde. »Robert P. Wilder, The Great Commission: The Missionary Response to the Student Volunteer Movements in North America and Europe, Londres, Oliphants Ltd., 1936, p.13.Voir en particulier la série V des archives du SVM à la bibliothèque de l'université Yale.. S'étant donné le nom de Société missionnaire étrangère de Princeton, ce groupe d’étudiants se réunit régulièrement les dimanches après-midi chez le père de Robert Wilder, ancien missionnaire en Inde et rédacteur en chef de The Missionary Review.

En , en accord avec l’évangéliste Dwight L. Moody, Luther Wishard organisa une conférence biblique pour les étudiants du premier cycle (undergraduates) dans les locaux de l’école tenue par Moody, Mount Hermon School, à Northfield. 251 étudiants de 89 universités y participèrent pendant près de 4 semaines. Le travail missionnaire y fut largement abordé en dehors de l’ordre du jour officiel par des réunions organisées par Arthur Tappan Pierson et par William Ashmore, un missionnaire baptiste américain en ChineJohn R. Mott, "The Beginnings of the Student Volunteer Movement" in The Student Volunteer Movement After Twenty-Five Years, pp. 12–13. Information about the Northfield meeting is also available in the Springfield Republican, August 2, 1886. A la fin de cette conférence 100 participants s’étaient engagés par écrit à devenir missionnaires.

Il fut alors décidé de former un groupe itinérant pour rendre visite aux universités d’Amérique du nord et de propager l’enthousiasme de Northfield selon l’exemple qui en avait été donné en 1884 par un groupe de 7 étudiants britanniques, les "Cambridge Seven", qui avaient eu un impact considérable lors de leurs visites de différentes universités anglaises après avoir décidé de devenir missionnaires en Chine lors d’une tournée d’évangélisation de Dwight Moody à Cambridge. Ce furent finalement Robert Wilder et John Forman, deux des 5 premiers volontaires de Princeton, qui firent pendant l’année scolaire 1886-1887 une tournée de 167 universités américaines, soit à peu près 20 % des campus du pays. À la fin de cette année, jeunes gens et jeunes femmes s’étaient engagés à devenir missionnaires. Pendant l’année 1887-1888, Wilder et Forman étant retournés à leurs études de théologie, il n’y eut pas de nouvelle tournée mais les répercussions de leurs visites conduisirent à des initiatives locales et à l’engagement écrit de 600 volontaires supplémentaires.

Durant ces premières années, les bureaux du Mouvement volontaire étaient dans le dortoir d’un étudiant au Séminaire Théologique de l’Union à New York, William Hannum. Tandis que Wilder et d'autres parcouraient les campus et les églises et obtenaient les noms et adresses des étudiants qui souhaitaient s’engager, Hannum dressait des listes de volontaires et tentait de correspondre avec eux. Les dossiers des volontaires étaient conservés dans des enveloppes dans des boîtes sous le lit d'Hannum, puis, devant leur prolifération, Hannum dut faire appel à l'aide à ses camarades de dortoir. Il raconta plus tard : « Je sentais presque que mes demandes d'aide menaçaient ma popularité. Un de mes collègues disait que lorsque je serais au ciel, je ferais sûrement la liste des anges. » Citation et informations tirées du livre de Wilder, p.39 et suivantes.

À l’été 1888, le mouvement adopte son nom officiel de ‘’Student Volunteer Movement for Foreign Missions’’ (Mouvement volontaire étudiant pour les missions étrangères) et prend pour slogan "l’évangélisation du monde pendant cette génération." Se pose simultanément le problème de l’organisation, le risque étant de voir les groupes d’étudiants chrétiens foisonner puis se séparer, voire s’opposer, par exemple avec le YMCA/YWCARobert E. Speer, "The Students' Volunteer Missionary Movement," The Sunday School Times, February 27, 1892.. Il fallait aussi élargir la base du financement, les voyages de Wilder et Forman ayant été jusque-là entièrement financés par une seule personne, D.W. McWilliams, secrétaire et trésorier de la société « Manhattan Elevated Railways Co. ». Les leaders du SVM, dont Luther Wishard, Robert Wilder et John Mott, décidèrent d’en faire la branche missionnaire officielle des YMCA / YWCA. Ils formèrent un comité exécutif où participaient des représentants des YMCA, YWCA et de l'Alliance missionnaire inter-facultés (Inter-Seminary Missionary Alliance). Un secrétaire itinérant, un secrétaire administratif et un secrétaire chargé de la correspondance (ou de la communication) sont nommés pour poursuivre le travail quotidien du Mouvement. Ils concentrèrent leurs efforts sur la poursuite de la propagation de l’enthousiasme missionnaire et sur l’organisation du Mouvement dans chaque état américain.

Le travail de ces premières années a culminé en 1891 avec la première convention internationaleInternationale, c’est-à-dire avec la participation du Canada en plus des États-Unis du mouvement des étudiants bénévoles, qui se réunit à Cleveland avec comme thème principal « l'évangélisation du monde pendant cette génération ». Lors de cette convention, le Comité exécutif a annoncé que volontaires de 350 institutions avaient été inscrits et que 320 étaient effectivement déjà partis vers des champs de mission à l’étranger sous la direction de diverses sociétés missionnaires. La relation du Mouvement avec les sociétés des missions étrangères des différentes églises protestantes fut clarifiée à cette occasion : le Mouvement n'était en aucune manière lui-même une agence missionnaire mais bien une sorte d’agence de recrutement pour les sociétés missionnaires. Ainsi, en 1891, le Mouvement volontaire étudiant était bien établi au sein du protestantisme américain et semblait avoir trouvé un positionnement clair par rapport aux autres mouvements chrétiens étudiants : celui d'une agence autonome associée à des objectifs clairement définis de sensibilisation et de recrutement en faveur des missions étrangères. Le Mouvement était même indispensable aux églises protestantes américaines, car, comme l'a écrit l’historien des missions Charles Forman : « Dans le nouvel enthousiasme des années 1890, le travail missionnaire était considéré par ses promoteurs comme une œuvre essentielle de l’Église ; aucune église ne s’y consacrant pas n’aurait pu être considérée comme étant en bonne santé. ».

Expansion dans les années 1890 malgré les « périls » Dans les années 1890, le Mouvement connaît une croissance soutenue qui ne va pas sans poser certains problèmes. Dans son rapport à la deuxième Convention internationale, tenue à Detroit en 1894, le Comité exécutif a souligné cinq « problèmes » et cinq « périls » menaçant le jeune Mouvement volontaire étudiant : absence de supervision et de contrôle sur les groupes de volontaires locaux, incapacité à rester en contact avec des volontaires isolés, difficulté à retenir des volontaires après leur entrée en faculté de théologie « Du début à la fin de leur formation, tout dans l'enseignement et l'attitude de la faculté part du principe que les jeunes pasteurs vont tous rester chez eux » se plaint le Comité exécutif Archives du Mouvement des étudiants volontaires. Rapport du Comité exécutif, 1894, série V. Rapports du Comité exécutif contenus dans la série V des archives du SVM (déposées à la bibliothèque de la faculté de théologie de Yale). . difficultés à mettre en relation les volontaires avec les sociétés de mission, les limitations financières des sociétés des missions. En 1894, 630 volontaires étaient effectivement partis mais d'autres avaient été retenus parce que les sociétés de mission n'avaient pas suffisamment de moyens pour leur permettre de partir. Malgré le fait qu’il y ait finalement beaucoup plus de recrues que de postes à pourvoir, le SVM justifiait la poursuite de ses activités de recrutement au motif qu’un plus grand nombre de candidats entraînerait un plus grand nombre de missionnaires hautement qualifiés. Le Comité exécutif portait en outre à l’attention de la Convention 5 "périls" dont 2 liés à la « carte de déclaration d'intention » du Mouvement des étudiants volontaires, une carte de 5 pouces sur 3 (12,5 x 7,5 cm) signée par chaque volontaire pour indiquer son intention de devenir un missionnaire étranger : La « carte de déclaration d'intention » comportait une formule d’engagement contraignant qui était critiquée en ce qu’elle amenait le volontaire à prendre le contrôle de sa vie plutôt que de se fier au Saint-Esprit. EN conséquence, à l'été 1892, la phrase originale portée sur ces cartes, la « promesse de bénévolat », avait été remplacée par l'expression « déclaration de volontariat » et le libellé de la carte était devenu : « Si Dieu le permet, mon but est de devenir un missionnaire à l’étranger. »